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CHAPITRE III

l'ALSACE-LORBAINB aux ALSACIENS-LOURAINS A LA CONQUÊTE DBS POUVOIRS POLITIQUES.

Quels motifs impérieux incitent donc les Alsaciens- Lorrains à faire tant de concessions à l'Allemagne, pour conquérir des pouvoirs politiques et obtenir une constitution, diront sans doute ceux qui ne connaissent point la situation créée aux pays annexés, par le traité de Francfort?

Des nécessités matérielles de premier ordre avonsnous déjà répondu et allons-nous répondre encore en les exposant.

On s'est trop complu en France, à ne voir dans la situation faite aux proscrits d'au delà « de la ligne bleue des Vosges », qu'une question sentimentale : leur souffrance et leur douleur d'être en exil, de supporter le joug du vainqueur.

Cela certes existe, mais il y a davantage : c'est la question strictement matérielle, la condition même d'exister, les moyens de vivre, pour pouvoir attendre, avec ou sans espérance, et durer jusqu'au jour que choisira le Destin pour le triomphe de cette Justice immanente dont parlait Gambetta.

« Depuis trente-trois ans, il y a des artistes et des écrivains pour représenter l'Alsace en femme éplorée

qui lève les yeux au ciel et qui laisse rouler sur ses joues des larmes énormes. Ces clichés dégoûtent les amis de la pudeur et de la vérité (1). »

C'est qu'en effet il ne suffit pas de regrets et de sensibleries « mais pour durer, pour attendre, il faut, plutôt que de vaines paroles, deux choses : du pain et des armes. De là leur silence et leur nouvelle tactique (2) » .

Là est toute la vérité exprimée ainsi dans le langage de l'implacable réaUté.

Quelles armes réclament les Alsaciens-Lorrains aujourd'hui pour pouvoir combattre demain : la liberté de la presse, — leurs efforts en ce sens jusqu'ici n'ont pas été inutiles, — des libertés d'association et de paroles qui n'existent pas chez eux, enfin la revision de la Constitution ou plutôt l'élaboration d'une nouvelle Constitution, qui garantisse leurs droits et sauvegarde leurs intérêts.

L'annexion n'a pas seulement fait de leur pays une province allemande, elle a presque ruiné au début l'industrie alsacienne en lui fermant subitement ses principaux débouchés et en la privant de sa clientèle française.

D'autre part, le protectionnisme français a élevé entre elle et nous une barrière presque infranchissable et les droits d'entrée très élevés des pays limitrophes ne lui ont plus permis d'écouler ses produits; le manque de moyens pratiques de transports et de voie navigable l'empôchont enfin de particfper au grand mouvement d'exportation créé par Guillaume 11, pour rAllemagne.

Celle-ci de son côté, s'est efforcée, en outre, de

(1) Maurice Darrùs.

(2) Ibid.

ruiner à son profit l'industrie textile alsacienne pour favoriser le développement de son industrie nationale.

L'agriculture, de florissante qu'elle était, tomba dans une situation très difficile ; la culture du houblon et de la vigne se ralentirent et la valeur du sol baissa encore, quand l'émigration vint priver subitement le pays d'une partie de ses forces.

Ce ne fut que bien lentement ensuite et peu à peu que se rétablirent ses moyens d'existence, et cependant depuis plus de trente-cinq ans, il faut vivre I

Est-il vraiment sage et serait-ce vraiment aimer son pays, que de vouloir le priver encore, par une protestation intransigeante dont on ne voit pas l'issue, des richesses qui peuvent contribuer le plus utilement à son activité et son développement économiques ?

Avec des armes, ne l'oublions pas, il faut surtout t du pain » !

Or, le progrès nécessite des améliorations constantes et pour pouvoir les réaliser, ne faudra-t-il pas prendre contact avec le Maître qui dispose des faveurs, qui accorde les autorisations, qui permet les entreprises.

L'Allemagne les accordera- t-elle à une population, à une représentation parlementaire, qui se déclareraient ouvertement en guerre contre elle et qui ne voudraient reconnaître ni son gouvernement, ni son autorité?

Personne ne peut être assez fou et naïf pour le supposer.

Tout cela est beaucoup plus sérieux que ne se l'imaginent ceux qui ont ici la rancune facile et voudraient voir la haine toujours tenace au cœur des annexés, sans doute parce que leurs intérêts n'ont jamais eu à souffrir de l'expression de leur sentiment patriotique v

Aussi, pour toutes ces raisons, n'y a-t-il plus en Alsace de députés protestataires. C'est dans les cons-

ciences que s'est réfugiée la protestation, c'est dans les cœurs, plus que dans le langage, que survit désormais la France. Et ceux qui les connaissent peuvent affirmer qu'elle n'est pas près de mourir...

« La protestation, a dit Preiss, qui fut autrefois l'un des plus fidèles champions de notre cause, a été faite par le peuple alsacien et ses députés au moment de l'annexion. C'est là un fait historique indiscutable sur lequel il n'y a pas à revenir, et qu'il est inutile de renouveler. Peu importe que personnellement Pierre ou Jacques soient protestataires : la population dos provinces annexées n'exprime pas à nouveau, dans les élections actuelles, ses protestations faites une fois pour toutes. Que si le gouvernement veut supprimer le fait historique, qu'il organise un plébiscite par lequel les électeurs d'aujourd'hui retireront leurs déclarations faites en 1871 ».

Ces paroles sont à méditer...

Quelle est la situation faite à l'Alsace-Lorraine par le traité de Francfort?

L'Alsace-Lorraine n'est point un pays confédéré, c'est une terre d'Empire ou plus simplement : une province annexée. Les Chambres badoises, bavaroises, etc., ont leur autonomie parlementaire et administrent leur province selon l'idée et les vœux des habitants. Le Landeaausschuss (délégation du pays), est au contraire BOUS la tutelle absolue du Reichstag qui peut lui imposer dos lois d'ordre intérieur. Il n'a pas le pouvoir do légiférer sans l'intervention du Uciehstag ou la ratification du Bundesrath (Conseil fédéral); or, l'Alsace- Lorraine n'y est représentée que par trois députés qui

ont seulement voix consultative et n'ont pas le droit de prendre part au vote.

C'est cet odieux régime d'exception dont les Alsaciens- Lorrains demandent la suppression. Ils veulent se créer une nationalité qu'ils entendent pouvoir de'fendrc au même titre et avec les miîmes droits que les autres Étals confédérés dans l'Empire.

Les annexés ratifient implicitement ainsi la conquête, ils reconnaissent publiquement le traité de Francfort et rattachent définitivement leur patrie à l'Empire nllumand, nous dit-on. Ce sont là de bien grands mots. La France, pour de prétendues nécessités de politique extérieure que nous n'avons pas à examiner, a-t-elle semblé faire autre chose en allant à Kiel et à Bergen ? Ce ne sont là de part et d'autre que des événements basés sur le maintien du statu quo. N'exagérons rien. Nous avons en France l'épithète facile : ralliés à l'Empire, germanisés I C'est de l'injustice et de la stuoiditë.

L'interprétation donnée en ce sens au vœu de la délégation d'Alsace-Lorraine est absolument fausse. Il s'agit simplement, a répondu Maurice Barrés « de l'effort d'un captif pour desserrer ses menottes », « pour soulever la pierre afin de respirer », a dit l'abbé Wetterlé.

Il y a en France fort heureusement des Alsaciens qui le comprennent — c'est encore, il est vrai, la minorité des « optants » et très courageusement le Messager (V Alsace-Lorraine (1) qui se publie ici, défend cette opinion contre la majorité de ses compatriotes, qui

(1) Lo Ménager d'Alsace-Lorraine qui so publie à Paris et auquel nous avons emprunté beaucoup do documents cités dans cet ouvrage est dirigé par un Alsacien de talent, et sa collaboration est purement alsacienne et lorraine.

n'obéissent qu'à l'impulsion de leur sentiment, et restent peu éclairés et mal renseignés sur cette grave question.

« Nous, nous sommes des réalistes, écrit-il.

« Nous croyons que le maintien de l'influence morale de la France en Alsace-Lorraine vaut mieux qu'une stérile protestation qui risque de rendre à jamaris infranchissable la barrière des Vosges. L'aventure de 1887 n'est pas à recommencer. Trop de fils ont alors été coupés, que nos aînés ont eu beaucoup de mal à tendre de nouveau. Notre agitation, personne ne peut nous l'interdire. Mais une politique de revanche provoquerait de la part du gouvernement une telle répression que tout ce qui a été fait depuis quelques années pour affermir la conscience alsacienne serait anéanti du môme coup.

« Nos mœurs, nos traditions, notre attachement au passé, voilà des forces vivantes bien autrement durables que les rêveries malsaines des métaphysiciens de la justice et du droit. »

La constitution nouvelle, l'autonomie qui ne ressemble en rien à celle que défendaient autrefois les renégats ou les immigrés allemands contre les députés protestataires, a pour but de maintenir tout cela.

La lutte est déjà engagée, de nombreuses discussions ont eu lieu, divers projets ont été examinés. Le Landesausschuss, élu jusqu'ici au scrutin à deux degrés s'est prononcé pour l'élection au suffrage universel direct.

I/Alsace-Lorraine aurait alors réellement un Parlement national. En obtenant ensuite, de se faire représenter au Conseil fédéral, avec les mômes gaianties que les autres pays confédérés, son indépendance serait complète.

Cette question, on le conçoit, est donc de la plus grande importance et l'on s'étonne moins que certains catholiques, pressés d'aboutir, aient pu préconiser et aider ensuite à la fusion avec le centre allemand, pour obtenir son appui.

Les débats qui se poursuivent depuis plus d'un an donnent lieu souvent d'ailleurs à d'intéressantes déclarations qui nous rassurent.

M. Blumenthal, ancien député d'Alsace, n'hésitait pas à déclarer lui-m(5me au cours d'une discussion publique :

« Il ne faut pas méconnaître, que l'influence morale de la France sur l'Alsace-Lorraine n'a jamais, depuis la séparation, été aussi grande qu'aujourd'hui (1). »

Les Alsaciens-Lorrains réussiront-ils dans cette conquête de leur t nationalité » qui doit rendre l'Alsace- Lorraine à elle-même !

Leur admirable ténacité — une grande vertu alsacienne — pourrait le faire espérer et si nous ne nous en réjouissons pas car cette lutte peut rendre nécessaires certaines concessions de leur part qui blesseront peut-être notre amour-propre national en les faisant eux-mêmes beaucoup souffrir, nous n'exprimons pas une idée paradoxale en affirmant que c'est justement parce que l'Alsace-Lorraine ne veut pas être allemande qu'elle reconnaît l'Empire et réclame sa place parmi les autres pays confédérés...

Ce n'est pas la première fois d'ailleurs que des députés d'Alsace-Lorraine déposent au Reichstag un projet de constitution nouvelle. Ce n'a été jusqu'à ce

(1) Discours de M. Blumenthal, au Landesausschuss, H février 1905.

jour qu'une longue série d'efforts restés sans résultat et quoiqu'en pensent les promoteurs de cette campagne de réforme, nous ne croyons pas qu'ils soient bientôt près d'obtenir la victoire.

Au mois de mars 4906. M. le chancelier de Bûlow, répondant à M. Spahn, député du Centre, auteur d'une motion i demandant que l'on accorde à l'Alsace-Lorraine, en tant que membre de l'Empire, une représentation autonome au conseil fédéral » déclarait à la tribune du Rcichstag :

« La question qui se pose tout d'abord est celle de savoir comment devront être nommés les mandataires d'Alsace-Lorraine auprès du conseil fédéral.

« La nomination par le Landesausschuss est exclue par la Constitution : la nomination par le Statthalter augmenterait l'influence de la Prusse au désavantage des autres états confédérés. Cette question a une telle importance 'politique que nous devons laisser provisoirement aux autorités compétentes le droit de préciser l'époque à laquelle il conviendra de modifier la situation constitutionnelle de V Alsace-Lorraine. Il ne m'est pas possible, ajoutait M. de Biilow en terminant, de discuter davantage cette motion avant que l'unanimité des gouvernements confédérés ait été obtenue au sujet de toutes les questions qui y sont relatives. »

Le sort réservé à l'interpellation de M. Ricklin, député de Thann, le 12 avril 4904 et à la proposition libérale de M. Goetz, le 18 octobre avait montré qu'à ce moment déjà rEini)ire ne semblait guère disposé à examiner la constitution de l'Alsace-Lorraino. Dcpuia et après le discours do M. de Uiilow la situation semble bien iître restée la môme si l'on en croit cette dépôcho adressée au Temps, par son correspondant berlinois, lo 5 décembre 1905 :

« J'apprends, au sujet des perspectives d'assimillation de l'Alsace aux autres états fédérés, que le gouvernement impérial serait heureux de voir les pays annexés formuler leur loyalisme sous la forme de semblables propositions. Il ne les découragera jamais, mais il ne croit pas pouvoir encore y donner satisfaction. »

M. l'abbé Wetterlé, le grand initiateur de ce mouvement réformiste, s'est peut-être un peu trop pressé de se réjouir. Les promesses reçues à Berlin pourraient bien ne rester encore longtemps que des promesses et il ne faudrait pas cependant que pour obtenir un régime plus libéral et plus équitable, les députés d'Alsace-Lorraine soient prêts à faire toutes les concessions. Il ne faudrait pas enfin comme le faisait observer cet adversaire de la fusion avec le centre dont nous avons cité l'opinion dans ces pages, que ces prêtres « soient plus soucieux des intérêts de l'Église que de ceux du pays » .

Un projet déposé il y a quelque temps oflrait déjà la souveraineté des provinces annexées à l'empereur Guillaume II; que cela existe en fait, c'est incontestable, mais il nous semble qu'il eût été plus digne de ne pas le souligner encore par cette manifestation de loyalisme exagéré, et bien inutile.

Il ne reste plus à la délégation d'Alsace-Lorraine qu'à s'associer aux paroles de M. Ricklin, déclarant en déposant sa motion qu'il voterait à l'avenir les crédits militaires allemands pour que, sans se rapprocher de l'Allemagne, l'Alsace-Lorraine s'éloigne d'elle-même, de la France.

Nous comprenons certes, le sentiment qui guide ses représentants et de la façon la plus impartiale, nous avons montré dans le chapitre précédant celui-ci, que

notre patriotisme nous faisait un devoir de comprendre de la part des annexés, certaines déclarations et certains actes tendant à leur faire obtenir plus de liberté et plus d'indépendance.

Mais de cela à approuver tout ce qu'ils pourraient tenter dans ce but, il y a un grand pas et ce n'est pas nous qui le franchiront. Nous espérons qu'ils sauront le sentir et qu'ils se refuseront à aller si loin dans cette voie des concessions au gouvernement de Berlin. Ils pourraient motiver alors des réflexions de leurs compatriotes, plutôt dures à entendre comme le témoignent déjà celles-ci :

« Pendant que des docteurs allemands passent leurs journées et leurs nuits à rêver un arrangement francoallemand, des Alsaciens-Lorrains, réunis sous la coupole du palais de Strasbourg, mendient une constitution allemande. Le contraste est piquant, et il semble singulier que, pour des victimes de l'annexion, la question d'Alsace-Lorraine soit tout à fait oubliée et même réglée, tandis que, pour beaucoup de nos conquérants, elle demande toujours impérieusement une solution, et que rien ne leur paraisse définitif sans un arrangement avec la France (i). »

Avec les meilleures intentions du monde, les députés catholiques d'Alsace-Lorraine pourraient bien devenir les dupes des conquérants et c'est peut-être à quoi ils ne semblent pas assez réfléchir.

D'ailleurs les populations d'Alsace-Lorraine semblent peu décidées à les suivre au cas où ils exagéreraient leur t loyalisme » par combinaison parlementaire.

Les Allemands l'ignorent si peu que dans un article de tête consacré à l'Alsace- Lorraine, le Deuslclie

(1) Le Courrier ahacxcn-lorrain, 23 avril 1905.

Tagei Zeitung (29 décembre 1907) de Berlin estimait que l'autonomie seraitdangereuse pour les Alsaciens- Lorrains et que le particularisme qui se développe dans les pays annexés et qui a pris pour formule de ralliement : « l'Alsace-Lorraine aux Alsaciens- Lorrains », ne peut être aucunement comparé au particularisme des Bavarois, qu'enfin beaucoup de symptômes prouvent que le passé n'est pas mort dans les cœurs des annexés et que l'on a eu grand tort après la guerre de ne pas partager l'Alsace-Lorraine entre la Prusse, la Bavière et le Grand-Duché de Bade car cela eût évité aujourd'hui de laisser se créer une unité nouvelle dont les visées sont nettement empreintes de tendances séparatistes. »

La lecture de Durs'Elsass, hebdomadaire mulhousien, publié en dialecte local par le dessinateur Henri Zislin, suffirait encore à nous en convaincre si nous pouvions en douter, lorsqu'il explique en ces termes, pourquoi l'Alsace-Lorraine demande l'autonomie (février 1908) :

« Nous ne nous gênons pas du tout de dire et nous le répéterons à qui veut l'entendre, chaque fois que nous en aurons l'occasion, que nous sommes complètement dépourvus de ces sentiments allemands que les Prussiens voudraient nous imposer.

« Mais si nous réclamons aujourd'hui l'autonomie, la revision de la Constitution, si nous voulons nous gouverner nous-mêmes, c'est non seulement, à cause de l'injustice que fut l'annexion..., mais encore parce que les Allemands maintiennent dans un inexcusable état d'exception des milliers d'hommes, d'hommes civilisés qui possèdent une histoire à eux, une vie politique et intellectuelle qui leur est particulière... »

Enfin, en plein Parlement d'Alsace-Lorraine, reten-

tissent des paroles plus énergiques et plus dures encore (1).

Un jeune représentant de Colmar-Turckheim, M. Pfleger, élu en 1906, prend à partie très courageusement, mais peut-être imprudemment, le secrétaire d'Etat, M. de Kœller, et proteste avec la dernière énergie contre la situation de l'Alsace-Lorraine. Il accuse le gouvernement de berner les Alsaciens-Lorrains par de fallacieuses promesses qu'il n'eut jamais l'intention de tenir. « Ces promesses, dit-il, il les prendra au sérieux lorsqu'il verra un commencement d'exécution.

« Le gouvernement n'a jamais montré à l'égard du Landesausschuss que la plus insigne mauvaise volonté. Nous lui rendrons la vie amère et, au besoin, nous refuserons de voter le budget; il est vrai, ajoutat-il, que, dans ce cas, il serait voté par le Reichstag.

« Nous voulons être les maîtres chez nous et noti plus être aux ordres de Berlin. L'Allemagne n'est pas assez puissante pour faire, chez nous, une nouvelle Pologne. Nous nous y opposerons et nous ferons appel aux nations civilisées I

« La question d'Alsace-Lorraine a un caractère international, et si Berlin nous y pousse, nous serons, nous aussi, amenés à prendre des mesures violentes. »

Le secrétaire d'État, Von Kœller, très ému, beaucoup plus ému qu'il ne voulait le paraître, réplique : € Le discours incendiaire que vient de prononcer M. Pfleger ne hâtera pas la solution de la question de l'autonomie. Comment voulez-vous que je me présente à Berlin, au Bundesrath, avec un pareil langage? On me répondra : « Vous avez perdu la raison, t si vous vous imaginez que nous allons obéir aux

(1) Scanco (iu LandosauRschUBs, du (\ l'ôvrior 1908

L'ALSACE-LORRAINE AUX ALSACIENS-LORRAINS iS9

• ordres d'un pareil individu I i Encore quelques discours du genre Pfleger et. . . vous pourrez attendre une vingtaine d'années avant do reparler de l'autonomie de l'Alsace-Lorraine. »

Alors intervient M. Blumenthal, chef du parti libéral: « M. le secrétaire d'Etat, dit-il, affecte une Indignation déplacée. Sans me rendre solidaire de M. Pfleger, j'estime que ses revendications, formulées peut-être dans un langage auquel on n'est pas habitué dans cette enceinte, sont parfaitement légitimes.

« La revision de la Constitution ne dépend pas d'un mot vif ou déplacé prononcé par un député. Nous revendiquons nos droits et pas autre chose. Nous n'avons que faire des faveurs. C'est le droit qu'il nous faut I »

Il faudra sans doute encore à M. l'abbé Wetterlé beaucoup de diplomatie et d'habileté pour obtenir du gouvernement de Berlin la Constitution nouvelle qu'il préconise, aussi souhaitons-nous que ce ne soit pas au prix de nouvelles concessions dont notre patriotisme et notre amour pour les annexés auraient à soufl"rir.

Nous croyons, quant à nous, que l'Alsace-Lorraine obtiendra difficilement cette autonomie politique qu'elle réclame. L'Allemagne sait très bien, en efl'et, que si elle peut ou pourra peut-être un jour s'attacher les élus des provinces annexées, en se prêtant à leur tactique politique, il n'en sera pas de même des populations. Que celles-ci suivent actuellement leurs représentants dans le chemin où ils les conduisent par la promesse d'obtenir des satisfactions matérielles, c'est possible mais cela ne les empêchera nullement de conserver pour la France une affection sincère que les procédés de l'Allemagne ne pourront jamais détruire, affection dont les conquérants eux-mêmes savent toute la profondeur.

Que le gouvernement donne l'autonomie au territoire conquis, avec la parité des deux langues dans l'enseignement et dans les services publics, et dans cinquante ans l'Alsace-Lorraine tout entière parlera français I

Là est en réalité la plus grande objection de l'Allelemagne contre l'autonomie et cela n'est point pour nous déplaire,,.

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