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LES ALSACIENS-LORRAINS AU REICHSTAG

VERS l'avenir

Voici donc comment est composée la représentation alsacienne-lorraine au Reichstag depuis le mois de janvier dernier :

Centre catholique. — Neuf membres : MM. Ricklin, Ilauss, Wetterlé, Wiltberger, Delsor, Preiss (1), Vonderscheer, abbé Will, Hoehn. Ce dernier est le seul membre du centre en Lorraine.

Parti socialiste. — Deux membres: MM. Boehle et Emmel.

(1) M. Preiss, qui fut autrefois un des plus farouches protestataires, a été nomm6 depuis « conseiller do justice ». Quoique de concession protestante, il a été soutenu aux dernières élections par le centre catholique allemand f

Bloc lorrain. — Trois membres : MM. de Wendel, Grégoire, Labroise.

Parti conservateur. — Un membre : M. Hoeffel. Sa candidature a été soutenue par le centre.

Ne s'étaient pas représentés les députés sortants, MM. Roellinger, Riff, Mérot, baron de Schmid, Schlumberger.

Le parti libéral n'a plus ainsi aucun représentant au Reichstag, M. de Blumenthal qui en était le leader est battu à la fois à Strasbourg-campagne et à Golmar. MM. Riff, de l'Union libérale, et Schlumberger du Parti national-libéral, qui ne se représentaient pas sont remplacés par deux socialistes qui triomphent des candidats libéraux démocrates : MM. Goetz et Charles Burger.

Cette représentation de l'Alsace-Lorraine au Reichstag reflète-t-elle exactement les sentiments des annexés ! Nous ne le croyons pas, car la question anticléricale est venue là-bas aussi prendre une importance qu'elle n'a pas en réalité. A la faveur de cette équivoque des candidats ont été élus, des . partis ont triomphé qui certes n'eussent pas enregistré de tels succès si les élections s'étaient faites sur un autre terrain et avec une autre plate-forme.

L'Ame de l'Alsace-Lorraine, en effet, a toujours été profondément démocrate et c'est surtout la grande Révolution qui a incorporé en quelque sorte ces provinces à notre pays. Avant m^me que la France confère à SCS habitants le titre de « citoyens », Strasbourg était ville libre, Metz et Mulhouse étaient en république.

Fermement catholique et attachée à ses croyances, l'Alsace n'était point pour cela cléricale et sa démo-

cratie laborieuse était toujours éprise de cet esprit d'indépendance et de liberté qu'elle aimait en la France. L'écho de nos luttes et du déchaînement de nos passions religieuses, les fautes multiples du parti démocratique d'Alsace-Lorraine qui n'était devenu qu'anticlérical, ont rejette brusquement aux élections dernières nos provinces conquises vers un parti qui bien souvent, hélas, fait passer les questions confessionnelles avant l'intérôt même du pays qu'il représente. Le grave danger pour les annexés serait, en ce moment, de remettre le drapeau de leurs revendications entre les mains du jeune clergé qui fait ouvertement campagne pour le centre allemand.

Aussi l'heure n'est peut-être pas lointaine où l' Alsace-Lorraine retrouvera sa voie et continuera sa tradition historique. De même que la Pologne secoua récemment le joug du centre auquel elle reprochait d'avoir sacrifié sa nationalité, les pays d'outre-Vosges sauront se libérer d'une tutelle qui ne convient ni à leurs intérêts, ni à leurs sentiments. Ne parlons plus de leurs espoirs...

Déjà, aux élections de 1907, on pourrait dire qu'en dehors de toutes les opinions politiques ou religieuses une formule et presque un mot d'ordre a prédominé toute la campagne : « Voter pour le candidat le plus alsacien-lorrain *, à quelque parti qu'il appartienne.

Jusqu'ici depuis la fin de la « Protestation », les élections avaient eu lieu sans union, sans direction et sans idée dominante de la part des annexés. Il ne s'agissait pas davantage pour eux et à aucun scrutin, d'affirmer après plus de trente-cinq ans une fidélité à la France, si mal récompensée d'ailleurs, pas plus que de s'unir sur un programme de réformes constitutionnelles ou de revendications régionales.

Ce n'est guère seulement depuis ces dernières anne'es que cette devise : « L'Alsace-Lorraine aux Alsaciens-Lorrains » autrefois inventée par M. Ch. Grad, groupe autour d'elle tous ceux qui sont soucieux de l'avenir de leur petite nation et veulent lui conserver une mentalité propre, à côté de celle que l'Allemagne tente de lui inculquer.

La dernière bataille électorale qui a si fâcheusement déchaîné les passions religieuses a pu retarder cette organisation naissante, elle ne saurait, croyons-nous, l'empêcher.

L'heure est venue pour l'Alsace-Lorraine de constituer enfin un parti démocratique, indépendant et bien alsacien-lorrain, catholique comme les quatre cinquièmes de sa population, mais aussi éloigné du cléricalisme que de l'anticléricalisme, des catholiques allemands que des libéraux allemands des partis de l'Empire.

De jeunes énergies s'éveillent qui seront fécondes pour leur pays si elles s'inspirent de ses traditions et de ses espoirs, de « sa terre et de ses morts ». Des hommes nouveaux vont naître à la vie publique et dont les ancêtres furent aussi nos aïeux.

Les annexés le savent et prévoient le jour prochain où enfin des fils de la race pourront se lever et combattre.

Et cela les console quelque peu du rôle qu'ils doivent jouer aujourd'hui.

L' « Echolicr », du Courrier de Metz, après avoir constaté « la pénurie d'hommes qu'il serait possible do mettre en avant », écrivait lors des élections dernières :

€ Cela tient à noire situation cxccplionnelle ; beaucoup de nos concitoyens ont émigré, plutôt que do vivre sous des lois d'exception, alors, nos rangs se

sont éclaircis, mais bientôt, dans quelque dix ans, le pays aura reconquis l'intégralité de ses droits ; la jeune génération sera mûre pour la lutte politique et pourra entrer dans la carrière. Si nous laissons prendre les mandats par les immigrés, il faudra alors les reprendre de haute lutte, pour être de nouveau représentés par les nôtres ; il est bien préférable, aujourd'hui, de ne donner nos voix qu'à ceux de chez nous, à ceux dont nous sommes sûrs, ou qui nous inspirent le plus de confiance; et plus tard, nos fils, avec plus d'autorité que nous, qui sommes usés déjà, reprendront et porteront haut notre drapeau d'Alsaciens-Lorrains, sans avoir à engager de lutte contre les occupants étrangers... »

Ces conclusions seront les nôtres, l'Alsace-Lorraine est meilleure que sa représentation actuelle (1), c'est pourquoi nous nous tournons pleins de confiance vers la jeune génération des provinces annexées, à la veille de remplir sa mission, pour lui dire que nous sommes de cœur avec elle, aujourd'hui comme hier et demain comme toujours.

Et aux jeunes hommes de France qui voudraient douter des sentiments de leurs frères d'au delà des Vosges, donnons des raisons de croire, et des raisons d'espérer I

(1) La Gazette populaire de Cologne nous informe que des neuf députés du Centre alsacien-lorrain, cinq ont adhéré elfectivemont au groupement catholique allemand : MM. Hauss, Yonderscheer, Will, Wiltberger et Hœn. Par contre MM. Ricklin, Preiss, Wetterlé et Delsor se contentent de rester les « hôtes » (hospitart) de ce parti.

On n'a pas oublié le déplorable discours prononcé tout récemment par M. Grégoire, de Metz, au Reichstag, lors de la discussion de l'emploi obligatoire de la langue allemande dans les réunions publiques et où il vota contre les Polonais, en désaccord avec les Lorrains et les Alsaciens, eux-mêmes cependant désunis maintenant.

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