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L'AVENIR DES TRUSTS

Qu'est-ce qu'un trust? — Le trust répond aux conditions de V industrie américaine. — Les promoteurs. — État de V opinion vis-à-vis des trusts. — En Europe. — Aux États-Unis. — Ce qu'en pense M. Roosevelt. — Opinion d'un professeur de Harward et du Président de la Fédération américaine ouvrière du travail. — Arguments des adversaires. — La défense des trusts. — Ils ne surcapitalisent pas. — Ils ne monopolisent pas. — Ils diminuent le prix des produits. — Quelques exemples probants. — La prospérité générale aux États- Unis. — Les fondateurs des trusts.

'■■ e trust américain, si justement redouté des industriels d'Europe, n'est autre que la concentration, en une seule main, d'industries similaires ou semblables, concentration qui s'opère par la fusion de capitaux, en vue d' une simplification industrielle et commerciale.

C'est ainsi que le trust de l'acier, constitué par le groupement d'entreprises, jusque-là indépendantes, fabrique des ponts de chemin de fer, des rails, des clous de bottines et qu'il réunit dans une direction unique d'importantes mines de houille, de fer, des hauts fourneaux, des fonderies, des voies ferrées et des lignes de navigation, qui tous lui appartiennent.

Ce mécanisme industriel, improvisé par l'ingéniosité de grands financiers, répondait aux conditions de l'industrie américaine. L'industriel tel que nous le connaissons en France, l'homme de métier, le patron initié par un long apprentissage à son rôle de

directeur d'usine, est remplacé aux États- Unis par le financier chef d'industrie dont la fonction consiste à faire surgir, par l'apport et la combinaison de capitaux entreprenants, de colossales entreprises.

Après quoi ce « promoteur » laisse à ses collaborateurs, ingénieurs et spécialistes, le soin de faire prospérer l'entreprise. C'est ainsi que des financiers créèrent dix et vingt combinaisons, qu'un banquier, Pierpont Morgan, devint roi des chemins de fer et que des hommes d'affaires, Rockefeller et Carnegie, purent revendiquer l'empire du pétrole et de l'acier.

On se souvient de l'émoi que produisit en Europe la création des trusts du pétrole, du sucre, de l'acier, et plus récemment l'apparition du trust de l'océan. La peur d'une invasion des produits américains vendus à vil prix sur nos marchés fit naître d'ingénieux projets de défense. On parla d'un Zollverein européen, de tarifs prohibitifs, et, tandis qu'en Allemagne, par l'établissement des cartels, on essayait de réglementer la production et le prix des produits afin de supprimer la concurrence

intérieure et de lutter contre celle du dehors, en France, les conférenciers et les journalistes firent entendre de noires prédictions.

Le trust, c'était la coalition du capital contre le travailleur et le consommateur. Bientôt, la plaie s'étendrait sur toute la vieille Europe. Les capitaux français, drainés par les entreprises des Pierpont- Morgan et des Rockefeller, iraient s'ajouter aux milliards américains; notre industrie nationale serait ruinée, notre marine boycottée. N'était- il pas prudent de majorer de 25 à 30 p. 100 les produits du trust et d'interdire leur entrée en France par un nouveau blocus continental ?

Même en Amérique, un sentiment d'hostilité presque général, développé sous l'influence des journaux et des orateurs politiques, accueillit les trusts naissants. Et aujourd'hui, malgré la prospérité dont on leur est redevable, les craintes ne sont pas toutes apaisées.

C'est de cet état de l'opinion américaine que je voudrais rendre compte, bien plus que de l'origine et du mécanisme des trusts aujourd'hui i'ort bien connus.

Consultez individuellement les hommes politiques, professeurs d'université, présidents de chambres de commerce, financiers, industriels, présidents d'associations de travailleurs, etc. Presque tous reconnaissent au trust son droit d'existence et la part énorme qui lui revient dans le progrès industriel et commerciel des États- Unis. Leurs appréhensions concernent seulement les abus qu'une capitalisation excessive pourrait entraîner.

« Le mécanisme des affaires, déclare le Président Roosevelt, est à notre époque

si vaste et si compliqué qu'il faut prendre bien garde d'y introduire des changements radicaux, de p eur que des effets imprévus ne prennent la forme d'un formidable désastre.... Beaucoup de lois « anti- trust », qui ont pris place dans le code, ces dernières années, ont été inefficaces, parce qu'elles n'ont pas tenu compte de ce fait important que beaucoup de ce qu'elles pensaient supprimer était inhérent aux conditions de l'industrie moderne et ne pouvait être éliminé sans faire reculer les roues du progrès.... Ce qui nous reste à faire, à nous, hommes pratiques, c'est de considérer bravement la question, d'en oublier le côté sentimental afin de mieux considérer les autres. Nous devons rechercher quels sont les abus réels, leurs causes, et les remèdes qu'on peut y apporter. »

D'un point de vue aussi général, le professeur John Graham Brooke, de l'Université d'Harward, exprime à peu près les mêmes opinions :

« Les hommes lutteront contre les trusts comme ils ont lutté contre le machinisme et avec les mêmes résultats. Ni la loi de 1890, ni les mesures diverses prises dans plusieurs États ne parviendront à arrêter ces forces colossales... Le véritable problème, immédiat, impérieux, consiste à régulariser et à diriger les forces nouvelles qui marquent le dernier stade du progrès industriel. »

C'est avec sympathie également, avec une intuition clairvoyante des avantages accordés par le trust à la classe ouvrière que Samuel Gompers, président de la Fédération Américaine du travail, se déclare partisan de ces unions capitalistes.

« Les organisations de travail, dit-il,

UN YACHT DE MILLIARDAIRE. — Une des distractions favorites du richissime Astor consiste en de longues croisières sur son yacht, qui est une merveille de luxe et de confortable.

LE MAIL-COACH VANDERBILT. — A certaines heures de la journée, la Cinquième Avenue présente un aspect des plus élégants, avec ses équipages luxueux et magnifiquement attelés.

Planche 168.

TOUJOURS PLUS HAUT. — I, 'espace relativement restreint dont dispose New-York l'oblige à construire des immeubles toujours plus élevés, comme celui-ci qui est actuellement la plus haute maison du monde.

P; vs HE [60.

LA MAISON DE COMMERCE ASTOR. — Celte grande bâtisse bannie et sans architecture n'en est pas moins l'une

des plus importantes maisons de commerce de New-York.

LA FAMILLE VANDERBILT AU MOMENT DE SON DEPART POUR L'EUROPE. — Les milliardaires américains viennent fréquemment en Europe dont le climat et la société conviennent mieux à leurs goûts de luxe.

Planche 170.

considèrent avec inquiétude les nombreux remèdes offerts par les théoriciens pour empêcher le développement industriel et s'opposer aux combinaisons d'industries.

Nous avons vu des gens qui s'entendent fort peu à la politique et encore moins à l'économie politique réclamer l'adoption de lois de réglementation pour le commerce entre États, et de lois interdisant les combinaisons etles trusts, et nous avons vu aussi que ces mesures, quand elles ont été prises, n'ont eu pour résultat que de priver les travailleurs des bénéfices des efforts organisés.... Quant à nous, nous sommes convaincus que l'État ne peut empêcher le développement ou la concentration naturelle des industries. Toutes les propositions faites dans ce but et que nous avons étudiées seraient sans aucun doute plus dommageables à la masse des travailleurs qu'aux trusts eux-mêmes. »

A peine quelques voix discordantes viennent troubler ce concert d'approbations, celle de M. E. P. Dowe, président de la Ligue des voyageurs de commerce, par exemple, qui s'exprime ainsi :

« Les trusts sont organisés spécialement en vue de spéculations financières, mais ils ont aussi d'autres sinistres desseins : accroître la fortune des riches, établir une différenciation plus grande entre le petit nombre des très riches et la masse des très pauvres, asservir les travailleurs. Ils n'ont pas pour but de réduire le prix des denrées, ils ne sont pas établis pour le bien-être du peuple, mais contre son bien-être, et toutes les prétentions de ceux qui sont intéressés aux trusts ou de leurs sous- ordres ne sont que des mensonges. »

L'opinion générale, celle de la masse des travailleurs et des consommateurs, manque, elle aussi, de fixité.

Les esprits rebelles à toute innovation se refusent à reconnaître les bienfaits apportés par les trusts et ne manquent pas d'arguments pour s'en déclarer adversaires convaincus.

Leurs reproches se ramènent à quelques arguments que l'on peut ainsi résumer :

« Le trust concentre la fortune du pays aux mains d'un petit nombre de capitalistes seuls bénéficiaires. Il lance sur le marché et offre aux spéculateurs des titres dont la valeur dépasse la valeur réelle de l'entreprise et qu'il est incapable de rémunérer. Il « surcapitalise ».

«Le trust centralise d'une façon excessive les forces industrielles et permet à quelques despotes financiers d'en disposer par des mesures dictatoriales. Il « monopolise ».

« Le trust, par le monopole, ruine les industries indépendantes, diminue les salaires, infériorise les produits et taxe, au profit d'une minorité, la multitude des travailleurs et des consommateurs.

Voilà les grands griefs. Ils eurent pour résultats, en 1890, le vote d'une loi fédérale, appelée «ShermannAct », qui interdisait toutes les combinaisons portant entrave au libre échange entre les divers États de l'Union et les pays étrangers. Cette loi punissait toute contravention de 5.000 dollars d'amende ou d'un emprisonnement maximum d'un an. Mais, à cette époque, le Stock Exchange de New- York cotait seulement les valeurs de 20 trusts. Aujourd'hui, si nous en croyons M. Littlefield, membre de la Chambre des Représentants,

des États-Unis en comptent 443, dont la capitalisation s'élève à plus de 9 milliards de dollars. Et l'opinion a bien changé, grâce à l'action persuasive des grands promoteurs de trusts.

« Vous reprochez aux trusts de surcapitaliser au profit de quelques individus, disent- ils. Et pourtant vous trouvez aujourd'hui mille et deux mille actionnaires là où il y en avait cent autrefois. De plus le contrôle, dans notre système, n'appartient nullement à quelques hommes extraordinairement riches, mais à la majorité des actionnaires dont le nombre grandit chaque jour. L'expérience nous avertit d'ailleurs que la capitalisation exagérée est néfaste, et, quand un membre confiant et entreprenant à l'excès essaie de centraliser une affaire trop rapidement, nous savons qu'elle coart de grands risques. Notre sauvegarde, c'est le bon sens et l'intérêt des praticiens qui ont créé l'industrie. Loin de s'alarmer d'une capitalisation de mille millions de dollars comme celle qu'opère le trust de l'acier, il faut s'en féliciter, puisque ces opérations constituent l'apogée des affaires scientifiquement conduites. Vous alarmez-vous, en songeant que de formidables machines mettent en fonction les plus infimes rouages d'une usine sous prétexte qu'elles pourraient éclater ? Notre machine, c'est notre capital. A nous de la surveiller et d'éviter les catastrophes.

— Oui, mais votre surveillance et votre ingéniosité seront vaines si cette machine a un vice de construction. Or, votre capital excessif repose- 1- il sur des bases solides?

— Elles le sont, si la confiance qu'ins-

pire l'entreprise est grande. La confiance doit être la base de toute affaire. L'argent n'est que la forme tangible de la richesse, le crédit en est une autre forme. Plus l'activité économique d'un pays devient intense et moins l'argent est nécessaire, le système de crédit se substitue alors aux échanges d'or et d'argent en espèces.

C'est ce qui fait que le montant des affaires par crédit est deux mille fois supérieur aux États-Unis à celui des affaires en espèces courantes. Autrefois, nos opérations financières se faisaient uniquement avec l'argent en circulation. Avec le nouveau système, nous ne sommes plus sous le joug des prêteurs d'argent ; du rôle de débiteurs nous sommes passés à celui de créanciers. C'est nous qui prêtons aux anciens prêteurs d'Europe.

«Vous parlez aussi de monopole et de ses funestes conséquences : accaparement, augmentation des salaires, élévation des prix des produits, etc.

« Mais le monopole est-il possible en un temps où le télégraphe, le téléphone, les chemins de fer, les vapeurs, maintiennent entre les industries une concurrence active? Les trusts ont diminué cette concurrence sans la détruire, car elle est pour eux un élément de vie. Si le trust de l'acier est maître des deux tiers de l'industrie de l'acier aux États-Unis, s'en suit-il qu'il ait pleins pouvoirs pour faire varier les prix, à son gré? Non, les usines indépendantes qui vivent près de lui peuvent le forcer à une concurrence loyale en l'obligeant à diriger ses opérations sur des bases acceptables. Lui-même, d'ailleurs, dans son intérêt, s'abstient de toute mesure dictatoriale. Il y a peu de temps, les

L'AMÉRIÇUE MODERNE

commandes adressées au trust de l'acier furent si importantes qu'elles excédèrent de beaucoup la production. Le trust pouvait en profiter pour exiger un prix plus élevé. Ne lui était- il pas facile d'augmenter de quelques dollars le prix de la tonne? Il n'en fit rien, préférant un bénéfice légitime à des profits anormaux.

« Le trust ne monopolise pas plus que ne le fait une compagnie de chemin de fer, de gaz, de télégraphe ou de téléphone.

Le vrai monopole, c'est celui que le gouvernement accorde sous la forme de brevet, grâce auquel l'inventeur profite pendant un certain temps de sa découverte jusqu'au jour où celle-ci appartient au domaine public.

« Quant aux fâcheuses conséquences des trusts, elles n'existent que dans l'imagination des alarmistes.

« Loin d'augmenter le prix des produits, le trust le diminue. Le nouveau système permet en effet de produire dans les conditions les plus avantageuses. Il supprime, par la fusion de plusieurs entreprises, tous les organes inutiles. Une direction unique se substitue à la diversité des administrations; le nombre des employés est réduit; l'achat et la vente des matériaux simplifiés par la suppression des intermédiaires. Le trust de l'acier qui prend son fer dans ses mines, son coke dans ses fours, qui travaille ses minerais dans ses hauts fourneaux et transporte ses produits manufacturés sur des voies ferrées et navigables qui lui appartiennent ne réunit-il pas toutes les conditions nécessaires pour lancer ses produits sur les marchés à des prix défiant toute concurrence?

« Grâce à l'agrégation des capitaux, le

transport par chemin de fer coûte 800 millions de dollars de moins aujourd'hui qu'il y a vingt ans, pour le même parcours.

« Le blé est cultivé dans le Dakota, la farine fabriquée dansle Minnesota, apportée à Boston, transformée en pain au prix total de 3 cents par livre et demie alors que le pain fabriqué dans les petites boutiques est vendu au pauvre 6 cents la livre. »

« Nous pouvons apporter une tonne de minerai de l'extrémité du lac Supérieur aux hauts fourneaux de Pittsburg à meilleur compte que le Londonien qui fait transporter son charbon des quais à sa cave. »

Ainsi parlent les organisateurs des grands trusts, et les faits qu'ils avancent à l'appui de leurs dires les corroborent parfaitement.

En voici quelques-uns.

Grâce à l'accroissement de la production, le prix par gallon (1) du pétrole raffiné, qui était de 25 cents 7 en 1871, est descendu à 7 cents 2 en 1902. Le tableau suivant montre la diminution du prix année par année :

Années. Prix du gallon.

1871 25 cents 7

Années.

Prix du gallon.

7 cents 9 7-8

(1) Le gallon vaut 4 ",rcs 54. Le cent vaut 0 fr. 05.

Cette diminution considérable, dont le consommateur est le premier bénéficiaire, est due aux perfectionnements apportés par le trust dans les méthodes d'extraction et les moyens de transport. Les raffineries, les manufactures de barils, de bidons, de boîtes, etc., lui ont coûté plus de 50 millions de dollars, les réservoirs, les tuyaux transporteurs, les wagons, les bateaux coûtèrent autant. Aujourd'hui, grâce à ce matériel, le pétrole brut est transporté du puits d'extraction aux villes principales d'Amérique, par le système des « pipe-lines ». Il arrive à New- York, est raffiné, chargé sur bateaux ou wagons- réservoirs et parvient ainsi sur les marchés d'Europe dans des conditions défiant toute concurrence.

Voulez- vous un autre exemple ? Prenez celui de l'industrie de l'acier. Malgré l'augmentation du prix de la tonne, en ces dernières années, dû, comme pour les autres grandes compagnies, au grand nombre des demandes, la courbe générale indique une diminution sensible du prix de la tonne de fonte Bessemer. En voici le mouvement :

1890 18 dollars 35

Même diminution pour les produits alimentaires. Le café, que les Américains payaient 18 cents 03 la livre en 1890, coûtait en :

1890 18 cents 03

1898 6 cents 80

Et que d'améliorationletrustn'apportet-il pas dans les conditions du travail et la vie du salarié! Partout où le capital est insuffisant, l'industrie reste stationnaire; les machines de mauvaise qualité obligent l'homme au travail manuel beaucoup plus long et plus pénible. Dans un pays comme celui-là, où le machinisme a fait de si grands progrès, où la pression d'un doigt d'enfant sur un bouton peut faire manœuvrer les plus formidables appareils, il suffit de quatre ouvriers là où il en faut 224 en Espagne, 34 en Italie, 42 en Portugal.

Les machines à filer le coton obtiennent le même résultat que 320 hommes en 1789. Dans les Pyrénées, les procédés d'extraction du fer sont les mêmes qu'il y a cent ans. Un ouvrier produit environ 13 pounds par jour. Ceux des usines Américaines en produisent 500.

La vie matérielle de l'ouvrier des trusts s'améliore aussi grâce à l'élévation des salaires. L'augmentation de 22,8 p. 100, constatée dans l'ensemble des industries américaines pendant ces dix dernières années, est l'œuvre des trusts. Nulle part les salaires ne sont aussi élevés qu'aux États-Unis, où un ouvrier ordinaire gagne en moyenne 2.278 francs par an.

Tout compte fait, le travailleur et le consommateur bénéficient comme les capitalistes des avantages apportés par les trusts. Pourquoi s'en plaindre ?

Leurs seules victimes, ce sont les petits industriels, les intermédiaires. Mais leur ruine est inévitable. Presque chaque perfectionnement qui favorise la masse porte

POLITIQUE, FINANCE. RELIGION. — Autour du président Taft, sont groupés sur cette photographie Andrew Carnegie, l'un des hommes les plus riches du monde, et le cardinal Vaughan, primat d'Amérique.

L' ANCÊTRE ET LE PUPILLE D'UNE DYNASTIE. — Le commodore Vanderhilt, dont on voit à gauche le portrait, est le fondateur de la dynastie dont K. Vanderhilt, à droite, est actuellement le plus jeune représentai!! .

Planche 171.

UN NOUVEAU PALAIS DE L'OR. Le trust de l'acier. — L'Américain, sans cesse acharné à la poursuite delà richesse, témoigne de son respect pour l'or en lui bâtissant des temples somptueux dans le genre de celui-ci.

L'OFFICE DU TRUST DE CUIVRE. — Les grands trusts possèdent tous à New- York des immeubles magnifiques, sièges de la direction, où se centralisent tous les services techniques et administratifs.

Planche 172.

préjudice à quelques individus. Les chemins de fer, en se substituant aux diligences, ruinèrent aubergistes, selliers et bourreliers, comme les trolleys ruinèrent les cochers. La communauté n'y a- 1- elle pas gagné ?

Il est vrai que les centres industriels sont des centres de pauvreté comme de richesse. Mais, remarquons-le, cette pauvreté existe surtout dans les industries manuelles.

En réalité, le trust est le grand facteur du progrès industriel. Il répond aux exigences de notre vie. L'Amérique a trop de gens à nourrir, à vêtir, à loger, pour s'en tenir au système d'autrefois. Il y a seulement trente ans, même dix, les tramways à chevaux suffisaient encore pour les transports urbains. Aujourd'hui, des trolleys sont indispensables.

La prospérité générale des États-Unis atteste les bienfaits de cette triple alliance. La richesse du pays, qui, en 1850, était de 7 à 8 milliards, atteignait 65 milliards en 1890 et 94 milliards en 1900. Cette richesse, répartie sur tous les habitants, serait de 1.325 dollars par tête, y compris les enfants, c'est-à-dire quatre fois plus qu'en 1850.

L'accroissement de l'exportation américaine lui permet d'atteindre le chiffre total des exportations européennes. Elle était en juillet 1901 de 9 millions de dollars. La Russie atteignait à cette époque 3 millions, l'Angleterre 3 , la France 2, l'Autriche, 1, tandis que l'Allemagne et l'Espagne subissaient une dépression de 2 millions, la Belgique de 1.

L'importation diminue dans les mêmes proportions. Pendant les dix dernières années, les importations européennes se sont trouvées réduites de 474 millions de dollars à 439 millions, tandis que l'exportation américaine s'accroissait de 682 millions de dollars à 1.111 millions.

Bref, de 1870 à 1900, en même temps que la population se doublait, le trafic par voies ferrées était quadruplé, la production du coton triplée et celle de la houille sextuplée.

L'extraction du pétrole devenait 11 fois plus grande, la fabrication de l'acier 23 fois plus importante.

Ces preuves ne sont- elles pas convaincantes et ne suffisent- elles pas à calmer les craintes des alarmistes et des conservateurs apeurés ? Laissez le trust se développer régulièrement. Sa prospérité exige une certaine stabilité qui nous préserve des témérités ruineuses et d'une dictature excessive. Point de législation ! Point d'entraves ! Les affaires de commerce se règlent par des lois naturelles. Empêcher le développement des trusts, c'est s'opposer d'une façon puérile et absurde à une évolution nécessaire.

Je viens de résumer les opinions des grands constructeurs de trusts, celles de James H. Bridge, Charles Flint, S. C. T. Dodd, James Hill, Francis B. Thurder.

Leurs théories, exposées dans des conférences publiques, des livres, des brochures, sont aujourd'hui accueillies favorablement par la majorité des Américains; elles seront demain celles de la masse entière des travailleurs et des consommateurs.

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