‹ L'Amâerique moderneChapitre 39 sur 50 · LE PARC NATIONAL DE YELLOWSTONE · texte numérisé non relu

LE PARC NATIONAL DE YELLOWSTONE

Les beautés des Montagnes Rocheuses. — Un parc grand comme le tiers de la Belgique. — La Terre des Merveilles. — Les péripéties dramatiques d'une excursion. — Les Indiens Nez-Percés. — Les trappeurs découvrent le Yellowstone. — Personne ne veut croire ce qu'ils en racontent. — Expédition officielle. — Mise en exploitation commerciale de la Terre des Merveilles. — Exhibition des ours et des loups bénévoles. — Stalactites et stalagmites. — Terrasses de Mammoth. — Coup de sifflet formidable des trois bassins des geysers. — Quarante geysers en activité. — Les geysers d'Islande sont des jouets d'enfants. — Excelsior ! — Des rives semées d'agate, d'obsidienne, de sardoine, de calcédoine, d'améthyste et de cornaline. — Le Vieux Fidèle et le Jeune Fidèle. — Un lac confortable. — Eau froide et eau chaude à volonté. — Les

poissons pris et cuits sur place !

i la Sierra Nevada recèle des vallées célèbres comme celle du Yosémite et des curiosités comme les arbres géants du Mariposa, les montagnes Rocheuses offrent aux amateurs de beautés naturelles des spectacles bien plus impressionnants encore. Ils sont réunis dans le Parc National de Yellowstone, vaste plateau volcanique et centre geysérien le plus important du monde avec l'Islande. Le lac de Yellowstone en occupe le centre, et la rivière du même nom le traverse de part en part. Improprement désigné sous le nom de Parc, cette «Terre des Merveilles », comme l'appellent les Américains, est en réalité un ensemble cahotique de vallées, de gorges, de pics, de chutes, de torrents, de plateaux où surgissent des sources et des jets d'eau chaude et de boue, qui couvrent une superficie d'environ 9.000

kilomètres carrés, soit le tiers de la Belgique. Long de 105 kilomètres et large de 80, il est situé presque entièrement dans l'État de Wyoming. Au nord et à l'ouest seulement, il empiète sur le Montana et l'Idaho.

Je n'ai pas vu le parc fameux de Yellowstone, et c'est là un des regrets que j'emportai à mon retour de l'Amérique du Nord. Je m'étais bien promis cependant de contempler ces merveilles. Des photographies tentatrices, l'émotion avec laquelle des amis américains me faisaient le récit détaillé de leur séjour là- bas, le souvenir de lectures aussi, excitaient ma curiosité et mon imagination

« Vous y verrez, me disait- on, des centaines de geysers en activité, des milliers de sources thermales, des gouffres d'où montent des vapeurs sulfureuses, des cascades, des chutes et des cascatelles d'eau chaude embuées de vapeurs, des coulées d'obsidienne et des épanchements de rhyolite, des gorges et des ca-

LE PARC DE YELLOWSTONE. — L'entrée. — Ce territoire, grand comme le tiers de la Belgique, lui érigé en parc national pour protéger ses merveilles contre toute tentative d'exploitation industrielle.

LE PARC DE YELLOWSTONE. — Un cratère de geyser. — Les bouches des geysers au" repos ressemblent à d'immenses cuvettes. Celle de VExccIsior, le plus grand geyser du monde, a 57 mètres d'ouverture.

Planche 125.

LES GEYSERS. — Dans 1 immense ri

■.„ion volcanique décorée du titre de Parc national de Yellowstone, se trouvent de nome qui sont de beaucoup plus beaux que ceux de l'Islande ou de la Nouvelle-*

sources d'eau chaude intermittentes dont les jets atteignent des hauteurs considérables. < >n en compte une centaine environ plus célèbres sont le Vieux Fidèle, le Geyser Giant el le Splendid Geyser.

Planches 126-127.

Phot. Ilayi

LA VALLEE DU YOSEMITE. — Le Pulpit Terrace. — La région des terrasses présente un échafaudage de plans superposés que descendent les eaux en ébullition des sources de Mammoth.

Pliot. Putnam el Valentin, Los Angeles.

LA VALLÉE DU YOSEMITE. — Vue prise de la rivière Mercedes. La disposition des roches rappelle l'entrée des célèbres canons du Colorado. La rivière coule entre deux murs de granit dentelé.

Planche 12S.

fions aussi beaux que ceux du Colorado et de l' Arizona, des arbres pétrifiés, des collines de soufre, des fissures par où s'échappent des vapeurs brûlantes avec des sifflements de locomotives, des buttes qui suppurent des boues multicolores, et bien d'autres traces encore de cette œuvre infernale où, en des âges lointains, les éléments réunis travaillaient au bouleversement de la croûte terrestre.

« Leur fureur est aujourd'hui bien apaisée. Cependant on ne peut se défendre d'une crainte vague, d'une sensation d'insécurité, en entendant les grondements sourds, les coups de tonnerre, le frémissement de la terre sous vos pieds. Cette expansion soudaine d'eau brûlante, chassée de dessous la terre par on ne sait quelle fureur paroxysmale, vous émeut et vous inquiète. Vous verrez...

« Devant de tels phénomènes, en présence de cet élan de forces aveugles, l'homme a vraiment conscience d'être un « infiniment petit », et l'image banale qui le compare à la fourmi dont un coup de pied brutal détruit le monde prend ici un sens véritable. Vous verrez... »

Mais le parc de Yellowstone, situé à 2.500 mètres d'altitude, n'est praticable aux touristes que de juin à septembre. Le climat y est d'une extrême rigueur. Au cœur même de l'été, des nuits très froides succèdent aux journées brûlantes, et le thermomètre passe souvent en vingtquatre heures de -}- 35° à — 10°. Durant l'hiver très long, la neige rend impraticables les routes tracées dans les vallées, les gorges et le flanc des montagnes.

Mon retour pour l'Europe étant irrévo-

cablement fixé en mai, je dus renoncer non sans de vifs regrets, à cette excursion. Mais je n'ai pas voulu priver le lecteur de la vue des splendeurs du Yellowstone Park, auxquelles j'ajoute les renseignements fournis par mes amis de là- bas et de voyageurs qui eurent plus de chance que moi.

Une visite au Parc de Yellowstone est aujourd'hui, en bonne saison, une excursion des plus facile. Mais, il y a seulement vingt- cinq ou trente ans, ceux qui s'y aventuraient s'exposaient encore à de réels dangers. On a gardé le souvenir des péripéties dramatiques d'une caravane d'excursionnistes, dont deux femmes, qui, partie au mois d'août 1877 pour faire le tour du Parc, fut surprise parles Indiens Nez- Percés, ennemis des blancs. Faits prisonniers, la plupart blessés ou laissés pour morts, ces voyageurs ne durent leur salut qu'à leur énergique audace et à l'appui d'une tribu amie qui les sauva. Il n'y avait alors ni routes à l'intérieur du parc, ni chemin de fer y aboutissant. Car l'histoire de cette terre des merveilles est relativement récente. Connue, sans doute, des Indiens et de quelques trappeurs canadiens qui venaient jusque-là chercher des fourrures, elle resta ignorée jusqu'au début du xi x" siècle. En 1805, le trappeur Coulter, accompagné d'un condisciple du nom de Potts, s'aventura jusque dans la vallée du Yellowstone. Prisonniers tous deux des Indiens Pieds- Noirs, Potts fut mis à mort , l'autre réussit à s'échapper et à se réfugier chez les Indiens Bannocks d'une tribu amie des blancs. Avec eux, il explora ces vastes solitudes, attei-

gnit probablement la région des geysers et, en 1810, venu à Saint- Louis, il faisait le récit de ces choses si extraordinaires qu'on le prit pour un fou.

Mais, en 1830, un autre trappeur, Bridger, qui lui aussi avait atteint la « Wonderland », en revint avec des descriptions de châteaux miraculeux, d'architectures féeriques, de grottes semées de pierres précieuses, d'édifices fantastiques des Mille et une nuits, situés dans le « royaume du feu » et que hantaient de mauvais esprits. Cette fois encore on les tint pour folies.

Cependant, en 1863 et 1869, des expéditions en corps furent organisées par des habitants du Montana. Et, en 1870, la première expédition officielle, dirigée par le Dr Hayden, géologue, qu'accompagnaient un groupe de savants, partit explorer la région du Yellowstone. Ce fut une révélation. On avoua que les récits naïfs des premiers trappeurs étaient à peine exagérés.

Hayden conçut alors le projet de protéger sa découverte contre une exploitation industrielle qui eût vite fait d'anéantir tant de splendeurs. Ni la culture ni l'élevage n'étaient possibles sur ce plateau volcanique rempli de sources chaudes. On pouvait donc la soustraire à la colonisation et en faire un parc national. Un décret daté de 1872 déclara cette «Terre des merveilles » réservée désormais au divertissement du peuple.

« Ce territoire, est-il dit dans la loi, est érigé en parc public ou jardin d'agrément pour l'avantage et la jouissance de la nation ; quiconque s'y établira ou en occupera une partie, sauf dans les cas prévus par les règlements, sera considéré

comme contrevenant et sera expulsé. Les règlements ont pour but de préserver de tous dommages ou spoliations et de conserver dans leur état naturel les forêts, les dépôts minéraux, les curiosités naturelles ou les merveilles que renferme le parc. »

Des routes carrossables furent créées et un chemin de fer à voie étroite, rameau du grand Northern Pacific Railway, conduit jusqu'à Gardiner, à l'entrée du parc. Une association d'hôtels, espacés le long du parcours des excursionnistes, aux endroits propices, facilite singulièrement cette tournée devenue classique et que les organisations d'excursions font durer six jours au minimum. Rien ne manque à ces caravansérails où les touristes abondent durant la « saison ». On y trouve des bains alimentés par les sources thermales, douches, télégraphe, chambres noires pour photographies, éclairage électrique, tentes pour les amateurs de camping. Même, et n'est-ce pas profaner un peu la splendide majesté des nuits, dans ces solitudes à peine violées, le soir, des projecteurs placés au sommet de l'hôtel éclairent de leur jet de lumière les geysers voisins et, projetant leurs feux sur les forêts d'alentour, laissent voir les loups et les ours à demi domestiques. Des « coaches » de quatre et six chevaux conduisent de la gare de Gardiner à l'entrée du Parc, et des breaks légers en font le tour par étapes régulières. Un escadron de soldats chargés de la police donne toute sécurité aux touristes. Que nous sommes déjà loin de cette époque dont parle Jules Leclercq dans son beau livre sur sa découverte du Yellowstone Park, où l'on gra-

vissait à cheval des sentiers à peine tracés, où l'on se fiait, à deux doigts de la mort, au bord des précipices, à l'instinct sûr des petits poneys qui vous portaient, où l'on couchait sous la tente, essuyant de formidables orages, mais heureux, dans cette solitude vierge encore, l'âme exaltée par tant de beautés, l'esprit frappé d'une sorte de crainte religieuse et d'humilité résignée devant la splendeur sauvage des éléments !

La tournée classique du Parc National commence ordinairement au nord. Ce qui permet de voir, sans retour en arrière, toutes les curiosités ! On suit donc la vallée du Gardiner, puis celle du Gibbon, puis celle fameuse entre toutes du Firehole, tous affluents de la Yellowstone. On évite ensuite les trois groupes de geysers, inférieur, central et supérieur. Arrivés aux bords du grand lac de Yellowstone, les touristes le traversent pour rejoindre à l'autre extrémité la vallée de la Yellowstone. Ils suivent cette étroite fissure, admirent le grand canon, cheminent le long de la vallée et regagnent ensuite leur point de départ, le Mammoth Springs Hôtel.

La première curiosité qui frappe le voyageur dès son arrivée au Mammoth Springs Hôtel, c'est un fleuve d'une blancheur immaculée, une sorte de mer de glace absolument vierge, que borde de chaque côté le vert sombre des forêts de pins accrochées aux montagnes. Mais l'oeil perçoit bientôt, au-dessus de cette masse, de légers flocons, une ouate légère qui s'élève dans le ciel bleu. Vue de près, elle apparaît comme une superposition

de dix à douze immenses gradins, d'une hauteur totale de près de 80 mètres, qui s'étendent sur une superficie d'environ 80 hectares et séparés les uns des autres par des stalactites, des colonnettes et des supports d'une blancheur de neige. Des cascatelles d'eau chaude coulent sur ces terrasses, venant d'un plateau supérieur où jaillissent les sources thermales.

Chargées de chaux et de silice, elles ont travaillé la roche sur laquelle elles courent, modifiant ses formes, modelant des vasques, creusant des cuvettes, sculptant des coupes aux bords festonnés. Rien de plus finement fouillé que les margelles de ces citernes limpides. Une flore et une faune inconnues créées de toutes pièces par les efflorescences capricieuses de la chaux et de la silice s' y accroc hent. On dirait parfois de minuscules boules de neige pétrifiées, des dahlias, des œillets, d'infinies fleurettes aux pistils délicats et fragiles, ou bien encore une soudaine pétrification de mille animalcules analogues à ceux qui dorment dans les vasques tranquilles, sur les rochers, au bord de nos océans. Une eau d'une pureté cristalline repose au fond de ces coupes parfois minuscules, ou bien larges de 1 ou 2 mètres. Des conferves multicolores ondulent au milieu de ces eaux pures, agitant mollement leurs souples effilés bleus, mauves, violets, roses et verts, jaunes et gris. La descente capricieuse des eaux fait une douce musique ; sous le ciel très bleu, la blancheur éclatante de ces terrasses éblouit les yeux, et la multitude des vasques, les colorations de ce long tapis blanc étalé sur ce parvis colossal, le scintillement des eaux sous l'ardeur du soleil composent un spectacle

d'une incomparable beauté. Seule, la Nouvelle-Zélande possédait jadis un phénomène du même ordre, les cascades du Tétarata, qu'un tremblement de terre fit disparaître complètement.

Après avoir admiré les terrasses du Mammoth, les touristes se laissent conduire aux trois bassins des Geysers. Il ne faut pas moins de dix heures de voiture pour atteindre les premiers. Une route bordée de montagnes couvertes de grands conifères, cèdres et mélèzes, où pullulent les écureuils, les y mène. Tantôt la montagne se pare de cette végétation intense, tantôt, dénudée, elle ne doit sa beauté qu'aux teintes vives des rocs et aux architectures bizarres qu'y sculpte l'érosion. De tous côtés s'élèvent les cimes neigeuses des hautes montagnes qui enferrent la vallée du Gardiner et dont l'altitude varie de 3.000 à 3.500 mètres. Une nouvelle curiosité s'offre bientôt aux voyageurs. C'est une coulée d'obsidienne, une colline de verre haute de 75 mètres et large de 280 qui s'étend en travers de la route et qu'il fallut faire sauter partiellement pour frayer un chemin aux voitures. Vue d'ensemble, la masse est d'un noir brillant de jais, mais les éclats qui jonchent le sol ont la transparence du verre épais des bouteilles. Jadis les Indiens trouvaient ici de quoi fabriquer leurs pointes de flèches. Un peu plus loin s'aperçoivent les vestiges d'une ancienne colonie de castors. Des ponts, des îles, des jetées, des remparts aujourd'hui envahis par la végétation attestent l'industrieuse patience de ces artisans minutieux que les trappeurs, à force de les chasser, ont fait disparaître. Maintenant des canards, des

grues, des oies sauvags et des cygnes occupent leur domaine.

On s'arrête à mi-chemin pour déjeuner au Norris Hôtel, situé près d'un bassin secondaire qui donne au touriste un aperçu affaibli de ses étonnements du lendemain. Des centaines de sources thermales jaillissent de cette cuvette plate, dont le fond n'a pas moins de 10 hectares d'étendue et dont la profondeur atteint au plus 10 à 12 mètres. De cette croûte siliceuse montent des nuages blancs, des gerbes d'eau, des fusées de vapeur et des émanations sulfureuses. Les geysers n'ont pas ici la majesté de ceux que l'on verra plus loin. A peine atteignent- ils quelques mètres de hauteur. La vraie curiosité est ici le Steamboat Vent, sifflement formidable aussi puissant que celui de dix locomotives que fait, en sortant d'une étroite fissure, un jet de vapeur. L'imagination essaie de reconstituer la formidable chimie qui s'opère sous ce sol miné, laboratoire prodigieux aux cornues gigantesques qui sont des poches creusées dans 1? roc volcanique, aux cuvettes colossales, aux chaudières surchauffées par le feu souterrain, qui débordent en jets brûlants, éclatent avec des grondements de tonnerre.

Des avis préviennent les touristes qu'il est dangereux de s'aventurer sur cette croûte friable en certains endroits et qui résonne sous les pas. Cependant il arrive souvent qu'un imprudent soit échaudé.

Un peu plus loin, suivant la Gibbon River, après avoir longé les vertes prairies où vivent des rennes, des cerfs et des élans, on arrive aux fameux Pots à couleurs. Sur une étendue de 3 hectares, des buttes cratériformes vomissent une boue

G -° Efl —

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Planche 129.

Phot. Putnam et Valentin, Los Angeles.

LE FLEUVE YELLOWSTONE. — Ce fleuve traverse dans presque loute son étendue le territoire deYellowstone et ses méandres serpentent au pied des pittoresques massifs rocheux de la Sierra.

Phot. Putnam et V.ilentin, Los Angelè

LA VALLÉE DU YOSÉMITE — La Cathédrale. — Ces rochers énormes de granit, qu'on dirait sculptés par des Titans, érigent vers le ciel des arêtes assez semblables à de massives tours d'église.

Planche i3o.

épaisse, visqueuse, mais fine, rouge, bleue, jaune, noirâtre, suivant les matières qu'elles renferment. Elles débordent, ou bouillonnent et parfois s'épanouissent brusquement, souillant les arbres alentour. L'un de ces jets, à cause de sa couleur, a été surnommé le « geyser de sang ».

Puis la vallée du Gibbon se resserre.

Un étroit canon, long de 8 kilomètres, aux parois verticales entre lesquelles apparaît tout en haut un pan de ciel bleu, et l'on arrive à la partie la plus impressionnante. C'est ici, dans la vallée du Firehole (trou à feu), où l'on ne reste pas moins d'un ou deux jours, que sont réunis les plus importants des geysers.

« J'ai vu ceux d'Islande, me dit M. C. T... Ce ne sont que jouets d'enfants auprès des nôtres. »

On ne compte pas moins de quarante geysers en activité dans cette vallée triangulaire. Vue d'ensemble, du haut d'une des collines basaltiques qui l'entourent, c'est une infernale cité en travail, d'où montent des trombes compactes, des vapeurs irisées où les jeux de la lumière dessinent des arcs- en- ciel. Sur cette plate- forme minée par les eaux souterraines, les sources bouillonnent, des jets de vapeur surgissent, les dépôts calcaires bâtissent des cratères aux formes bizarres, déposent au flanc de la vallée des masses d'un blanc laiteux. De maigres arbres aux racines brûlées, au feuillage échaudé par la vapeur lui font une triste parure.

On sait que les geysers sont des sources d'eau chaude, qui jaillissent avec intermittence, projetant à des hauteurs variables des colonnes d'eau entourées de

vapeur qui se maintiennent dans l'air pendant quelques minutes. L'eau de ces geysers, qui renferme ordinairement de la silice ou du calcaire en dissolution, dépose ces matières autour de l'orifice de la cheminée par où elle sort de terre et façonne ainsi des cratères aux formes souvent pittoresques. Parfois l'eau qui surgit est mêlée de matières terreuses; elle façonne alors de vrais cratères de boue.

Le groupe moyen, auquel on arrive d'abord, possède le plus grand geyser du monde entier, YExcelsior. Malheureusement il n'entre en éruption que tous les trois ans. C'est le plus furieux de tous. Ses éruptions sont si puissantes que l'hiver elles fondent toute la glace d'alentour, tuant sur une étendue de 2 kilomètres tous les poissons du Firehole. Dans son terrible élan, YExcelsior arrache aux roches, sur son passage, des fragments énormes qu'il projette à 200 mètres au delà. Au dire du colonel Norris, surintendant du parc, l'éruption la plus fameuse fut celle de 1880. Le jet, haut de 300 mètres, fut d'une telle puissance que la rivière Firehole gonfla au point d'arracher les ponts jetés sur son cours et que toute l'eau des cratères environnants, aspirée par son souffle formidable, disparut momentanément. L'orifice du cratère de YExcelsior n'a pas moins de 57 mètres; ses parois à pics, rougies, lamelleuses, creusées par une infinité de rigoles par où s'écoule l'eau chaude, surplombent l'édifice. Presque toujours, d'épais nuages de vapeur empêchent de voir le bassin, mais qu'un coup de vent les chasse, et on aperçoit alors une nappe limpide, d'un bleu admirable de cobalt.

Tous les geysers du Firehole ne se comportent pas de la même façon. Les eaux emprisonnées dans les cratères sont souvent d'une admirable limpidité; d'autres bouillonnent sans cesse, et il suffît parfois d'y jeter un caillou pour susciter leur fureur. Les unes sont vert-émeraude ou bleu de roi, rouge, jaune, suivant la nature des substances qui en forment les parois. Le travail des eaux et leurs dépôts font aux cratères une parure d'efflorescences délicates, de branches de coraux, de rayons de miel, de cristaux de sucre candi. Certains sont opalisés ou semblent incrustés de perles ou de pierres précieuses qui ont la fragilité du duvet ou la dureté du diamant.

Il y a des geysers qui jaillissent brusquement, d'autres s'y préparent avec lenteur. Dans leur cratère ordinairement paisible, d'énormes bulles apparaissent et des vagues agitées, des bruits de tonnerre se font entendre; puis, après trois ou quatre minutes, un jet saccadé s'élève, de plus en plus haut, qui s'épanouit enfin en une trombe gigantesque haute de 40 à 50 mètres, avec un bruit infernal qui emplit la vallée. D'épais nuages entourent la colonne d'eau qui retombe en pluie dans le bassin du geyser. Puis un autre jet repart aussitôt comme une fusée. Ainsi se comporte le Vieux Fidèle, qui toutes les heures jaillit avec une exactitude chronométrique.Au bout de cinq à six minutes, le jet se fait moins puissant, quelques saccades encore, quelques hoquets, puis les derniers spasmes, et l'on peut approcher du geyser dont le cratère est presque vide. Dans une heure, il sera rempli de nouveau, et le même phénomène recommencera.

Un autre geyser, le Château fort, qui doit son nom à la forme de son cratère, laisse sortir toutes les deux heures une trombe qui s'épanouit ensuite en un éventail haut de 45 à 50 mètres; mais le Lion n'apparaît que toutes les vingt- quatre heures. La Géante, tousles quinze jours seulement, mais pendant dix à quinze heures, lance des jets puissants d'une durée de vingt minutes. Son cratère, un desplus imposants, n'a pas moins de 200 mètres de diamètre, et le bassin intérieur où aboutit la cheminée du geyser mesure 30 mètres de circonférence. Une eau d'un bleu de saphir le remplit, et il suffît d'y jeter un petit caillou pour troubler sa limpidité. Le Géant ne surgit que quelques fois l'an, en un jet de 60 mètres ; le Jeune Fidèle, toutes les cinq minutes, mais à une faible hauteur. L'un des plus admirés, la Ruche, surgit en une colonne de 1 mètre de large. Son cône ressemble vraiment à une ruche d'abeille, et quand le geyser va exploser, il en sort, par des fissures, d'épaisses vapeurs accompagnées de sifflements de locomotive. Il y en a bien d'autres encore, tels le Grand Geyser, le Puits du Diable, le Turban, V Éponge, ayant tous leur intérêt.

Tout près, dans le même bassin, une autre curiosité attire les touristes : c'est un groupe de cuvettes de 2 ou 3 mètres de diamètre, emplies d'une eau alcaline où le linge se nettoie instantanément.

Le soir, de l'hôtel proche, des feux de Bengale illuminent les geysers en éruption, et le spectacle est, paraît- il, féerique.

L'excursion continue par une visite au lac Yellowstone, en remontant le cours du Springs Greek. Cette nappe d'eau, située à

2.374 mètres d'altitude, s'étend sur 35 kilomètres dans sa plus grande longueur. Ses contours irréguliers rappellent un peu ceux du lac des Quatre- Cantons, avec moins de pittoresque cependant. De hauts sommets l'entourent, tels le Chittenden (3.087 mètres), le Langford (3.269 mètres), le Doane- Stevenson-Turret (3.380 mètres). Des îlettes semées dans la limpidité de ses eaux servent de promontoire aux pêcheurs de truites saumonées, ;qui abondent dans ses eaux. En certains endroits, ses rives sont couvertes de grains d'obsidienne, d'agate, de sardoine, de fragments de malachite, de calcédoine, d'améthyste et de cornaline. Près d'une branche du lac, sur une longueur de 5 kilomètres et une largeur de 800 mètres, la rive est creusée de trous où bouillonnent les sources et les jets d'eau chaude. Même, au milieu du lac, aux eaux très froides, jun îlot calcaire a émergé dont l'orifice central est rempli d'eau chaude, de sorte que le pêcheur peut prendre une truite et la faire cuire aussitôt dans cette poissonnière improvisée. Les touristes américains ne manquent pas de s'amuser à ce jeu.

Une quantité d'oiseaux, pélicans, hérons, canards sauvages, cygnes, aigles pêcheurs pullulent sur les rives et les îlots. Dans les forêts avoisinantes subsistent le grand ours gris, le couguar, le lynx, le loup. Il y a peu d'années encore, dans les parties éloignées, on chassait les bisons par troupeaux de centaines, l'élan, le cerf, l'antilope et le renne. Aujourd'hui encore les trappeurs y poursuivent la martre, la zibeline, l'hermine, le blaireau, le rat musqué.

Le fleuve Yellowstone, entré dans le

lac à une extrémité, en ressort, 35 kilomètres plus loin, par une gorge étroite, entre deux plateaux volcaniques. C'est cette route que prennent les excursionnistes après quelques promenades en barque, sur le lac. Le fleuve se livre passage dans une vallée d'érosion aux flancs dénudés, couverts par endroits d'une épaisse végétation de conifères, ou laissant voir les rochers d'un jaune d'ocre qui valurent au fleuve son nom de Yellowstone (pierre jaune). Calme et paisible d'abord, puis torrentueux, le Yellowstone plonge soudain par un saut de 43 mètres, court pendant un kilomètre de méandres, s'apaise à nouveau, puis replonge une deuxième fois par une chute de 110 mètres pour entrer dans une gorge profonde de 700 mètres, longue de 24 kilomètres et d'une largeur qui varie de 275 à 1.370 mètres. C'est le canon de Yellowstone, comparable en beauté sauvage à ceux du Colorado. Arrivés à Inspiration Point, où des quartiers de roches surplombent le précipice, les touristes peuvent admirer la beauté âpre et terrifiante du gouffre. A 600 mètres audessous d'eux, le torrent se devine à peine, à travers l'embrun de la cascade. Les murailles du canon se dressent devant eux, presque verticales, dénudées, dessinant dans le ciel bleu des pics hardis, des flèches, des cathédrales, des tourelles de châteaux, des donjons en ruine où s'abritent des nids d'aigles et s'accrochent des pins. A mi- flanc, d'énormes blocs de rhyolite semblent suspendus dans le vide.

Grossi d'une quantité de torrents, le Yellowstone passe devant le mont Washburn, que les touristes intrépides peuvent gravir pour contempler une dernière fois

d'ensemble les splendeurs du parc. Ils aperçoivent de là les eaux vertes du lac et sa ceinture sombre de forêts, et, plus loin, les vapeurs blanches qui montent de l'infernal Firehole.

Mais c'en est fini des merveilles. Ils verront encore les arbres pétrifiés, revêtus

d'une couche épaisse de silice, suspendus à une paroi de rochers. Et c'est tout.

Les coaches les reconduiront par la vallée du Yellowstone jusqu'au Mammoth Springs Hôtel. Il leur aura fallu six à sept jours au moins pour faire cette promenade unique au monde.

Phor, Détroit Co.

LA VALLÉE DU YOSEMITE. — Le Mirror Lake. — Ainsi <|ue l'indique son nom, les eaux de ce lac possèdent une limpidité telle que tout le paysage environnant s'y reflète avec une exactitude surprenante.

Pierre et Co,

LA VALLÉE DU YOSEMITE. — Inspiration Point. — Ce paysage, où la végétation la plus vigoureuse voisine avec la métallique]aridité des roches, est l'un des plus étonnants de cette vallée célèbre.

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TYPE DE FEMME IROQUOISE. — Jadis très peuplée, la tribu des Iroquois ne compte guère aujourd'hui que 10.000 individus et de race assez fine. Leurs femmes ont des visages réguliers et agréables.

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Planche 134.

UNE COLONIE RUSSE A MONTRÉAL. — Parmi les émigrants qui, tous les ans, viennent grossir la population de Montréal, la colonie russe, composée de paysans et d'ouvriers, est une des plus importantes et des plus actives.

MONTREAL. L'Hôtel de Ville. — Montréal montre quelques beaux monuments. Son Hôtel de Ville est très intéressant par ses imposantes dimensions et son élégante architecture.

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