wagons de 12 tonnes de prunes
d'abricots, de pêches, de raisins, de noix, d'amandes.
Voilà pour les fruits frais (1).
Les fruits conservésMonnent des chiffres plus fantastiques encore.
On a exporté la même année :
24 millions de livres de pêches.
d'abricots, de pommes, de poires, de raisins secs, de pruneaux.
La France était jusqu'à présent le grand fournisseur des fruits méridionaux. Fautil avouer qu'une des années passées, la récolte ayant été mauvaise dans notre Midi, une grande partie des pruneaux d'Agen venaient d'ici ?
On pense bien que, dans un tel monopole, tout ne va pas sans quelque abus? Les prunes qu'on envoie de Californie en Suisse et en Italie, et que nous rachetons ensuite, sont le plus souvent trempées dans un bain d'alun, de glycérine et de fuchsine, qui leur donne plus de poids, mais qui en durcit la peau. Et c'est ce
(1) Dans les ranchos de la Californie, ce sont les Chinois et les Japonais qui font la cueillette des fruits pour 1 dollar par jour. Les Américains veulent gagner 2 dollars au minimum et, à ce taux, les fruits reviendraient trop cher.
qui fait que l'on mâchonne quelquefois si péniblement certains pruneaux de conserve. Quant aux pêches et aux abricots, on les passe deux fois au soufre pour leur conserver bonne apparence. Mais il se forme à la surface un résidu d'acide sulfurique, qui devient très dangereux pour les estomacs. C'est pour cette raison que les Allemands ont interdit chez eux l'entrée des fruits de Californie.
Les autres denrées d'exportation sont le houblon, le miel, la betterave à sucre, les haricots et les citrons. Inutile de vous en citer les chiffres, qui se rapprochent proportionnellement de ceux ci- dessus.
Les vins californiens font une concurrence effrayante aux vins français. C'est une guerre sans merci. Les journaux de la région racontent, dans des éditions spéciales que j'ai sous les yeux, que « les vins françaissont faits avec des vins californiens y, et que ce sont ces vins qui reviennent de France avec une étiquette française qu'on fait boire aux Américains comme vins de Bordeaux. La vérité est exactement le contraire : les vignerons de Californie ont donné le nom de nos plus grands crus du Médoc à des boissons innommables. Le public ignorant et crédule croit, avale pourtant toutes ces bourdes, et, peu à peu, comme il n'y a pas de riposte, notre marque s'efface et disparaît. Dieu sait pourtant si ces vins sont mau vais, durs, désagréables à boire, à part quelques vins blancs vraiment remarquables, peut-être un peu chargés d'alcool. i D'ailleurs, ici, le vigneron ne fabrique plus son vin lui-même. Il vend son raisin aux trusts à raison de 15 francs la tonne, et les trusts en tirent jusqu'à quatre ven-
danges successives, selon la force colorante du raisin.
Et c'est ce vin qu'on distribue aux navires français en station à Tahiti, à tous les bâtiments de l'escadre et à la garnison, alors que les 85 voiliers français qui viennent ici sur lest pourraient si facilement en apporter de France ! C'est le même aussi qu'on vend par quantités dans l'Alaska à raison de 4 francs le litre
Vous savez qu'en France on a reconstitué les vignobles méridionaux avec ce qu'on appelle les plants américains. Ici, les vignes qui produisent le meilleur vin sont des plants français, entre autres le Rupestris- Saint- Georges, de l'Hérault, très fort, très résistant, qui produit beaucoup.
La consommation des vins aux États- Unis est de 12 millions de gallons par an, à peine 50 millions de litres, c'est-à-dire un peu plus d'un demi-litre par tête d'habitant et par an. Par contre, la consommation du whisky y est de 6 litres par tête d'habitant et par an !
sources ooo Le pétrole, depuis quinze de pétrole ans> est devenu l'une des richesses les plus considérables du pays. Il est venu remplacer, dans la spéculation, les mines d'or, qui sont à peu près épuisées. On a tiré des puits de pétrole, en 1902, 13 millions de barriques de 42 gallons, soit, à raison de 4 litres et demi le gallon, 24 millions et demi d'hectolitres de pétrole.
Ces chiffres paraissent invraisemblables.
Mais on les comprend mieux après avoir parcouru la contrée, où l'on rencontre presque à chaque pas ; des puits en travail. Il n'existe presque pas de ville
ni de village un peu important où, en creusant un peu, on ne touche le pétrole. Les jours de pluie, l'eau qui coule dans les rues s'irise de la pellicule violette de l'huile ; sur le rivage de la mer, en pleine eau, en arrivant à Santa Barbara, des centaines d'appareils vont chercher le pétrole ; on voit les balanciers infatigables qui, de leurs mouvements lents, automatiques, aspirent dans les tuyaux innombrables le précieux liquide. A cet endroit, il y a des jours où la mer est en feu. Il suffit de jeter une allumette brûlante dans l'océan Pacifique pour se payer le luxe de ce spectacle néronien !
Mais on ne se contente pas de découvrir et d'exploiter les puits à pétrole. On cherche à utiliser la matière et à en répandre l'emploi. Comme le charbon que l'on consomme dans l'Extrême- Ouest vient d'Angleterre, amené par des bateaux français, il revient, naturellement, un peu cher.
J'ai appris le fait avec une certaine stupéfaction. Oui, la houille consommée en Californie est de la houille de Newcastle et d'Ecosse, que des voiliers français apportent ici à raison d'un prix de fret de 6 shillings la tonne. Et elle revient encore à meilleur marché que si on l'amenait de Pennsylvanie par voie de fer.
Aussi la plupart des bateaux à vapeur se servent- ils à présent du pétrole. Dans l'industrie, le pétrole remplace, d'ailleurs, à peu près partout, la houille ; les restaurants eux-mêmes ont des fourneaux à huile minérale; les chemins de fer s'y sont mis également. Et chacun y a son avantage, puisque l'économie du calorique est de 40 p. 100. De plus, la propreté est plus grande, la manutention plus facile,
la production de la vapeur plus rapide, les chaudières s' usant moins vite. Sur les navires, le nombre des chauffeurs peut être réduit des deux tiers; l'espace occupé par le charbon peut être économisé pour le fret et les munitions.
Voici un exemple et un calcul qui feront comprendre l'économie de cette substitution. Pour aller de San Francisco à Ma nille, le courrier^de Tahiti, le Mariposa, consommait 80 tonnes de charbon par jour à 8 dollars 50 la tonne. Le trajet aller et retour demande 60 jours, soit 4.800 tonnes, soit40.800 dollars ( 204.000 f r. ). Depuis qu'il se sert d'huile de pétrole, il en consomme pour faire le même trajet dans le même temps 2.955 tonnes à 4 dollars, soit une économie de 28.980 dollars (144.900 francs !). De plus, l'usage du charbon exigeait un équipage de 36 hommes; l'usage de l'huile permet d'en réduire le nombre à 16.
Donc, grâce à cette nouvelle richesse, la Californie, qui était jusqu'à présent un pays agricole et minier, va devenir un pays d'industrie. On y fera de tout : du fer, du verre, tous les produits industriels qui demeuraient jusqu'à présent le monopole des États de l'Est.
Et cette prospérité générale, cette croissance incontrôlable que l'on constate partout à travers ce pays fantastique, paraissent ne devoir pas avoir de bornes. Les richesses qui s'éteignent, — comme celles des mines d'or, — sont remplacées, ainsi qu'on vient de le voir, par d'autres richesses ; quand le pétrole sera épuisé, il restera à exploiter des centaines de kilomètres de terrain saturé d'huile de naphte; des villes comme San Francisco, qui se
sont peuplées de 400.000 habitants en cinquante ans, se voient à leur tour concurrencées par des cités fondées d'hier et qui menacent de les dépasser encore, puisque voilà qu'au nord de la Californie, à 200 kilomètres au sud de Vancouver, à dix jours de mer de l'Alaska, deux grandes villes sont en train de se former dont on parlait à peine il y a dix ans et dont la prospérité rapide tient du vertige : elles s'appellent Seattle et Tacoma. Seattle avait 1.107 habitants en 1871, 80.000 en 1900, et elle atteint aujourd'hui plus de 135.000 habitants!
Le commerce du port de Seattle suit la même progression.
Alors qu'en 1896 ses importations n'étaient que de 395.000 dollars, six ans après, en 1902, elles s'élevaient à 500.000 dollars ! Les exportations, qui montaient à 1.816.000 dollars en 1896, atteignent, en 1902, 11.000.000 de dollars. Au lieu d'aller à San Francisco, 656 vapeurs et 15 voiliers sont venus à Seattle en un an. 650 vapeurs et
143 voiliers de différents tonnages sont partis de Seattle chargés pour l'Orient, les colonies, même pour l'Allemagne.
Et pas de navires français ! La moitié sont des anglais. Nos bateaux, entretenus par les primes à la marine marchande, pourraient pourtant lutter contre leurs concurrents. Mais il paraît que, à part les charbonniers chargés de houille anglaise, ils font la traversée colossale de France à l'Ouest -Américain sur lest, c'est-à-dire sans aucune marchandise à bord. Ils pourraient, au moins, apporter du ciment, des engrais, même des vieux pavés. Mais, comme l'État français leur paie une prime pour chaque mille parcouru, ils n'ont qu'à se promener à travers les océans, à faire enregistrer leur passage dans les ports par les consuls, et les armateurs s'enrichissent... Je n'ose trop m' aventurer sur ce terrain, car je ne peux croire à une telle folie. Pourtant, des gens dignes de foi, des Français importants, me l'affirment en gémissant.
Phot. Haynes, Saint-Paul.
SEATTLE. — Ville d'origine récente, Seattle est l'entrepôt des placers d'orde l'Alaska. Son port, dans lequel plus de 1,000 navires relâchent chaque année, a un grand bassin de radoub. C'est le centre d'un commerce de houille.
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Phot. CC. Pierce & Co. Los Angeles.
EN CALIFORNIE. — Le lapin est, en Californie comme en Nouvelle-Zélande, l'un des ennemis les plus terribles de la culture. Les ravages de ces rongeurs obligent les cultivateurs à organiser de véritables hécatombes.
Planche ii.
Planche 12.
l'Iiot. Rock [sland Systei
LES SEPT CHUTES CHEYENNE. — Dans 1rs environs de Colorado Springs, ces sept cascades étagéés se précipitant de 150 mètres constituent une des plus rares attractions de la route vers Sait Lake City.
Planche i3.
SALT LAKE CITY. — Le Tabernacle. — A peu près au centre de la ville, sur la place sacrée des Mormons (Temple Block) l'ut construit le Tabernacle dont la voûte non élayée est une des plus grandes de l'univers.
Phot. )• R su ige
SALT LAKE CITY. — Le Tabernacle — Cet énorme édifice de forme ovale, long de 76 mètres, large de 4-5 mètres et haul de 21, repose sur 54 piliers de grès et est coiffé d'un toil qui ressemble à une (''caille de tortue.
Planche [4.