LES FORTIFICATIONS DE METZ
L'ancienne ville libre de notre Lorraine est devenue sous la domination allemande une véritable caserne. Metz-Ville est la plus forte garnison de tout l'Empire avec 43,035 hommes, soit près du cinquième de la population urbaine; Metz-Campagne compte 11,819 militaires; le camp retranché de Metz a une garnison totale de près de 25,000 hommes. Berlin n'arrive qu'au second rang avec 22,400 hommes, Kiel au troisième rang avec 22,250 hommes et Strasbourg suit après avec 17,100.
Nos voisins en ont fait une forteresse de premier ordre, qui, en cas de siège, immobiliserait sous ses murs une armée pendant de longs jours, ou, en cas d'invasion chez nous, servirait de base aux opérations militaires de leurs généraux.
Metz est enserrée par une double ceinture de forts qui l'écrase, aussi serable-t-il que la vieille ville se presse autour de la cathédrale, comme pour y trouver protection.
La première ligne comprend, tout d'abord, les ouvrages entrepris avant 1870 par le génie français, et que les Allemands ont terminés depuis en les complétant.
Sur la rive droite de la Moselle, le grand fort Manteuffel, autrefois fort Saint-Julien, relié à l'autre grand fort Gœben, autrefois fort de Queuleu, par l'ancienne redoute des Bordes développée depuis et aujouid'hui
devenue le fort Zastrow, enfin l'ancien fort de Belle- Croix, maintenant fort de Steinmetz.
Ces ouvrages dominent la vallée nord de la Moselle et les routes de Sarrelouis, Sarrebrûck et Strasbourg.
Au sud, commandant toute la plaine d'entre Seille et Moselle, vers Saint-Privat et Rezonville, se dresse non loin de Frescaty, où fut signée la honteuse et fatale capitulation, le fort Prince-Auguste de Wurtemberg, ancien fort de Saint-Privat.
De nouveaux forts sont encore venus s'ajouter à cette ligne de défense : à Sainte-Barbe, Mey, Mercy-le- Haut, Orny, Avigy.
Sur la rive gauche de la Moselle, du côté de la France, la redoutable forteresse Frédéric-Charles, ancien fort Saint-Quentin, qui domine toute la région avec le fort Manstein, comme annexe à l'est et le fort Alvensleben, ancien fort de Plappcville, comme annexe au sud; à la hauteur de Woippy, des deux côtés de la voie ferrée de Metz à Thionville, c'est-à-dire un peu plus au nord, les deux forts Hameke et Hindersin.
Plus près de la frontière française dont ils commandent toutes les routes, s'élèvent les nouveaux ouvrages dont certains sont encore inachevés. Cette seconde ligne avancée s'étend sur la rive gauche de la Moselle.
Elle comprend, en partant du nord : le fort Lothringen, à neuf kilomètres de Metz et à cinq seulement de la France, en avant du fort Hamcko, près de Saulny. Ce fort situé entre Woippy et Amanvillers, village frontière, protège les voies ferrées de Metz à Verdun et de Metz à Thionville.
A huit kilomètres de Metz et à cinq de la frontière, le fort Impf'ratrice, construit nu Point-du-Jour, et commandant la fc'rande route de Metz à Verdun; entre Ara
et Ancy, sur les hauteurs boisées de Gorgimont, à dix kilomètres de Metz et à cinq de la France, le fort Kronprinz, dominant toute la vallée de la Moselle; enfin, sur les sommets de Saint-Biaise et Sommy le fort Comte-Haeseler.
Les canons de ce dernier pourraient détruire, sitôt une déclaration de guerre, la gare, les quais et les dépôts de Pagny-sur-Moselle. Situé à onze kilomètres de Metz et à moins de cinq de la frontière française, ce fort commande la voie ferrée de Nancy-Pont-à-Mousson- Metz et, en outre, la grande route et le cours de la Moselle.
On conçoit aisément qu'avec de semblables ouvrages si près de notre frontière et ayant derrière eux les approvisionnements de toutes natures, en vivres et en munitions, que renferme Metz, les Allemands ne puissent avoir qu'une tactique : celle de l'ofTensive.
D'ailleurs ils ne négligent rien pour être prêts. A peine a-t-on franchi la frontière que de tous côtés le regard n'aperçoit que des ouvrages en construction et où règne une activité telle, qu'il semblerait que la guerre doive éclater demain.
Voies ferrées, lignes télégraphiques souterraines assurent les communications et relient tous ces forts entre eux. Tous les sacrifices sont consentis pour assurer le prompt achèvement de ce vaste réseau; c'est ainsi que j'ai pu voir se dérouler sur un parcours de plusieurs kilomètres un gros câble aérien, supporté de de loin en loin par des piquets en fer, qui transporte de cette façon des matériaux nécessaires à la construction inachevée.
Des wagonnets glissent ainsi, transportant le tout à une très grande distance par cette voie pratique et rapide, à tel point que l'on est toujours obligé de se
demander au spectacle de ces armements formidables poussés avec tant de hâte, si nous ne sommes pas à la veille de l'agression la plus soudaine que puisse méditer le Lohengrin d'outre-Rhin.
Et tous les Français qui passent la frontière sont bien obligés de s'en convaincre, si fort soit même leur parti pris de ne rien voir se dresser contre la paix.
La construction de trois nouveaux forts dans le canton de Pengo-sur-Moselle vient en outre d'être décidée et les travaux immédiatement adjugés, pour la somme colossale de quatre miUions de marks (5,000,000). Leur construction ne devra pas demander plus de quinze mois.
Le but de ces nouveaux ouvrages, dont l'un, celui de Sorbey, battra facilement la frontière française est : 1° de défendre le château impérial de Gourcelles-Urville qui, en cas de guerre, doit servir de quartier général ; 2" de protéger les nombreuses voies ferrées qui bifurquent à Courcelles, dont les principales sont : la ligne de Metz-Bouley; celle de Metz-Bouley-Sarrelouis et l'Allemagne; celle de Metz-Saaralbe-Saarnnion et enfin la grande ligne de Metz-Sarrobourg-Strasbourg.
De Thionvilleà Metz, de Château-Salins à Sarrebourg, le génie travaille à de nouvelles voies stratégiques reliant entre eux ces formidables bastions.
L'autorité militaire projette encore d'installer à Ferrctte, à Bouxwiller, des sortes de magasins do muni tionset de vivres, qui, en quelques instants, pourraici être expédiées sur toute la frontière des Vosges.
Knfln, près de Jouy-aux-Arches, entre le fort do Suint-Blaiso et le grand fort de Saint-Quentin, sur un front do sept ou huit kilomètres, Metz ayant 8cml)lé trop découvert aux Allemands, ils y construisent deux forts nouveaux en face des plaines de Hezonville et do
UN PÈLERINAGE PATRIOTIQUE il
Gravelotte : celui de Vaulx, près Ars.et celui de Chatel Saint-Germain, sans compter des batteries au nord de Gravelotte. Et cela très mystérieusement. On emploie de préférence des ouvriers étrangers, ignorants de la langue, Polonais et Italiens, que l'on surveille avec soin et auxquels on cache autant que possible le but des travaux entrepris. Du côté de Borny et du fort do Queuleu d'immenses casernes sont, à l'heure actuelle, en con.struction.
Mais les Allemands ont trouvé mieux encore pour protéger Metz, ils l'ont mise en cage I
Une grille monstrueuse a été construite, par ordre des autorités militaires. Elle enserre la ville sur une longueur de vingt-cinq kilomètres du côté de la Franco et ferme ainsi toutes les issues que le démantèlement des anciens remparts avait ouvertes. Cette grille fait partie des travaux stratégiques décidés par le grand état-major général allemand; le directeur d'un journal de là-bas. Die Woche, a pu d'ailleurs s'en convaincre en subissant sept jours de détention dans une enceinte fortifiée, pour en avoir reproduit la photographie.
Elle aurait pour but, m'a-t-on dit, d'empêcher les désertions de se produire en temps de paix, celles-ci devenant ainsi plue difficiles et de rendre presque impossible, en cas de guerre, tout contact entre les annexés et le dehors.
Le procédé, ne vous semble-t-il pas, serait vraiment ingénieux s'il n'était si barbare; enfermer toute une population qu'on prétend avoir conquise, derrière des barreaux pour l'empêcher de fuir, voilà certes qui est bien digne de notre époque de progrès... et du machiavélisme germain.
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