‹ L'Amâerique moderneChapitre 44 sur 50 · RICHESSE DU CANADA · texte numérisé non relu

RICHESSE DU CANADA

Ce que valent les quelques « arpents de neige » de M. de Voltaire. — Étendue des exploitations actuelles. — Avenir des régions nouvellement exploitées. — La chasse et la pèche dans le Nord-Canadien. — Grande faune, gibier, bêtes à fourrure. — Quatre millions de peaux exportées en une année. — Brochets tués à l'aviron. — Industrie du poisson salé et fumé. — Richesse forestière et minière. — L'agriculture et ses progrès. — L'Ouest-Canadien centre d'immigration et de colonisation. — L'abondance des céréales en fait le « grenier du monde ». — Facilité de l'élevage des bestiaux. — Divers modes d'acquisition des terres. — Achat aux compagnies et aux particuliers. — Acquisition par fermage. — « Homesteads gratuits. » — Conditions d'acquisition. — Les bureaux d'immigration donnent aux émigrés tous les renseignements demandés. — Exemption des droits de douane. — A bris temporaires et gratuits pour émigrés. — Enthousiasme pour cette terre nouvelle.

— La région du lac Saint- Jean est un autre centre d'immigration. — 2.108 capitalistes s'y sont installés en 1901. — Prospérité de l'agriculture et de l'industrie laitière. — Emploi ingénieux de la force hydraulique.

— Sucreries, scieries, fabriques de pulpe. ]— L'exploitation forestière régularisée par l'État. — La province de Québec a aussi ses colons. — Elle ne peut lutter avec l'Ouest-Canadien pour la production des céréales. — Développement scientifique de l'élevage et de l'industrie laitière. —Ecoles pratiques. — Laiteries et fromageries modèles. — Subventions d'Etat, concours, récompenses. — Appareils frigorifiques pour l'exportation du beurre et du fromage. — La Grande-Bretagne reçoit du Canada du beurre, du « bacon », du fromage et des œufs. — L'industrie de la pulpe. — Papier de pulpe de bois. — Le New- York World consomme 200.000 pieds d'épinettes pour son numéro de Noël. — Roues'£de wagon, corniches, conduites jT eau, etc.,

en papier.

: e ne peux pas quitter ce pays sans m'informer de ses ressources et de son avenir économique. On apprend bien mieux la géographie sur les lieux mêmes auxquels on s'intéresse. J'ai fait l'expérience d'arriver à me passionner ici pour des chiffres et des statistiques qui m'eussent rebuté avant d'y venir. Aussi, vais- je essayer de vous transmettre, en même temps que ma curiosité, les éléments sai-

sissants que j'ai recueillis sur la richesse infinie de cette contrée que Voltaire, — ce jour- là presque aussi bête que Rochefort, — appelait : « Quelques arpents de neige ». Or, sachons-le tout de suite pour commencer à nous intéresser au colossal avenir de ce pays, qui fut une possession de la couronne royale de France, qu'il est plus grand que les États-Unis, presque aussi étendu que l'Europe entière et près de dixhuit fois grand comme la France (1) !

(1) Le Canada et ses îles représentent une superficie totale de 9.404.200 kilomètres carrés.

Cependant à peine un huitième du territoire canadien est complètement peuplé et exploité : c'est toute la rive droite du Saint- Laurent, jusqu'à la limite du Nord des États-Unis, et une bande assez étroite le long de la rive gauche du Saint- Laurent.

Il reste, dans la partie nord- ouest des provinces canadiennes, un vaste territoire, grand comme la moitié de l'Europe, à peine connu des trappeurs et qui paraît pourtant posséder toutes les ressources dignes de tenter l'effort des colons.

La colonisation vers ces pays au climat d'hiver sec et froid n'est, à tout prendre, pas moins recommandable que la colonisation vers les pays chauds, souvent malsains, fiévreux et anémiants. Là, le climat, un peu rigoureux durant cinq mois de l'année, développe une race saine, résistante et énergique, capable de lutter pour la vie.

Le froid, de 20 à 25°, qui nous apparaît excessif lorsque nous vivons frileusement dans nos maisons, n'est pas aussi désagréable à supporter, avec une organisation appropriée, que les brouillards et les pluies des contrées du Nord de l'Europe.

Jusqu'en ces dernières années, l'on s'était trop habitué à imaginer le Nord

Rappelons, pour aider à la comparaison, la superficie de quelques pays d'Europe :

France 536.408 kilomètres carrés.

Russie 5.428.000

Iles Britanniques . 315.000 —

Italie 288.000

Allemagne 540.000 —

Autriche-Hongrie . 676.000

Espagne 492.000

Portugal 89.000

Suède et Norvège . 776.000 —

Quant aux États-Unis dAmérique, ils ont une superficie totale de 9.382.899 kilomètres carrés.

du Canada comme une immense contrée inculte, stérile, habitable par les seuls Esquimaux ou par les trappeurs de Fenimore Cooper et composée surtout d'un vaste champ de glaces éternelles.

Quelques hommes dévoués à ce pays, après l'avoir exploré, ont réussi à démontrer la fausseté de cette opinion. Le gouvernement, sur leurs inspirations, a organisé des explorations officielles, des relevés topographiques, et l'on a fait état des ressources du pays. Il y a là, depuis la rive gauche du Saint- Laurent et les grands lacs du Nord jusqu'aux Montagnes Rocheuses et jusqu'à la baie d'Hudson, rien qu'entre le 45e et le 60e degré de latitude nord, un territoire immense, propice à la vie, au labeur de millions d'êtres humains et des richesses naturelles inexplorées pour tout un grand peuple dont il est permis de rêver qu'il serait capable, dans l'avenir, de concurrencer même les États-Unis.

Le gouvernement canadien a entrevu cet avenir. Il a confiance en lui. Il organise avec méthode le partage des terres, qui sont concédées pour rien, ou presque, à la condition d'être exploitées. Il appelle, il attend les énergies et les bonnes volontés des Européens trop entassés dans leurs villes. Il leur expose la vie large, heureuse, indépendante, qu'ils peuvent trouver sous ce ciel libre, s'ils sont laborieux et courageux.

Une chose qui frappe dès l'abord, en ce pays, c'est la force latente incommensurable que lui assure, sur tous les points du territoire, l'importance considérable des bassins hydrographiques : tout le pays est coupé de rivières at de fleuves, qui sont des chemins naturels, et parsemé de lacs qui régularisent le climat. Des cascades,

des rapides formant des chutes d'eau, — ce qu'on appelle dans le pays des pouvoirs d'eau, — d'importance diverse, se rencontrent presque à chaque heure sur ces cours d'eau; il en est d'évalués à plusieurs centaines de mille chevaux de force.

Mais, comme dans tous les pays neufs, c'est l'exploitation des richesses naturelles que se proposent pour le présent les premiers occupants, et, ici, ces richesses sont énormes, incalculables.

La chasse, la pêche, l'industrie forestière, l'exploitation des mines, puis l'agriculture, l'élevage des bestiaux, le commerce de leurs produits, tels sont les nombreux et principaux éléments des ressources actuelles.

La chasse et la pêche sont des plus fructueuses dans ce pays, où n'habite pas un être humain par kilomètre carré. Les animaux s'y sont multipliés en toute liberté. Dans les parties de territoire incultes ou non loties et non encore occupées par les colons- fermiers, le gouvernement concède le droit de chasse ou de pêche pour dix ans sur des lots de terrains d'une superficie d'un mille carré (environ 270 hectares) à 499 milles carrés (plus de 1.000 kilomètres carrés), au prix minimum de 5 francs par mille carré. On peut réaliser à sa guise soit l'élevage des bêtes à fourrure, soit la chasse du gibier à poil ou à plumes et la pêche sur les lacs et rivières.

Qu'on juge de la diversité de la chasse : on y rencontre, parmi les grands fauves : l'orignal, sorte de cerf grand comme un cheval ; le caribou, le chevreuil et le bœuf musqué ; parmi les petits fauves, le lièvre et le porc- épie. Le gibier se compose de

poules de prairie, perdrix, bécasses, bécassines, oies, outardes, canards de toutes espèces, dont l'eider, etc. Mais la chasse la plus suivie et la plus productive est celle des bêtes à fourrure pour le commerce de la pelleterie, de l'ours noir au carcajou, du renard à la loutre, du castor à la martre, au vison, au rat musqué, à l'hermine.

Les fourrures du Nord sont les plus belles, les plus riches du monde ; elles forment déjà une branche importante, mais qui peut s'accroître encore, de tout le commerce du Canada.

En une seule année, il est exporté plus de 4 millions de peaux, parmi lesquelles celles de plus de 15.000 ours, 14.000 loutres, 85.000 renards rouges, 10.000 renards blancs, 2.000 renards argentés, 1.400 renards bleus, 100.000 martres, 100.000 castors, 2 millions et demi de rats musqués, 4.000 hermines, 13.000 zibelines, 115.000 lièvres, etc., valant ensemble de 18 à 20 millions de francs.

Ces peaux d'animaux proviennent presque exclusivement de la chasse. Mais l'élevage, — c'est-à-dire l'exploitation intelligente par les soins donnés, — sur de grands territoires, des bêtes à fourrure, d'une façon quasi- pareille à celle pratiquée pour les animaux domestiques, mais en liberté, peut être organisé avec succès, comme il a été prouvé sur plusieurs points. Et si cet élevage méthodique était développé et la mise à mort opérée, non au hasard des rencontres, mais sur des élèves en âge de rapport et choisis, les produits de ce commerce s'en trouveraient être bien plus considérables encore.

La pêche sur les lacs et les rivières est merveilleuse. Le poisson en est exquis. On

trouve dans leurs eaux du saumon, du poisson blanc, du brochet, du doré, de la truite, de l'esturgeon. Les lacs grouillent de gros poissons de 3 jusqu'à 50 livres. On y tue de gros brochets à coups d'aviron en naviguant en canot, et un bon pêcheur peut prendre parfois, en une seule nuit, de 50 à 80 truites, pesant chacune de 3 à 10 livres.

Actuellement les Canadiens qui exploitent le commerce de la pêche salent ou fument le poisson et l'envoient sur les marchés américains et anglais.

L'industrie forestière est au premier rang des industries du Canada ; elle en constitue le principal article d'exportation, car le montant annuel s'en élève à 120 ou 130 millions de francs.

Les grands plateaux sont couverts de forêts. Les principales essences qui s'y rencontrent sont : le pin, l'épinette, le cèdre, le bouleau, le peuplier.

Le bois abattu est envoyé souvent, par trains, sur les rivières et les lacs jusqu'aux scieries hydrauliques, qui le débitent, ou jusqu'aux pulperies, qui en font de la pâte de bois à papier pour l'Amérique ou l'Europe. De récentes lois fédérales sont venues réglementer l'exploitation du bois effectuée par les premiers trafiquants d'une façon trop dévastatrice. On a pensé, avec raison, que les forêts ne devaient pas être considérées seulement comme « une collection d'arbres à abattre et à mettre en madriers», mais qu'elles devaient être en partie conservées, parce qu'elles emmagasinent les eaux de pluie, alimentent les sources, régularisent les cours d'eau et empêchent ainsi des inondations calamiteuses, comme on en a vu encore en février et mars der-

niers dans la Pennsylvanie et la Virginie, où les déboisements ont été effectués sans prudence.

L'exploitation des mines a été très restreinte au Canada, jusqu'à présent. On y a découvert cependant, sur plusieurs points, des mines de cuivre, de fer, de nickel, de plombagine, de mica, d'argent et même des traces d'or. De belles veines d'ardoise fine ont été signalées. Mais la seule exploitation minière un peu importante est celle des phosphates, dans la région de l'Ottawa, qui compte pour 2 à 3 millions dans l'exportation ; mais, au dire des gens compétents, il reste à exploiter la plus grande partie d'immenses gisements de phosphates contenant jusqu'à 90 p. 100 de matière fertilisante pour l'agriculture et réputés excellents pour la fabrication des superphosphates.

L'agriculture est déjà fort développée au Canada. Il y existe un grand nombre d'immenses fermes et de vastes domaines où l'on récolte surtout le blé et le foin. Cette branche de l'industrie prendra une extension de plus en plus grande au fur et à mesure que la colonisation sera poussée vers le Nord et l'Ouest. Car, après que les bûcherons ont passé dans la forêt, les défricheurs viennent. Ce sont les habitants stables, les véritables colons qui arrivent. Ils nivellent, préparent, retournent le sol concédé, pour le cultiver.

Ceux-ci composent l'élément le plus sûr de l'avenir, car l'agriculteur aime le champ qu'il a arrosé de sa sueur et la ferme qu'il a édifiée pièce par pièce. Bientôt l'agglomération des colons devient une paroisse, et les terres cultivées s'étendent de plus en plus vastes.

QUEBEC. — C est dans cette tour, au point culminant de la ville, que les Français concentrèrent les derniers efforts

de leur héroïque résistance contre les Anglais.

'■VTf

QUEBEC— La citadelle.— Nui- une hauteur de 120 mètres portant le nom de Gap Diamant, qui s'avance dans le fleuve, se dresse la masse lourde de la citadelle qui jadis défendait la ville contre les attaques de l'ennemi.

Planchk i53.

L'HIVER AU CANADA. — Les mois d'hiver sont extrêmement rudes au Canada et la neige qui couvre le pays nécessite l'emploi des traîneaux qui sont le seul moyen possible de locomotion.

MAISONS PRIMITIVES. — Aux environs de la ville, il n'est pas rare de renconlrer des huttes de planches recouvertes d'ardoise, contemporaines de Cartier et «le Montcalm et même de Champlain.

Planche Ô4.

Bien que dans les bonnes terres on récolte aussi les légumes : betteraves, choux, navets, pommes de terre, carottes, oignons, melons d'eau, etc., c'est principalement la grande culture de terres à blé qui se développera dans l'avenir, car ces terres y sont d'un rendement exceptionnel.

immigration C'est vers l'Ouest- Canacolonisation „ dien et la région du lac Saint- Jean que se porte actuellement l'immigration canadienne. Ces immenses étendues, qui, il y a dix années seulement, se trouvaient encore à peu près inhabitées, ont été divisées en provinces et en districts. Pourvues d'organisations municipales et de gouvernements provinciaux, elles procurent aux milliers de nouveaux colons tous les avantages jusque-là réservés aux habitants des parties les plus anciennes de la puissance du Canada : les bords du Saint- Laurent et les rives des grands lacs.

Le Canada Ouest comprend les provinces du Manitoba et les districts d'Assiniboïa, d'Alberta, de la Saskatchewan, du Keewatin et de l'Athabasca, qui ont ensemble une superficie de 760.000 milles carrés, outre les territoires du Nord- Ouest et les îles de l'océan Arctique et de la baie d'Hudson, qui forment une étendue additionnelle de 1.760.000 milles carrés. Les districts d'Assiniboïa, de la Saskatchewan, d'Alberta et d'Athabasca seuls ont une superficie plus grande que la Russie d'Europe entière. Longtemps cette région fut considérée comme le refuge du castor, du buffle, de l'ours et du bison. Mais, depuis que l'attention des agriculteurs et des agronomes s'est dirigée de ce côté, elle

apparaît comme l'un des plus riches greniers à blé qui soient au monde.

L'accroissement rapide de l'immigration dans ce pays s'explique par la fertilité de ses terres à blé, la richesse de ses gras pâturages, l'abondance de ses ressources minières, de l'or spécialement, et enfin les facilités d'acquisition de territoire qui permettent aux colons de fonder un « home » pour eux et leur famille. C'est peutêtre dans ces régions neuves encore que se trouve la solution du problème créé par l'encombrement de la population dans l'ancien continent et dans certaines provinces des États-Unis. Dans la seule province de Manitoba, dont l'étendue équivaut à celle de l'Angleterre, de l'Ecosse et de l'Irlande réunies, la population en 1870 n'était que de 11.963 habitants. En 1881, elle atteignait le chiffre de 65.000. Elle est maintenant de 275.000 environ, composée en grande partie d'émigrés des États-Unis, mais aussi de Français, de Belges, d'Islandais, de Scandinaves et d'Allemands. La capitale Winnipeg, qui en 1870, lors de sa fondation, comptait 215 habitants, en avait 22.315 en 1885, 45.000 en 1898, et elle pourra être bientôt classée au troisième rang parmi les villes commerciales du Canada.

L'une des causes de l'accroissement rapide de la population, c'est, nous l'avons dit, la richesse agricole. La terre, dans ce pays, semble être d'une fertilité inépuisable. Dans la région du Manitoba, l'épaisseur de la couche d'humus varie de 2 à 4 pieds, de 6 à 8 sur le bord des rivières. Dans un de ses rapports datés de Winnipeg, M. Taylor, ex- consul des États- Unis, écrivait : « Lorsque arriva la moisson,

la main-d'œuvre de toute la région se trouva de beaucoup insuffisante pour la tâche qui se présentait. Les tiges de blé étaient si fortes et si hautes qu'elles rendaient la récolte difficile. La résistance et le poids du blé étaient tels que fréquemment les moissonneuses se brisaient. »

Le rendement moyen du blé varie avec les années ; certaines années, il a dépassé 30 hectolitres à l'hectare, tandis que d'autres récoltes ne produisaient que 25 et même 16 ou 18 hectolitres.

Le rendement moyen des blés de variétés de printemps cultivés dans les fermes expérimentales du Manitoba pendant ces trois dernières années s'élève à 35 hectolitres par hectare. Dans les fermes expérimentales des territoires du Nord- Ouest, il atteint 41 hectolitres à l'hectare.

Les récoltes d'avoine, d'orge et de pois atteignent des rendements prodigieux.

L'avoine produit de 60 à 90 hectolitres à l'hectare et, dans certains cas, dépasse 100 hectolitres.

Une autre source de richesse pour le colon, c'est l'élevage des bestiaux exceptionnellement prospère dans les prairies de P Ouest-Canadien. Presque toutes les races de bestiaux « pur sang » sont représentées par des types magnifiques. Les bestiaux et les chevaux préfèrent aux variétés cultivées le foin qu'ils trouvent en abondance dans les prairies. Ils y séjournent en liberté. En certaines parties de l'Alberta et de PAssiniboine, les animaux ne voient jamais Pétable. L'élevage des moutons, des porcs, des volailles augmente d'année en année et approvisionne les districts miniers voisins. L'élevage ne coûte presque rien, à cause de l'étendue du pacage et de

l'énorme quantité de foin. Aussi, avec une bonne administration, le colon peut faire de gros bénéfices. Le prix de vente varie de 175 à 225 francs par tête de gros bétail. Or le coût consiste dans un faible prix d'achat et dans la quote-part que chaque éleveur doit payer pour les gages des « cow-boys ».

L'industrie laitière peut se développer parallèlement à l'élevage. Dans le Manitoba, les progrès ont été extrêmement rapides, et chaque paroisse compte au moins une beurrerie et une fromagerie.

Rien que les établissements de la Rivière- Rouge ont fourni, Pan dernier, 430.000 livres de fromage et 233.000 livres de beurre fort estimé sur les marchés étrangers. Dans l'Alberta, contrée particulièrement favorable à l'élevage, la production de chaque vache laitière pendant la saison d' été est de 20 litres par jour et 6 livres et demie de beurre par semaine.

L'acquisition des terres par les colons se fait facilement de trois façons :

L'achat des terres appartenant à des compagnies ou à des particuliers.

L'acquisition par fermages à des conditions avantageuses. Il est reconnu par tous qu'un colon qui arrive au Manitoba avec 5.000 francs peut s'établir avec avantage et chance de succès. En 1884, 180 familles de Mennonites (1) s'établirent dans le district Morden, en empruntant un peu plus d'un million de francs. En 1891, ces colons avaient remboursé la totalité de ces emprunts avec leurs intérêts. Ils sont maintenant libres de toute dette et des plus prospères. Ils sont propriétaires de 100.000 hectares en cultures, habita -

(1) Secte russe.

tions et dépendances, 12.000 chevaux, 8.500 vaches, 11.000 jeunes bestiaux. La colonie originale de 180 familles en compte maintenant 2. 900, comprenant 20. 000 âmes, Chaque famille possède donc en moyenne près de 32 hectares en culture, plus de 4 bœufs, près de 3 vaches, environ 4 chevaux et génisses, sans compter les bâtiments, instruments et outils.

Mais beaucoup de colons peuvent se procurer du territoire par un troisième moyen, celui des homesteads gratuits. Les règlements concernant les concessions de terres gratuites {homesteads) du Nord- Ouest- Canadien déclarent que « toutes les sections non affectées ou non réservées des terres de la Puissance dans le Manitoba et les territoires du Nord- Ouest peuvent être obtenues comme concessions gratuites par toute personne étant chef de famille ou par tout homme âgé de plus de dix-huit ans, par étendue d'un quart de section, contenant 64 hectares, plus ou moins ».

Une foule de facilités sont offertes aux immigrants par le gouvernement du Canada et par les différents États du Dominion. Dans tous les pays d'Europe, des bureaux d'émigration existent, qui donnent à tout venant et gratuitement des renseignements, des conseils, une aide. Le Canada ouvre tout grands ses bras, dont l'envergure va de l'Atlantique au Pacifique, et il appelle à lui les jeunes enfants de la vieille Europe.

L'émigrant et le colon de pays étrangers obtiennent du gouvernement des tarifs réduits pour se transporter par le Canadien- Pacifique jusqu'à l'Ouest- Canadien. Si, après avoir obtenu des terres, le colon

désire un billet de retour pour aller chercher sa famille, il peut se le procurer au même tarif en s' adressant aux agents du gouvernement canadien ou aux agents du chemin de fer Canadien- Pacifique. D'autre part, l'article 455 du tarif des douanes du Canada exempte de tous frais de douane les effets mobiliers appartenant aux colons, vêtements, meubles, livres, outils, fusils, instruments de musique, bicycles, bétail vivant, instruments aratoires, etc., dont le colon s'est servi pendant au moins six mois avant son arrivée au Canada, ne comprenant pas toutefois les machines ou autres articles importés pour des fins de manufacture ou pour être vendus.

Autrefois, les bestiaux étaient soumis à la frontière à une détention de quarantaine de quatre-vingt-dix jours ; — cette mesure a été abolie, et les frais, retards, etc., qu'elle causait au colon sont maintenant supprimés.

Le gouvernement met de plus à la disposition des colons ayant l'intention de s'établir au Canada- Ouest des abris temporaires et gratuits dans un certain nombre de villes désignées par lui.

Les brochures rédigées en vue de favoriser le mouvement d'émigration dans ces régions neuves ne tarissent pas d'éloges sur leurs richesses économiques. Les émigrés qui veulent tenter la chance trouveront encore des millions d'acres de terres et des meilleures, offertes en vente à des prix variant de 10 francs à 25 francs l'hectare avec des conditions de paiement très facile. Dans la vallée de la Rivière- Rouge de Manitoba, il y a environ 1.120.000 hectares, dont 240.000 seulement ont été défrichés. A l'ouest de cette même vallée,

au Sud de la ligne principale du chemin de fer canadien, 1.840.000 hectares de terre, dont 320.000 seulement sont cultivés, peuvent recevoir de nouveaux émigrés.

L'enthousiasme et l'unanimité des éloges pour cette terre nouvelle, d'une incomparable fertilité, animent tous les témoignages des colons et les rapports des délégués des divers États publiés dans les journaux qui s'occupent de colonisation. C'est, disent-ils, « le plus beau pays que nous ayons jamais vu » {the finest we ever saw), « le jardin d'Eden » (the garden of Eden). « No country can compare with it. »

(Aucun pays ne peut lui être comparé.) « The most fertile district ever seen. » (Le district le plus fertile que nous ayons jamais vu.)

« The longer they stay, the better they like it. »

(Plus on y reste et plus on l'aime, etc..) Un autre centre d'attraction pour les colons est la région du lac Saint- Jean, dans la province de Québec.

Elle offre au capitaliste spéculateur de magnifiques chutes d'eau, des forêts abondantes, des mines, des terres fertiles et de riches pâturages.

Dans le courant de 1901, 2.108 capitalistes sont venus s'établir dans ce district. Parmi eux, 195 venus d'Europe, 900 du Canada, 1.013 des États-Unis. Une société de colonisation ainsi que la compagnie du chemin de fer de Québec et du lac Saint- Jean sont à la disposition des nouveaux arrivés. La région est desservie par un chemin de fer de 306 kilomètres qui la traverse en entier, par des bateaux à vapeur. Elle a 31.000 milles carrés d'étendue, c'est-à-dire qu'elle est près de trois

fois aussi grande que la Belgique, dont la superficie est d'un peu moins de 11.000 milles carrés. Mais elle ne possède que 50.000 habitants, alors que la Belgique en a plus de 6.000.000.

Le sol de cette contrée est composé d'une terre riche en marne et en argile, très favorable aux pâturages et à la culture du blé. Des témoignages désintéressés abondent en faveur de ces mouvements de colonisation. Ils racontent comment, au sud du lac, des champs de blé rapportent pendant quinze années, sans le secours d'aucun engrais. Un cultivateur de Saint- Prince achète la terre de son voisin pour 6.000 francs et la paie complètement en trois ans avec les revenus de la terre. Un autre récolte 50 hectolitres d'orge de 160 litres de semence et 22 hectolitres de blé de 80 litres de semence. Et les témoignages des colons eux-mêmes ne sont pas moins favorables.

L'un d'eux, parti de Sainte- Agnès avec une somme de 2.000 francs, achète 140 hectares de terre, dont 103 sont maintenant en culture. Dans une seule année, il récolte 340 hectolitres de grains, 2.000 à 2.500 bottes de foin, 140 à 200 hectolitres de patates.

Un autre se fixe, il y a treize ans, sans aucun capital, à Saint- Félicien. Il acquiert 120hectaresde terres, qu'il met en culture. Sa propriété est évaluée aujourd'hui à 26.000 francs. Il récolte annuellement 320 hectolitres de grain, 2.400 bottes de foin et 160 hectolitres de patates. Et les exemples de cet ordre ne manquent pas !

L'industrie laitière est une autre ressource du colon. Les fromages de cette région sont les mieux cotés sur le marché canadien

Planche i55.

Planche i56

CAMPAGNES ÉLECTOR ALES AUX ÉTATS-UNIS. — Les candidats ne résiste) aient pas aux terribles fatigues des meetings et des discours ; aussi M. Bryan confie -t-il au phonographe le soin de parler pour lui.

Planche 157.

PANORAMA DE WASHINGTON. - - Washington est la capitale officielle des Etats-Unis et la résidence du Président de la République dont on aperçoit ici le palais de la Maison Blanche au premier plan.

m^JÊÊk

^, ^^H ' ^^f ""*" wUr 1

^V ji

EJr' J

m ^i» itly

Pf^| LlB

Tf -■"*:

* JUm

1 la

jjj% j^^^^J

^r\tm

jêL

n iH^

kl J

M. TAFT CANDIDAT. — Les candidats aux fonctions politiques doivent se plier, comme partout, aux exigences de leurs électeurs, discourir, assister, comme ici M. Taft, à des représentations populaires, etc.

Planche i 58.

et sont exportés en grande partie en Angleterre. La production du beurre et du fromage dans la région du lac Saint- Jean atteint annuellement 3 millions ou 3 millions et demi de francs.

Enfin le succès des entreprises industrielles dans cette région s'explique par la puissance de la force hydraulique. « A 14 milles environ du lac Saint- Jean, dit un rapport officiel du gouvernement de Québec, et sur un parcours de 5 ou 6 milles en remontant, cette rivière se précipite à travers une série de cascades et de chutes qui en font un véritable Niagara comme pouvoir d'eau. Il y a dans cet espace sept cascades ou chutes superposées en quelque sorte les unes au-dessus des autres et qui pourraient développer une énergie de 300.000 chevaux- vapeur. Une ligne tirée autour du lac Saint- Jean, à une dizaine de milles au nord du lac, une trentaine au nord- ouest, une cinquantaine à l'ouest, deux au sud et une dizaine de milles à l'est, circonscrirait dans ses limites des chutes et des cascades d'une force motrice de 653.000 chevaux-vapeur.

Presque toute la région est encore couverte de forêts. Sur 8 millions d'hectares, 2 millions seulement sont en culture.

75 p. 100 des essences de ces forêts sont de l'épinette noire, blanche et rouge, très propres à l'industrie de la pulpe. Tout le parcours du chemin de fer de Québec et du lac Sain- Jean est parsemé d'établissements industriels : scieries à Saint- Gabriel, qui débitent 8 millions de pieds de bois par an ; au lac Saint- Joseph, 6 millions de pieds ; fabriques de pulpe à Bourg- Louis, à 30 milles de Québec, qui fournit 1.500 tonnes de pulpe annuellement ; à Saint- André,

où se trouve la Compagnie de pulpe de Métabetchouan, qui fournit 15.000 tonnes de pulpe par an; plus loin, celles des chutes Ouiatchouan, qui fournissent également 15.000 tonnes ; celle de la Compagnie de Peribouca, sur la rivière du même nom, qui fournit 9.000 tonnes de pâte de bois. Sur la voie du chemin de fer et plus loin, se trouve la fabrique de pulpe de Chicoutimi, qui produit 40.000 tonnes de pâte de bois annuellement, sans parler des autres fabriques, des scieries, des fabriques de beurre et de fromages.

La colonisation dans la province de Québec se dirige aussi vers l'arrière- pays de Montréal. Ces régions sont couvertes de forêts touffues, et la terre y est d'une admirable fertilité, surtout le long des rivières et des lacs poissonneux. Le gouvernement, qui jusqu'ici semblait ignorer ces richesses, fait de sérieux efforts pour l'établissement des colons dans les régions de Labelle, de la Rivière- Rouge, des rivières Kiamika et du Lièvre. Le gouvernement a dépensé en 1902 environ 75.000 francs en travaux divers dans les régions du Lièvre et de la Kiamika, mais c'est un crédit d'au moins 250.000 francs qui serait nécessaire pour l'ouverture de nouvelles voies de communication. Aussi le colon qui entreprend le défrichement de ces terres doit s'attendre à rencontrer bien des difficultés. « Il lui faut tout d'abord « éfardocher », nous dit M. Charles Guérin, qui a séjourné parmi les colons de cette région, c'est-à-dire faire la clairière, puis abattre les arbres qu'il coupe en longueur et auxquels il met le feu. Après que l'incendie a détruit les feuilles et les branches, le colon « log », c'est-à-dire qu'il met en tas toutes les

pièces de bois noircies qu'il fait brûler de nouveau.

« Il faut, continue- t-il, pour se faire une idée de l'énergie de ces hommes, les voir travailler sans relâche, n'ayant qu'un but : se créer un domaine, visiter ces très modestes cases où s'entasse le soir toute la famille. Une table rustique, un ou deux bancs et quelques bûches comme siège, un lit et un poêle forment l'ameublement. »

La seconde année de son établissement, le colon peut récolter du sarrasin, de l'avoine, des pommes de terre. Certains, après cinq ou six ans de travail et de sacrifices, sont dans une situation de fortune relativement considérable. Mais il faut conseiller à tout nouveau colon de ne pas partir sans provisions pour quelques mois et une somme d'argent de 5.000 ou 6.000 francs.

A l'heure actuelle, le gouvernement de Québec peut livrer immédiatement à la colonisation environ 2.808.000 hectares arpentés, à peu près tous accessibles par de bonnes routes.

agriculture En présence de l'énorme production de blé qui fait la richesse et l'avenir du Nord- Ouest- Canadien, les régions de l'Est, la province de Québec surtout, ont dû sacrifier en grande partie cette culture. Ne pouvant plus soutenir la concurrence des provinces voisines, toute leur activité s'est tournée du côté de l'industrie laitière. L'esprit d'organisation des Canadiens s'est révélé dans le développement scientifique de cette industrie, qui, à l'heure présente, dépasse en perfectionnement celui de tous les autres pays producteurs.

Cette organisation agricole est due en premier lieu à l'initiative du ministère de l'Agriculture, mais aussi à des initiatives personnelles, qui, en s'unissant, ont créé des sociétés et des cercles agricoles. On comptait, en 1900, soixante-huit de ces sociétés, et cinq cent dix- neuf cercles composés de 41.000 membres. Ces sociétés sont subventionnées par la province ; elles ont leurs conférences, leurs journaux, leurs revues d'économie rurale, leurs champs de démonstration, leurs stations expérimentales fruitières, et ne reculent pas devant les sacrifices d'argent et de temps pour mener à bonne fin l'œuvre de perfectionnement agricole qu'elles ont entreprise.

Grâce à leur intervention et avec l'aide du ministère de l'Agriculture, trois écoles existent actuellement dans la province : celles d'Oka, deSainte-Anne-la-Pocatièreet de Compton, qui admettent annuellement quinze à vingt élèves. Ils y reçoivent un enseignement théorique et un enseignement pratique dans les laiteries et fromageries modèles annexées à l'école.

Il existe, en outre, à Montréal, une école de médecine comparée et de science vétérinaire, et, à Saint- Hyacinthe, une école de laiterie subventionnée par le gouvernement a été établie en 1892.

Le gouvernement exerce sa surveillance sur ces divers établissements de même que sur les fabriques groupées en syndicats. Quatre inspecteurs généraux, payés par le gouvernement, les visitent plusieurs fois par an.

Pour exciter l'émulation des fabricants, le gouvernement a imaginé un système de subventions, de récompenses et de concours. C'est ainsi qu'il subventionne chaque

fabrique qui améliore sa chambre de maturation, qu'il accorde des médailles et des diplômes aux inventeurs de chambres frigorifiques perfectionnées pour les steamers ou de systèmes complets d'installation frigorifique commençant à la beurrerie et finissant au port de débarquement.

Enfin on a institué trois concours de beurre et trois concours de fromages par an, tous organisés par le ministère, sans parler des concours de vaches laitières.

Grâce à cette intervention du gouvernement et à l'excitation des initiatives et des amours- propres individuels, la production laitière de la province de Québec a considérablement augmenté en ces dernières années.

Il existait, il y a cinq ans, 1 903 fabriques de beurre et de fromages dans la province : 404 fabriques de beurre, 1.192 fabriques de fromages, 307 fabriques de beurre et fromages combinées.

L'industrie du beurre tend à devenir une industrie de premier ordre. Elle possède des crémeries perfectionnées, munies d'appareils frigorifiques qui fournissent d'excellents produits, comparables aux beurres les plus fins. L'exportation a lieu surtout en Grande-Bretagne, et les statistiques attestent son développement, malgré la concurrence qu'elle doit supporter sur les marchés anglais avec les beurres venant de Danemark, de France et de Hollande. Les statistiques du port de Montréal accusent la progression suivante :

Page 1