LA VALLEE DU YOSEMITE
Dans la Sierra Nevada. — Les arbres géants — Expéditions d'autrefois et excursions d'aujourd'hui. — Tourisme pacifique. — Le couloir de l'Enfer. — Les chutes. — Les Larmes de la Vierge. — Les grands rochers. — Réjouissances du « Camping ». — Danses sauvages pour 2 dollars par jour. — Arbres gigantesques : les Séquoia. — 110 mètres de haut et 31 mètres de circonférence. — Un bal sur un arbre. —
Un arbre né avant le Christ.
l'extrémité orientale du comté de Mariposa, au cœur même de la Sierra Nevada, se trouve l'un des sites les plus pittoresques que le voyageur puisse admirer aux États- Unis. C'est la vallée du Yosémite, gorge profonde, canon aux parois abruptes et presque verticales, au fond duquel se déroule le cours sinueux de la rivière Merced. Ce couloir de l'Enfer, perché à 1.200 mètres d'altitude et limité par des rocs hauts de700àl.500 mètres, n'a pas moins de 13 kilomètres de long sur une largeur qui varie de 1 à 3 kilomètres.
Soucieux de préserver ces beautés naturelles contre l'exploitation et la destruction, le gouvernement central a déclaré que cette vallée serait un parc national. Ainsi a-t-il fait pour d'autres sites fameux, à la grande joie des touristes et des amateurs de beaux spectacles naturels.
La vallée du Yosémite, cédée à l'État de Californie par un acte du Congrès approuvé le 30 juin 1864 et ratifié en 1866, est donc aujourd'hui placée sous le contrôle de l'État central. Huit personnes
appointées par le gouvernement sont chargées d'administrer ce bien national.
Le territoire ainsi réservé comprend non seulement la vallée proprement dite, mais encore toute la partie de montagnes et de forêts qui l'entourent sur une superficie de 3 kilomètres à la ronde. Il comprend en outre le fameux bois d'arbres géants de Mariposa, situé à quelque distance de la vallée et cédé à l'Union par l'État de Californie en 1865.
La première excursion de touristes dans cette vallée célèbre, si fréquentée aujourd'hui par les Américains, fut organisée en 1855. Le site avait été découvert quatre ans avant par le capitaine Boling, durant une poursuite contre les Indiens Diggers et Shoshonés, races aborigènes dont on trouve encore quelques rares vestiges.
A cette époque, le voyage au Yosémite était une véritable expédition longue et inconfortable, qu'il fallait faire partie en bateau, en diligence et à cheval surtout. De San Francisco, après avoir remonté le San Joaquim, on arrivait à Stockton, où des diligences attendaient les voyageurs. La Californie en était encore à la période épique où des conquérants de l'or s'isolaient dans les vallées de la Sierra à la
recherche du précieux métal. On rencontrait, dans ces vieilles guimbardes à l'espagnole, des types de toutes les races et de toutes les nationalités : Chinois fumeurs d'opium, Yankees, Français, Irlandais, Mexicaines en mantilles. On changeait plusieurs fois de mules ou de chevaux dans les « haciendas » espacées sur la route, où l'on croisait des cavaliers dont les chevaux harnachés de cuirs et de banderoles qui leur battaient les flancs galopaient dans les tourbillons de poussière soulevés du sol calciné. Le chef couvert du grand chapeau américain aux ailes battant au vent, les pieds dans des zapaderos, sortes de gros sabots de bois servant d'étrier, le revolver attaché à leur ceinture de cuir, on les eût pris pour des bandits plutôt que pour d'honnêtes voyageurs.
Aujourd'hui, tout ce pittoresque à presque disparu, et la vallée est accessible au plus pacifique des touristes.
Elle est exploitée « à l' américaine », avec un sens aussi pratique que celui des hôteliers suisses. Des billets circulaires délivrés à San Francisco et Los Angeles, les deux grandes villes les plus voisines, pour un prix accessible aux bourses modestes, en font un centre d'excursion très fréquenté d'avril à novembre surtout. Alors la neige n'est pas à craindre. Les passionnés de chasse peuvent poursuivre l'ours dans la Sierra, au delà du Wawona; les amateurs de camping peuvent coucher à la belle étoile, voir se lever le soleil au Mirror Lake, ou pêcher dans la multitude des ruisseaux qui descendent de la montagne pour unir leurs eaux à celle de la rivière Merced. Un chemin de fer commencé en septembre
1905, complété, par celui qui aboutit à El Portai, réduit à neuf heures l'excursion de San Francisco au Yosémite, alors qu'il fallait jadis deux jours pour l'atteindre. Il vous amène à l'entrée de la vallée, au point de départ d'une route carrossable construite par la compagnie de chemin de fer et le gouvernement.
Après avoir quitté les environs de San Francisco, on traverse de riches plaines cultivées où s'étendent à l'infini des moissons dorées.
C'est la vallée de San Joaquim, grenier d'abondance de la Californie, semée de canaux d'irrigation, où les champs d'orangers alternent avec les champs de blé, qui ne s'arrêtent qu'au pied de la Sierra, dont les cimes neigeuses se profilent sur le bleu infiniment pur du ciel. Les routes sont bordées de figuiers, de cèdres, d'eucalyptus, de poivriers, de lilas de Californie ; des bouquets de cornouilliers et de saules pleureurs abritent les petites maisons d'adobé recouvertes de fleurs.
A partir de Merced, quittant le Southern Pacific Railway pour le chemin de fer du Yosémite, le train parcourt une jolie contrée verdoyante couverte de prairies où paissent de nombreux troupeaux de moutons. Au flanc des collines, des vignes; à leur pied, des arbres fruitiers. Puis le train suit le cours de la rivière Merced. Le paysage change d'aspect. Les collines riantes deviennent plus sévères, s'élèvent et se resserrent, étreignent à leur base le cours de la rivière. Aux jours du rush de l'or, cette région fut bien parcourue. Des ruines de campement, des restes de moulins s'aperçoivent encore çà et là.
Mais la vallée, qui semble avoir donné tout ce qu'elle recelait, réduit désormais toute sa vie au bruit du torrent luttant contre l'étreinte de la montagne. Parfois le roc, d'ordinaire dénudé, se recouvre d'une mousse d'un vert d'émeraude où le soleil fait scintiller des gouttes de cristal. On dirait un merveilleux tapis jeté du haut de la falaise et baignant ses franges moussues aux rives de la Merced.
Nous voici à El Portai. Le train renonce à pénétrer dans l'étroit canon du Yosémite Valley. Des diligences et des chevaux attendent les voyageurs pour les conduire au village de Yosémite, à l'extrémité de la vallée, où ils trouveront, au Sentinel Hôtel, le gîte et le repos.
La vallée du Yosémite apparaît alors comme une sorte de couloir de l'Enfer aux parois nettes et comme coupées au sabre, sur lesquelles aucune mousse, aucun arbuste, aucun arbre n'ont pu s'accrocher. Au fond de cette crevasse gigantesque, un trou noir. D'ensemble, le spectacle est infiniment triste et austère. Rien de comparable aux riantes vallées suisses, rien du somptueux spectacle de leurs cimes couvertes de glaciers. Ici le jeu de la lumière sur la pierre diversement colorée, la beauté sauvage du roc dénudé font tout l'attrait du paysage. Vue d'en bas, la vallée a un aspect moins désolé; le trou d'ombre est une prairie couverte de fleurs, de bosquets, d'arbres magnifiques. Aucune issue n'apparaît aux flancs des montagnes ou aux extrémités. On se sent comme perdu. L'ouverture brusque de ce canon, due, selon les uns, à l'action des glaciers, selon d'autres à une chute du fond
de la vallée dont les parois se seraient maintenues droites, déconcerta le cours des rivières qui serpentaient au niveau supérieur. Elles se transformèrent en cascades bouillonnantes, en chutes imposantes, dont quelques-unes comptent parmi les plus élevées du monde et qui viennent grossir le torrent où elles se précipitent. Les Yosémite Falls sont les plus importantes. Situées presque au fond de la gorge, leur tonnerre s'entend au loin, et une buée légère vous avertit, à un kilomètre de distance, de leur présence. Elles se précipitent dans le torrent par une série de trois gradins dont l'ensemble mesure 760 mètres de hauteur. La cataracte supérieure a 438 mètres de hauteur et 10 environ de large; la cascade centrale s'étale en une série de sauts qui se réunissent pour former la chute inférieure mesurant 131 mètres.
C'est au printemps surtout qu'il faut les voir, dans toute leur splendeur ; l'été, le débit d'eau diminuant, ellea sont moins imposantes; un mince ruban vertical tombe du sommet des rocs, et il faut se répéter, pour en être bien persuadé, que l'on est en présence d'une des plus hautes chutes du monde.
Il y en a d'autres encore, tels les VirgirCs Tears ( Larmes de la Vierge), qui tombent de 610 mètres de haut; mais elles sont à peine perceptibles en été, en raison de leur étroitesse; le Bridai Veil, qui mesure 940 pieds; the Sentinel F ail, the Vernal Falls, d'un vert admirable de chrysoprase, large de 20 à 24 mètres et haute de 100, et une demi- douzaine d'autres encore, qui s'espacent sur le pourtour de la vallée.
Des rochers, des pics et des dômes
UN ROI DE LA FORÊT. — Sous l'action des siècles, leurs troncs se sont creusés, évidés, formant des tunnels pai où passent les voitures et donnant à ces Titans l'apparence trompeuse de colosses aux pieds d'argile.
LE PARC DE YELLOWSTONE. — La Terrasse de Cléopàtre. — Cette curiosité naturelle située non loin de l'entrée nord du parc, est une cascade d'eau bouillante descendant d'échelon en échelon un massif basaltique.
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VALLEE DU YOSÉMITE. — Le Glacier Point. — Du chaos des rocs amoncelés surgit un bloc énorme et d'aspect vertigineux que de hardis touristes mettent un point d'honneur à escalader.
LE PARC DE YELLOWSTONE. — Le Chaos. — Rien de plus varié que les aspects de celte région incomparable. Les plus riants paysages y alternent avec des coins de nature convulsés et chaotiques.
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bizarrement travaillés par l'érosion lui donnent à chaque détour un aspect inat. tendu, mais toujours pittoresque ou grandiose. Ils dressent parfois hardiment leurs flancs nus, hauts de plus de 2.000 mètres au-devant du torrent qu'ils semblent vouloir commander, tel ce fameux rocher, El Capitan, dont les deux faces, complètement dénudées et abruptes, s'unissent à angle droit. Les Cathedra! Rocks sont des clochers de granit qu'on dirait sculptés par des Titans. Les rocs chevauchent les uns par- dessus les autres, en une superposition désordonnée de blocs gigantesques se terminant par un rocher qui surplombe la vallée et semble se maintenir par un prodige d'équilibre. Ainsi apparaît le Glacier Point, dont l'escalade est chère aux amateurs d'émotions vives et d'ascensions vertigineuses. Il y en a bien d'autres encore, les Trois Frères, que domine YEagle Peak, haut de 2.362 mètres, et l'énorme North Domce, qui dépasse 2.200 mètres.
A une extrémité, la vallée se divise en trois carions par où s'écoulent les eaux torrentueuses de la Merced, formant ainsi trois nouvelles rivières, le Tenaya au nord, la Merced au milieu et l'Illilouette au sud.
Non loin de là, à 6 kilomètres environ du village de Yosémite et à l'entrée du canon du Tenaya, se trouve le lac du Miroir, réputé pour la limpidité de ses eaux. On y va de bon matin voir le lever du soleil sur les montagnes et ses reflets dans les eaux paisibles du lac.
Chacun de ces points est un but d'excursion. Des voitures vous font faire le Lower Round Drive, c'est-à-dire le tour du fond de la vallée, soit une trentaine de kilo-
mètres, vous permettant de voir ainsi défiler comme en un panorama toutes les merveilles du Yosémite. Les autres excursions se font à pied ou à cheval. Mais un voyage à la vallée du Yosémite est cher surtout aux amateurs de camping, si nombreux en Amérique. Ici, comme dans tous les parcs nationaux des États-Unis, un endroit a été réservé pour le camping avec des tentes, des baraquements, des facilités d'approvisionnement, des salles de bains, etc. Le jour se passe en escalades des rochers, en excursions aux différents sites de la vallée; les soirées, en réjouissances improvisées par les touristes : simulacres d'attaques des Indiens, incendies de campement, danses sauvages, etc. Tous ces plaisirs pour 2 dollars par jour !
arbres géants L'un des sites les plus curieux à visiter, voisin de la vallée fameuse, est le groupe d'arbres géants de Mariposa et de Calaveras. Ces colosses, scientifiquement dénommés Séquoia gigantea, sont aussi connus sous le nom de Wellingtonia ou Washingtonia gigantea. Ce sont les survivants des arbres géants de la famille des conifères qui, avant la période glaciaire, recouvraient en partie les zones tempérées de P ancien et du nouveau monde. La marche des champs de glace venus du nord, ravageant toute végétation, supprima ces forêts gigantesques, dont les vestiges se sont maintenus seulement au nombre de quelques milliers sur les flancs de la Sierra Nevada. Il s'en trouve cinq bosquets en Californie. Avec les Eucalyptus géants de la Terre de Van Diemen, en Australie, les séquoias sont les plus anciens représen-
tants vivants de la végétation terrestre.
Le Mariposa Grove s'étend sur une superficie de 10 kilomètres carrés. Il comprend deux groupes de séquoias situés à une distance d'un kilomètre l'un de l'autre.
Le groupe inférieur en possède une centaine, parmi lesquels le fameux Grizzly, de 110 mètres de haut, d'une circonférence de 31 mètres, et dont la première branche est à 70 mètres du sol. L'homme paraît un pygmée auprès de ces colosses. Songez que la hauteur de ce Grizzly est deux fois celle de la Tour Saint- Jacques et qu'il dépasse de 43 mètres les tours de Notre- Dame. Cependant leur harmonie est telle que, malgré leurs dimensions prodigieuses, c'est une impression d'élégance et de beauté qu'ils donnent tout d'abord. On a peine, au premier coup d'œil, à réaliser leur énormité. Mais, si une personne s'approche de leur tronc, on s'aperçoit que son front atteint à peine les racines du colosse, et le prodige apparaît.
Malgré leur admirable résistance, quelques-uns de ces arbres magnifiques sont tombés, brûlés en partie par les Indiens, achevés par les ouragans. L'un d'eux s'est consumé intérieurement, son écorce restant intacte. Quatre cavaliers de taille ordinaire peuvent pénétrer à cheval dans ce tunnel de bois sans en toucher la voûte.
Dans le bois supérieur, on a taillé au cœur d'un séquoia vivant un tunnel de 3 mètres de large sur 3 mètres de haut, par lequel passent les voitures de touristes: c'est le Wawona, qui mesure 8 mètres de diamètre. Les plus jeunes de ces arbres, d'une vieillesse pourtant respectable, portent jusqu'à leur base des branches au feuillage épais, disposées symétriquement
autour du tronc et qui s'inclinent gracieusement, près du sol, comme celles des araucarias ou des sapins de nos forêts. Vers l'âge de cinq à six cents ans, le tronc se dépouille des branches inférieures; il se renfle à la base, qui mesure parfois 20 à 30 mètres, alors qu'il ne dépasse pas 3 à 4 mètres de circonférence à 60 mètres du sol, ce qui donne à ces colosses une allure élégante et presque élancée. Le feuillage des vieux arbres est d'un vert roux, alors que, plus jeune, il est d'un vert pâle et bleuâtre. Leur écorce, d'une épaisseur de 60 centimètres environ, sillonnée de minces cannelures, recouvre un bois léger, peu solide, mais qui résiste admirablement à l'humidité. On a cherché quel âge pouvaient avoir ces ancêtres si lointains qu'une merveilleuse santé maintient parmi nous. On abattit un des géants; on sectionna ceux que de formidables tempêtes avaient renversés; mais les opinions restent encore hésitantes. D'après MM. Muirs et Hutchings, qui étudièrent particulièrement cette végétation préhistorique, la croissance moyenne de ces arbres est de 25 millimètres de diamètre par douze années.
« Dans les conditions les plus favorables, écrit M. Muirs, ces géants vivent probablement 5.000 ans ou plus, bien que peu d'entre les plus grands existants aient la moitié de cet âge. Je n'ai jamais vu un arbre géant qui soit mort de mort naturelle ; sauf accidents, ils semblent immortels, étant à l'abri de toutes les maladies qui font périr les autres arbres...
« Un arbre abattu dans la forêt de Kings River, mesurant sous l' écorce 8 mètres de diamètre, avait 2.300 ans,
bien que son aspect ne fût pas celui d'un arbre très vieux. J'ai retrouvé les restes à moitié brûlés d'un arbre colossal de la même forêt, et j'employai une journée entière à étudier son âge, en enlevant à la hache les parties brûlées et en comptant les cernes à la loupe. Elles étaient tellement entremêlées qu'il me fut impossible d'en dire exactement l'âge. Mais j'en comptais plus de 4.000. Cet arbre était donc à son printemps et se balançait au vent de la Sierra quand le Christ se promenait encore sur la terre. »
Les arbres de Mariposa ont été jusqu'ici respectés, puisqu'ils sont propriété de l'État. Il n'en est pas de même de groupes voisins, comme celui de Calaveras, que les touristes visitent en même temps que le précédent. Au flanc d'une gorge, sur une bande de terrain de 1 kilomètre de long sur 75 de large, une centaine de gros arbres se sont maintenus, entourés d'une foule de petits. L'un des plus gros, la « Mère des Forêts », fut abattu en 1853. On le coupa à 2 mètres du sol, et on le dépouilla de son écorce sur une hauteur de 10 mètres, qu'on envoya à Londres, au Palais de Cristal. Elle disparut d'ailleurs, lors de l'incendie de ce palais. L'arbre avait 109 mètres de hauteur et 32 mètres de circonférence à la base. Il fallut, pour le couper, employer cinq hommes pendant vingt- cinq jours. Après quoi, on rabota la surface et on y donna un bal !
D'autres géants se tiennent compagnie non loin de là : les Trois Grâces, le Roi des Étoiles, la Vieille Fille, le Père de la Forêt. Celui-ci est partiellement brûlé, mais
quel aspect imposant il garde encore!
Haut de 120 mètres, ses premières branches n'apparaissent qu'à 70 mètres du sol. On peut se promener à cheval à l'intérieur de son tronc, sur une longueur de 27 mètres !
Je recevais dernièrement d'une dame californienne, admiratrice passionnée des merveilles de son pays, des graines de Séquoia gigantea.
« Semez-les, me disait- elle, vous en obtiendrez sûrement quelque chose dans votre admirable terre de France. Ne savezvous pas que le séquoia pousse en Angleterre, où William Lobb l'introduisit après une visite au bois de Calaveras, et que des amateurs réussirent parfaitement à l'acclimater en France ? »
Le séquoia est en effet cultivé dans différentes parties de l'Europe centrale et méridionale. Il y grandit assez vite et prospère même plus que dans l'est des États- Unis, où de nombreuses tentatives furent suivies de résultats médiocres. Quant à la reproduction naturelle, elle s'effectue difficilement, même aux endroits où les anciens arbres continuent à vivre. Les graines qui germèrent vers 1854 dans les bois de Calaveras sont aujourd'hui des arbres mesurant seulement 2 à 3 pieds de diamètre. Il faudrait donc des milliers d'années pour repeupler ces bois; il faudrait aussi respecter les survivants. Or, si le gouvernement protège quelques-uns de ces arbres, les autres, achetés par des marchands de bois, sont appelés à disparaître. Et bientôt, peut-être, quelques unités resteront seules pour attester la grandeur et la majesté des forêts d'autrefois.