HISTOIRE DU MORMONISME
Qu'est-ce que le mormonisme? — Son histoire rétrospective. — Le fils du fermier se fait prophète. — Le fondateur Joseph Smith. — Conversation avec Dieu lui-même. — Propos familiers. — Présentation du Fils par le Père. — Où le Christ avait caché son Évangile. — Les plaques d'or. — Les pierres de Moïse. — « Urim » et « Thummim ». — D'où viennent les Peaux-Rouges. — Articles de foi. ■ — Plagiat de la Bible. — La dîme. — Persécution des Mormons. — Leur exode. — Brigham Y oung, successeur. — Fuite du prophète. — Pillage. — Les Mormons et la politique. — Programme électoral. — Polygamie. — Exil ou massacre. — Vers le lac Salé. — Le record de l'exode. — 2.400 kilomètres à pied. — Brigham Y oung et Moïse.
u' est -ce donc que le mor-
Q monisme ?
Je vais tâcher de vous le résumer le plus clairement et le plus brièvement possible.
En 1820, il y avait un jeune homme de quinze ans, nommé Joseph Smith, fils d'un petit fermier qui habitait l'État de New- York, à Sharon, Windsor County. Déjà, à cette époque, un grand nombre de sectes religieuses se disputaient la clientèle des croyants.
Joseph Smith, frappé de ces divergences, cherchait une orientation nouvelle à sa foi.
C'est dans cette disposition d'esprit que le jeune méthodiste lut un jour le premier chapitre de l'Ëpître de saint Jean : « Si quelqu'un désire la sagesse, qu'il la demande à Dieu qui la donne à tous libéralement et qui ne la refuse jamais, et elle lui sera donnée. » 11 se rendit donc
dans les bois, et seul, à genoux, après d' ardentes prières, attendit la manifestation de la lumière divine.
Voici ses paroles : « A peine eus- je fait cela qu'immédiatement un pouvoir s'empara de moi, me tint subjugué et fit sur moi un effet si extraordinaire que ma langue fut liée sans que je puisse parler. D'épaisses ténèbres m'enveloppaient comme un voile, et il me sembla un instant que j'allais périr tout d'un coup.
Mais, comme je m'efforçais de crier à Dieu qu'il me délivrât de la puissance de cet ennemi qui s'était emparé de moi, et au moment même où j'allais désespérer, m' abandonnant non à une perdition imaginaire, mais entre les mains d'un être réel du monde invisible, qui avait une force telle que je n'en avais jamais senti de semblable chez aucun individu, dans ce moment même de grande détresse, je vis, droit au-dessus de ma tête, une colonne de lumière, dont l'éclat surpassait celui du soleil et qui descendit jus-
qu'à moi. A cette apparition, je me trouvai subitement délivré de l'ennemi qui me tenait lié. Tandis que la lumière reposait sur moi, je vis deux personnages dont la splendeur et la gloire étaient au-dessus de tout ce qu'on peut décrire ; ils se tenaient debout dans l'air au-dessus de moi. L'un d'eux me parla, m' appelant par mon nom, et me dit en montrant l'autre: «Voici « mon Fils bien- aimé, écoute-le. »
Alors Joseph lui demanda laquelle des sectes était la meilleure. Et Jésus lui déclara qu'il ne fallait se joindre à aucune d'elles, parce que toutes étaient mauvaises, mais qu'un jour viendrait où l'Église véritable serait rétablie.
Trois ans plus tard, en 1823, Joseph Smith eut une nouvelle vision. Cette fois, ce fut un ange qui lui apparut : l'ange Moroni.
Écoutez-le en parler lui-même :
« Pendant que j'étais ainsi occupé à prier Dieu, je vis apparaître dans la chambre une lumière qui continua à s'accroître jusqu'à ce que la chambre fût plus éclairée qu'en plein midi, et un personnage apparut subitement à côté de mon lit, se tenant debout dans l'air. Il était revêtu d'une robe flottante de la plus parfaite blancheur. Non seulement sa robe était parfaitement blanche, mais toute sa personne était glorieuse au delà de toute expression, et son visage resplendissait comme un éclair. Au premier moment que je le regardai, j'eus peur ; mais bientôt, la crainte me quitta. Il m'appela par mon nom et me dit qu'il était un messager envoyé par Dieu, et que son nom était Moroni ; que Dieu avait une œuvre à accomplir par moi, et que
mon nom serait tenu pour bon et pour mauvais parmi toutes les nations, tribus, langues, et qu'on parlerait de moi en bien comme en mal chez tous les peuples. Il dit qu'il y avait, déposé dans un certain lieu, un livret écrit sur des plaques d'or, contenant l'histoire des anciens habitants de ce continent (l'Amérique) et leur origine. Il me dit aussi que la plénitude de l'Évangile éternel y était contenue, ainsi qu'il avait été donné par le Sauveur à ces anciens habitants. De plus, qu'il y avait, déposées avec les plaques deux pierres dans une arche d'argent, composant ce qui est appelé l' Urim et le Thummim, ainsi qu'un pectoral auquel se fixait cet instrument ; et que la possession et l'usage de ces pierres étaient ce qui constituait les voyants dans les temps anciens, et que Dieu les avait préparées pour servir à la traduction du livre. »
Cet ange Moroni lui dit être le fils d'un certain Mormon, général et prophète qui vivait en Amérique 600 ans avant Jésus- Christ.
Il s'agissait donc de déterrer le livre de Mormon. Où était-il? L'ange le lui dit : il le trouverait enfoui dans une grotte sur la colline de Cumorah, non loin de sa demeure. Joseph Smith s'y rendit ; il creusa le roc et trouva en effet, dans une boîte de marbre, un tas de plaques d'or sur lesquelles étaient gravées des caractères inconnus. Grâce aux pierres Urim et Thummim, — les mêmes dont Moïse s'était servi autrefois, — il arriva, par le concours d'un homme plus instruit que lui, Olivier Cowdery, à déchiffrer les hiéroglyphes : c'était en effet l'histoire sacrée d'un ancien peuple d'Amérique, le pen-
dant de la Bible qui raconte l'histoire du peuple d'Israël.
J'ai parcouru le Livre de Mormon.
Écrit exactement dans le même style que la Bible, c'est un plagiat grossier jusqu'à l'insolence.
Ces deux livres, dit la théologie mormonne, contiennent la parole de Dieu, avec cette différence que le Livre de Mormon, ayant été traduit directement de l'original par le don et le pouvoir de Dieu, est plus clair et plus facile à comprendre que la Bible, traduite selon la sagesse des hommes, d'après des manuscrits imparfaits et non d'après le manuscrit original, qui s'est perdu.
- Le Livre de Mormon raconte que, aux temps de la confusion des langues à la tour de Babel, Jared et son frère obtinrent du Seigneur qu'il ne confondît point leur langage ; ces deux hommes avec leurs familles et quelques-uns de leurs amis et leurs familles furent conduits par le pouvoir divin à travers l'Asie jusqu'au bord de l'Océan : ayant construit des vaisseaux d'une forme particulière, ils s'embarquèrent et, poussés par un vent puissant, ils arrivèrent en Amérique. Ils devinrent nombreux dans leur nouvelle patrie ; mais, ayant méprisé les commandements de Dieu, ils furent détruits par des guerres civiles, environ 1.600 ans après leur arrivée ou 600 avant Jésus- Christ.
A la même époque, pour repeupler l'Amérique devenue désolée, Dieu y conduisait une autre famille, celle de Léhi, qui vivait à Jérusalem durant le règne de Sédécias. Traversant l'Arabie, Léhi et les siens arrivèrent au bord de la mer Rouge et s' embarquant furent poussés par
les vents vers les rivages du Chili, dans l'Amérique du Sud. Ici ses enfants se divisèrent en deux peuples : les Néphites, qui servaient Dieu et qui, en retour, jouissaient des dons de l'Évangile, prophéties, etc. ; et les Lamanites, qui, préférant suivre les désirs de leur nature sauvage, tombèrent dans l'idolâtrie et la barbarie. Aussi Dieu, pour empêcher que la race supérieure, en se mêlant avec la race inférieure, ne devînt dégradée comme elle, donna une peau brune à cette dernière ; tandis qu'il suscita des prophètes parmi les Néphites pour appeler les deux peuples à la repentance et leur proclamer la venue du Rédempteur.
Et voilà l'origine des Peaux- Rouges !
A l'époque de la naissance du Christ en Palestine, de grands signes apparurent en Amérique ; il y eut deux jours et une nuit de lumière continuelle et une nouvelle étoile parut ; de nombreuses conversions eurent lieu, et beaucoup se préparèrent à recevoir le Sauveur, dont la venue leur avait été annoncée.
Une tempête formidable s'éleva à sa crucifixion, détruisant des cités entières. Après sa résurrection, Jésus- Christ leur apparut et leur enseigna l'Évangile, établissant son Église parmi eux avec douze apôtres comme à Jérusalem
Pendant près de 400 ans, le peuple jouit des bénédictions divines et d'une paix continuelle ; mais, ayant ensuite rejeté et foulé aux pieds l'Évangile du Christ et s' étant de nouveau divisés en deux peuples, ils se firent une guerre acharnée, qui finit par la destruction complète des Néphites.
Les survivants, les Lamanites, sont les Indiens d'aujourd'hui !
Phot. C. R. Savagi - ity .
SALT LAKE CITY. — Enfants Mormons. — Du fait de la polygamie, la famille mormonne s'accroil avec une célérité prodigieuse. Cette page symbolique offre une sélection des bambins innombrables dont la cilé s'égaie.
l'i ANCHE 17.
L SERMON A L'ÉCOLE MORMONNE. — Au cours des séances d'instruction religieuse, sont évoquées les figures populaires de A. Smith, Rudger Clawson, Abraham O. Woodruff, John Henrj Smith, Francis M. Lyman, Heber .1. Grant, Joseph F. Smith (prési<
Phot Plia-e et Simt
lateui-s du mormonisme, les Lrois présidents et les [2 apôtres qu'on peul identifier de gauche à droite : John K. Winder, Ci John \V. Tavlor, Marriner \V. Mcrril, Ilyrum M. Smith. Reed Smoot, George Teasdale, Matthias F. Cowley, Anthon I.und.
Planches 18-iu.
Phot. Johnson et Co (sait Lake City).
LES JOIES DE LA POLYGAMIE. — L'humour américain s'exerce aux dépens du mormonisme dans ces deux vieilles caricatures qui représentent, en deux phases, 1 "installation de la nouvelle épouse au foyer domestique.
Phot. C. R. Savage (Sait I.ake City).
SALT LAKE CITY. — City and County Building. — Cet ample édifice, qui correspond à nos Hôtels de Ville et où tous les services de la cité se logent à l'aise, domine de sa grandiose architecture le Washington Square.
Planche 20.
Le Livre de Mormon leur prophétise que le temps viendra où ils retourneront au culte du Sauveur et qu'après quelques générations ils deviendront un peuple civilisé. Alors la malédiction qiù pèse sur leur race disparaîtra. Les théologiens mormons prétendent que les ruines de palais, de temples, de forteresses, de villes qu'on découvre continuellement en Amérique prouvent en faveur de l'authenticité du Livre de Mormon, qui, ainsi, donne seul la clef du mystère des races anéanties !
Vous voyez comme il est simple, de fonder une religion en Amérique !
Et si vous objectez à un Mormon :
« Ce Joseph Smith paraît être un joli farceur ! Qu'a-t-il donc fait de ses plaques d'or et de ses talismans? »
Il vous répond
« C'était un dépôt. Il les a rendus à l'ange après les avoir traduites. Et pourquoi serait- il plus farceur que Moïse, Isaïe, Jean, Mathieu et Luc, qui ne donnent d'autre preuve de leur véracité que leurs affirmations? »
Je passe sur l'ordination et le baptême de Joseph Smith et de son acolyte Olivier Cowdery, se baptisant l'un l'autre, par immersion complète, s' accordant les grandes prêtrises sur l'ordre de Jean- Baptiste, qui leur apparaît aussi.
Toujours est -il que voilà la religion fondée. Et l'on s'empresse d'en formuler les dogmes.
Les voici :