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LE CENTRE ÂLSACIEN-LOBRAIN ET LES ELECTIONS DE

Il n'est pas môme jusqu'aux usages parlementaires de l'Allemagne qui n'aient été pour l'Alsace-Lorraine un argument en faveur du ralliement au grand parti du centre catholique. Au Reichstag, en effet, les décisions les plus importantes, le travail le plus utile, sont accomplis au sein des commissions et les séances publiques ne servent en général qu'à ratifier ou à sanctionner les mesures ou projets élaborés ainsi. Il existe une discipline à ce sujet qu'on ne connaît point chez nous.

Or, aucun député ne peut faire partie de ces commis.sions s'il n'est inscrit à un groupe politique du Reichstag comptant au moins quinze membres, et de même aucune motion, aucun projet ne peuvent ôtre déposés s'ils ne sont présentés par quinze députés au moins.

Par conséquent un parti qui, comme la représentation d' Alsace-Lorraine avant la dissolution du Reichstag, comptait seulement onze membres, en réalité,

n'aurait pas existé puisqu'il n'aurait pu s'associer à aucune des délibérations importantes tenues dans les commissions parlementaires.

Aussi les grands partis, dont l'influence dans les commissions est proportionnée au nombre de ses membres, ont-ils intérêt à attirer à eux les dissidents.

De là l'usage d'accueillir dans les groupes les petites fractions comptant moins de quinze membres à des conditions particulières.

Sous le nom de zugezachlt (comptés avec), les députés des petits groupements figurent sur les contrôles d'un grand parti qui gagne ainsi d'autant plus de sièges dans les commissions. En échange, il en réserve un aux zugezachlten, quand ceux-ci ont des intérêts à dé- Icndre ou des lois à proposer, en quoi ils peuvent compter sur l'appui du parti tout entier. En dehors de cela, ils gardent leur indépendance.

Il y a aussi les Hospitenten (hôtes). Ceux-ci deviennent membres du grand parti qui les accueille, en exercent les droits, mais réservent leur indépendance sur certaines questions convenues à l'avance. C'est ainsi que les Guelfes (Ilanovriens) protestants sont les t hôtes » du centre cathoUque.

Le parti catholique alsacien devint donc par la force des choses zugezachlt avec le centre, ce qui lui donna la vie tout en sauvegardant son entière indépendance.

Tout l'effort du centre devait tendre dès lors à obtenir son incorporation absolue.

Le congrès de Mannheim, le congrès de Strasbourg marquèrent les étapes dans cette voie, mais les Alsaciens résistaient héroïquement sur ce nouveau terrain.

Malgré les plus pressantes sollicitations des catholiques allemands qui leur promettaient de les aider à

Ai

obtenir l'autonomie, ils ne capitulèrent point et conservèrent leur entière indépendance.

Aussi dès 4903 le parti du centre soutenait-il contre eux quatre candidats en Alsace-Lorraine. Ceux-ci furent battus, mais c'était à la fois une menace et un avertissement aux annexés irréductibles.

La politique française devait aussi, comme elle n'a cessé de le faire depuis l'annexion, exercer son influence au delà des Vosges et contribuer à modifier l'état d'àme des populations. Il est facile, hélas! de présumer dans quel sens.

« Le résultat des élections françaises, écrivait h l'Énergie française, au lendemain des scrutins des 6 et 24 mai 4906, son correspondant alsacien, M. Pierre Braun, était attendu avec une curiosité inquiète : l'eflet produit est déplorable. Les journaux alsaciens-lorrains tiennent leurs lecteurs au courant des affaires de France plus même que de celles de l'Allemagne et les passions qui divisent l'ancienne patrie trouvent leur écho souvent bruyant dans les milieux annexés. Il est donc naturel que les libéraux (4) manifestent une satisfaction complète. Mais ils sont une minorité. La grande masse, toute catholique, ouvriers et paysans, inuigine le mal plus grand qu'il n'est; le découragement, que les événements du Maroc avaient un moment rlissipé, renaît, la politique française a plus fait depuis huit uns pour la transformation de l'opinion que trente-cinq années d'efforts allemands. »

(1) Cette (^plthèto corrospond assez avec colle en Franco de : radical ou radical-socialiste.

Que cette influence morale ait contribué à modifier l'orientation des partis, cela ne fait aucun doute pour tous ceux {jui connaissent les choses d'Alsace. Et M. Weber, représentant de Boulay à la Ddli^gation ot qui n'a cessé de lutter en Lorraine pour maintenir, selon son expression, « le particularisme gaulois » pouvait écrire tristement, interprétant le nouvel état d'Ame des catholiques annexés :

«i 11 est impossible de ne pas voir que la guerre menée en France contre la religion, dont nos gouver nants, au contraire, se montrent respectueux, est un actif agent destructeur pour bien des gens attachés à leur foi. »

Tandis donc que profitant de cette mauvaise humeur les partisans du ralliement au centre redoublent d'activité et de diplomatie pour amener la fusion des catholiques d'Alsaco-Lorruine avec ceux d'Allemagne, les démocrates avec M. Dlumonthal tendent la main aux lih('raiix avec M. Goetz pour faire de la question de l'anticléricalisme la plate-forme électorale des prochaines consultations populaires et le parti socialiste profite do toutes ces querelles religieuses, dont il reste à l'écart, pour se poser comme le champion des droits natiqnaux.

L'évolution des partis ne se fait donc point attendre. Alors qu'en 4903 les comités catholiques régionaux empêchent leurs représentants au Reichstag de se présenter comme candidats sympathiques au centre, ils exigent cette fois que les chefs de la Lnmieipartei, qui cependant n'ont point dissimulé leurs répugnances à nouer cette entente, acceptent la nouvelle étiquette du parti allemand.

Les comités obéissent en cela à leurs tendances démocratiques et à leurs préoccupations sociales qu'ils

trouvent mieux reflétées dans le programme du centre que dans celui de la Landespartei auquel les ouvriers groupés en syndicats chrétiens reprochent ses idées trop conservatrices.

L'abbé Delsor, qu'on ne saurait trop louer en cette circonstance, en prenant la tôte du nouveau mouvement alsacien déjoue fort habilement alors la tactique des centristes allemands qui déjà célébraient leur victoire.

Le 12 juillet, sur son initiative, le comité-directeur de la Landespartei catholique, décide d'abandonner ce titre pour prendre celui de « Comité du centre alsacien-lorrain » , mais t sous la condition formelle que le groupement restera autonome et indépendant de toute organisation étrangère à l'Alsace-Lorraine » .

Et ainsi puisque le comité ne renie rien de son programme particulariste, ce n'est plus « la fusion » tant prônée et tant exaltée, c'est plus simplement selon le mot de l'abbé Delsor : la coopération avec le centre.

Pour la première fois donc, apparaît aux élections cantonales de 4906, le nouveau parti alsacien-lorrain, ou plus exactement l'ancienne Landespartei, sous son nouveau titre de Centrumspartei ou parti du centre alsacien-lorrain. Il s'annonce de suite comme clérical, mais aussi comme démocrate, et surtout très nettement particulariste, il formule son programme dont voici les points principaux :

i" Égalité complète de l'Alsace-Lorraine avec les États confédérés; élection de la Délégation au suffrage universel et direct, large place réservée aux indigènes dans tous les emplois administratifs;

2' Liberté de conscience ; abolition des lois d'exception contre les congrégations ;

3» Maintien des écoles confessionnelles. Extension de l'enseignement de la langue française;

A" Suppression ou modification des impôts récents; élargissement du droit de contrôle de la Délégation en matière financière, réforme de l'assistance publique sans charges nouvelles pour les communes;

5" Réforme de la police des étrangers ; ouverture de la frontière aux officiers français, aux réfractaires et déserteurs alsaciens-lorrains partis dans les premiers temps de l'annexion;

6» Améliorations sociales: caisses de crédit rural; coopératives laitières ou de vignerons; bureaux de placement gratuits, création d'inspectrices de fabrique, réforme libérale de l'assurance agricole, des tribunaux de prud'hommes et de la loi sur les associations et réunions publiques.

Comme on le voit, on ne peut rien trouver dans ce programme qui soit un acheminement vers la germanisation ou qui constitue môme une satisfaction accordée aux Allemands. Croit-on que néanmoins il préside à l'affaiblissement d'un état d'esprit hostile jusqu'alors aux conquérants et à l'amélioration des rapports entre indigènes et émigrés? Qu'on lise alors cette réponse de M. Wetterlé, dans son Journal de Colmar à un jeune rédacteur de la Landeszeitung, journal catholique de Mulhouse qui avait pris à parti M. le chanoine Winterer, pour un choix de candidatures qui ne lui convenait pas.

« ... De quel droit le rédacteur de la Landeszeitung se permet-il d'écrire qu'autrefois il n'y avait pas de partis en Alsace-Lorraine ? Lui est-il permis d'ignorer à ce point notre histoire ? Ou bien a-t-il la prétention de faire dater la résurrection politique de noti'e pays de son hégire, la confiance en soi-même est excusable

chez les jeunes hommes. Il faut cependant ne pas les pousser au delà de certaines limites ; on se couvre sans cela de ridicule.

« Le rédacteur de la Landeszeitiing ne semble pas s'en rendre compte. Il n'est aucun de nos hommes politiques les plus méritants auquel il n'ait cru devoir réserver ses critiques les plus injustes. Cette fois la mesure est comble. Qu'il se dise une fois pour toutes qu'on ne lui passera plus ses caprices inconvenants. S'il s'imagine que nous autres, Alsaciens-Lorrains, nous sommes gens à recevoir constamment les étrivières d'un jeune immigré comme lui, il se trompe étrangement. Nous sommes assez grands garçons pour nous conduire nous-mûmes et, quoi qu'on dise, nous n'avons pas attendu que la lumière nous vint du nord pour voir clair dans nos aflaires.

« Que le bon jeune homme sache donc que, sans l'appui des anciens représentants du pays, tout le mouvement qu'il veut activer, avec la brutalité des plus violents de sa race, ne saurait aboutir que si nos amis politiques n'ont accepté, beaucoup sans enthousiasme (parce qu'ils redoutaient une équivoque) un changement de dénomination, l'étiquette du Centre ne comportait pour eux, ni une nouvelle orientation politique ni une transformation du personnel dirigeant.

« On a simplement voulu faciliter la collaboration d'hommes, dont le concours était naturel, soubaitablo et utile, sans avoir été indispensable, mais dont le rôle dans les circunstances présentes, ne saurait devouir pri'duuiinant. La Landespaiiei (1), dont le nom pr(Mait à des confusions regrettables, s'est donc laissé déba[)tisor. Kilo n'est pas morte. Quant au contre, il sera

(1) 11 H'ôlolt cunslflué uii groupe du LanditiiurUi libérale.

rigoureusement alsacien-lorrain, comme la Lamlesyarlei ou bien il ne sera pas. La résolution votée à Strasbourg est, sous ce rapport, d'une éblouissante clarté.

« Nous serions vraiment bien naïfs de nous en infliger à nous-mâmes une autre plus dure et plus dangereuse que la première. Nous ne nous laisserons en tout cas imposer aucune ligne de conduite, et cela uu nom de la religion, qui n'a rien à voir dans nos démêlés avec d'outrecuidants professeurs de catholicisme politique. »

Aussi la conclusion de tout cela peut fort justement jiinsi écrire un Alsacien, est que si, par amour de l'union, nos hommes politiques les plus autorisés consentent à échanger le nom de Landespartei contre celui de Centrumspartei, ils entendent par là ne rien sacrifier de leur indépendance et conserver au contraire pleine et entière cette liberté d'initiative et d'action dont ils ont besoin pourfaire leur politique à eux et notre politique à nous. C'est qu'ils sont bien résolus à ne pas abandonner à d'autres, qui ne demanderaient pas mieux que de le ramasser, le drapeau du particularisme alsacien-lorrain qu'eux et leurs devanciers, dans la vie publique, ont jusqu'ici défendu si fièrement. C'est qu'enfin tout en reconnaissant loyalement les faits accomplis, ils veulent, d'accord avec le pays, rester après comme avant Alsaciens-Lorrains.

On ne s'étonnera pas que dans ces conditions, les électeurs d'Alsace-Lorraine aient ratifié de leurs votes la transformation plus apparente que réelle de la Landespartei et que le centre alsacien-lorrain ait remporté une victoire aux dernières élections cantonales.

Trente et un cantons étaient appelés à réélire leurs conseillers généraux : douise en Basse-Alsace, huit en

Haute-Alsace et onze en Lorraine. Après le second tour de scrutin les sièges se répartirent ainsi :

Centre indigène : douze sièges, soit un gain de sept sièges dont six aux dépens des indépendants et un aux dépens des libéraux ;

Catholiques indépendants : onze sièges, soit une perte de sept sièges dont un au profit des libéraux ;

Libéraux unifiés : trois sièges, soit une perte de quatre sièges dont trois au profit des socialistes ;

Socialistes : cinq sièges, soit un gain de trois sièges.

Ces résultats atteignent surtout le parti libéral qui avait protesté violemment contre l'évolution de la Ijandcspartei. Le corps électoral alsacien en élisant plutôt des socialistes, a montré qu'il aimait des attitudes nettes ; un fait mérite notamment de retenir l'attention : à Schirmeck, M. Scheidecker, libéral sortant, vivement attaqué sur le terrain patriotique, i>a,r\m socialiste, M. Perrc, qui lui reprochait « son attitude indigne d'un Alsacien qui agrandi sous les plis du drapeau tricolore » n'a conservé son siège qu'avec seulement cinquante voix de majorité et au scrutin de ballotage. Voilà un avertissement qui nous semble assez significatif.

La situation en Lorraine est restée bien différente de celle d'Alsace. Malgré tous ses efforts, V Union populaire n'a pu vaincre les répugnances des annexés à l'égard du centre allemand et les catholiques lorrains, sous l'impulsion de M. l'abbé Collin, dont l'ullilude cependant n'a pas été toujours conforme aux int('r(îts niilionaux, ont netlcMncnt refusé de s'inféoder au nouveau parti constitué en Alsace et de se prêter à l'évo-

lution que l'évoque et le jeune clergé exigeaient d'eux. L'accord n'ayant pu se faire sur ces bases, la scission entre catholiques a persisté au moment des élections cantonales et s'est traduite par l'échec du candidat catholique indigène du « Parti Lorrain indépendant » à Metz contre lequel s'étaient présentés un candidat libéral et un candidat du centre.

Grâce à cette division, M. Weisraann, candidat libéral immigré, put se faire élire au second tour de scrutin en remplacement de M. Moitrier, conseiller général sortant, membre de l'ancien bloc Lorrain constitué en 4903 sur cette devise : « La Lorraine aux Lorrains » .

En vain les partisans du centre se défendent-ils de vouloir faire le jeu de l'Allemagne en Lorraine, les annexés persévèrent dans leurs résolutions et leur attitude.

La Lothrinyei- Volkstimme rendant compte d'une réunion tenue à Saint-Avold, en octobre dernier, par le groupe du centre de l'arrondissement de Forbach imprime :

« L'orateur a déclaré : On dit que le centre vous prussianise. Ce n'est pas vrai. Il n'y a rien de plus ridicule que lorsqu'on met de telles faussetés en avant. Le centre, qui pèse si lourdement sur l'estomac de la démocratie prussienne, ce centre voudrait vous prussianiser ? Non, nous ne voulons pas vous prussianiser, nous voudrions vous déprussianiser un peu. Voyez les nombreux députés bavarois, wurtembergeois et badois qui siègent au centre ; tous tant qu'ils sont n'ont pas encore, par le fait qu'ils appartiennent au centre, renoncé à un iota de leur nationalité ; ils sont encore exactement ce qu'ils étaient autrefois ;

t On dit que nous renonçons à notre indépendance

si nous accédons au centre. C'est une chose ridicule, même si elle est avancée par le Lorrain. Comment peut-on prétendre encore aujourd'hui quelque chose d'aussi enfantin...

« Comme je l'ai déjà dit, aucun des députés bavarois, wurtembergeois, badois, n'a jusqu'ici renoncé à une parcelle de son indépendance. Ces hommes comptent pour quelque chose, ils ne sont pas un zéro, ils sont cent parce que derrière eux il y a cent députés appuyant leurs revendications. »

M. l'abbé CoUin riposte par une série de trois articles publiés sous ce titre : « Le Centre parti politique et r Alsace-Lorraine » dans son journal le Lorrain et dont, fidèle à notre méthode, nous reproduisons les principaux passages :

€ ... Donc, ceux qui croient devoir servir leur pays sans adhérer officiellement au centre, écrit-il, peuvent, Bans cesser d'être catholiques, servir la cause à laquelle ils se sont consacrés, en se maintenant dans le particularisme que demandent encore ici ou là les circonstances de temps, de personnes et d'intérêt local.

« Donc, encore les Polonais, qui se sont retirés du centre, n'ont manqué ni à l'honneur, ni aux principes, ni même à la tactique, puisqu'aujourd'hui ils entament si vigoureusement une lutte gigantesque pour loup langue et pour leur foi, et que le centre se voit obligé de les soutenir.

f Donc, enfin, nos députés d'Alsace-Lorraine, en restant obstinément cantonnés dans les limites étroites que leur fixe une constitution incomplète, et en refusant d'aller au centre, n'ont manqué ni envers leur pays ni envers leurs mandataires.

€ Et comme conclusion dernière, le Lorrain qui refuse d'emboftor le pas aux grossiers personnages qui

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ont voulu l'engager à fond dans cette voie, ne mérite peut-être pas l'anathème, il est vrai que l'anathème de ces gens-là n'est pas très lourd à porter...

« D'ailleurs, est-ce que nos députés alsaciens-lorrains, je parle au moins des catholiques et des conservateurs, n'ont pas toujours été les amis du centre ? Est-ce qu'ils n'ont pas toujours voté avec lui dans toutes les questions sociales et dans la plupart des questions religieuses I S'ils n'ont point encore consenti à faire ce premier pas, qui consiste à entrer dans le parti simplement comme hôtes, est-ce qu'ils n'ont pas été jusqu'ici ses alliés fidèles ? Pourquoi donc vouloir pour l'instant leur en imposer davantage ? Un mariage ici pourrait faire un mauvais ménage aux dépens du plus faible, c'est-à-dire de l'Alsace-Lorraine ; une simple alliance de fait permet l'action commune et féconde sur les terrains où l'on peut et où Ton doit s'entendre.

« Mais comment voulez-vous que l'on se mette d'accord, par exemple sur la question des futurs crédits militaires. Le centre, lui, les votera, parce qu'il est un parti politique qui fait la bascule gouvernementale, nos députés les refuseront, parce qu'ils estiment l'accroissement incessant des charges militaires comme incompatible avec le mouvement et les besoins de notre démocratie et comme inutile pour la sécurité du pays.

» Si le centre n'était, comme ses adversaires le prétendent, qu'un parti confessionnel, un parti catholique nos députés pourraient y adhérer sans difficulté parce qu'ils ont toujours défendu dans les limites de ce qui leur paraissait possible, et restent disposés à défendre les principes et la pratique catholique. Mais, si sous prétexte de catholicisme, vous voulez les entraîner

dans le domaine politique, ils regardent cela comme de la contrebande et se refusent à en faire... »

Et dans son dernier article, M. l'abbé Gollin conclut en ces termes :

i Pour être sincère et loyal, en même temps que politique et avisé, il faut tout simplement poser la question comme ceci : Pouvons-nous arriver, en Alsace-Lorraine, à un parti indépendant qui puisse faire figure devant le gouvernement et devant le pays ? Qu'on l'appelle le centre, qu'on l'appelle le groupe lorrain, qu'on l'appelle comme on voudra, peu m'importe, mais je crois la chose absolument possible si, de part et d'autre, on y met de la bonne volonté p ur se faire des concessions mutuelles en restant sur le terrain qui est le nôtre à tous, le terrain lorrain et catliolique...

« Mais alors que faut-il donc faire ? Tout simplement rapprocher les extrêmes par des concessions mutuelles, les parlementaires par certaines garanties au point de vue social et religieux, ils n'auraient là qu'à affirmer ce qu'ils ont à peu près toujours fait, ce qu'ils sont disposés à toujours faire, la presse par l'engagement formol de ne jamais toucher aux personnes et de traiter toutes les questions d'une manière objective, les jeunes groupes en se contentant pour le moment de l'agrément qu'on donnerait à leur bonne volonté et à toutes les revendications qui sont connues à tous.

« Il a là vraiment tous les éléments d'un parti politique lorrain indépendant où chacun trouverait son compte ; on y mettrait en commun la sagesse des anciens et l'aclivilé des jeunes et on arriverait à avoir un facteur puissant dans les assemblées pour faire front aux exagérations gouvernementales sur le terrain économiquo et politique et une digue solide contre la

poussée socialiste dans le domaine social et religieux.

« Ai-je rôvé? Je ne le crois pas et j'estime possible ce que je propose. Ceux qui n'en veulent pas diront que c'est de l'utopie. D'autres, surtout certains catholiques germanisants, diront que c'est delà trahison. Je suis habitué déjà à toutes les aménités; mais j'ai libéré sous n'importe quel nom, l'union de toutes les forces vives, conservatrices, démocratiques et catholiques de notre Alsace-Lorraine : aux uns et aux autres d'y penser; l'heure est grave, l'ennemi est aux portes; ce n'est peut-être pas le moment d'imposer des nouveautés qui déplaisent quand il suffit d'élargir et de rajeunir de vieilles formules... »

Nous aimerions certes un langage plus net et moins timide, et nous voudrions y lire des pensées moins voilées d'insinuations et d'équivoques, de réticences et de demi-mesures, mais néanmoins constatons l'opposition ainsi organisée et qui permet à d'autres Lorrains plus hardis de s'exprimer en termes catégoriques :

« Qu'une pareille prospérité, écrit l'un deux en parlant du bloc lorrain, nous ait attiré des envieux, comme le rucher attire les frelons, qui en douterait en voyant les émissaires du centre allemand rôder autour de nous?

« On a dit des Anglais « qu'ils sont les braconniers « de la terre »; toute proportion gardée, disons que les hommes du centre nous arrivent comme les braconniers de Lorraine, après avoir exploité et usé la Silésie et commencé en Pologne la m^îme opération, interrompu depuis peu par le réveil des populations.

« C'est à la vigilance de nos aînés, gardiens de notre patrimoine, que nous devons d'avoir été avisés àtemps, pour nous mettre en garde et barrer le passage aux nouveaux venus, nous apportant la guerre comme en Pologne, pour mieux nous exploiter.

« Il n'est pas douteux que le centre en Lorraine ne trahirait pas plus sa mission qu'il ne l'a fait en Pologne. Il ne reculerait devant aucun effort pour arriver ici, comme ailleurs, à tarir la sève des énergies indigènes à leur racine, en élevant les générations dans iin esprit de haines confessionnelles, par la suppression do toutes les libertés.

« Or, ce ne serait pas assurément là le moyen d'arriver à l'autonomie à laquelle nous aspirons tous, que de nous abandonner à ses projets d'asservissement dont l'heure sonnerait le jour où, à force de défection, ce groupe étranger au pays aurait la majorité au Landesausschuss, après l'exclusion successive des Vieux défenseurs de nos intérêts nationaux. »

Les Allemands auraient donc tort de crier victoire. Grâ-ce à l'adresse de M. l'abbé Delsor, en Alsace, les catholiques gormanisateurs ont été contraints de se rallier aux candidats indigènes puisque d'elle-même la Landspartei, sans rien renier de son programme particularisto, avait pris le titre de parti du centre et ainsi la situation reste la même.

En Lorraine, ils n'aboutissent qu'à un échec personnel, à Metz, et contril)uont en outre à faire triompher là un adversaire du parti catholique.

Les élections du renouvellement partiel de la Délégation <rAlsace-Lorraine, au mois de novembre suivant, confirment encore les résultats des élections cantonales. La Lorraine élit les huit candiiliils du « Parti lorrain indépendant » M. l'abbé Collin, attaqué si violeininent quelques mois auparavant par les journaux catholiques allemands, n'en écrit pas moins : • La Kolnicke Volhtilmq

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pourrait savoir qu'elle ne dit pas juste en me re]iré- Bentant formellement comme un adversaire du centre, je suis simplement opposé à la méthode fébrile et autoritaire comme aux procédés peu objectifs que l'on emploie trop souvent pour nous y conduire. »

Était-ce bien nécessaire I

Les catholiques gardent également en Alsace leurs positions ; s'ils perdent le siège de Strasbourg-campagne, ils gagnent ceux de Colmar-campagne et de Haguenau. Par contre les socialistes perdent le siège de M. Emmel à Mulhouse, qui cependant, quoique immigré, avait dit souvent au gouvernement des choses fort dures et avait su pourtant, à différentes reprises, défendre avec éloquence les intériîts alsaciens et ils ne réussissent pas davantage malgré une ardente campagne à enlever celui de Strasbourg.

Ainsi, les socialistes ne sont plus désormais représentés à la Délégation.

Les libéraux perdent deux sièges au profit des catholiques mais ils en enlèvent deux autres, l'un aux socialistes et l'autre au centre. Les catholiques gagnent un siège en Haute-Alsace.

Ces élections ne modifient donc pas sensiblement la représentation à la Délégation d'Alsace-Lorraine (1).

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