‹ L'Alsace-Lorraine de nos jours;Chapitre 16 sur 29 · STRASBOURG. — LA CATHEDRALE · texte numérisé non relu

STRASBOURG. — LA CATHEDRALE

« C'est chose admirable de circuler dans cette monstrueuse masse de pierres, toute pénétrée d'air et do lumière, évidée comme un joujou de Dieppe, lanterne aussi bien que pyramide, qui vibre et qui palpite à tous les vents... On est si haut que le paysage n'est plus un paysage, c'est une carte de géographie, mais une carte de géographie vivante, avec des brumes des fumées, des ombres et des lueurs, des frémissements d'eau et de feuilles, des pluies et des rayons de soleil. »

C'est en ces terme.? pleins d'enthousiasme et d'admiration que Victor Hugo dépeint dans le Rhin la merveilleuse cathédrale de Strasbourg que l'on vient admirer, depuis des siècles, de tous les coins de l'Europe.

C'est qu'en effet ce n'est pas seulement un des plus magnifiques monuments d'architeclurc et de sculpture qui soient, mais c'est aussi un véritable chef-d'œuvre triiorlogcrie et de mécanisme. 11 est connu univcrscllenienl; aussi toute description en serait-elle superflue.

Et puis, que do souvenirs, que de pensées il évoque

dans l'esprit du Français qui le contemple, cet édifice qui est à lui seul toute l'histoire de notre vieille province, avec son passé, ses traditions et ses légendes.

C'est tout le passé de l'Alsace qu'on peut lire dans l'histoire de la cathédrale de Strasbourg !

Consacrée tout d'abord au culte catholique, la Réforme la destine au culte protestant jusqu'en 1549. Abandonnée, délaissée complètement par les deux religions, à la suite d'un conflit entre le magistrat de la cité et l'évêque, elle est afl"ectée à nouveau, en 1561, au culte protestant, puis rendue, en 1681, à l'église catholique.

Ville libre, c'est au pied de la cathédrale que les magistrats de Strasbourg viennent prêter leur serment.

La Révolution arrive qui transforme l'édifice en un temple de la Raison, élevant à la place de l'autel un monument en rochers, symbole de la nature.

Peu s'en fallut qu'elle n'ait à souffrir de ses excès. Un fanatique, en effet, choqué de l'élévation de sa flèche qui blessait, disait-il, l'égalité en dépassant tous les autres clochers, émit un jour, dans un club, le vœu que cette flèche soit abattue. Fort heureusement un autre proposa d'y placer un gigantesque bonnet de la liberté.

« C'est le seul point sur toute la République, s'écria-t-il, où les couleurs nationales peuvent être portées aussi haut vers le ciel, protecteur des hommes libres ! L'étranger peut les apercevoir de la rive opposée... Puisse cette vue être bientôt celle du serpent d'airain, contre les souffrances de l'esclavage»! »

Tant d'éloquence ne devait pas manquer de rallier tous les suffrages. Un immense bonnet de la liberté, en fer blanc, coiffa dès lors la fameuse flèche. Placé ensuite à la bibliothèque, dans les collections de la ville, il n'y

fut détruit que dans l'incendie causé par le bombardement de 1870.

Le siège de Strasbourg avec toutes ses atrocités et ses horreurs, allait imprimer encore le sceau de l'Histoire sur la cathédrale et sa vieille âme doit tressaillir sous ses voûtes antiques quand les incendiaires d'hier viennent se prosterner sur ses dalles pour implorer peut-être l'oubli et le pardon...

LB8 STATUBS DB STRASBOURO. — GUTENBBR6 ET KLEBER

A Strasbourg, comme à Metz, des statues, trop rares, hélas I témoignent du passé de l'Alsace, de cette terre ei féconde en héros, qui donna de tous temps à la France, les meilleurs de ses enfants : Rapp, de Golmar; Westerraann, de Molshein; Lobau, de Phalsbourg; Lefebvre, de Routîach; Kellermann, de Strasbourg; Ney, de Sarrelouis, tous ces soldats illustres que le marbre aurait dû immortaliser en leur lieu d'origine pour que le Français puisse s'incliner bien bas sur leurs tombeaux.

Quel réconfort serait-ce pour le pèlerin, qui, après avoir parcouru les champs de bataille de l'année terrible où se dresse devant lui, à chaque pas, la glorification de la conqiiôte, de son humiliation et de son abais- Bement, s'arrêterait, ému, devant le bronze ou la pierre qui lui parle sa langue et s'adi'esse à son cœur.

A Strasbourg il se rappellera, au moins, cette courte anecdote, qui est do 1 histoire, en s'arrêtant devant le monument de Qutenberg :

C'était en 1840, à rinaugnration do colle sUiluo; lo bourgmestre de liorliu avait porté cette santé : « Je bois

à l'Alsace, cette fille de l'Allemagne. » Alors, dans uu de ces élans qui vont des cœurs aux cœurs, le maire de Strasbourg se leva et lui répondit, aux acclamations des assistants :

« Il se peut que l'Alsace soit la (llle de l'Allemagne ; mais elle est avant tout aujourd'hui l'épouse de la France, et elle lui donne tous ses enfants. »

N'est-ce pas toute la légende et toute l'histoire.

La Lorraine est terre franque et l'Alsace terre gauloise. En Lorraine, Metz est la vierge, en Alsace Strasbourg est l'épousée...

Et le Français méditera ses souvenirs au pied du socle de Desaix, près du pont de Kehl dans la petite tle des Faisans.

Non loin de la cathédrale, sur une des plus belles places de la ville, se dresse le monument de Kléber, de celui qui, par sa haute taille et sa noble figure semblait à toute l'armée le dieu Mars en personne et dont Bonaparte a dit : « Rien de plus majestueux que Kléber dans un jour de parade, mais aussi, rien de plus admirable Vu fort d'une bataille ; c'était le soleil de l'enthousiasme qui rechauffait et embrasait tous les cœurs. »

Le monument qui recouvre le caveau où sont renfermés les restes de ce glorieux soldat, est en bronze. 11 est dû au sculpteur strasbourgeois Grass.

Une courte épitaphe rappelle la brillante et trop courte carrière :

( J. -B. KLBBBR

m K STRASBOURG, LE 6 MARS 4753

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