‹ L'Alsace-Lorraine de nos jours;Chapitre 17 sur 29 · ADJUD.\NT-GÉNÉRAL DE L'ARMÉK DE MAYENCE, GENERAL DE · texte numérisé non relu

ADJUD.\NT-GÉNÉRAL DE L'ARMÉK DE MAYENCE, GENERAL DE

BRIGADE A l'armée DE VENDÉE, GÉNÉRAL DE DIVISION A

l'armée DB SAMBRE et MEUSE, GÉNÉRAL EN CHEF EN EGYPTE.

MORT AD CAIRE LE 44 lUiN 4800. »

C'est devant le bronze de ce héros que les étudiants d'Alsace, viennent chaque année méditer et se souvenir.

Et tandis que dans notre pays, si oublieux cependant, une foule émue et recueillie se presse toujours tous les 14 juillet, au pied de la statue de Strasbourg, à Paris, ils viennent, ces « intellectuels » de la vieille cité, et cela depuis de nombreuses années, au nombre de cent ou cent cinquante, après s'être réunis en un banquet amical où retentissent nos anciennes chansons, par des ruelles détournées et en file indienne, se grouper au pied delà statue, puissant symbole du Passé.. . peutêtre de l'Avenir I

Alors, sous l'œil de la police allemande qui les guette et qui n'attend qu'un cri, qu'une imprudence pour intervenir, les Alsaciens se découvrent et là, tête nue, les yeux ardemment fixés sur le monument de bronze, silencieusement se serrent les mains avec force... en songeant à la France.

HOCHFELDEN, SCHAFFAUSBN

Ilochfelden, à quelques kilomètres de Strasbourg, ' n'est qu'un chef-lieu de canton relativement peu important et cependant les Allemands ont trouvé moyen d'y •révéler leur esprit pratique en y apportant des progrès que nous chercherions vainement dans nos bourgs de province.

C'est ainsi q»ie le village et la route elle-même, à quelques kilomètres de là, sont éclairés à l'électricité comme s'il s'agissait d'une ville importante.

Tous les environs du pays sont admirables et tous ces petits villages rapprochés les uns des autres sont d'un pittoresque des plus réjouissants.

Du sommet des collines on voit poindre les clochers des villages voisins : Schaffausen, Rohr, Gugenheim, etc., au loin, les montagnes de Saverne, dét-^chent dans la brume leurs contours sévères et profilent au fond de l'horizon leurs masses sombres. Les houblons fixés sur des perches ou des cordes de très grande hauteur, embaument les routes de leur parfum déUcieux. Des bœufs superbes tirent de leur pas calme et pesant d'énormes chariots de fourrage, au haut desquels se prélassent en riant de joyeux bambins ; tout respire la quiétude et le bonheur.

Nombreux sont les calvaires qui se dressent sur les chemins etchaque fois qu'ils les dépassent, les hommes se découvrent respectueusement et les femmes se signent. Faire élever ces monuments religieux sur une route en l'honneur d'un parent défunt, c'est le vœu le plus cher de chaque paysan. On ne songe guère à y briser les croix.

C'est la vie simple, calme et reposante du village. Le soir venu, tandis que les vieux se reposent et que les mères chantent une vieille romance en patois alsacien aux enfants qui s'endorment, les jeunes gens se réunissent quelquefois à l'auberge et devisent gaiement en buvant des chopes de bière et en écoutant un graphophone égrener ses rouleaux. Mais quelle unanimité et quel accord le dimanche pour aller à la messe, ce que l'on considère là-bas comme le plus sacré des devoirs I

Aussi dès 9 heures, l'heure de la grand'messe au village, à peine même les cloches ont-elles fait retentir leur joli carillon, que de toutes les maisons, sor-

tent les habitants. La petite église est bientôt remplie et ses voûtes si simples abritent autant d'hommes que de femmes. Les Alsaciennes ont coiffé leur nœud traditionnel et les sévères rubans noirs des femmes alternent avec les couleurs fantaisie et écossaises des jeunes fdles. Certaines, pour imiter sans doute les élégantes de Strasbourg, ont dédaigné la coiffure du pays, cette coiffure qui nous est si chère, et portent le chapeau de la ville.

Bien près de la chaire les enfants des écoles se serrent sur les bancs de bois. Là-haut, près de l'harmonium, les chantres se sont groupés.

Ce sont pour la plupart de robustes cultivateurs à la voix grave et forte, à la conviction profonde et sincère. La messe commence, les chants sacrés s'élèvent, le prêtre officie, toutes les tôles s'inclinent, les fronts se prosternent et les hommes s'agenouillent ; les feuillets des saints livres se tournent sous les gros doigts. L'humilité est complète.

Le Parisien presque incroyant, sceptique et railleur est soudain disparu en moi. Les chœurs m'émeuvent jusqu'aux larmes, car c'est la voix de l'Alsace qui monte vers le Ciel et j'écoute ces chants comme si je les entendais pour la première fois et comme si je voulai.s y trouver une prière pour la douce France... qui ne croit plus peut-être.

nAOUBNAO

De Ilochfcldon le train à l'allure si lento arrive enfin à Hagucnau. C'est une petite ville, très ancienne,

assise au bord de la Moder, sur une terrasse ; on y parle beaucoup encore le français et le passant y retrouve un peu des souvenirs historiques que rappelle son passé.

Haguenau fut en effet, du onzième au treizième siècle, la résidence des empereurs d'Allemagne et l'ombre de Frédéric Barberousse semble se projeter encore sur les murailles grises de ses vieux palais. Elle fut aussi le siège du prévôt impérial, premier magistrat de la Ligue des villes libres d'Alsace ; elle vit la comparution de Richard Cœur de Lion devant une assemblée de princes allemands réunie pour fixer sa rançon, lorsqu'il fut tombé entre les mains de Henri VI ; la réunion de la noblesse de la basse Alsace en 1522 et enfin en 1530, la session de la Diète de l'Empire tenue au Palais Impérial.

La guerre de Trente Ans et les guerres de Louis XIV ruinèrent Haguenau, autrefois riche et florissante. Sous l'administration française, elle fut déclassée comme ville forte, mais elle est devenue, depuis l'annexion par les Allemands, le siège d'une direction de cercles et est occupée par une assez importante garnison : un régiment de cavalerie, un régiment d'infanterie et un l)atailIon de chasseurs.

L'uniforme bleu clair avec brandebourgs de la cavalerie allemande, rappelle dans sa joliesse nos anciens costumes d'autrefois et dans ce cadre ancien on semble retrouver un décor très réussi d'une de nos scènes de théâtre. Que n'en est-il ainsi, hélas I

Haguenau possède deux ravissantes églises du douzième et du treizième siècle ; l'église Saint-Nicolas et l'église Saint-Georges. Cette dernière surtout est une merveille d'art d'un style sévère et simple, qui laisse un souvenir inoubliable.

C'est non loin de Haguenau, dans la grande et magnifique forêt qu'il faut traverser pour aller vers Reischoffen, que se trouve, sur les bords de l'Eberbach, le vieux chêne de l'Ermite où, selon la croyance populaire, s'élevait la cellule de saint Arbogaste, l'un des premiers évoques de Strasbourg, le patron de l'Alsace.

WOBRTH, NIEDERBRONN, FROESCH WILLER, REISCHOFFEN

0 spectacle inoubliable que celui de la terre d'Alsace vue de ces hauteurs. Quel horizon splendide et quel flamboiement de lumière !

C'est un cri d'admiration qui s'échappe de ma poitrine pour saluer cette immensité, d'où l'œil embrasse le plus beau pays qu'il soit.

Penché sur ces vallons et ces forêts immenses quel est celui de nos compatriotes, qui ne comprendrait, ne sentirait toute la valeur inestimable de la perte que nous avons faite en donnant cette province I Et c'est en parcourant ce vaste terrain où tant de vies humaines ont été englouties que l'Alsace apparaît la plus belle, la plus riche et la plus radieuse au Français qui la contemple émerveillé.

L'air vif qui fouette son visage a un parfun de terroir qui l'enivre et quand le vent fait bruire les sapins, son gémissement dans les branches lui semble les murmures et la plainte de l'Alsace et son écho se prolongeant en lui, c'est toute l'Ame alsacienne qui semble frissonner en exhalant sa souffrance.

Puis il se recueille et nicdilc. Une vision passe qui

obscurcit de sa nuit, qui rougit de son sang, le spectacle qui s'offre à ses yeux éblouis. Et soudain, au-des?ous de lui, se dressent des fantômes et des spectres avec des reflets de sabres, des crânes casqués de fer et des armures sanglantes et tout cela hurle, et tout cela se précipite avant de disparaître au lointain. C'est, pour la dernière fois en Alsace, la France qui passe avec la Gloire...

Tout est calme et silencieux. C'est la Paix de la terre féconde. Rien ne trouble plus la quiétude du jour, le repos et la trêve de la Mort.

L'humanité apaisée s'assoupit et s'endort ; seul làhaut peut-être, le dieu Mars veille...

Et cependant les pensées du Français sont tumultueuses, son cœur est angoissé, son corps sue la fièvre, son âme est empoisonnée, son visage reflète la souffrance. S'il regarde le sol sous ses pas, il lui semble distinguer dans l'ornière du chemin, une tache rouge... tandis qu'en lui, confusément, parle la voix du sang.

Et il se surprend à répéter tout haut : Woerth, Niederbronn, Froeschwiller, Reischoffen.

Que de sang, que de larmes, que de souvenirs, que de regrets et que de reproches dans ces noms I

Reischoffen est devant nous avec son église si pittoresque et nous accomplissons notre triste pèlerinage en parcourant tous les petits villages qui virent de si grandes choses et qui maintenant ont quitté leur apparence tragique pour prendre l'aspect séduisant de tous ces petits coins d'Alsace.

Des houblonnières laissent, à côté des croix, leur souvenir terrible et semblent des fosses toutes prêtes a recueillir de nouvelles victimes.

Entre les deux versants de la Sauer, s'élève un petit bourg au-dessus duquel se dresse une grosse tour carrée qui le domine, c'est Woerth.

Des collines de chaque côté de la rivière, constituent de véritables glacis, à travers champs des chemins creux, des ravins et des houblonnières défoncent le terrain comme il y a trente ans et là, sur le sommet des hauteurs boisées, apparaissent : Morsbronn à 180 mètres d'altitude, le petit hameau d'Elsashausen à 248 mètres, Froeschwiller à 260 mètres et enfin Neehwiller à 280 mètres.

C'est de là que dévalèrent les charges héroïques, si vivantes dans tous les esprits, le 6 août 1870, et dont le souvenir a été consacré par un obélisque de pierre, élevé dans les vignes, au bord du chemin de Mertzwiller.

Nous trouverons ainsi sur ce vaste champ de bataille, de distance en distance, des monuments rappelant la tragédie épique dont ces lieux furent les témoins.

C'est du côté d'Elsashausen, « le noyer de Mac- Mahon » d'où le maréchal dirigea la bataille et s'écria, dit-on, lorsqu'il vit la défaite et ordonna la retraite : « Je suis vaincu par le nombre... pauvre France I » Cet arbre a été entouré d'une palissade en bois et quel Français ne viendrait y songer à la fatalité si puissante qui s'acharna sur nous I

Non loin de là s'élève le monument allemand de la Victoire, face à Woerth; c'est une colonne surmontée d'un aigle en bronze, entourée de quatre Renommées portant dos couronnes et des palmes. De ce côté se dressent de nomliroux monuments <nevés à la mémoire des soldats prussiens tombés en 1870 ou à la gloire do € la plus grande Allemagne » . Ce sont dos masses do

pierres énormes, des monuments colossaux, des « Germania » et des « Gloire » semées à profusion.

Comme l'on s'arr*1te alors soudain ému devant cette simple tombe où flotte encore un bout de ruban à nos trois couleurs, sur la route de Woerth :

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