ouvriers, ouvrières et apprentis
Des salaires qui s'élèvent à environ 18.000 dollars par semaine.
C'est ici le triomphe de la machine- outil. L'ouvrier cordonnier n'existe pas. Chacun a son petit morceau de cuir à coudre, à clouer, à percer à la machine. Mais, visiblement, aucun ne serait capable de se confectionner une paire de bottines.
Machines à découper les semelles, les empeignes, par piles, machines à coudre, machines à clouer, machines à faire les œillets, machines à cambrer, et tout cela si parfait, si juste, si admirablement adapté, qu'on a à peine le temps de voir l'ouvrier opérer. Chacun de ses gestes mathématiques produit un résultat, jamais il ne tâtonne et jamais il ne s'arrête. Il n'a même pas la curiosité de regarder ces visiteurs importuns : c'est une machine vivante, automatique. Les machines à clouer sont les plus fantastiques : on met dans une sorte d'entonnoir une poignée de pointes d'acier, la machine est déclenchée et en dix secondes une cinquantaine de clous sont entrés dans la semelle, à leur place.
Les semelles sont faites de cuir et d'une couche de ciment et de liège.
En une dizaine de minutes une bottine est finie. Elle a passé par une vingtaine de mains.
L'usine fabrique elle-même la plupart des matériaux dont elle a besoin : les
œillets, les clous, les pointes, par exemple, sortent de machines spéciales manœuvrées devant nous, par des enfants, automatiquement.
Après la plus grande cordonnerie, la plus vaste brasserie : le fameux Anheuser- Busch. C'est un Allemand qui l'a fondée en 1865. Sa statue colossale s'élève dans le vestibule de l'usine : spectacle qu'on ne peut s'empêcher de trouver un peu ridicule. Cette statue, disent les patriotes de Saint- Louis, s'explique pourtant par l'invraisemblable prospérité de la brasserie, célèbre, en effet, dans toute l'Amérique.
La première année (1865), on brassa 8.000 barils ;
En 1875, 35.000 barils ;
En 1885, 318.000 barils;
En 1895, 738.000 barils
En 1902, 1.109.000 barils.
Chaque jour, on fabrique donc ici 800.000 bouteilles de bière !
Ce qu'on ne peut s'empêcher de remarquer en visitant cette somptueuse cathédrale, c'est sa propreté méticuleuse. On n'y voit que marbre et que cuivre reluisant. Les immenses cuves où bouillent le malt et le houblon sont aussi nettes, aussi éclatantes que les batteries de cuisine flamandes. Le sol est sablé comme en Flandre. Tout fonctionne en silence : machines et ascenseurs.
5.000 ouvriers sont employés à cette fabrication gigantesque, à la mise en bouteilles, à l'étiquetage, à la mise en caisses. Les machines à vapeur ont un pouvoir de 7.750 chevaux.
Il faut ajouter, — ceci n'est que juste, — que la bière y est délicieuse. Nous en avons bu, car tous les visiteurs peuvent en boire
autant qu'ils veulent, et le cri de notre petite colonie française fut unanime : il n'en est pas de meilleure.
fantasias J'ai assisté à une grande de cow-boys fantasia d'Indiens et de cow-boys, à laquelle on avait invité les délégués des puissances à l'ouverture de l'Exposition.
Il s'agissait d'initier les étrangers aux travaux et aux jeux de la prairie.
Dans une vaste plaine herbue, des Peaux- Rouges et des cow-boys, montés sur de petits chevaux rapides, lançaient le lasso vers des taureaux qui fuyaient à toute vitesse. Ce sport, consistant à capturer et à ligoter la bête dans le plus court espace de temps possible, comprend trois phases : la poursuite du taureau, le lancement du lasso, le renversement de la bête sur le pré en l'entourant vivement de la corde et en lui faisant perdre l'équilibre, et enfin le ligotage des pattes, qui la maintient immobile dans l'herbe.
Je n'avais jamais vu réunis autant d'Indiens en costume de fête. Je me suis promené au milieu d'eux, très curieux de distinguer, au costume ou aux traits, les hommes des femmes. Cette distinction est très difficile à faire. C'est que leurs figures sont peintes et maquillées sauvagement. Ils teignent leurs paupières d'un enduit jaune, bleu ou rouge, et leurs joues et leur front sont creusés de dessins et de rides de même couleur. Leurs cheveux noirs sont séparés au milieu du crâne par une raie qu'ils teignent en rouge ou en bleu, et leurs quatre tresses leur pendent dans le dos, enfermées dans des gaines de fourrure. Des plumes de perroquet disposées en palmes
ornent leur front ; leurs épaules et leur dos sont couverts d'un long châle rouge, et un foulard de soie multicolore entoure leur cou. Leur costume se compose, en outre, d'une sorte de veste brodée, d'un pantalon mexicain, très large et ouvert du bas, de couleur vive, jaune, vert ou rouge, et de bottes de cuir brut. Les femmes portent des bracelets d'argent aux poignets, et les hommes accrochent à leur boutonnière des médaillons avec le portrait de M. Roosevelt.
Il faut donc, pour ce sport, être un cavalier indémontable et un lanceur adroit et agile.
Les cow-boys sont des espèces de paysans coiffés d'un chapeau de feutre mou, aux larges bords, vêtus d'une veste courte de drap rouge et de culottes de peau collantes. Je me souviens de la physionomie de l'un d'eux, inoubliable. C'était un petit monstre roux, affreusement laid, aux yeux ronds et chassieux, la peau maculée de taches de rousseur, la bouche dégarnie laissant voir les gencives sanglantes ; il était monté sur un cheval sauvage qui ne pouvait supporter le cavalier et qui, pendant cinq minutes, rua, bondit, sursauta, plongea, essaya de se rouler sur la pelouse. Et plus l'animal bondissait, plus fort l'affreux centaure le cinglait de coups de lasso. Ce fut une lutte épique où l'animal, finalement vaincu, s'apaisa aux applaudissements frénétiques des 40.000 personnes rassemblées... Quand il descendit de cheval, une jeune femme jolie prit son bras amoureusement, et le monstre grêlé rayonnait de plaisir.
L'organisateur de ce spectacle, éleveur très riche, avait amené ses deux filles pour
y participer, deux jeunes filles très brunes, minces et nerveuses, aux cheveux crépus, à la physionomie sauvage. L'une d'elles, vêtue à la mexicaine, coiffée d'un large chapeau de feutre gris, jupe bleue, veste rouge brodée et dorée, mit une minute quarante- quatre secondes pour rejoindre le taureau, le tomber, sauter de cheval et le ficeler ! Le père poussa des cris de joie terribles, brandit son chapeau et fila au galop vers elle. Elle avait réalisé le record de la journée !
Le mépris affiché par les hommes américains pour l'Europe fait qu'on ne se leurre pas sur les déclarations d'amour des femmes et des jeunes filles à l'adresse de Paris. Elles aiment Paris même sans l'avoir vu. Mais que notre fatuité nationale — si naïve ! — ne se figure pas qu'il y ait là le moindre amour pour la France. Pour elles, la France, c'est Paris, et Paris, c'est la France. Elles ignorent tout de notre histoire, de notre tempérament, de nos mœurs et de nos sentiments : elles ne peuvent donc nous aimer. Mais ce que Paris représente pour elles les affole. Une grande et jolie jeune fille me disait qu'étant au collège elle écrivait sur ses livres son nom, suivi de l'adresse : Paris ! Et elle n'y était jamais venue. La maîtresse lui demandant si elle connaissait Paris, elle faisait ce gros
mensonge : oui ! Mais, à présent, les noms des boulevards, des rues, dont elle se souvient, la font vibrer de plaisir :
« J'aime tout à Paris, tout, les rues, les restaurants, les magasins, les maisons, les arbres, les voitures, les cochers ! oui, les cochers, ils sont si aimables J'ai passé seulement trois semaines à Paris en octobre. Il pleuvait tout le temps, ça ne fait rien, c'était très beau. »
Quant à l'homme américain, en principe, il se désintéresse complètement de ce qui n'est pas son pays. Il nous ressemble en cela. Quelques milliers d'entre eux viennent tous les ans en Europe, et tous s'arrêtent à Paris, parce que la ville est gaie et qu'on s'y amuse, et que tout de même ils se laissent influencer par le prestige historique, par la « réclame » séculaire faite autour de la Ville- Lumière. Mais, de retour chez eux, le sentiment nationaliste reprend le dessus, nous redevenons à leurs yeux « un petit peuple de la vieille Europe ».
Une chose pourtant frappe les hommes d'affaires d'ici : c'est la richesse inépuisable de notre bas de laine national. Mais, dès qu'ils ont appris que c'est l'économie de la race, l'avarice, pour dire le mot, qui l'alimente, et non notre activité, ni notre initiative, il ne reste plus que les financiers pour s'y intéresser encore.
LE LANCEMENT DU LASSO. — Quand un bœuf est en fuite, jlejjcow-boy déroule son lasso. La longue corde fend ~ »"t£v- » l'air et avec une précision étonnante vient s abattre autour du corps de la bête domptée.
LE DRESSAGE. — Les chevaux des cow-boys sont remarquables d'intelligence et de docilité, mais ceux-ci n'arrivent à s'en rendre complètement maîtres que par un dressage laborieux et difficile.
Planche 71.
LE COW-BOY - Le cow-boy, c'est le vrai roi du Far-West. Son pittoresque accoutrement, ses mœurs bizarres, son mauvais caractère et sa bravoure folle Font rendu célèbre dans les deux mondes.
Planche 72.
STATE STREET CHICAGO. — La State Street traverse la ville dans tonte sa longueur, parallèlement à 1; grande avenue de Michigan. Elle est l'une des voies les plus commerçantes de Chicago.
Planche ;3.
CHICAGO VU DU LAC. — Sur les bords du Lac se dressent des édifices à l'architecture imposante dont le plus important est l'Auditorium, à la fois hôtel el théâtre, que domine une tour de 82 mètres.
CHICAGO. L'embouchure du fleuve. — Chicago est traversé par une rivière qui vient se jeter dans le lac au nord de la ville. Sur ses bords encombrés de bateaux se trouvent les élévateurs de grains.
LES GRATTE-CIEL DE CHICAGO. — Chicago esl la rivale de New-York dont elle jalouse la prospérité; 1res riche aussi, elle prodigue les immeubles géants qui poussent leurs frontons vers les étoiles.