JO
ner à apprécier, parce qu'ils vengent souvent le mari de l'amant :
« Je tappartiens toul entière, dil une femme à son ainant. Mon mari n'est plus pour moi qu'un étranger. » Et l'amant sourit, et se rengorge et méprise le mari. Ah 1 s'il savait combien de femmes trompent leurs amants avec leur mari !
Un mari trompé n'a pas besoin de se venger de sa femme l'amant s'en charge pour lui.
8 ‘ ù 1 Ï Mme Ch. trompe impudemment son mari, el elle d'a même toujours trompé. Dernièrement son amant ayant veulu se permettre
là-dessus une innocente plaisanterie : & T'ais-tdf, dit-elle. Fu me froisses beaucoup. J'entends que tu respecies mon mari I »
Reprocher à une femme de s'être laissé entrner par l'amour, c'est à peu près comme si l'os criait à quelqu'un qui se noie qu il a eu tort de tomber à l’eau. -
I existe un art d'enrichir et d'affiner la vanité, que tout le; monde ne possède pas. Îl faut un esprit très fin et un cœur très averti pour goûler sans grossièrelé, et dans leurs moindres nuances, ces vanités si différentes : celle de la conquête, celle de la possession exclusive, celle de la jalousie inspirée, celle du plaisir qu'on donne, et jusqu'à celle de l'infidélité cu de l'abandon.
On es! beaucoup plus malheureux quand on se croit trompé que quand on en est sûr.
Le cœur n'a presque jamais rien à voir dans la jalousie.
… Chez l'homme, la jalousie n'est le plus souvent qu'une blessure de sa vanité. Chez la femme, elle est surtout un cri de sa chair.
Rapprochez cette dernière pensée de cette RP du docteur Veneite :
a femme est plus MIE parce qu'elle s "imagine que son mari n'en aura pas assez pour elle, et, dans cette pensée lascive, elle craint qu’une autre ne partage avec elle les contentements qu’elle désire avec ardeur, et le bien qu'elle pense lui appartenir. »
Et voilà pourquoi, contrairement à la thèse de tous les un cri de sa. chair, oui, un cri de sa chair apeurée, craignant d'être privée de son droit au plaisir, dont nous par- Jerons au cours du prochain chapitre.
Et voilà pourquoi, contramement à la thèse de tous les. Napoléon, de tous les Michelet et de tous les Georges- ÂAnquetil, Padultère de la femme a moins d'importance à. un certain point de vue, que l’adultère du mani. Parce que la femme n’a qu'à recevoir, tandis que l’homme doit donner, la femme qui a trompé son mari dans l'après-midi pourra facilément accomplir, le soir, son devoir conjugal. Le mari qui a trompé sa femme Île pourra-t-1l également dans un temps aussi rapproché à |
Reconnaissons d’ailleurs que Michelet lui-même convient que, « comme déloyaulé, commie violation de l’engagement, l’adultère de la femme et l’adulière du mari sont également coupables. » Et le docteur Toulouse reprend la même idée : « L’adultère de l’homme n’est pas davanlage licite, bien que toléré par les mœurs. Il est toujours une trahison envers un accord formel. Au XVur siècle, où les mœurs étaient dépravées, la question de l’adultère de la femme et de ses conséquences était encore plus importante pour les familles de l'aristocratie, car le préjugé de race accordait au sang noble de plus hautes vertus. Et cependant la paternité était pareillement imposée et généralement acceptée du fait du mariage. [1 semble qu’un accord ait été respecté entre les époux : la femme ne prenait un amant que lorsque le premier mâle, héritier du nom par le droit d’aïnesse, était né. Alors nous, qui avons moins de préjugés que nos ancêtres, pourquoi serionsnous plus scrupuleux ? Dans le réseau des conventions sociales, celle de la paternité n’est pas plus choquante que bien d’autres. Lorsqu'un enfant n’est pas le produit de son père légal, qu'est-ce qui le dénonce, et ne peut-il pas être aimé autant que les autres ? Le sentiment paternel ne repose en fait que sur une croyance. Et quand le père doute, l'enfant est souvent aimé pour lui-même. Ne peut-on. affectionner le fils d'un autre lit, bien que, par le sang, il soit tout étranger, et qu’en réalité il diffère de l'enfant adultérin seulement par la faute de la mère 2 »
D'ailleurs, comme je l’ai déjà indiqué, le système que je préconise du nom de la mère à l’enfant simplifie toute
question de paternité. Et d'autre part, je ne crois pas que ce soit aux femmes du XX° siècle qu'il faille apprendre qu’on n’a d'enfants que quand on les veut bien. Qu'il le déplore ou non, le docteur Surbled le constate, dans son ouvrage : Le vice conjugal (1), en ces termes signiñcatifs :
« Les manœuvres anti-fécondantes sont trop répandues aujourd’hui pour être ignorées de personne. Elles s'afftchent en quelque sorte publiquement dans les catalogues, dans les prospectus dont la poste nous gratifie et nous inonde, et même dans des brochures et dans des livres. »
Dès lors quel argument peut-on opposer à la liberté sexuelle de la femme mariée, si on l’accorde à son mari ? En quoi son adultère est-il plus répréhensible que celui de son mari ? Octave Feuillet disait :
« Si l’infidélité d’une femme met le trouble dans la famille, les infidélités des hommes ne melient-elles pas le désordre dans la famille des autres ?
Mais je voudrais démontrer — et ce sera la dernière partie de ce trop long chapitre — que si l’infidélité d’une femme ne met plus le trouble dans sa famille, avec le système de la filiation maternelle, l’infidélité de l’homme met au contraire le désordre non seulement dans la famille des autres, mais aussi dans la sienne propre. Et par là je réfuterai toute l'odieuse et spécieuse argumentation par laquelle Georges-Anquetil, dans La Maîtresse Légitime, a voulu prouver que l’adultère du mari était « sans importance ! »
Indépendamment de la diminution certaine de ses capacités amoureuses, le mari adultère ne prive pas sa femme que de sa ration d'amour, Qu'il ait ou non dehors des enfants adultérins, ses amours extra-conjugales lui coûtent de l’argent, même s’il ne paie pas ses maîtresses. On a dit que c'était celles qu’on ne payait pas qui coûtaient le plus cher, parce que les petits cadeaux, sans lesquels l'homme est un mufle, sont parfois ruineux. Or cet argent est pris sur le budget du ménage, tandis que l’adultère
(1) Maloine, éditeur.
de la femme ne coûte, lui, rien à la communauté. Et / parfois pourtant le budget familial est déjà bien réduit : ” ce seront les privations de l'épouse et des gosses qui paie- | ront les frasques de Monsieur !
Et puis les risques ! Les statistiques officielles les plus récentes de la Préfecture de police nous apprennent qu'un million d'hommes au moins — Ja plupart mariés — fréquentent les bordels et les maisons de rendez-vous de Paris, chaque jour plus nombreuses. Or lisez le rapport du docteur Bizard, publié dans le Grand Guignol en 1923, sur la façon dont le médecin-chef du dispensaire de la Préfecture de police dit que se fait la visite médicale des prostituées, et vous comprendrez pourquoi le professeur Forel écrit ce qui suit, qui ne saurait être trop répandu, surtout dans la clientèle masculine :
« On ne peut avoir aucure confiance dans la visite médicale des prostituées : elle donne au contraire au public masculin un sentiment de fausse sécurité, dont il ne se berce que trop facilement pour se jeter dans les bras
de la prostitution. Le but de ces visites est d'éliminer de la circulation les femmes malades et de les soumettre obligatoirement à un traitement à l'hôpital. Mais quiconque connaît la réalité sait à quel point ce traitement est illusoire. Au bout de peu de temps, toute femme de bordel
. est infeclée, à peu d’exceptions près. Or, d’une part, la proxénèle et la prostituée ont tout intérêt à abréger le plus possible son séjour à l'hôpital, et, d'autre part, le médecin visiteur, qui vit souvent en partie de leurs honoraires, est obligé de les ménager. Le traitement des vénériens élant très long et fort incertain dans ses effets, on tourne dans un cercle vicieux.
Un médecin hollandais consciencieux, Chanfleury van Issjelstein, qui voulait sérieusement éliminer toutes les prostituées infectées des bordels, en arriva à vider à peu près ces maisons en envoyant leurs pensionnaires pour un -long traitement à l'hôpital. Îl s'ensuivit une véritable révolte, qui mit sa vie en danger, et il dut renoncer à son projet.
Dans la pratique ordinaire à l'hôtaial, on ferme un œil ou même un œil et demi : on traite les gros ulcères les plus visibles, on aftend que les écoulements gonorrhéiques les plus apparents se soient .calmés, puis on laisse les prostituées rentrer au bercail. En outre, la visite se fait au galop, car si l'on voulait tous les huit jours examiner chaque fille-à fond, de la tête aux pieds, ni les bordels, ni les prostituées, ni les médecins ne pourraient plus exister. »
Dès lors concevez-vous les risques que ceurent le million d'hommes — mariés pour la plupart, je le répète — qui fréquentent ces excellentes maisons, et surtout le risque qu'ils font courir à leurs innocentes femmes. Rappelez-vous que les professeurs actuels déclarent unanimement que, depuis la guerre, À y a au moins un syphihtique sur trois hommes, et je vous renvoie à l'excellent chapitre que Georges-Anquetil a consacré à ce fléau dans La Maîtresse Légitime.
M”° Paul de Lauribar écrit à ce propos :
« La femme contaminée par son mari est vouée, jusqu'à la fin de ses jours, à une existence misérable : elle‘ne pourra plus être
mère, ou, si après des années de soins minutieux, elle finit par mettre au monde des enfants vivants, ce seront des êtres défectueux,
portant des tares dont ils souffriront toujours et qu'ils transmetiront
à leurs descendants.
Ce sont là des cas exceptionnels, dira-t-on ?
Pas tellement exceptionnels ! Qu'on le demande aux médecins. Depuis les éminents professeurs qui soignent les plus hautes classes
sociales, jusqu'au modeste et dévoué praticien des quartiers pau-
vres, il n'en est pas un qui n'ait, dans sa clientèle, plusieurs cas de ce genre.
Et les spécialistes; combien de drames voient-ils chaque jour? |
…ÆEtablissons la balance entre la femme coupable qui a mis au monde un petit intrus, généralement robuste et bien portant, apanage ordinaire des enfants de l'amour, lequel engendrera à son tour de solides petits Français, et l'homme qui, pour s'être amusé, selon l'expression consacrée, perd irrémédiablement sa santé, communi= que le virus à sa femme, le transmet à ses enfants qui le lègueront à leurs descendants, et empoisonne ainsi plusieurs générations à venir !
Les législations étrangères l'ont bien compris, car prenons enire
loutes la nation brutale par excellence, l'Allemagne. S'imagine-t-
| on que ce soit par ue ou la femme que son Code pénal
punit également l'adulière de l'un et l'autre sexe 2.
Mais il n'y a pas de pays au monde où l'on fasse si peu de cas de la femme que chez les T'eutons. Si leur loi frappe l'adulière de l'homme, qui est cependant gonflé du sentiment de la supériorité, c'est tout simplement parce que avec leur esprit méthodique, ils ont constalé que, au point de vue social, l'aduitère de l'homme a des répercussions el des conséquences beaucoup plus graves pour la famille, que celui de la femme,
Dans ce pays de naialité à outrance, un enfant ou même SERA plus dans une famille n'est point pour les iroubler beaucoup. Maïs un homme qui désagrège, au contraire, la famille, d'une part par des dilapidations qui ont toujours des inconvénients économiques, puis par des questions de santé qui peuvent compromettre la solidité de la race 2 Ah 1 cela, non, par exempl ple ! Eï le Code intervient pour obliger les pères de famiile à êlre sages, sans qu'ils le soient pour cela plus qu'ailleurs, car la peur de.la prison n'a jamais réfréné nulle part les ardeurs sensuelles des deux sexes.
Ce sont ces mêmes considérations qui cnt guidé les législateurs hongrois, russes ei suédois, et non point la galanterie envers le beau sexe, comme on l'affirme spirituellement chez nous. »
Deux médecins, les docteurs Jaf et Saldo ont prsciamé, sur l'adulière chez les deux sexes et sur leur gravité comparée, quelques vérités que Je crois bonnes à
rappeler(|) :
« En grande majorité, les hommes sont persuadés qu'ils peuvent garder leur liberté sexuelle dans le mariage sans faire tort à leur femme : beaucoup même, au moment de se marier, sont résolus à en user dès que l'occasion s’en BréenIere el que la fantaisie leur er
4 viendra, 4
Ceux-ci, habitués à un amour plus ou moins pervers, éprouven! uné gêne à dresser leur épouse à ses pratiques, redoutent sa révolte, où considèrent qu'ils doivent la respecter et ne lui demander que l'acte sexuel naturel sans raffinement voluptueux. Mais ils ne peuvent se décider à renoncer à leurs habitudes el ils décrètent qu'il est rationnel de faire l'amour chastement avec sa femme et de contenter ses désirs libidineux au dehors.
La généralité des fiancées ignorent cel état d'esprit de celui qu'elles épousent : elles le croient toujours très épris d'elles et se représentent l'amour masculin toujours très différent de la réalité.
La femme est quelquefois abusée toute sa vie et ne se doute
D Physiologie secrète de l'homme sé de la ee Librairie artistique, Paris.
jamais des frasques de son époux. Souvent elle les découvre et en | esl affectée selon son tempérament el la tendresse qu'elle éprouve pour son conjoini.
Certaines femmes qui aiment peu le coït s'arment de la faute découverte du mari pour se débarrasser des relations sexuelles qui leur déplaisent.
D'autres prennent l'infidélité du mari pour prétexte à motiver. des désordres semblables à leur actif.
D'autres enfin souffrent extrêmement de leur désillusion et s'offorcent par lous les moyens possibles de ramener leur époux au lu conjugal, sans autres distractions. Sid
Il n'est guère d'hommes qui admeltent que la femme puisse jouir de la liberté sexuelle qu'ils considèrent comme un droit naturel pour eux-mêmes. Îls estiment que celui auquel les mœurs de sa femme sont indifférenies est un blasé, un cynique, où un malpropre individu qui espère en trouver profit d'une manière ou d'une autre. Ordinairement leur illogisme sur cette question est absolu.
Les mœurs approuvent cette convention de considérer licite l'infidélité de l'hemme.
Au contraire, l'adulière de la femme est toujours considéré comme une faute grave, dont le mari a le droit de tirer une vengeance éclatante.
Îl n'est pas d'exemple, croyons-nous, du mari qui ne se lira pas indemne — c'est d'ailleurs la volonté du Code pénal français — d'un procès provoqué par ses brutalités ou même l'assassinat de sa femme surprise en flagrant délit d'adulière. C’est dénommé crime passionnel, vengeance légitime d'un mari poussé à bout, et l'on passe l'éponge sur le sang répandu !
Cependant, aujourd'hui, le mari n'a plus l'ombre d'excuse que lui offrait l'absence du divorce. On pouvait, à la rigueur, admettre que l'homme obligé d’abriter éternellement de son nom le désordre de sa femme, se révoltät et se libérât violemment. Au lieu qu'à présent, le crime n'a plus aucune raison d'être, puisqu'il lui suffit de divorcer pour recouvrer sa liberté.
Mais la colère du mari trompé est basée sur ce sentiment encore profondément ancré en lui que l'épouse est sa propriété, alors qu'en se mariant il ne lui cède rien de lui-même,
De nos jours, il garde au fond de lui la mentalité de l'homme de jadis, qui assimilait sa femme au bélail, au champ, à la maison, à loules ses propriélés matérielles.
Tous les hommes ne sont pas d'accord pour déclarer s'il y a adultère ou non, lors de relations voluptueuses entre leur femme cl ure autre femme.
Quend les rapports d’une épouse avec un homme n'ont pas été jusqu'au coït, il ne saurait y avoir adultère proprement dit, mais seulement jouissance coupable. C'est dans ces termes que l'on pourrail qualifier les rapports unisexuels.
Le mari peut oblenir le divorce en invoquant les mœurs lesbiennes de sa femme; il n'est pas question alors d'adultère, mais d'injures graves.
Il est peu d'hommes qui se marient en ayant la ferme intention de demeurer jusqu'à leur mort fidèles à leur femme, cependant, ils ne doulent pas qu'elle-même garde sa foi intacte.
Au contraire, il est rare qu'une jeune fille épouse un homme en complotant de le tromper. à
Or il arrive souvent que la vie conjugale, ses soucis, ses responsabilités et aussi ses joies commodes, assoupissent la sensualité de l'homme qui reste fidèle, parce que l'infidélité ne le tente pas.
Et au contraire, les désillusions du mariage, les blessures que lui a causé son mari, incitent la femme à rechercher des consolalions, une griserie : elle rencontre un homme qui plaît à ses sens éveillés et non contentés par l'époux, et elle se précipite dans l'adultère. È
La morale admise attribue à la faute de l'épouse une gravité bien plus grande qu'à celle de l'époux. Le meilleur argument que l'on aïl pour défendre cetle assertion, repose sur ce que la femme peut apporter un enfant éiranger dans la famille, ce qui, dit-on, ne saurait exister lors de l'infidélité du mari. C'est jouer sur les mols.
Lorsque l'époux a une liaison suivie en dehors du mariage cet qu'il a des enfants adultérins, le tort qu'il cause à l'épouse et aux enfanis légitimes n'est pas niable; de plus, il est coupable vis-à-vis de la progéniture naturelle, car quelques soins qu'il leur consacre, il n'est pas en mesure de leur donner une situation honorable, égale à la sienne et à celle de ses enfants légitimes.
«S'il s'agit de passades, à examiner rigoureusement les choses, la faute du mari et la faute de la femme se valent.
A notre époque où les préservatifs des suites amoureuses sont si profondément entrés dans les mœurs, on ne sauraïl admetire que la femme qui a des amants risque plus la maternité qu'avec son mari : c'est l'inverse qui est la vérité.
En réalité, l'homme n'est si sincère au sujet de la fidélité de sa femme que parce qu'il s'en arroge la possession; cet qu'il considère l'infidélité de l'épouse comme un hommage qu'on lui fait, alors que lui se juge abselument libre de sa personne et n'admet que l'on puisse exiger sa possession complète.
La jalousie est surtout le résultat d'une vanité immense et d'un prodigieux égoïsme.
La jalousie est fondée sur la crainte que l'objet aimé nous préfère un étranger ou simplement ne puise pas loute joie en nous.
C'est un sentiment particulièrement primitif et animal. Chez l'homme, il a pris naissance au femps jadis, lorsque la femme éltaii une esclave autant qu'une compagne el qu'il fallait sans cesse veil-
ler, pour qu'elle ne füt pas ravie par un mâle, plus fort et plus adroit.
+ Les tortures, les perséculions qui, durani des siècles, accabièrent la femme, furent loujours causées par la jalousie et il ne faut pas oublier que, de nos jours, la loi du divorce si incomplète et si bizarre s'inspire de la persistante jalousie du mâle.
Cependant, plus les idées vont enss'élargissant, plus les espriis distingués répudient celle passion qui touche souvent à lamonomanie, et n'est jamais raisonnable, mais toujours impulsive.
La jalousie est l'un des pires fléaux du go - ; elle transforme la vie conjugale :en un enfer.
Elle est du reste, l'accompagnement, pour ainsi dire fatal, de
l'idée du mariage. DU MOMENT QUE LES MŒURS ET LES LOIS Nous OBLIGENT A LA MONOGAMIE, il est NATUREL que naissent le soupçon, la crainte, que l'unique bien auquel :l nous soit permis de prélendre ne nous soit enlevé. »
Il me semble donc que pas mal d'auteurs et de savants re ? 2 : LS b2 4 combattent ce préjugé de l'importance de la fidélité de la femme et conviennent que la jalousie n'est cu manie héritée de nos barbares ancêtres.
C’est peut-être pourquoi, selon Je mot de La RASE foucauld, on a honte d'avouer qu'on a de la ; jalousie, bien
qu'on se fasse honneur d’en avoir eu et d’être capable
d'en avoir, Stendhal a d’ailleurs montré, par une boutade, combien ce sentiment était factice et conventionnel,
& Il faut, dit-il, cacher votre amour au rival, et, sous un prétexte de vanité et le plus éloigné possible de l'amour, lui dire en grand secret, avec touie la politesse possible, et de l'air le plus calme et le plus simple : « Monsieur, je ne sais pourquoi le pablic s'avise de me donner la petite une telle ; on a même la bonté de croire que j'en suis amoureux; si vous la voulez, je vous la cèderais de grand cœur, si malheureusement je ne m'exposais à jouer un rôle ridicule. Dans six mois, prenez-la tant qu'il vous plaira; mais aujourd'hui l'honneur qu'on attache, je ne sais pourquoi, à ces cheses-là, m'oblige de vous dire, à mon grand regret, que si par hasard vous n'avez pas la justice d’atlendre que votre ilour soit venu, il faut que l'un de nous meure ! »
Même ironie dans Balzac, quand il dit :
4 L . C2 ; « Un mari de talent ne suppose jamais ouvertement que sa femme a n amant. Paraîlre instruit de la passion de 5a femme est d'un
sol; mais feindre d'ignorer ! tout est d’un homme d'esprit :ettlny a guère que ce parti à prendre. us 7. qu'en France. tout le monde est spirituel. »
Qu'on ne vienne donc plus nous rebattre les oreilles
avec la vertu des femmes quand, à travers les pays et les âges, nous la voyons si disent appréciée, Forel
rappelle :
« À Babylone, toute femme devait une fois dans la vie se prostituer pour de l'argent à un étranger quelconque, au temple da Vénus. Le sage Solon fonda des maisons de prostitution pour le peuple et les fournissait d'esclaves, & afin de protéger la sainteté du mariage contre les passions de la jeunesse ».
Dans l'Inde, les jeunes filles se donnent aux prêtres, qui sont Les représentants de Dieu et jouissent de grands honneurs. Sous le nom de filles du Temple, les filles des bateaux de fleurs en Chine sont, en réalité, des prostituées. Il en est de même des « puzes » de Java, des filles des maisons de thé japonaises, etc. Dans divers Etats civilisés, certaines prostituées intelligentes et raffinées ont toujour obtenu de grands honneurs et de hautes faveurs, ne se livrant que pour des prix très élevés, et elles finissent par substituer à la
prostitution proprement dite l'exploitation pécuniaire, beaucoup plus:
avantageuse pour elles, des hommes riches ou haut placés qu'elles réussissent à séduire. »
Et nous avons vu que, parmi ces prostituées des maisons de rendez-vous parisiennes, figuraient quantité de femmes mariées du meilleur monde !
En Tasmanie, les us et coutumes permettent aux femmes de se vendre aux étrangers de passage dans le Pays ; mais toute infidélité non autorisée est punie, surtout si elle ne rapporte aucun profit. C’est la manière de concevoir la propriété de leur femme des apaches des bals de barrière, et aussi de quelques maquereaux mondains, véri-
tables souteneurs de salons, qui veulent bien prêter leur
femme, mais pas à titre gratuit.
À ce propos, 1] nous faut parler ici d’un usage curieux et philosophique qui, à Sparte et à Rome, malgré la répression sévère qui frappait l’adultère, permettait au mari ayant à son gré assez d'enfants, de prêter pour un temps sa femme à un ami sans postérité et qui désirait avoir une descendance. C’est que les Anciens, logiciens
avant tout, voyaient avec raison la faute moins dans le fait matériel de la cohabitation avec un tiers que dans la violation du serment de fidélité. Or là, le mari était consentant. C'était en effet à Lacédémone chose assez fréquente de voir un ami solliciter son ami de lui prêter sa femme pour quelque temps et souvent c'était le mari qui était le premier à faire la proposition. Voici ce que dit Plutarque à ce sujet. (Traduction Amiot) : « Pourtant n'y avait-il pas matière à reproche dans le fait d'un homme qui se trouvait sur l'âge et avait jeune femme, s’il voyait quelque beau jeune homme qui lui plaisait et semblait de bonne nature, de le mener coucher avec sa femme pour emplir celle-ci de bonne semence, puis reconnaître l'enfant qui en naissait, comme s'il l’eût lui-même engendré. D'autre part, il était loisible à un honnête homme qui aimait la femme d'autrui pour la voir sage, pudique et avant de beaux enfants, de prier le mari de le laisser coucher avec sa femme pour y semer, comme en terre grasse et fertile, de beaux et bons enfants qui, par ce moven, avaient relation avec des gens de bien et d’honneur. »
C’étaient d’ailleurs les mêmes Lacédémoniens, qui, toujours logiques, occupés depuis dix ans au siège d’Ira en Messinie, et voyant leurs femmes déplorer légitimement la longueur de leur absence, choisirent, pour les remplacer auprès d'elles, les plus vigoureux et les plus jeunes de leurs guerriers. « Ces jeunes soldats furent très bien reçus des Lacédémoniennes qui ne firent point les faconnières avec eux, ils remplirent parfaitement les vues de ceux qui les avaient envoyés. » Ceux-là n'étaient point de stupides jaloux !
Stendhal cite un autre exemple non moins es :
« Je lis, dit-1l, dans le voyage des Capitaines Lenis et Clarke, fait aux sources du Missouri en 1806, p. 215
« Les Ricaras sont pauvres, mais bons et généreux : nous vécümes assez longtemps dans trois de leurs villages. Leurs femmes sont plus belles que celles de toutes les autres peutlades que nous avons rencontrées : elles:
sont aussi très disposées à ne pas faire languir leurs amants. Nous trouvâmes un nouvel exemple de cetle vérité, qu'il suffit de courir le monde pour voir que tout est variable. Parmi les Ricaras, c’est un grand sujet d’offense, si, sans le consentement de son mari ou de son frère, une femme accorde ses faveurs. Mais, du reste, les frères et les maris sont très contents d’avoir l’occasion de faire cette pelite politesse à leurs amis.
« Nous avions un nègre parmi nos gens : il fit beaucoup de sensation chez un peuple qui, pour la première fois, voyait un homme de cette couleur. Il fut bientôt le favori du beau sexe, et, au lieu d’en être jaloux, nous vovions les maris enchantés de le voir arriver chez eux. Ce qu'il v a de plaisant, c’est que dans l’intérieur de huttes aussi exiguës lout se voit. »
Quelques années plus tard — c'était en 1823 — le docteur J.-J. Virey écrivait dans son livre : De la femme, sous ses rapports physiologique, moral et littéraire, cette confirmation de la relation de Stendhal :
« Îl nest pas généralement vrai que les peuples, même polygames, soient tous jaloux de leurs femmes, comme on l'a prétendu, et il est injuste d'exiger des femmts la fidélité, lorsqu'on ne la garde pas pour elles ; il est vrai que la faute n’a pas des suites égales.
Cependant, l’on voit, en lialie, les sigisbées, et en Hspagne, les cortejos, remplacer quelquefois le mari sans qu'il ait droit de s’en plaindre. »
On voit, par tant d'exemples, combien Melchior de Vogué avait tort d'écrire que la guerre serait éternellement inévitable, tant qu'il y aurait, entre deux hommes, une femme et un morceau de pain.
Le jour approche où les deux hommes comprendront qu'ils ont tout intérêt à se partager le morceau de pain et la femme, qui trouvera, elle aussi, son compte.
« À mesure que la liberté morale et physique de la femme sur les ruines du mensonge et de la propriété s'affirmera publiquement, l'idée de fidélité, écrit Camille
Miauclair, deviendra aussi vaine que celles de possession, de irahison et de jalousie. »
« El voilà pourquoi, conclut M. le professeur Turgeon, le divorce semble déjà aux esprits Q avancés » une concession insuffisanie, une demi-mesure, un ( procédé orléaniste », comme disait le terrible Raoul Rigaud; voilà pourquoi encore les mêmes gens voient dans l'adultère une simple offense privée sans conséquence publique, un coup de canif insignifiant à la loi du contrat, une peccadille, — tandis que les anarchistes de letires, poussant la logique jusqu'au bout, le représentent comme un acte de courage, un acte de vertu, une libération sublime qui élève l'homme et la femme au-dessus des lois, au-dessus des conventions et des préjugés, et prépare la revanche de la Nature contre la Société. Où nous mène cette tolérance relâchée des uns, cette immoralité audacieuse des autres 2 Îl est facile de le devter. Elles ouvrent directement la voie aux libertaires des deux sexes qui ont pour devise : @« La femme libre dans l'union libre. »
J'en demande humblement pardon à M. le professeur Turgeon, mais ces théories sensées peuvent aboutir à une autre conclusion logique qu'il n’a pas prévue, mais qui est celle de ce hvre : « La femme libre dans le mariage libre, bien différent de l'union libre. »
Aussi bien, puisque nous venons de prononcer le mot de éivorce, examinons-en, un instant, les conséquences logiques.
Îl n'est à vrai dire, écrit Bellegarigue, que le concubinage légaklisé; il admet la multiplicité des amants, pourou qu'ils prennent le nom orthodoxe d'époux; mais c'est précisément pour cela qu'il est conforme à la vertu, aire se compose de tous les vices aulorisés. |
Le divorce. permet de changer de mari absolument comme le concubinage permet de Charger d'amant; seulement, un amant n'est aulcrisé qu'à la condition de devenir un mari, ce qui revient à dire gue le concubinage :n'est moral: :qu'à la condition de devenir le divorce, »
Dans: l'Amour en République, le sarcastique Emile Bergerat présentait la même observation de bon sens :
« La logique des peuples diese sera toujours le désespoir de la philosophie : elle he table que'sur les mots. L'homme qui reculera à d'idée d'épouser une fille déf lorée, épousera sans broncher une veuve. + Notez que le commerce qu'une-veuve a, pu avoir
avec son premier mari implique une idée de possesston beaucoup plus longue que celle du déflorement d'une vierge. |
Du côté de la vierge, l'amour n'a bien pu être qu'une surprise, la satisfaction d'une nervosité, l'abandon passager d’une volonté mal guidée, mal instruite, inhabile à la résistance. Elle s'est plutôt prêtée que donnée. La veuve, au contraire, s'est donnée à bouche que veux-tu. [l y a eu pour elle mari et mariage. Si j'osais risquer un pareil aphorisme, je dirais: qu'avec la. veiwe vous arriverez second, tandis que, avec la déflorée, vous arrivez un bis ! »
Or, du Jour où l’on a admis, même pour la femme, la polygamie légale successive, il n’y a qu'un pas — il sera désormais vite franchi ! —— pour lui accorder cétte polygamie légale concomitante, que Georges-Anquetil vient de réclamer pour l’homme avec tant de succès:
Séverine écrivait, il y a quelques années dé dans
le Gil Blas :
« Est-ce qu'il est plus immoral de changer de femme que de maîtresses, de mari que d'amants, de « changer », enfin, que de € tromper >»?
L'honneur est absolument, le même au masculin qu'au féminin. | Et puis c'est une telle erreur de placer l'honneur uniquement dans le sexe, au point de vue de l'amour ! Je suis pour la liberté absolue des deux sexes, vis-à-vis du mariage. »
C’est ce que réclame ce livre. C’est pour la réclamer qu'il a été écrit, parce que personne n'avait eu le courage de le faire.
Et ce qu'il veut aussi, c'est qu'on cesse de considérer comme déshonoré le mari dont la femme a écouté parler son Instinct sexuel.
Vous savez avec quelle férocité Michelet se prononce contre l’adultère de la femme. Georges-Anquetil l’a habilement rappelé dans sa Maîtresse Légitime. Mais ce qu'il a oublié de vous rappeler, ce sont ces passages de Michelet, qui absolvent la femme dite coupable :
& La première faute de la femme est presque toujours un hasard, une faiblesse teute négative, moins un acte qu'une IMPUIS- SANCE d'agir et de résister. » |
Alors ?
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« Les femmes sanguines s'éblouissent, et, à certaines époques, oni un véritable vertige. Les lymphatiques ont une extrême mollesse de volonté, elles sont habituées à céder ; elles savent qu'elles y sont gracieuses, ce qui fait qu'elles cèdent toujours. Il leur coûte trop de refuser. ÿ
Alors ?
Michelet cite un exemple de « chute ». Voyons-le :
« Une dame attend son mari de voyage, dans une grande émotion, une vive impatience physique. Le souper est prêt pour le recevoir, mais il n'a pu revenir; il envoie un ami zélé l'avertir et la rassurer. Malgré un temps effroyable, l'ami arrive mouillé, trempé. Elle en est touchée, le sèche et le fait souper, coucher. Pour lui, elle sert un vin chaleureux dont son mari buvait\seul, et dont elle ignorait la dangereuse puissance. Bref, ious deux perdent l'esprit. L'ami désolé, au plus tôt, alla retrouver le mari, avoua, dit qu'il se soumetlait à tout. Que faire 2 « Le vrai coupable », dit le mari, Q c'est le vin. Et moi aussi, je suis coupable, il est des heures où une femme ne doit pas attendre ! »
L'orage (et l'orage du sang), les amusements du soir, les petits jeux de campagne avec des amis et des parents, des enfants que l'on croit enfants, sont des occasions trop fréquentes. La jeune folle, en riant trop, provoque un moment d'audace. Qui y songeait ? Qui a voulu ? Personne. Elle revient en pleurant… »
Mais ce sera à cette femme-là que vous octroierez deux ans de prison, parce qu’elle a commis un délit ? La malheureuse !
Et ce sera cet homme-là qui sera déshonoré, parce que sa femme a « fauté ». Imbécillité de nos mœurs !
Conclusion : préférons la mentalité de Georges Dandm à celle d'Othello. Santeuil répondait à un mari qui se plaignait d'une infidèle : « C’est un mal d'imagination : peu en meurent et beaucoup en vivent ! » N’en vivez pas, Messieurs, parce que ce n’est pas beau, mais moquez-vous en complètement, comme vous nous demandez, à nous, femmes, de n’attacher aucune importance à vos fredaines. Les nôtres n'en ont pas davantage. Relisez Chamfort :
« L'adultère est une faillite à cette différence près, que c'est celui à qui l'on fait faillite qui est déshonoré, Nos mœurs sont telles que le failli et ses complices rencontrent partout d'aimables lurons prêls à lrowver piquanles leurs infamies et à les protéger au besoin.
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Le cocuage est le corollaire du mariage. Il fait partie du pacte ‘ conjugal, il s'assied à la table, il veille au foyer: c'est le dieu lare qu'apporte parmi ses hardes, toute épousée. Toute la littérature érotique et badine le chante, les sages en prennent leursparti, il est le patron d'une confrérie qui embrasse lous ceux sur qui a été prononcé le conjungo, la doublure de l'hyménée, son bon génie, sa fortune. Si le mari peut se vanter de quelque avantage, ce sera {out au plus d'une vaine et douteuse priorité. »
Oui, les sages doivent en prendre leur parti : Ce sera la conclusion de cette étude, et, pour la terminer agréablement, je vais vous donner à savourer une élégie qui n’est pas d'hier : elle date de 1613 ! — et que Mathurin Régnier, dont les collégiens ont à étudier d’autres poèmes, consacrait à la philosophie idéale des cocus :
Tous maris sont d'un cas soucieux;
Qui me rend sûr d'aller jusques aux cieux.
Le grand hasard d'être cocu les fasche
Si je le suis et que point ne le sçache
Innocent suis ! Or tous les innocents Seront sauvés, y en eût-il cinq cents.
Si, malgré moi, je puis voir et sentir
Que l’on me fait cocu, je suis mariyr:
Les bons martyrs, si l'on en croit l'Ecriture, Îront en gloire et moi donc par droiture.
Regarde donc si je ne suis pas sage
D'avoir au ciel assigné mon partage:
Que fusses-lu, pour le bien, qu'il me semble Bien marié et cocu tout ensemble !