‹ L'Amâerique moderneChapitre 10 sur 50 · LE CHEF DES APOTRES MORMONS · texte numérisé non relu

LE CHEF DES APOTRES MORMONS

U évêque mormon Cutler et ses dix-neuf enfants. — D'où venait Adam? — Les premiers Mormons. — Le Pape mormon est chef de banque. — Le sens pratique des Mormons. — ■ Une école commerciale modèle. — Entrevue avec le chef des Mormons. — Nous sommes riches ! — Prospérité agricole. — Le plus beau blé du monde dans le désert Salé. - — L'avenir de V Utah. — Richesses minérales. — Le sucre, le blé, les usines de fer. — Tous propriétaires. — 1.500 missionnaires mormons répandus dans le monde. — Les écoles. — La culture générale. — L'assistance. — Égalité de droits civils et politiques des hommes et des femmes.

— Cause des persécutions : l'envie. — Moralité de la religion mormonne. — La polygamie devient discrète.

— Elle va disparaître. — Un sénateur mormon chassé du Sénat. — Marié six fois. — Les quarante-deux

enfants du Pape mormon.

0l me semblait, je ne sais pourquoi, que les prêtres de cette étrange religion devaient être vêtus de flanelles blanches ou violettes et coiffés de bonnets bizarres : je me les figurais moitié flamines et moitié bonzes. Aussi, quand on m'introduisit dans le bureau de M. Cutler, l'un des évêques les plus importants de Sait Lake City, j'eus un instant de surprise. C'était un petit bureau d'affaires, meublé d'une table, de quelques chaises, de quelques cartons et d'un téléphone. Et je me trouvais en face d'un des plus gros fabricants de sucre de l' Utah.

L'homme que j'avais devant moi était un Américain un peu différent des autres, avec sa barbe en pointe, grisonnante, son œil pénétrant et son sourire aimable et réservé. On pouvait lire sur cette physio-

nomie autre chose que les préoccupations ordinaires de l'homme d'affaires. De plus, élégant dans sa jaquette noire bien ajustée, et poli comme on ne l'est pas couramment dans ces lointaines régions. Naturellement, il ne parlait qu'anglais.

Mon évêque, entre ses affaires sucrières, s'occupait de toutes sortes d'autres spéculations, de banque, d'industrie et de commerce. C'était même là, il faut bien le supposer, sa fonction principale. Son titre d' évêque, purement honorifique, lui donnait une autorité dans la hiérarchie ; mais, comme il n'y a pas de culte dans la mormonisme, ni de confession, ni de communion, ni d'autre cérémonie que les conférences dominicales, les baptêmes et les mariages, qui sont du ressort des prêtres secondaires, son sacerdoce se réduisait à peu de chose.

Je lui dis le but de mon voyage, et aussitôt il se mit à ma disposition, en répondant sans hésiter à mes questions.

Je sus donc bien vite qu'il avait ou avait eu cinq femmes et dix- neuf enfants, dont quinze étaient vivants et s'occupaient d'affaires aux quatre coins du monde, en Australie, en Chine, aux Indes, en Europe.

« Tous bons Mormons, » me dit-il.

Il me fit le récit des anciennes persécutions dirigées contre les Mormons. Et nous en vînmes à parler de sa religion même.

D'après lui, Adam était un saint homme qui avait fait son devoir sur une autre planète et que Dieu amena sur la terre pour devenir prince de la lignée humaine en récompense de ses vertus.

Pour devenir un bon Mormon, il faut commencer par croire à la doctrine de la révélation, à savoir que Dieu a parlé à Joseph Smith, et que le Livre des Mormons ou Bible occidentale a la même authenticité que la Bible orientale.

— Est- il vrai, lui demandai- je, que tous les Mormons payent à l'église la dixième partie de leurs revenus?

— C'est très vrai, me répondit-il.

Et il ajouta :

« Et n'est-ce pas très juste? Le peuple croyant doit nourrir celui qui lui prêche la parole de Dieu. Ainsi, dans l'humanité future, la collectivité humaine travaillera, non pour servir des intérêts à des capitaux fainéants, mais pour nourrir son élite intellectuelle, qui pensera, qui chantera pour elle et qui embellira la vie. »

Il m'apprit que les premiers Mormons, les plus zélés, les plus fervents, furent des Danois et des Suédois. Depuis, l'Église a continué à s'alimenter de Scandinaves. Il y eut même, paraît-il, des Français, atti-

rés (lui dis- je) par la polygamie ; mais la majorité des croyants est d'élément germanique.

Je lui demandai si je pourrais voir le chef des Apôtres, président de l'Église mormonne. Il s'offrit spontanément à me conduire à lui

« Le président F. Smith est aussi président de la « Sion Coopérative Mercantile Association » et de plusieurs autres banques, me dit- il ; c'est un homme très occupé, mais nous le verrons un moment, j'espère. Vous savez peut-être que c'est un propre parent de Joseph Smith? »

Nous sortîmes. Il faisait très froid.

Une neige épaisse couvrait le sol. Comme nous passions devant le temple de granit bleu, qui dresse ses six flèches vers le ciel, l'évêque me dit : »

« En arrivant ici, Brigham Young, successeur du prophète, avait déclaré : « C'est là que nous bâtirons le Temple. » Et ainsi fut fait. »

La rue qui longe le temple est peuplée de banques et de sociétés de trusts.

Presque toutes ces banques sont mormonnes. La plus grande partie du commerce et de l'industrie de la contrée est entre les mains de Mormons.

Je commence à comprendre que j'ai affaire à des business-men merveilleux (1).

1. J'ai visité une école mormonne : le Business-Collège, où le côté pratique de l'enseignement devient saisissant. On y fait une classe de banque et on y enseigne les affaires. Mais, au lieu de cours arides de comptabilité et de tenue de livres, il y a de vrais guichets tout autour de la classe. Les élèves se tiennent derrière ; ils ont de vraies caisses, de vrais livres de chèques et des billets de banque imités des vrais.Toutes les opérations s'y font en réalité, et sur des registres et des

Je remarque une petite maison à portique grec, entourée d'un jardinet, et dont le toit est surmonté d'un lion.

« Voici le Lion House, la demeure de Brigham Young. Il y vivait avec toutes ses femmes, et en eut vingt et une. C'était un homme très grand, très fort, admirable. »

Quand nous arrivâmes à la banque du chef des Apôtres, il allait sortir. Il s'arrêta en voyant l'évêque Cutler qui m'accompagnait. Celui-ci lui murmura quelques mots à voix basse, et le président Smith s'avança vers moi.

De forte taille, avec une longue barbe grisonnante et de longs cheveux rejetés en arrière, il présentait une figure bienveillante, vivace et ouverte. Mais derrière ses lunettes d'or, son œil, comme celui de l'évêque, essayait de lire dans vos yeux, et cette préoccupation visible, qu'on sentait habituelle, mettait entre lui et son interlocuteur je ne sais quelle barrière de méfiance, éveillait en vous cette sensation qu'on a devant des gens dont le métier est de tromper ou qui veulent paraître malins comme, par exemple, les diplomates.

Il était vêtu d'une longue redingote noire sous laquelle apparaissait une cravate blanche (les douze Apôtres portent la cravate blanche).

imprimés semblables à ceux des banques et des maisons de commerce. On y paie, on y encaisse, on y reçoit des ordres de vente et d'achat, au cours du jour. De sorte que, en sortant de là, les élèves peuvent, du jour au lendemain, entrer dans n'importe quel bureau et y prendre n'importe quelle place, sans stage et sans apprentissage.

Dans des salles voisines, j'ai vu des classes de dactylographie, de sténographie, de langues étrangères parlées et écrites.

Je ne lui cachai pas la curiosité qui m'amenait au lac Salé. Ses lèvres sourirent.

J'entamai le chapitre de la richesse des Mormons

« Il est vrai que nous sommes riches, me répondit- il. Mais c'est notre économie, notre sobriété et surtout notre travail qui nous ont donné la richesse. Smith a dit : « Bâtissez votre maison ! » Belle vérité, monsieur !

« Et, surtout, nous avons la foi ! Quand les Mormons arrivèrent ici, en juillet 1847, ils se trouvèrent au milieu d'un immense désert, seuls, loin de tout secours humain, sans provisions autres que des racines sauvages, sans habits de rechange. Un autre peuple avec une autre foi se fût abandonné au désespoir et serait devenu la proie des Indiens et des bêtes féroces, ou fût tombé dans la dégradation et l'anarchie. Un des leurs, Samuel Brennan, tout juste de retour de Californie, s'efforça de persuader Brigham Young de quitter cette région inhospitalière, peignant des plus attrayantes couleurs les beautés et les richesses de la côte du Pacifique. Ce fut en vain. Brigham Young et ses compagnons étaient de ces héros dont les persécutions et l'adversité ne font que mieux tremper le caractère. « Ici, dit Brigham Young, en « plantant sa canne dans le sol, ici nous « allons bâtir le Temple de notre Dieu ! »

Et il bâtit ce temple que vous avez vu.

« Une autre histoire.

« Un trappeur, James Bridger, qui avait visité le lac Salé et connaissait l'Utah, conseilla aux Mormons, lorsqu'il les rencentra en 1847, d'abandonner leur projet Et comme il les voyait s'entêter, il leur offrait 1.000 dollars pour le premier bois-

SALT LAKE CITY. — Business Collège : section féminine. — Des élèves y sont formées pratiquement à tous les métiers susceptibles d'assurer du jour au lendemain l'avenir matériel des jeunes fdles.

Tliut. Jolmsnn et Lo Sait L.ikc City.

SALT LAKE CITY. — Brigham Young (1801-1877). — Premier gouverneur du territoire d'Utah, il y proclama en 1852 le dogme de la polygamie. A gauche, la galerie de ses femmes. A droile, sa statue au l'aile du Pioner Monument.

Pi ANCHE 23.

Planche 24

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VALLEE DU YOSEMITE. — La Sentinelle. — Ce vertigineux rocher qui, comme un veilleur, se dresse à 2135 mètres d'altitude est une des curiosités les plus saisissantes du canon du Yosemite versant ouest de la Sierra Nevada).

Fl ajchs ni.

Puut. George L. Beain, Denver.

LES ENVIRONS DE GLENWOOD SPRINGS. — Le « lac suspendu , (Ihe hanging lake) est un des sites les plus renommés aux entours de Glenwood Springs, station thermale qui attire les traumatisants et les goutteux.

LES ENVIRONS DE GLENWOOD SPRINGS. — Le trop plein de ce « lac suspendu » au faite des monts dévale par de secrets cheminements. Des roches pleureuses attestent, ici et là, la présence de ces infiltrations.

Planche 26.

seau de blé récolté dans cette région ! Et, en effet, l'Utah serait toujours un désert, si les Mormons n'avaient employé l'irrigation et le drainage, — selon les méthodes des Espagnols et des Égyptiens, — qui, entre leurs mains, sont devenus le salut et la richesse de toute la région aride des Montagnes Rocheuses. Aujourd'hui, tous les ruisseaux qui descendent des montagnes sont utilisés dans ce but, ainsi que de nombreux puits artésiens que nous avons creusés.

prospérité « Et savez- vous qu'aujouragricole d'hui il existe peu de sols aussi productifs que celui de l'Utah? En voulez- vous la preuve? En 1889, un des principaux journaux d'agriculture des États-Unis, l'Agronome américain, offrit une prime pour la plus forte récolte de blé par acre, dans quelque partie que ce fût des États-Unis. Or la prime fut accordée à un fermier de la ville du Lac Salé, qui récolta 80 boisseaux de blé par acre (le boisseau pèse 60 livres, 2 boisseaux 8 égalent 1 hectolitre, et l'hectare égale 2 acres 47).

« Ce n'est pas tout, monsieur. En même temps que nous faisions de l'Utah un pays agricole, nous construisions des routes, des ponts, des manufactures de toutes sortes; nous creusions des mines d'asphalte, des carrières de marbre, d'onyx, de grès, de houille, de fer, et nous produisions 150.000 tonnes de sel par an. Avant peu d'années, nous aurons d'immenses hauts fourneaux et des fonderies, et les chemins de fer de l'Est seront faits de rails de l'Utah, car nous avons, près de Cedar City — sans compter les autres — la montagne de

Fer (Iron Mountain), qui contient à elle seule plus de 50 millions de tonnes de minerai de fer.

« Ce n'est pas tout encore, monsieur.

Nous sommes très riches en mines d'or, d'argent, de cuivre et de plomb. Le produit total de nos mines, — encore incomplètement exploitées, — se montait en 1900 à 234.703.580 dollars, soit 1 milliard 174 millions. Nos dividendes payés en 1901 furent de 22 millions de francs.

— On m'avait dit, interrompis- je, que votre religion vous empêchait d'exploiter les mines? »

Les deux augures se regardèrent et sourirent, comme il convient à des augures :

« Non, me dit le chef des Apôtres en continuant à sourire, rien ne nous défend d'exploiter les mines, ni même d'en posséder.

« J'ai moi-même des actions de plusieurs mines.

« De plus, continue le pape des Mormons, nous avons dans l'Utah 40 compagnies de pétrole.

« Je vous ai parlé du sucre et du blé, mais je ne vous ai rien dit des manufactures de laine, des usines électriques et des fonderies qui existent déjà.

« Le sucre, l'évêque pourrait vous en parler... Nous en avons produit 16 millions de kilogrammes en 1901-1902.

« L'activité de notre peuple et son sens des réalités pratiques se sont montrés en toute occasion. En 1869, lors de la confection du chemin de fer de l'Union Pacific, Brigham Young, avec sa grande sagacité, prévit que son peuple pourrait se trouver à la merci des spéculateurs étrangers ; il convoqua les principaux marchands de la

ville, leur expliqua ses vues et les amena à établir une institution mercantile coopérative (Sion Coopérative Mercantile Institution), avec un capital de 6 millions de francs ; cette institution, qui vend de tout, depuis une épingle jusqu'à une barre de fer et une pièce de dentelles jusqu'à un wagon de sucre, transacte annuellement de 4 à 5 millions de dollars, débourse annuellement 200.000 dollars (ou 1 million de francs) pour salaires, et, jusqu'en 1893, payait chaque mois un dividende de 1 p. 100 à ses actionnaires, soit 12 p. 100 par année ; depuis la crise de 1893, ce dividende a été réduit à 8 p. 100.

« Un fait remarquable et caractéristique d'ailleurs, c'est que nulle part chez nous vous ne trouverez de mendiants, ni en ville, ni à la campagne ; sur les 250.000 habitants de l'Utah, plus de 75 p. 100 possèdent leur propre demeure ; la possession du sol éloigne du socialisme. Tous ne sont pas riches, mais la plupart dans l'aisance, et les pauvres sont entretenus par l'Église, chaque membre y contribuant de ses moyens.

— A propos, fis- je, comment est organisée votre Église ?

— Tout le territoire occupé par les Mormons, me répondit le pape mormon, c'est-àdire non seulement l'Utah, mais aussi une partie de l'Idaho, du Wyoming et de F Arizona, est divisé en districts ecclésiastiques avec un évêque présidant chaque district ; F évêque, avec ses deux conseillers, a pour charge la prospérité temporelle et spirituelle de son troupeau ; il juge les difficultés et les troubles qui s'élèvent entre les membres de sa confrérie ; il reçoit et administre la dîme et les offrandes, pour-

voit aux besoins des pauvres sans recevoir aucun salaire fixe, rétribué seulement selon ses propres besoins et selon le temps qu'il consacre à l'Église. En passant, je vous dirai que l'Église envoie chaque année un certain nombre de missionnaires dans toutes les parties du monde (ils sont au nombre de quinze cents environ, actuellement) pour prêcher l'Évangile, sans salaire ; cette mission dure de deux à trois ans, après quoi d'autres vont les remplacer.

— Comment les recrutez- vous?

— La plupart de ces missionnaires sont des jeunes gens de dix- huit à vingt ans, sans expérience du monde, sans éducation universitaire, mais semblables aux anciens disciples du Christ, remplis du Saint-Esprit, prêchant l'Évangile primitif dans toute sa pureté.

« Et nos écoles sont pleines : cherchez un petit vagabond dans tout l'Utah, vous ne le trouverez pas. Nos instituteurs et institutrices, au nombre de 270 environ, touchent un salaire moyen de 515 dollars (2.600 fr.) pour 40 semaines de classe.

« Les Mormons ont un système d'écoles du dimanche qui, sans doute, n'est surpassé nulle part ; le nombre de ces écoles dans toute l'Église monte au delà de 500, avec près de 100.000 écoliers et instituteurs et institutrices, et 23.541 volumes dans leurs bibliothèques ; 15.000 dollars sont dépensés annuellement pour l'achat et la publication de livres et de brochures religieux. Il y a, en outre, des associations de jeunes gens pour la culture mentale et physique ; des sociétés de dames pour le secours des pauvres. Les vieillards ne sont pas oubliés ; chaque année on organise une grande excursion pour toutes les per-

sonnes au-dessus de soixante- dix ans.

L'année dernière, 1.700 vieillards des deux sexes, de toutes religions et de toutes races, furent transportés et entretenus gratuitement à Ogden, la deuxième ville de l'Utah.

« Je n'ai pas besoin de vous dire que non seulement le suffrage universel existe dans l'Utah comme dans le reste des États- Unis ; mais, en outre, les femmes votent et jouissent des mêmes droits civils que les hommes.

— Si vous avez rendu tant de services à votre pays, réalisé tant de progrès, comment expliquez- vous donc les persécutions qu'on exerça contre vous?

— Par l'envie. Quand, en 1849, on découvrit dans l'Ouest les premières mines d'or, nous étions propriétaires, de par la loi, de tout le Désert Salé. Et lorsque l'or fut signalé dans le désert, ce fut une folie de haine contre nous.

- Ce n'est donc pas votre religion qu'on poursuivait?

— Non. Notre religion est très morale, sévère même. Les vieux Mormons et les bons Mormons d'aujourd'hui ne prennent jamais d'alcool ni d'excitant d'aucune sorte, ce qui est très beau dans une région aussi dure. Cela ne nous empêche pas d'aimer le plaisir, le théâtre et la danse, mais à la condition de ne jamais sortir de la décence.

— Je sais, dis- je, que les Mormons mariés avant 1890 ont conservé leurs femmes. Mais, à présent que la loi défend le mariage plural, n'y a-t-il plus de trace de polygamie ? »

Le chef des Apôtres, les yeux fixés à terre, me dit :

« Les Saints des Derniers Jours peuvent avoir plusieurs sœurs spirituelles qui les ont choisis pour époux... »

Il s'arrêta de parler. Et je vis que je ne devais pas insister.

La question de la polygamie s'est posée dernièrement, et, depuis mon passage au Lac Salé, devant le Sénat des États-Unis : il s'agissait de savoir si l'Apôtre mormon Reed Smoot pouvait siéger dans le Sénat de ce pays. Ceux qui s'opposaient à son élection ne le déclaraient pas coupable de polygamie, mais démontraient que l'Église dont il est un Apôtre pratique les mêmes idées que Brigham Young, en ce qui concerne l'état de mariage.

Voici le résumé des accusations portées au Sénat américain par les adversaires du sénateur mormon et du chef de l'Église mormonne.

Reed Smoot était protégé par le président Joseph F. Smith, « prophète, voyant et révélateur » de l'Église de Jésus- Christ et des Saints des Derniers Jours, qui a déclaré le connaître comme le mari de cinq femmes, avec lesquelles il avait continuellement vécu, même après le fameux manifeste Woodruff interdisant la pratique de la polygamie et la cohabitation.

Le président Smith a reconnu devant le Comité du Sénat qu'il s'était lui-même marié six fois. Très jeune, il s'unit à sa cousine Levira A. Smith. Us furent heureux jusqu'à ce que Joseph Smith lui annonça son intention d'épouser une autre femme, afin de suivre la doctrine promulguée par Brigham Young. Levira Smith refusa de partager l'affection de J. Smith et le quitta. Le président Smith prit alors deux épouses, les sœurs Edna et Julina Lamson.

Plus tard il épousa une veuve, Alice Kimball Rich. Mary Schwartz, tante de l'Apôtre John W. Taylor, fut une autre épouse, et la cinquième est E. Richards Smith.

Toutes sont vivantes, de même que leurs quarante- deux enfants, et défendent avec énergie le mariage plural.

« Je suis fière d'être la femme d'un polygame, disait Mrs. Edna Lamson Smith.

Je crois en la polygamie. Je suis heureuse, je l'ai toujours été. Nous sommes toutes heureuses, et le Sénat n'a pas besoin de s'occuper de nos affaires privées. »

Ces cinq épouses habitent Sait Lake City, où J. Smith leur a fait construire des habitations. Trois d'entre elles sont situées dans North Second West Street. Ce sont les maisons d'Alice, Sarah et Edna. Celle de Mary, qui actuellement est, dit- on, la favorite, est la « résidence officielle ». Au n° 333 de West- First North Street se trouve la maison de Julina, que Smith considère comme son épouse légale ; elle lui a donné onze enfants.

Pour subvenir aux besoins de ses femmes et de sa progéniture, M. Smith a des

revenus considérablement plus élevés que ceux du président des États-Unis. Il est le président d'affaires commerciales telles que PUtah Light and Power C°, la Zion's Saving Bank and Trust C°, the State Bank of Utah, the Inland Crystal Sait C°, the Utah Sugar C°, the Consolited Wagon and Machine C° et la Zion Coopérative Mercantile Institution.

D'après le recensement de 1890, les 23 p. 100 de la population aptes à la polygamie étaient polygames à cette époque.

Le président Smith a déclaré que les lois empêchaient le mariage plural, mais n'exigeaient pas le renvoi des femmes actuellement mariées. Il accorda que chacune de ses cinq femmes avaient donné le jour à des enfants depuis 1890. Il affirma aussi que les Apôtres mormons Taylor, Merrill, Grant, Smith, Cowlett, Lyman sont polygames, mais il déclara que personne depuis 1890 n'avait contracté de mariage plural. M. Merrill, l'époux de huit femmes, a quarante-cinq enfants et cent cinquante petits-enfants.

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Planche 27.

Phot. Rock Mm.l System: Eliot Rock tslaud System.

LES ENVIRONS DE ROCK ISLAND. -■ Nombre de sites notables, prétextes à excursions variées, marquent les entours de Roek Island, centre important de voies ferrées et ville de 19 Ï9'3 habitants sur la rive est du Mississipi.

Planche 28.

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