‹ L'Amâerique moderneChapitre 34 sur 50 · LETTRE D'UNE PURITAINE · texte numérisé non relu

LETTRE D'UNE PURITAINE

Le voyageur reçoit une lettre d'une inconnue qui le houspille ainsi que Paris et la France. — Les Américains n'aiment pas la critique. — La dame explique son affliction. — Vieille chanson : immoralité, dévergondage Babylone, etc., etc. — Le voyageur lui répond. — L' Amérique colonisera la France. — Elle n'aime pas les nègres. — Elle dit leur fait aux Mormons et aux Français, ces autres Mormons. — La dame va trop loin. — L'homme et la bête. — Crapaud couvert de joyaux. — L'art et la nature américaine. — ■ La voix des forêts et la voix du désert. — Le Français paresseux, pornographe et misérable rentier. — L' Américain idéaliste. — Le passé et l'avenir. — Le Musée historique de Boston fait sourire le voyageur. — La dame puritaine ne le lui pardonne pas. — De quelques traits de mœurs que la dame a le tort de souligner. —

Ironie finale. — Amen.

'ai reçu une lettre d'une dame américaine, qui m'a ravi : c'est que j'y ai trouvé la vérification indubitable d'une observation à laquelle je tenais : à savoir que, comme les enfants, les Américains ont horreur de toute critique. Car, pendant les premiers temps de mon séjour en Amérique, surpris par le naturel, la simplicité de manières des gens, je m'étais posé cette question candide : « Est-ce que, par hasard, ce peuple ajouterait à ses autres vertus l'amour de la vérité? »

Quand je quittai le sol du Nouveau Monde, j'étais fixé là-dessus ; l'Américain, sous ce rapport, n'a rien à envier au Vieux Monde, au contraire ! Chez nous, la vanité nationale est tempérée par un goût également national et aussi puissant que l'autre, de la critique, de la fronde et de la

blague. Aux États-Unis, où les Anglo- Saxons et les Germains dominent, l'ironie dirigée sur soi-même est une chose inconnue, dont on a horreur si on la perçoit chez les autres.

La lettre qu'on va lire apporte une preuve vivante de la vérité de ces observations. Je la donne non seulement pour cela, mais aussi parce qu'elle constitue un chapitre animé, une leçon sur « la chair vive » de la susceptibilité maladive — et qui ne fera que croître — du peuple américain.

« A Monsieur Jules Huret.

« Cher Monsieur,

« Après plusieurs semaines de pénible contrainte, durant lesquelles j'ai supporté les souffrances que me causaient vos impressions sur les États-Unis, je suis finalement obligée de prendre ma plume, —

ou plutôt ma machine à écrire, — afin d'apaiser le supplice que vous m'avez imposé. »

Je passe quelques compliments injustes que ma modestie refuse.

En ce qui concerne les nègres, les Américains qui sont à Paris doivent accepter l'hommage que les Français rendent au principe de la fusion des races, de même qu'ils acceptent les maisons sans salle de bain, l'étalage public et la libre circulation d'une littérature obscène qui n'est pas même interdite aux enfants. Nous ne comprenons pas comment vous pouvez supporter toutes ces choses que nous détestons naturellement. Nous les laissons pourtant exister jusqu'au jour où notre nation trouvera le temps d'envahir la vôtre et de vous réformer (1). Mais il est évident que, lorsque imbu de l'idée de la fusion des races, vous exposez à vos compatriotes la question nègre aux États-Unis, vous faites œuvre aussi raisonnable que si vous tentiez d'élever des tortues dans les bassins du jardin des Tuileries ou de faire pousser des pois cuits et des gâteaux de sarrasin dans les Champs-Elysées. Le problème nègre aux États-Unis n'est pas un problème nègre du Nouveau Cirque, ni un poétique « cake-

(1) Mrs. Flora Thompson veut coloniser la France — et, sans doute, l'Europe. — Elle trahit là, sans prudence, l'arrière-pensée des plus notoire de ses compatriotes impérialistes qui non seulement rêvent de faire de l'Ancien Monde le déversoir de leur surproduction industrielle, mais aussi un séjour de vacances ! Il s'agit de savoir si l'Europe se laissera faire.

walking », et ce n'est point par une sympathie morbide que l'on en trouvera la solution.

« Que sera cette solution? Dieu seul le sait, mais le fait que l'Américaine de race blanche n'y participera en rien est compris et accepté par Booker T. Washington, Théodore Roosevelt et tous les autres amis intelligents des nègres qui vivent parmi nous.

« Que le Mormonisme vous apparaisse comme un trait spécialement digne d'être noté dans notre civilisation américaine, il ne faut pas s'en étonner, cela s'explique par ce fait que, malgré la place insignifiante et accidentelle qu'occupent les Mormons parmi les millions d'êtres normaux et d'intérêts humains normaux qui participent aux affaires en Amérique, nous avons néanmoins dans le Mormonisme le seul étalage visible de rapports immoraux que le pays entier puisse offrir. Il s'ensuit nécessairement qu'un Parisien doive trouver le Mormonisme d'autant plus digne d'intérêt. L'importance réelle du Mormonisme aux États-Unis est démontrée par l'histoire d'un certain M. Roberts, de l'Utah. Ce Mormon, légalement élu au Congrès, fut par la force du sentiment public américain chassé de la Chambre des Représentants, avec interdiction de siéger au Congrès. On eût dit qu'un désagréable scarabée noir était monté péniblement à travers les égouts jusqu'à la lumière d'une maison américaine et qu'en voyant cette hideuse présomption — vlan ! pan ! — on se fût vite débarrassé de lui. Cet incident ne permet pas de douter du sentiment public en ce qui concerne le peu d'importance du Mormonisme et la réproba-

tion générale qu'il suscite chez le peuple américain.

« Vous semblez être constitutionnellement incapable de comprendre notre point de vue moral en ce qui concerne les rapports des sexes (1). Malgré votre connaissance de l'Amérique qui vous a permis de constater l'existence d'un réel sentiment de décence publique, vous nous avez, sur ce point, accusés d'hypocrisie. Que l'homme — l'homme naturel — soit une bête sur toute la surface du monde, je n'ai aucune raison de le contester ; mais même l'intelligence du sultan de Guam, celle de n'importe qui, venu de n'importe où, sauf peut-être l'intelligence d'un Français de Paris, doit concevoir qu'un peuple, obligé par sa morale à agir en homme alors qu'il n'est qu'une bête, est infiniment supérieur dans l'ordre des choses humaines et divines à un peuple qui a toute licence pour faire triompher en lui la bête. Le mal social existe nécessairement parmi nous, sous toutes ses formes, mais il se tient caché dans une sphère obscure, où le maintient un sentiment public d'ordre et de propreté. Il n'y a absolument aucune place dans notre manière de voir et de penser, pour la lèpre morale qui, sous prétexte de sincérité, découvrirait des ulcères qui coulent et ferait parade de cette pourriture nauséabonde aux yeux mêmes des petits enfants. La malpropreté de l'esprit public à Paris, qui se manifeste particulièrement dans vos théâtres, vos journaux et la littérature courante vendue dans vos rues, ne cessera jamais d'être en horreur aux Américains. D'autant plus que, considérés individuel -

(1) Ceci est plus juste.

lement, nous trouvons une foule d'âmes vertueuses parmi vous, qui luttent, et non tout à fait en vain, contre l'influence pitoyable que votre atmosphère de fanfaronnade intellectuelle leur impose. Cette tendance de votre littérature, de votre art, de votre théâtre, n'est pas, je crois, celle de la majorité du peuple français ; elle est celle d'une minorité cultivée qui, dominée par Dieu sait quel malin esprit, dirige son éducation, ses facultés déjà exercées vers un but unique : perpétuer la bête dans l'homme.

« Du point de vue où vous vous placez, le raffinement intellectuel dont vous vous faites gloire m' apparaît, avec ses conséquences, comme un crapaud couvert de joyaux. Son corps n'est qu'un désir. A travers les brillants ornements que votre art lui procure, il jette sur nous un regard de travers. Il nous vilipende parce que nous préférons paraître homme au lieu d'être crapaud. Et pourtant ce choix n'implique-1- il pas des efforts et des idées qui dépassent de beaucoup l'intelligence d'un crapaud ?

« Quant à notre absence d'art aux États-Unis, dites- moi, je vous prie, ce que nous avons à faire de l'art quand la nature en nous et autour de nous est si libérale, si variée, si prodigue? Plus je reste à Paris, plus j'étudie votre art, moins je me sens capable de comprendre votre conception de l'art. Une fois sur dix mille, l'art est un message du ciel qu'aucun homme, qu'il vive à Kansas City ou à Rome, ne peut refuser, parce que c'est le Dieu Tout- Puissant qui le lui envoie ; mais le plus souvent l'art est une réminiscence de la nature dont l'interprète est un

ri

LA CATARACTE. — Si le spectacle de la ca ta rade vu d'en haut esl grandiose, il est encore plus impressionnant lorsque

l'on assiste, du lil inférieur, à cet écroulement de tout un fleuve.

AU FOND DU GOUFFRE. — Dans la cuvette où s'effondre l'énorme ruée d'eau, c'esl un bouillonnement formidable et un fracas sans nom de tous ces éléments convulsés et entrechoqués.

Planche io5.

SOUS LA GLACE. — Pendant des mois, le Niagara fail trêve à su course et l'on n'entend plus le fracas de ses eaux. Au bruit et au mouvement ont succédé le silence et l'immobilité des paysages polaires.

Planche ioô

homme paresseux ( 1 ). Avec les merveilles d'une nature laissée intacte, qui couvre toute l'étendue de notre vaste contrée, nous n'avons pas besoin de telles réminiscences pour nos fêtes de la Beauté. Nous pouvons nous passer de la triste consolation de la belle musique quand nous jouissons de la voix merveilleuse ( 2 ) de nos forêts vierges, de nos prairies désertes, de nos rivières sans trafic, de nos montagnes inexplorées, qui s'étendent sur des milles et des milles. Quant au sentiment d'admiration pour l'art que les Français en général, — y compris en particulier M. G. Ohnet, qui méprise les Américains, — quant à ce sentiment que vous nous refusez parce que nous n'en faisons pas étalage, il existe pourtant. Si vous saviez observer clairement, vous auriez pu comprendre, par une analyse simple et directe et après huit mois de séjour parmi nous, que notre succès dans l'industrie, qui attire sur nous l'admiration et la crainte du monde, provient justement de ce même esprit de dévotion qui, depuis un temps immémorial, inspire et accroît la production artistique.

« Produisez, produisez, que ce soit la plus infime parcelle d'un produit, produisez au nom de Dieu ! » — Cette devise de Teufelsdrockh est désormais une idée fondamentale des cerveaux américains.

Elle les force à travailler, à réussir, et, après le succès, à travailler encore sans idée de gain, dans le but de réaliser la

(1) Nous y voilà. Nous sommes des paresseux. Et dire que ce ne sera que lorsque vous vous reposerez un peu du labeur maniaque auquel vous vous livrez que vous commencerez à vous civiliser pour de bon !

(2) Si, encore, vous alliez l'écouter...

seule destinée évidente de V homme : l'action.

« De même que, pour le Français, l'idéal, le but, c'est la vie; pour l'Américain, c'est le travail pour le travail.

« Vous dépensez la moitié de votre temps et les deux tiers de votre énergie à tenir vos comptes et à faire des économies de bouts de chandelles pour ne pas tarir la misérable rente qui vous permet de vivre oisifs, de patauger dans l'art et de flâner sur les boulevards. L'Américain, au contraire, voit dans la vie non seulement un but, mais un instrument d'action. Il travaille en sachant qu'il est homme et en essayant de répandre par le monde les fruits de son labeur actif et incessant.

« Vous n'eussiez pas éprouvé de pitié en constatant la pauvreté de nos musées historiques, si vous vous étiez arrêté pour compter le nombre d'années durant lesquelles le peuple américain a figuré dans l'histoire. De ce point de vue, il vous serait bien difficile de trouver un peuple qui ait fait quelque chose de mieux que nous dans cet ordre de choses (1 ). D'ailleurs, le passé n'apparaît valable et intéressant qu'à la vieillesse branlante, aux vieilles gens et aux vieux peuples. Notre gloire, s'il vous plaît de la voir, est celle du travail qui prépare l'avenir. Elle n'est pas enfermée dans un passé momifié, dans des musées, ou cataloguée dans des livres, que le vieillard couve des yeux et manie de ses doigts tremblants : comme si, faute d'énergie intérieure pour embellir son existence,

(1) D'accord. Mais quand on n'a rien à mettre dans un musée, on n'en fait pas. C'est justement ce qui m'a fait rire — et bien innocemment — à Boston.

il voulait conjurer la mort par les rêveries et les reliques du passé (1 ).

« Évidemment, pauvres Français, vous n'êtes pas responsables d'être nés dans un pays dont la grandeur est renfermée dans les musées historiques. De même que nous, Américains, si nous jouissons d'un sort plus heureux, ce n'est pas grâce au mérite de notre propre intrigue ! Ne venez donc point parmi nous avec votre rôle héréditaire de vieillards myopes, sourds, infirmes et bougons. Nous sommes trop jeunes et trop occupés pour songer à ce qui n'est plus. Nous ne voulons pas vous manquer de respect (2), mais ce n'est pas nous donner un bon exemple que de nous gronder toujours et de nous dénigrer comme vous le faites (3).

« Les digressions sur l'habileté des Américains dans l'art de cracher manquent d'esprit et de délicatesse, surtout quand elles s' adressent à des lectrices. Vous dites même que nous avons établi des concours pour ce genre de sport. Je n'ai nullement l'intention de nier, sur certains points, la vulgarité des Américains. Si je voulais être malveillante, j'admettrais qu'en une foule de cas ils sont presque aussi grossiers que les Français (4). Mais depuis que Dickens fit pour la première fois une réflexion spiri-

(1) Pourquoi alors cette manie que vous avez de vous vieillir et d'essayer de donner le change? Vous agissez comme ces faux nobles qui étalent des parchemins ridicules et sans valeur. Ayez donc l'orgueil de ce que vous êtes. C'est cela, en effet, qui fait votre mérite, sinon votre gloire.

(2) Que serait-ce donc si vous le vouliez?...

(3) Je pourrais vous prouver par mille exemples qu'on vous gâte, au contraire, par des éloges et des flatteries absurdes et immérités.

(4) Comme c'est vrai i

tuelle sur cette habitude de cracher, tout en essayant de l'expliquer par les conditions climatériques de notre pays et leurs conséquences, depuis ce temps cette habitude est une source de plaisanteries pour la vieille Europe.

« Je ne veux pas la défendre ici, pas plus que je ne voudrais me moquer de la toux des tuberculeux en France ( 1 ).

« En ce qui concerne la correction des habitudes individuelles, avouez qu'il nous manque encore celle de « manger bruyamment » et malgré leur habileté, leur adresse reconnues, il faut que les Américains viennent à Paris pour apprendre à cracher leur nourriture sur la table — - arêtes, grains de raisins et autres choses semblables que certaines gens mangent, mais que vous n'avalez pas. Vraiment, vous savez, vous êtes très habiles à viser vos assiettes en crachant votre nourriture, et vous n'avez pourtant pas de cours à Paris pour cultiver cet art ! Il vous est naturel, n'est-ce pas?

« La décence est en quelque sorte une vertu. Mais, si la question de décence concernant le moment, l'endroit, la manière dont s'accomplissent certaines fonctions naturelles est une question pendante que chaque peuple résout à son gré, il n'en est pas moins vrai que les conditions dans lesquelles s'effectuent ces fonctions suffisent à distinguer l'homme des chiens. A ce propos, je dois dire que les habitudes qui ont cours le long des rues de Paris ont souvent agité en moi la question de savoir où, — si

(l)Vous faites bien, car les deux choses n'ont aucun rapport : tousser parce qu'on est malade, ou établir des concours pour cracher à distance dans la cible d'un crachoir, sont des faits bien différents.

ce n'est aux États-Unis, — il y a une différence entre les chiens et les hommes ? Je trouve dans Paris des chiens, quelques saints et quelques grands enfants, — mais des hommes ? !

« Croyez- moi, monsieur Huret, il est tout à fait affligeant qu'une femme raisonnable, qui n'aime pas à attirer sur elle l'attention, paraisse si agressive, même lorsqu'elle défend son pays. Je demande que vous teniez compte que j'ai été provoquée, et j'espère que ma façon d'agir ne vous paraîtra ni désagréable ni indigne d'une femme. Je suis simplement une Américaine qui, malgré son dévouement à la vérité et à son pays, n'en reste pas moins pleine d' admiration pour le charme de votre peuple. Je ne crois pas cependant, comme un de vos remarquables compatriotes essayait de m'en persuader dernièrement, que ce charme provient de vos défauts. — Vous êtes charmants, au contraire, en dépit de vos défauts. C'est dans l'espoir que votre charme grandira encore par cette vue plus large de l'Amérique et des Américains que je vous écris. Non : ne me remerciez pas — « Je n'ai fait que mon « devoir, » comme dit Dewey quand il fit tout sauter dans le port de Manille.

« Avec la très vive assurance de ma plus haute estime, permettez- moi de rester, Monsieur,

« Sincèrement votre

« Flora Mac Donald Thompson. »

Ainsi soit- il, Madame et chère puritaine.

Conversations.

Dîner avec M. R. B. V. C..., un jeune

banquier ; M. E. G..., peintre et écrivain de talent de New- York, et M. 0. C..., architecte, trois Américains renseignés, d'esprit largement ouvert, ayant voyagé et ne cherchant pas, je pense, à me tromper.

Or, voici ce qu'ils me dirent :

« Les jeunes Américains ne sont pas des coureurs de dot. Ils ne recherchent en mariage que les femmes qui leur plaisent, sans s'inquiéter de leur fortune. D'ailleurs, les parents ne dotent pas leurs filles. C'est donc leur mari qui doit subvenir à tous leurs besoins. La jeune fille, elle, doit considérer, naturellement, si elle pourra se contenter de l'aisance et du luxe que lui apporte son futur. Et il peut arriver que, pour assurer au jeune ménage une certaine tenue, la famille de la femme l'aide partiellement à ses débuts. Mais le jeune époux ne le demanderait jamais et ne l'accepterait même pas toujours avec plaisir. Il y a là une idée de dignité et d'orgueil, générale en Amérique. »

Je ne pus m' empêcher de sourire à des affirmations si absolues. Mes hôtes le virent et rectifièrent :

« On a pu voir — car tout arrive, n'est-ce pas? — un jeune Américain rechercher une dot. Mais, ce qui importe, c'est qu'il en a honte lui-même, c'est que ses amis se fâchent avec lui — parfaitement ! — lui tournent le dos. (Et ils me citent des noms.) N'est-ce pas quelque chose de significatif?

« Il y a à New- York des jeunes filles très riches restées célibataires, et beaucoup de jeunes filles pauvres mariées à des jeunes gens de très grande fortune. Miss G..., jolie pourtant, élégante et très riche, connue et reçue dans toute la société de

New- York, n'est pas mariée. La troisième fille de Rockefeller (ou de Morgan, je n'ose affirmer) n'est pas encore mariée malgré son âge.

— Mais êtes- vous sûrs que ce ne sont pas elles qui ont refusé de se marier?

— Oui. C'est possible ; mais, ce que nous voulons bien vous dire, c'est que, dans toutes les réunions de jeunes gens américains, vous ne pouvez pas observer que les filles les plus courues sont les plus riches. Au contraire, je dirais ! »

Autre conversation.

Avec Mme E..., l'une des plus jolies, des plus élégantes et, comme on va le voir, l'une des plus intelligentes femmes de New- York.

« Ce qui me frappe le plus quand je vais en France, me dit- elle, c'est l'embarras, la timidité des jeunes filles et souvent des femmes. Au contraire, les jeunes hommes sont pleins d'aisance et de liberté dans leurs allures. Vous remarquerez qu'en Amérique c'est presque l'opposé. La jeune fille est plus àsonaise que le jeune homme. Dans tous les cas, si l'un des deux est intimidé par l'autre, ce n'est pas la jeune fille.

« Il y a des exceptions, pourtant : les jeunes filles qui n'ont pas eu de frères, par exemple, et que, par un puritanisme très rare, leurs parents ont retenues à l'écart des sociétés de garçons. Dans ce cas, par l'extérieur, elles ressemblent beaucoup à vos jeunes vierges françaises. Ce qui les différencie au fond, ce n'est que la température de leur sang, beaucoup plus basse chez nous.

— Et à quoi attribuez- vous la différence extérieure?

— A ceci tout simplement : c'est qu'à douze ans notre jeune Américaine a son petit flirt, innocent — cela va sans dire, car les jeunes garçons, chez nous, sont aussi purs et aussi froids que les filles, — innocent, mais gai, mais taquin, et juste assez sentimental pour ne pas devenir dangereux.

« La fleur de la naïveté est perdue, j'en conviens ; mais en revanche, pour plus tard, dans la vie, quel sang- froid, quelle sûreté d'elle-même. »

Eh oui ! que deviennent le « trouble délicieux de l'amour », cette « pudeur rougissante », cet « émoi des sens », dont parlent les métaphores séculaires des littératures latines ?

Je vous assure qu'on peut regarder longtemps, vivre côte à côte avec des fiancés et des fiancées, sans être capable de seulement distinguer quels sont les couples in love.

« N'est-ce pas très bien? me demande la jolie Mme E... Pourquoi afficher ses sentiments en public? Je trouve qu'en Europe, en France, dans les pays latins surtout, on manque à cet égard de pudeur.

— Certes, Madame, lui répondis- je, si on affiche, on a tort d'afficher. Mais, sans afficher ses sentiments, il me paraît bien difficile d'être maître de soi au point de ne se trahir jamais, de demeurer impassible, sans une seconde de faiblesse... si on aime beaucoup, beaucoup...

— Prétendriez- vous qu'on aime plus en France, par exemple, qu'en Amérique ?

— Plus fort, madame, peut-être. Mais comment vous le prouver ? »

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Planche 107.

LA CATARACTE EMPRISONNÉE. — Sous l'action des rudes froids du Nord, les eaux du Niagara se congèlent et la masse liquide emprisonnée se transforme en stalactites géants du plus curieux aspect.

Planche 108

l'i ANCHE IOÛ.

UNE BROCHETTE D'HÉRITIÈRES. — Les demoiselles d'honneur qui assistèrent Miss Gould appartiennent toutes à la « gentry » américaine et sont elles-mêmes de richissimes héritières.

UN FIVE O'CLOCK A LA 5° AVENUE. — La « gentry » de New-York donne de fréquentes réceptions et la photographie ci-dessus nous montre un thé servi par déjeunes millionnaires.

Planche no.

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