‹ L'Alsace-Lorraine de nos jours;Chapitre 2 sur 29 · PREFACE V · texte numérisé non relu

PREFACE V

sujétion de T Alsace-Lorraine au milieu des Élals con!"édérés allemands. Dès lors, silos annexés veulent échapper à la }dus rapide décadence, s'ils veulent user des ressources de FEmpire, au même titre que les autres provinces, il faut nécessairement qu'ils laissent de côté la protestation politique

Les députés d'Alsace-Lorraine ne peuvent pas à la fois irriter le Reichstag et Tintcresser à leur situation économique. Comment, après avoir déclaré hautement : « Nous n'avons rien de commun avec vous », auraient-ils chance d'obtenir la bonne volonté allemande pour l'industrie alsacienne? Les députés des divers Etats allemands, trop heureux de sauvegarder leurs intérêts locaux, répondraient : « Que viennent nous demander ces Alsaciens-Lorrains, puisqu'ils déclarent ne pas nous connaître! » Et l'on verrait se prolonger cette pitoyable situation des Allemands tirant parti des ressources fiscales de l'Alsace-Lorraixie sans lui on retourner aucune parcelle.

Je prends les mots dans leur sens précis. Quand on dit : « Il n'y a plus de députés protestataires », cela ne signifie point, grafitl Dieu ! qu'il n'y a plus dWlsaciens-Lorrains pour protester dans leur àine et conscience ou bien dans le privé contre le traité de Francfort. Mais on exprime par là ce fait politique qu'il n'y a plus d'élus recevant le mandat de proclamer au 'Reichstag la volonté de leurs circonscriptions de ne pas être allemandes.

VI L'ALSACE-LORRAliNE DE NOS JOURS

Tout Français intelligent reconnaîtra la nécessité de cette modification des apparences en Alsace-Lorraine. Dans l'état des choses, la protestation si héroïque, si nécessaire d'abord et toujours si légitime, sembleraient quelque peu ridicule. Et c'est nous, Français, qui le voulons ainsi! Allez donc, députés de Metz et de Strasbourg, invoquer la France à Berlin quand notre gouvernement tend les deux mains à la triplice ! Le magnifique discours protestataire des premiers temps ne correspondrait plus aux réalités de la pohtique française. Plus que jamais, certes, il ferait ricaner les membres du Reichstag, en même temps qu'il leur permettrait d'écarter sans examen toute discussion sur les intérêts matériels de l'Alsace-Lorraine.

Cette situation, on la voit et, mieux encore, oq la comprend, en lisant l'ouvrage très exact de Florent-Matter. L'auteur explique d'une manière excellente que, là-bas, les divers partis ont toujours évolué sous raclion de la politique française et notamment d'après nos rapports avec le Vatican. Sur ce point, on no saurait trop insister. Notre ami retrace savamment les diverses étapes et je voudrais dire les costumes successifs do la fraternité que nous gardent ces Français abandonnés par nous. Car il n'y faut pas d'équivoque! Florcnt- Maltcr l'a très bien vu : la protestation, i)0ur no plus retentir en éclats oratoires, n'en est pas moins

PRÉFACE vu

savante dans lo cœur des annexés. La civilisation prussienne est trop grossière, trop neuve, pour se faire accepter de ceux qui connurent une fois les forces et les douceurs françaises. C'est ce que confirment des étrangers, le Russe Novicow, le Suédois Nystram, qui viennent de parcourir l'Alsace-Lorraine, Bien plus, si les Allemands d'Allemagne affectent systématiquement de croire à une fusion complète, leurs compatriotes établis en Alsace-Lorraine et qui sentent la sourde et profonde hostilité leur donnent le démenti. Un vieux magistrat allemand, domicilié à Saverne, M. Stiewe, écrit : o L'éloignement réciproque entre les deux populations grandit chaque année ». Et M. Werner Witlich, le professeur d'économie politique à l'Université de Strasbourg, déclare : « Ce peuple lient à la France par toutes ses fibres ».

Maurice Barrés.

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