‹ L'Amâerique moderneChapitre 29 sur 50 · UN HOMME EXTRAORDINAIRE · texte numérisé non relu

UN HOMME EXTRAORDINAIRE

Un fumiste de haute marque. — Dowie, prophète millionnaire, guérisseur et chef d'Église. — Zion City.

— Une ville de 10 000 dupes. — Biographie de l'apôtre. — Entretiens du fumiste et du Sauveur. — Sa force de travail. — Ses études. - — Les trois incarnations d'Êlie. — Le truc du guérisseur. — L'imposition des mains. — Le Guéri t-tout. — Guerre aux médecins. — La dîme. — Articles de foi. — Comment on devient prophète. — Le guérisseur puni. — Mort de sa fille. — Fondation d'une ville. — Un homme d'affaires

— Création d'usines. — Mise en scène grandiose. — Impudent cabotinage. — Suis-fe Êlie ? — La foi qui sauve. — L'Évangile à l'américaine. — La pauvreté est une malédiction. — La machine à prier. — Téléphone et phonographe pour prières. ■ — La faillite-réclame.

vous parler de

e vais Dowie.

JEt j'avoue que j'arrive ici au maximum de la stupeur.

Savoir qu'un pareil homme puisse et ose exister au xxe siècle, mais surtout qu'il soit possible de trouver en Amérique, dans la ville la plus mercantile, la plus positive des États-Unis, à Chicago, une foule de 10.000 êtres humains asservis, domptés, subjugués par l'inscrutable audace de cet homme, voilà qui dépasse, je crois, les bornes de notre compréhension européenne.

On va voir si j'exagère.

En deux mots, voici ce qu'est Dowie.

C'est le chef et l'inventeur d'une secte dissidente des États-Unis, qu'il appelle l'Église de Sion. Ayant commencé son sacerdoce sans le sou, il est aujourd'hui follement millionnaire.

D'abord simple prédicateur humain, il est devenu le prophète Élie, et il guérit et il tue les malades par la simple imposition des mains.

De simple citoyen, le voilà passé fondateur de ville ! Il y a trois ans, il a acheté sur les bords du lac Michigan plus de 3.000 hectares de terrain et y a établi Zion City, dont il est le propriétaire, et où l'ont suivi 10.000 fidèles hallucinés qu'il exploite, trompe et spolie !

Voilà, en deux traits, le phénomène.

Mais ce qu'il faut connaître, c'est l'histoire de cet apôtre du banquisrne, de ce génial tricheur, de cet impudent captateur de la crédulité humaine qui a choisi, comme centre de ses méfaits, le pays le plus pratique, le plus positif que la civilisation ait encore produit.

Je vais vous la dire, parce que je ne crois pas qu'elle ait sa pareille au monde.

Son portrait physique, d'abord.

Ce nouveau messie a aujourd'hui cinquante-sept ans. C'est un petit homme

assez corpulent ; il est tout chauve, mais sa figure, aux pommettes saillantes, est encadrée d'une longue barbe blanche d'apôtre qui monte jusqu'à ses yeux, petits, perçants, fascinateurs, où se lisent son instinct de domination et une roublardise de paysan madré. Sa voix est forte et claire, sa parole colorée, toute parsemée de métaphores et d'images bibliques, souvent aussi, à l'imitation des prophètes, d'injures et de grossièretés. Sa force physique et son activité mentale sont également extraordinaires. Il travaille vingt ou vingt- quatre heures de suite et se compare volontiers à un nouveau saint Paul.

Dowie n'est connu en Amérique que depuis 1888. Né à Edimbourg en 1847, il y vécut jusqu'à l'âge de treize ans. En 1860, ses parents quittèrent l'Ecosse pour se fixer en Australie, à Adélaïde, où pendant sept ans le jeune homme fut employé dans une maison de commerce. Sa remarquable aptitude pour les affaires et le grand intérêt qu'il portait aux questions religieuses se révélèrent alors. « Dès l'âge de seize ans, dit textuellement Dowie à ses disciples, le Sauveur était déjà pour moi un ami intime et, depuis mon enfance, nous avons continué de nous entretenir et de discourir sur toutes choses. » A vingt ans, en 1867, Dowie revint à Edimbourg, où, pendant cinq ans, il suivit les cours de l'Université de théologie

Sorti de l'Université avec le grade de docteur en théologie, il retourna à Adélaïde en 1872. La même année, il recevait l'ordination et commençait à se mêler avec passion à toutes les polémiques religieuses. Déjà aussi il avait affaire avec la justice. Dowie n'aime pas àse souvenirde

cette période de sa vie, et, quand on lui en parle, il répond : « On raconte que je n'ai jamais rien fait de bien en Australie. Eh bien, sir Henry Parks, alors premier ministre de la Nouvelle- Galles du Sud, m'a offert le portefeuille de l'Instruction publique. »

Dowie ne fut pas ministre..., et, en 1878, déjà connu dans toute l'Australie, il annonçait son intention de se consacrer pour son propre compte à l'œuvre d'évangélisation commencée par lui. Un jour que Dowie avait prêché avec enthousiasme sur la nécessité de réédifier le royaume de Dieu, l'un de ses fervents admirateurs lui dit : « Ne serait-ce pas vous, Élie le Réformateur ? » Dowie, surpris, protesta d'abord énergiquement; mais l'idée fit son chemin dans sa cervelle, et peu à peu il se persuada que Dieu l'avait envoyé sur la terre pour préparer la seconde venue du Christ.

Lui-même prit soin d'expliquer plus tard l'origine de sa mission dans une déclaration fameuse faite, en 1901, à l'Auditorium de Chicago. Ce jour-là, Dowie se présenta à son peuple comme une troisième incarnation du prophète Ëlie. Le premier prophète, celui qui était monté au ciel dans un char de feu et qu'il appelle Elijah the Destroyer (Ëlie le Destructeur), avait réapparu sur la terre une seconde fois en la personne de saint Jean- Baptiste, Elijah the Precursor (Élie le Précurseur). Quant à lui, Dowie, il est la troisième incarnation d'Élie : Ëlie le Restaurateur (Elijah the Restorer).

Une telle affirmation devait- elle suffire à frapper les imaginations naïves et crédules ? Dowie eut des craintes et chercha

LES STOCK-YARDS. Les frigorifiques sont des salles glacées où les viandes sont conservées. Contrairement à l'opinion courante, la viande frigorifiée ne perd aucune de ses qualités comestibles.

LES STOCK-YARDS. Les frigorifiques. — Aux abattoirs sont annexées d'immenses chambres frigorifiques où

s'entassent et se conservent les viandes avant leur expédition.

Planche 93.

es

Planche 94

dans les Évangiles un texte qui, bien interprété, favoriserait ses vues ambitieuses. Il le trouva dans un passage du chapitre xvi de l'Évangile de saint Marc.

« Enfin il ( Jésus) se montra aux onze apôtres, comme ils étaient à table, et il leur dit : Allez- vous- en par tout le monde et prêchez l'Évangile à toute créature humaine.

« Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné.

« Et voici les miracles qui accompagneront ceux qui l'auront cru : ils chasseront les démons en mon nom ; ils parleront de nouvelles langues ; ils chasseront les serpents ; quand ils auront bu quelque breuvage mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades et ils seront guéris. »

Dowie avait trouvé sa voie. Très renseigné sur les phénomènes de psychophysiologie, doué d'une grande force de suggestion, soutenu d'autre part par l'autorité du Nouveau Testament, il entreprit de « guérir par la foi ». Il réunit dans sa bibliothèque tous les livres qui attaquaient la médecine et les médecins, se mit en rapport avec des croyants fervents à cette influence divine et créa « l'Association de la guérison par la Foi ». Dowie avait commencé par guérir sa femme de la migraine, mais bientôt les cures devinrent merveilleuses, et il prouvait l'efficacité de l'intervention divine par la guérison rapide des tumeurs et de l'hydropisie, des névralgies, de la goutte, des rhumatismes, etc.

L'affaire, admirablement lancée, donna le branle à un mouvement religieux qui se répandit sur toute l'Australie et la

Nouvelle-Zélande. Puis Dowie décida de visiter l'Angleterre et résolut de faire de Londres le centre d'une église qui rayonnerait sur toutes les colonies anglaises. Mais il découvrit, dans un voyage en Amérique, le peuple désigné pour comprendre la « nouvelle parole ».

Donc, en 1889, Dowie débarquait à San Francisco, en compagnie de sa femme et de ses deux enfants. C'est ici qu'il faut le suivre pour juger de ses audacieuses initiatives et de la folle crédulité de ses adeptes. Tout d'abord ses efforts furent infructueux. San Francisco resta impassible aux prédications enflammées du prophète. Diego, Oakland, Los Angeles et Portland ne lui firent pas davantage l'honneur de l'écouter. La ville élue fut Chicago, où le prophète et sa famille arrivèrent en 1890.

C'est dans un faubourg, à Western Spring, que Dowie commença à « lutter contre le péché de Chicago » (to fight sin). Il n'était connu alors que d'une poignée de fidèles et de quelques reporters. Mais les récits de ses foudroyantes allocutions furent pour lui la meilleure des réclames, et Dowie sut l'exploiter d'une façon merveilleuse.

Le nombre des adeptes grandit bien vite, et le premier souci du prophète fut de les convaincre de l'obligation d'obéir aux ordres de Dieu en lui payant la dîme, c'està-dire, comme chez les Mormons, la dixième partie de leurs revenus et de leurs gains. L'année suivante, il s'installait à Evanston, dans la banlieue nord, et y restait jusqu'au printemps de l'Exposition. Alors le prophète loua une maison près de Midway (c'était la rue du Caire de

l'Exposition de Chicago), et il construisit son premier temple, le Sion Tabernacle n° 1. Ce fut, bien entendu, une des attractions secondaires de l'Exposition. Mais le nom de Dowie commençait à se répandre, les journaux l'attaquaient, et lui répondait par des sermons semés d'injures et d'invectives pittoresques. Les conversions augmentèrent pourtant, et l'on bâtit deux autres temples : les Sion Tabernacle nos 2 et 3. « La réclame rapporte, » disait Dowie (It pays to advertise). Les guérisons se faisaient aussi nombreuses que les conversions. Chaque semaine, des milliers de personnes envahissaient le Tabernacle et demandaient leur guérison au prophète. Des pèlerins qui arrivaient avec des béquilles s'en retournaient sur leurs pieds, des paralytiques que l'on amenait sur des matel as rep artaient allègrement avec . D owie créa alors l'Église catholique chrétienne de Sion, dont il se déclara l'administrateur général. Le Tabernacle devenant trop petit, il loua le Music-Hall, puis le grand Auditorium de Chicago, et on y fit le service du dimanche d'octobre 1895 à avril 1896. Alors Dowie acheta l'église Saint- Paul (1896), qui devint le lieu de réunion des fidèles.

Le moment était venu pour lui d'exposer sa doctrine d'une façon éclatante. Il le fit dans les deux conférences générales du 22 janvier et du 5 février 1896.

« Je n'ai jamais eu l'intention, déclarait le « prophète- financier », de créer une de ces organisations insignifiantes qui divisent la chrétienté. J'ai senti que je pouvais ramener l'Église à sa simplicité primitive, telle qu'elle était au temps du Christ et des Apôtres. Voici notre Credo :

1° Nous reconnaissons comme règle de notre foi et de nos pratiques l'infaillible et suffisante inspiration des Saintes Écritures ;

2° Aucune personne ne peut faire partie de notre Église si elle ne s'est repentie et si elle ne croit pas à la rédemption par le Christ ;

3° Chacun doit être capable de déclarer qu'au fond de son cœur il s'est repenti en toute sincérité, qu'il croit vraiment en Dieu, et qu'il possède en quelque sorte le témoignage de I'Esprit- Saint ;

4° Que toute autre question n'est quune affaire d'opinion qui n'attaque en rien l'unité de l'Église.

Quant à la discipline, elle interdit les théâtres, brasseries, pharmacies, le tabac, les médecins et les chirurgiens, les maisons mal famées, les concerts et la danse. L'élevage du porc et la vente de sa chair immonde, que Dieu a formellement interdit de manger, sont absolument prohibés comme cause directe du cancer, des scrofules, du choléra, de la tuberculose, des rhumatismes, etc. L'Église, comme je l'ai dit plus haut, impose le paiement exact de la dîme, sans laquelle toute grâce divine est refusée. Elle est la « nourriture de Dieu », et le prophète le rappelle souvent à son peuple : « Écoutez, frères, leur dit-il dans ses fréquentes exhortations, travaillez et gagnez autant que vous le pouvez. Si vous pouvez gagner mille dollars ou cent mille dollars, faites-le. Épargnez, mais donnez à Dieu et à son Église, largement, à profusion. Développez votre commerce et votre industrie, mais, au nom de Dieu, donnez tout ce que vous pouvez. Amen ! »

J'imagine une assemblée de paysans normands ou picards à qui le prêtre d'une nouvelle religion viendrait tenir un dis-

cours pareil. Voyez- vous leurs yeux malins briller d'ironie, et les entendez- vous ricaner?

Mais nous sommes à Chicago. Et voilà qui donne à réfléchir.

Ce n'est pas tout.

une religion L' Église exige également lucrative que ies fidèles coopèrent à toutes les affaires financières. Et Dowie le premier donne l'exemple à son peuple ! « Je fais de mon ministère une affaire commerciale, car Dieu lui-même se retrouve dans tous les genres d'affaires.

11 participe au commerce des grains, puisqu'il fournit le blé ; à l'horticulture, puisqu'il fournit des fleurs magnifiques. Il s'occupe du commerce des poissons, et son marché merveilleux est le vaste Océan ; de celui des volailles et de la viande, puisqu'il crée les oiseaux et toutes sortes de bêtes. Il dirige même l'industrie électrique et, quand les éclairs traversent le ciel, quelle merveilleuse expérience de pyrotechnie pour les mortels ! »

L'Église est gouvernée par l'administrateur général Dowie, assisté de 4 administrateurs ; par 46 aînés ayant à leur tête 2 présidents, 18 évangélistes, 39 diacres,

12 diaconesses et un bataillon de septantes, qui, deux par deux, vont de maison en maison prêcher et recruter des adeptes.

En 1895, le nombre de ces adeptes à Chicago se montait à 5.000 environ.

L'Église était en pleine prospérité. Dowie créait coup sur coup des collèges et des institutions charitables, des journaux et des revues périodiques, telles que le Soleil du matin, Y Étoile du soir et surtout les Feuilles de guérison, son grand organe de

propagande. Des maisons de publicité furent installées à Londres et en Australie. La Banque de Sion fut créée, et Dowie en devint le directeur et le propriétaire.

Elle avait bien ses actionnaires, mais des actionnaires qui ne s'occupaient pas de l'administration, et. quand Dowie voulait de l'argent, il pouvait vendre autant d'actions qu'il trouvait d'acheteurs. En 1896, grâce aux capitaux amassés, il fondait la « Maison de Sion », sorte d'immense hôtel situé sur le plus beau des boulevards de Chicago, au coin de Michigan Avenue et de la 12e Rue, que je vois tous les jours en sortant de l'hôtel. Des prospectus furent lancés dans toute l'Amérique qui vantaient le confort de la « Maison chrétienne de Tempérance et de Guérison divine » : hôtel de premier ordre, à l'épreuve du feu, eau chaude et froide, bains de porcelaine dans presque toutes les chambres, ascenseurs, assemblées spéciales pour les guérisons trois fois par semaine ; défense de boire de l'alcool et de fumer, défense d'introduire dans l'hôtel les poisons des médecins, excellente table, cuisine de premier ordre, service parfait !

La Maison de Sion renfermait également les locaux de l'administration générale. Les bureaux de correspondance, finances, dîmes, audience, etc., y étaient installés. Les Aînés, les Évangélistes et leur famille y habitaient, ainsi que le Prophète.

En même temps que Dowie fondait cette vaste institution, il travaillait à la propagation de sa doctrine. Oakland, Melbourne, Tokio, Shanghaï étaient ses principaux objectifs; mais les évangélistes se

répandaient aussi dans les États de l'Amérique, dans la Chine, le Japon, la Corée, l'Hindoustan. Il envoyait des représentants en Afrique, au Caire, dans le Transvaal, le Natal et l'État d'Orange. L'Europe fut à son tour évangélisée.

Le succès de Dowie n'était pas exempt de troubles et d'incidents.

Il y a trois ans, sa fille mourut. Agée de vingt- deux ans, elle suivait les cours de l'Université de Chicago. Tous les matins, elle se frisait en se servant d'une lampe à alcool. Un jour un coup de vent lança son peignoir sur la lampe ; ses habits prirent feu; elle eut plus de la moitié du corps brûlé. Dowie, pour la première fois, dit- on, laissa entrer des drogues chez lui. La jeune fille mourut deux jours après.

Les ennemis de Dowie et même ses disciples s'étonnèrent qu'il n'eût pas pu sauver sa fille. Il leur répondit qu'il lui avait toujours défendu de se servir d'alcool et que sa désobéissance l'avait perdue.

Il prouva, d'ailleurs, que son enfant, avant de mourir, avait témoigné de sa faute et s'en était repentie.

Comme on le verra, les dévots du fallacieux charlatan ne furent point découragés par cette billevesée.

Un jour qu'il devait faire, à Chicago, une conférence sur « les Docteurs, les Démons et les Drogues », trois cents étudiants en médecine envahirent la salle, munis de produits chimiques d'odeur nauséabonde, de pierres et de chats morts.

Dowie dut se retirer, escorté par la police. Pour se défendre, il créa un corps de solides gaillards, « les gardes de Sion », qui l'escortaient partout où il allait. Mais les troubles continuèrent.

Chassé du faubourg Sud de Chicago, injurié, lapidé, arrêté, Dowie réussit toujours à se disculper et à confondre même ceux qui l'attaquaient. On le considérait alors non seulement comme une curiosité, mais comme un danger public. Les Églises, la police, le bureau d'hygiène, à la suite de ses campagnes contre la vaccine, les médecins syndiqués, tous essayèrent de le supprimer et ne réussirent qu'à le faire connaître davantage. C'était un mal qu'il fallait tolérer. En 1895, l'année de la grande persécution, Dowie avait été arrêté plus de cent fois ! Pendant les années suivantes, il ne le fut que rarement.

Pourtant il songeait à quitter Chicago et méditait le plan le plus hardi qu'un spéculateur puisse rêver.

Ici commence la deuxième partie de son audacieuse odyssée. De nouveau il fit appel à la générosité des fidèles et réunit assez d'argent pour acheter 7.628 acres, environ 3.086 hectares, d'excellentes terres, sur les bords du lac Michigan, à 67 kilomètres de Chicago. Le terrain lui coûta plus de 7 millions de francs. Il le divisa en lots qu'il afferma. Ces lots furent loués pour mille ans, Dowie se réservant le droit de résilier le bail à n'importe quel moment et de payer au locataire expulsé, sans que celui-ci ait aucun recours, la somme qu'il lui plairait. Le locataire s'engageait, en plus, à obéir à Dowie et à tous les règlements de Sion. Cinq mille de ses adeptes acceptèrent ce contrat paradoxal, le suivirent, et l'on se mit à l'œuvre pour créer la nouvelle ville. Le plan en fut tracé suivant des formes géométriques régulières. Les rues larges de 18 à 45 mètres, les boulevards, de 90 mètres, aboutissaient au centre de la ville,

Cm

Page 1