‹ L'Alsace-Lorraine de nos jours;Chapitre 4 sur 29 · AVANT-PROPOS XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XI

rendre hommage, les Déroulède, les Sansbœuf, les Niossen, etc. , ont maintenu son souvenir, tandis que d'autres la suivent pas à pas et nous la font mieux connaître. Les Maurice Barres, René Bazin, lleimweh, Jeanne et Frédéric Régamey, Haraucourt, André Hallays, Henri Albert, René Henry, Emile Hinzelin, Masson-Forestier, Jacques Bainville, etc.. nous traduisent sa pensée et nous rendent intelligible son âme mystérieuse.

Grâce à eux, nous savons ce que valent, ce que pensent et ce que veulent les Alsaciens-Lorrains ; nous sommes sûrs de leur fidélité et nous ne pouvons douter de leur patriotisme.

On ne nous reprochera donc pas d'avoir multiplié les citations qui confirment nos observations et nos remarques ; c'est la preuve de notre effort vers la vérité.

Sans parti pris et sans faire œuvre de polémiste, nous avons invoqué le témoignage de tous ceux qui, à quelque parti politique qu'ils appartiennent, aiment la France et revendiquent pour elle son intégrité nationale.

C'est dans toute l'indépendance de notre esprit et avec toute la sincérité de notre cœur que nous avons porté nos jugements sur les événements et sur les hommes. Notre impartialité est un gage de l'attention apportée à notre étude.

Dans les notes de voyage qui la précèdent, nous avons voulu rappeler le souvenir des chocs san-

glants d'hier, pour préparer le Français qui nous lira, aux tristes méditations et aux souffrances amères.

La génération qui s'en va n'a pas légué en effet à celles qui lui succèdent le lourd héritage de haine qui suscita tant de nobles espérances ; elle ne leur laisse que l'exemple de sa faiblesse et que le fardeau de ses regrets, mais elle les place devant le problème non résolu, devant l'avenir, avec les leçons du passé pour guide et elle leur abandonne les tombeaux de ses fils tombés en terre ennemie, pour comprendre, pour sentir leur devoir.

C'est près d'eux que nous avons voulu évoquer les événements de l'année terrible et songer aux tristesses de l'heure présente; nos réflexions sont donc celles que suggérera dans toute âme française ce pèlerinage patriotique.

Et peut-être plus d'un Français muet et recueilli au pied d'un des mausolées qui surgissent partout de la terre proscrite, pcrcevra-t-il au loin le son des cloches d'Alsace et entendra-t-il monter vers les cieux la prière des Oberlé pour la Franco :

« 0, mon Dieu, nous voyons d'ici la terre bien aimée, nos villes, nos villages, nos champs. Mais elle n'est pas toute ici, et, de l'autre côté des montagnes, c'était aussi la terre de chez nous. Vous avez permis (juo nous fussions séparés.

« Mon cœur se fend d'y penser, car, de l'autre côté des montagnes, la nation que nous aimons

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est celle que vous aimez encore. C'est la plus vieille des nations chrétiennes, c'est la plus proche de l'anicnilé divine. Elle a plus d'anges dans son ciel, parce qu'elle a plus d'églises et plus de chapelles, plus de tombes saintes à défendre, plus de poussière sacrée mêlée à sesguérets, à ses herbes, aux eaux qui la pénètrent et la nourrissent. Mon Dieu, nous avons souffert dans nos corps, dans nos biens ; nous souffrons encore dans nos souvenirs.

« Faites durer cependant nos souvenirs, et que la France non plus n'oublie pas !

« Faites qu'elle soit la plus digne de conduire les nations. Rendez-lui la sœur perdue qui peut revenir aussi... comme reviennent les cloches de Pâques! Amenl AmenI »

Puisse-t-il alors répondre : la France n'oubliera pasi...

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