‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 118 sur 149 · TAINE · texte numérisé non relu

TAINE

Un écrivain contemporain, M. Henri d’Alméras, m'a paru comprendre la physiologie de la femme quand il a écrit (op. cit.)

« Comment se fait-il que la plupart des hommes croient à la légende de la femme sans tempérament 2? C'est que les femmes n'en ont jamais eu avec eux, c'est qu'ils appartiennent à la-catégorie des hommes avec qui les femmes n'en ont jamais. Îls en concluent | ingénument que. puisqu'elles n'en ont pas avec eux, elles ne peuvent en avoir avec personnè. Théorie absurde mais rassurant:, qui permet à beaucoup de maris de ne pas se douter que leurs femmes, qui sont des glaçons avec eux, sont des lisons avec leurs amants. » Sainte-Beuve a chanté cetle inconslance :

L'une, ardente, vous ‘prend dans sa soif el vous jelle Comme un fruit qu'on méprise après l'avoir séché 1

$ Hé Mariées, elles Lombént un mari qu'elles n'aiment pas; maî- . tresses, elles trompent un amant qu'elles aiment...

«su Le mot. est un peu brutal, mais on ne saurait nier qu'il s'applique assez bien à celle duchesse de Mazarin dont parle Mirabeau dans ses « Lettres à Sophie »,et qui était également remarquable par sa beauté et par son esprit : « Le premier visage d'hom- © me lui tournait la tête et elle a eu à peu près autant d’amants qu'elle a vu d'individus de notre sexe, »

« Le plaisir que l'amour, réduit au simple rapprochement des

sexes, est susceptible de donner à la femme surpasse, et de beaucoup, celui qu'il est susceptible de donner à l'homme. La femme le sait ou elle le devine. Son instinct le lui fait pressentir en atlendant que son expérience le lui révèle. Elle sera en conséquence, si elle ne connaît pas encore ce plaisir, plus portée que l'homme (par curiosilé perverse, par embrasement d'imagination) à le rechercher, el, si elle le ‘connaït, elle sera plus désireuse que l'homme d'en renouveler les sensations. Là où il y a une supériorité de plaisir, il doit se produire nécessairement une supériorité de désir. " … € Je suppose qu'il est nécessaire d'être passablement fie de la nature, et d'avoir une forte dose d'ignorance augmentée d'une forte dose de stupidité, pour ne pas comprendre, pour ne pas savoir, pour ne pas avoir conslalé que les femmes sont sujeltes, autant que les hommes, à des besoins PHYSIOLOGIQUES, sans lesquels le monde finirait, et que, s'il leur arrive quelquefois de tromper un mari présent, il pourrait leur arriver aussi, tout aussi bien et même mieux, de tromper un mari absent et dont l'absence se pro longe: Prenez-vous ceci pour un paradoxe?

«Ces maris jaloux, hargneux, brutfaux, alcooliques, joueurs, dépensiers, ces maris odieux, répugnants ou embêtants, leurs femmes les virent partir à la guerre, lors de la mobilisation, sans aucun regret et quelques-unes avec l'espoir qu'ils ne reviendraient pas. Ceux-là pouvaient-ils compler sur une fidélité qu'ils avaient rendue trop pénible et trop difficile 2 Et si, présents, leurs femmes les trompaient, comment pouvaient-ils espérer que, absents, elles ne les tromperaient pas ?

Les médecins et les prêtres d'une grande ville de br HE très en mesure d'être bien renseignés, de par leurs fonctions, remarquèrent, m'a-l-on assuré, que la — comment exprimer ceci ? — que la capacité de résistance des femmes mariées de cette ville céda, en quelque sorte, au même moment, et ne dépassa pas un cerlain nom-

bre de mois. »

Là, comme on le voit, nous n’en sommes plus à des cas d'espèce. Nous sommes en pleine généralité. Georges- Anquetil cite, indépendamment des cas connus des Mes-

saline, des Cléopâtre, des Poppée, des Catherine : de Russie, des Jeanne de Naples, des Lucrèce Borgia — pourquoi pas des Antinéa ? — les faits suivants :

« Sous le règne de Théodore, une femme enterra vingt-deux maris morts des excès vénériens qu'’exigeait d'eux celte insatiable,

Un colonel rapporte qu'une fille de joie, enlevée par ses soldats el portée au corps de garde, mit sur les dents les trente hommes qui composaient le poste, sans paraître nullement fatiguée. ,

Bertrant Rival cite une demoiselle de Maëstrich, belle et'sage, qui, à l'époque de la grande révolution, fut violée par vingt hussards. Elle en fut quitte avec quelques écorchures sans conséquence.

Un médecin spécialiste en gynécologie affirme connaître un cerlain ‘nombre de femmes mariées qui, pendant plus de vingl ans, faisaient régulièrement, soit la nuit, soit le jour, six ou ape offrandes à l'amour. »

Sont-ce là des cas si exceptionnels ? Je ne le pense pas.

En tout cas, je crois avoir démontré que, dans les cas les plus normaux, si presque toutes les femmes étaient amenées à tromper leur mari, c'était que quatre sur cinq de ces femmes avaient été privées par sa bêtise de leur droit au spasme, et qu'elles en ignoraient la délicieuse sensation. se * Aussi n'ai-je pu m'empêcher de bondir en voyant la campagne entreprise pour la polygynie, quand un homme ne suffit déjà pas à contenter une seule femme. Ce serait alors qu’on verrait tous les hommes cocus, car quelle femme pourrait être satisfaite par un quart ou un cinquième de mari, lorsque le mari tout entier lui est à peine suffisant ? Le docteur J.-J. Virey, de l’Académie de Médecine,’ a excellemment dit — il y a exactement un siècle (son livre : De la femme sous ses rapports physiologique, moral ei littéraire parut en 1823)

« Par rapport à l'état social, une épouse est plus vertueuse là où l'égalité numérique des sexes établit la monogamic; elle est plus dépravée, au contraire, où la polygamie est en usage par la surabondance des femmes. La raïson en paraît évidente; car, en supposant aux deux sexes des besoins égaux, il faut que le plus nombreux recherche l'autre, et, si c'est la femme, elle cédera aisé- ‘ ment, »

Un conte où l’on voit bien' que le besoin physiologique |

des sens de la femme commande toute sa vie est celui

que Restif de la Bretonne a intitulé : La belle commis

saire ou l'amour physique, et dont voici le savoureux

‘début :

«. La nouvelle mariée était la femme la plus provocante qu'il soit possible de voir : c'était plutôt des désirs que de la tendresse qu'elle inspirait. Son mari élait un homme bien constitué; il connaissait la complexion de sa femme et il s'appliquait à la satisfaire. Naturellement, ce n'était pas de l'amour platonique qu'il avait pour elle; c'était du fisiq qui fut encore excité par la manière emportée dont Chioné y répondait. Les commencements de ce mariage furent très heureux : idolâtres l'un de l'autre, les deux époux ne pouvaient se quitter : le tour, la mise voluptueuse, les grâces de Chioné habillée fesaient que le mari ne se contentait pas des nuits, il se donnait la satisfaction de contenter le jour, tous les sens à la fois. et la vivacité de sa passion embellissait Chioné, en contribuant sa santé : mais son emporlement nuisait à ce qui aurait pu conserver le goût, en donnant quelque relâche aux plaisirs; elle ne devint pas mère.

: Au bout de l'année la passion de‘l'époux se ralentit peu à peu,

et le moral de l'amour ne remplaçant pas le fisiq, celui-ci diminua

tout naturellement, par l'épuisement des moyens. Chioné-Julie négligée, était prête d'avoir une rechute, mais son amour avait suivi la marche de celui de son cher mari; elle ne regardait plus tous les hommes avec indifférence, avec dégoût; au contraire.

Elle était dans ces dispositions qui ne tendaient pas à la cruauté; elle languissait un peu et n'en élait que plus intéressante quand son médecin Wint la voir. — Qu'est-ce donc, belle dame ! de la paleur! des baillements ! Est-ce qu Aumaire ? Ah ! parbleu ! il faut que je lui parle ! Est-il là ? -— Oui, dans son cabinet. Le docteur se leva pour y aller. Chioné-Julie fut curieuse de savoir ce que le docteur pourrait dire à son mari. Elle le suivit à petits pas, et lorsqu'il fut entré, elle se tint sans souffler, à la porte dû cabinet.

— Bonjour, l'ami, ta santé. ? — Assez bonne, depuis que je me

donne un peu de relâche. J'étais trop amoureux de ma femme, je me tuais. — Cela aurait pu arriver, mais elle s'en porte plus mal. Il faut que cette dame-là ait un terrible tempérament. Il faut

tâcher de la rendre mère : cela te reposera et diminuera pour elle !

les effets de la continence. — Le moyen ! elle est trop vive. — Ma foi, en ce cas, je crains une rechûte, c'est une femme qui ne veut pas être négligée. — D'honneur, ces femmes-là sont fati-

L e +. + [2 » LE] L2 D :

guantes !.… J'aimerais mieux à présent une parisienne ordinaire,

froide el coquette. Est-ce que ses vapeurs la voudraient reprendre 2 — Oui, je viens d'en voir quelques symptômes. — Tant

\ , ee 46i ny pis JA je vais de faire un aveu : Je suis devenu amoureux d'une petite personne de mon voisinage; elle a cédé : c'est une enfant délicieuse... — Messire Aumaire ! Gare les représailles ! je vous en avertis ! Votre femme, pour êlre fidèle, doit être exactement servie | vous ne suffisez pas tout entier, et vous vous partagez! — Que veux-tu 2 on se lasse de tout — Mais votre femme est char-

mante ! — Sans doute, mais la petite est si jolie ! — Ta maladie,

mon ami, rend celle de ta femme plus dangereuse encore : et si elle venail à savoir. ma foi, celle découverte serait mortelle pour ton honneur ! — Je comple sur ta discrétion 1 — K y suis obligé comme médecin, et je m'en fais un devoir comme ami.

Un mouvement du côté de la porte que fit le médecin his Chioné-Julie à se retirer : elle revint dans son appartement où elle se mit à réfléchir, L'infidélité de son mari, son insensibilité à ses besoins la mirent en fureur. Elle résolut de l'en punir en femme injustement outragée..." » “

SI j'ai aussi longuement insisté, tout au long de mon

livre sur l'influence du physique chez la femme, sur son besoin de jouissance sexuelle, c’est que, d’abord, ‘une coupable hypocrisie la méconnaît ou la passe sous silence,

et que, d’autre part, 1l faut que cette attraction sensuelle

soit formidable pour que, malgré les douleurs de l’accouchement, une femme qui a enfanté consente à en courir de nouveau le risque :

« De la souffrance maternelle

Cornbien je crains l'instant fatal,

Disait Cydalise à Dorval.

— En ce cas, restez demoiselle !

— Ah 1 fil fi ! monsieur ! lui dit-elle

Le remède serait pire encor que le mal ! »

Car toutes les femmes —= il s’en faut de beaucoup |

— ne partagent pas l'avis de cette Anglaise dont parle

ainsi une relation d'un médecin des Indes, correspondant

d’'Havelock Ellis :

« L'autre jour, une de mes clientes anglaises m'expliqua ainsi pourquoi elle avait enseigné à la fille, âgée de 17 ans, d'un colonel en retraite, à se masturber ! Pauvre fille ! elle rêvait d'hommes, et, craignant qu'elle ne'se laissât séduire et ne devint enceinte, je lui appris à reporter ses ardeurs sur elle-même, c'est plus sûr,

el après lout presque aussi gentil (nice) qu'avec un homme. »

Cette transition me permet de donner un nouvel argu-

2 462 2 ou

ment physiologique en faveur de l’amant légitime, et je le présente sous la forme forte du syllogme suivant :

a) On sait quels ravages fait la masturbation dans la santé de la femme ;

b) Or Havelock Ellis écrit: « Toutes les femmes célibataires s’adonnent à la masturbation » ;

c} Donc les femmes mariées, qui sont physiologiquement des célibataires quand leur mari ne sait pas les satisfaire, ont droit à un amant légitime, qui les empéchera de se ruiner la santé en se masturbant. Ce qu'il fallait démontrer.

Mais voici une objection à la polyandrie, et que Je dois réfuter ici parce qu'elle est d’ordre physiologique : Voici deux hommes mariés à la même femme. Elle est enceinte. Pendant un an, ils devront l'oublier, sexuellement parlant ? 1

— Quel préjugé ! Quelle grossière erreur. J'ai déjà donné, à ce propos, au cours d’une citation, l'opinion du docteur Michel Bourgas ; voici celles des professeurs Forel et Binet-Sanglé. Forel écrit :

« La question des relations sexuelles pendant la grossesse est plus délicate, à cause de la longue durée de celte dernière. Ici, il faut bien des ménagements, mais une abstinence totale des rapports sexuels est, à mon avis, superflue, pour peu que le cours de la grossesse soit normal. »

Et le docteur Binet-Sanglé se prononce carrément (op. cit.) : : \

« ee femme. enceinte pourra continuer à pratiquer le coit jusqu'aux derniers lemps de la grossesse, mais dans le décubitus latéral, ventre à dos, avec douceur, et jamais à l’époque présumée des règles. » ir

Et puis la femme ouvertement polyandre, qui pratique une polygamie de nécessité, mais aussi de réciprocité admet, plus que jamais, quand elle est enceinte, que son mari cherche ailleurs ses plaisir sensuels !

Reste la grave question de l'enfant, que j'ai déjà effleurée à deux ou trois reprises. C'est ici, où je me

\ FONASNAE RU — 463 —

Li au point de vue physiologique, que Je dois la vider. Aussi bien elle ne m’embarrasse nullement, d’abord parce que l'enfant ne porte, dans mon système, que le nom de sa mère. Mais allons au fond du problème et précisons :

Voici une femme qui a deux maris : :

L'un, l’homme qu’elle aime profondément, l'homme sérieux, le savant, le chercheur, l'homme de. talent, l'homme d'affaires, qui n’a malheureusement pas le temps de donner à sa femme la ration de plaisir physique à laquelle elle a droit et à qui l'effort qu'il fournit d’ailleurs dans la vie ne le permettrait pas sans inconvénients graves pour sa santé, s’il ne veut pas brûler la chandelle par les deux bouts ;

__ L'autre, jeune, gai, plaisant, peu occupé, ayant le loisir d’être spirituel, aimable et empressé, et que la femme n'aime que superficiellement, à qui elle ne . demande que la satisfaction de ses sens.

De toute évidence, ce n’est que du premier qu'elle voudra un enfant, mais comment alors fera-t-elle avec le second ?

Laissez-moi vous mettre sous les yeux ces quelques lignes de Léon Blum (op. cit.) :

« Sans doute on a des enfants quand on en veul, mais en a-l-

on quand on préfère n'en pas avoir, où aHaa il serail dangereux qu'on en eût ? A Il est probable que, comme moi, et comme tout le monde, vous compiez dans vos relations plus ou moins proches quelques mariage? iréguliers. L'accident de l'enfant n'en est-il pas banni avec une sorte de certitude ? Ne hausse-t-on pas les épaules quand..une : mariée! accouche après neuf mois, el ne rit-on pas du mari ignorant ou. maladroit qui ne sul pas ménager à sa jeune femme quelques années d’agréable stérilité ? Entend-on par là qu'il devait reculer: l'intlialion de l'épouse jusqu'au jour où il eût résolu de la rendre: mère ? Je ne le crois pas, el vous ne le croyez pas non plus. »

N'attendez pas de moi que je m’expose à un séjour à Saint-Lazare en vous décrivant des méthodes que vous connaissez d'ailleurs tout aussi bien que moi, où que je risque les foudres de la correctionnelle en vous préconi-

sant l'emploi d'appareils pour lesquels la logique de nos dirigeants laisse faire impunément une assez belle

publicité. Mais il me sera permis de vous dire que le

professeur Forel ne les condamne nullement et que dans son beau livre La vie sexuelle, le docteur Anton Nystrom

écrit ceci :

@ Il m'est impossible de comprendre qu'il y ait des médecins qui puissent prétendre que les moyens préventifs © sont soudent nutisibles à la santé, parce qu'ils causent des perturbations dans des fonctions naturelles, qu'ils sont grossiers et mal faïls et sont assez souvent la cause des maladies des organes génitaux chez la femme » (Ribbing){ On aurait le droit de demander des explications plus détaillées sur cel important objet, de la part de ceux qui préviennent contre l'emploi des moyens préventifs, on pourrait en tout premier lieu exiger d'eux qu'ils donnênt la preuve de: leurs prétendus dangers quand ils ont été employés d'une manière correcte, en s'appuyant sur leurs propres observations. Mais nul, dans ces. ! conditions, ne pourrait le faire. »

Dès lors, quelle objection d'ordre physiologique subsiste contre la liberté sexuelle de la femme mariée > Si la physiologie excuse son adultère, c’est que celui-ci est fatal, de par son tempérament : c’est qu'un seul mari ne lui suffit pas : ça ne vaut pas deux ans dE prison, d’obéir : à son instinct |

Michelet lui-même, que je cite db plus volontiers que Georges-Anquetil l'a imprudemment appelé à son secours pour marquer au fer la femme adultère, a compris, nous l'avons vu, qu'elle obéissait, en réalité, à une. irrésistible impulsion. En voici encore une page — la: dernière — où il exprime, dans un noble langage, les sentiments d'équité qui doivent animer toujours l'esprit du juste :

@ La loi se Redifiert : Je n'en fais nul doute. Mais la première - modification doit: avoir: lieu dans la jurisprudence et la pratique légale. Nos magistrats sentiront, comme je l'ai dit, que pour juger et punir ce qu'il y a de libre dans Les actes de la femme, il faut lenirCéompie de la ‘part’ de fatalité’ qu'y mêle la maladie. L'assislance, permanente. d'un jury ‘médical est indispensable aux ‘ribunaux. l'ai établi ailleurs que la “Peine, «de mort était absolument

inapplicable aux femmes, Mais il n'y .a presque aucun article du. Code qu'on puisse leur appliañer sans modifications.

maladies ou l'excitation sexuelle;

rs — 465 — \ A ces pensées d'humanité se ratlache très bien cé que j'ai dit de l'union des deux branches de la science, SCIENCE JUSTICE, SCIENCE DE\LA NATURE. Ce qui lèur manque le plus, c'est de sentir leurs rapports. Par bien des points, elles sont une. Il faut que la justice devienne une médecine, s'éclairant des sciences physiologiques, dppréciant la part de la fatalité qui se mêle aux actes libres. IT, faut que la médecine devienne une justice et une morale. C'est-àdire que les médecins, juges intelligents de la vie intime, entrent dans l'examen des causes morales qui amènent le mal physique et osent aller à la source, la réforme des habitudes d'où procèdent les maladies. Nulle maladie qui ne dérive de la vie entière 1 »

Aussi bien, écoutant le sage conseil de Michelet, c'est

à un médecin que je vais demander la conclusion de la “première partie de cette étude au point de vue purement

physiologique. Voici les observations purement médicales rapportées par le docteur Anton Nystrom (1) sur les cas où l’égoïisme du’mari ne se préoccupe pas de con: duire sa femme jusqu’à la jouissance de l'orgasme. On

va voir que, pour éviter les désastreuses conséquences

aui en résultent pour la santé de la femme (2) celle-ci a parfaitement le droit et lé devoir même de prendre un amant plus expert (et n'oublions pas que nous avons vu qu'il y avait, dans ce cas, les quatre cinquièmes des femmes mariées). |

v« Le coït incomplet, qu'il provienne de ce que l’homme se retire au moment de l’éjaculation (coifus interruplus) pour éviter la grossesse à la compagne ou que l'acte sexuel chez lui cesse avant que la femme ait atteint le moment de l'orgasme, entraîne souvent des

Une dame d'âge moyen, vive et active, m'a raconté que son mari ne s'inquiète jamais de savoir si elle a été satisfaite au cours du coit et trouve qu'il y a: quelque chose de dégradant pour la

(1) La vie sexuelle et ses lois. Vigot frères, éditeurs, Paris. ; ù (2) Il n’y a nulle contradiction entre cé que dit le

-docteur Nystrom de certains moyens préventifs qui sont

effectivement sans danger, quand ils sont hygiéniquement employés, et ce qu’il écrit des graves inconvénients du coït interrompu que pratiquent TANT DE Manis, et dont le docteur Surbled dénonce les graves méfaits dans son livre « Le vice conjugal », que devrait lire toute femme

mariée,

LL'AGBPES

femme à avoir des désirs vénériens. Dès qu'il se rapproche de sa femme et que l’éjaculation s'est faite de son côté, ce qui a lieu très rapidement, celle-ci éprouve seulement une excitation sexuelle et n'arrive jamais jusqu'à l'orgasme. Aussi lui est-il arrivé, à différentes reprises, d'éprouver une excitation persistante qu'elle a dû faire cesser en se satisfaisant elle-même. Elle l'a toujours regretté après et n'a jamais éprouvé la tentation de!l'onanisme en d'autres occasions.

Une autre femme, trente-trois ans, m'a confié que, depuis cinq ans, alors qu'elle avait eu son dernier enfant, elle n'eut jamais l'orgasme, comme auparavant, son mari pratiquant le coït interrompu. À partir de cette époque, elle devint sombre et triste, souffrit de maux de tête et de palpitations de cœur; les menstrues sont devenues douloureuses, et peu à peu des douleurs dans le dos, un sentiment -d’oppression sur le bas-ventre et de fréquents vomissements se sont manifestés, Sa santé est devenue précaire, elle a perdu l'appétit, ne dort que peu, n’a de disposition pour rien et pleure facilement. Les émportements du mari, qui proviennent probablement de la même cause, lui causent souvent de l'abattement, Le traitement à l'hypnotisme améliora quelque peu cet état de choses, diminua les maux de tête et lui rendit un peu de courage; les douleurs dorsales et du bas-ventre continuant, je conseillai aux époux de faire usage de moyens préventifs afin qu'ils puissent pratiquer le coït comme ils le faisaient d’abord. Ils suivirent mes conseils et bientôt, leur santé redevint tout à fait bonne.

Autre exemple : Au cours d'un mariage qui dura onze ans, quatre enfants naquirent, le dernier il y a deux ans. Les époux empêchèrent une nouvelle grossesse en pratiquant le coït interrompu, après quoi, la femme, qui est âgée de trente-cinq ans, n'éprouvait plus l'orgasme, qu'elle redoutait d’ailleurs, car c'est dans ce cas qu'elle devenait enceinte. Ces derniers temps, elle est devenue nerveuse, timide, agitée et inquiète; elle a le vertige, mal à la tête et des douleurs sourdes däns le cou. Pendant la journée de violentes excitations sexuelles se manifestent, la nuit ce sont des pollutions complètes et des rêves érotiques pendant le sommeil.

Un médecin lui ordonna du bromure de potassium, ce qui fit cesser les pollutions, mais non pas l'excitation sexuelle. Les circonstances que je viens de signaler au sujet des rapports sexuels + entre Îles époux ne furent cepend t pas rapportées au médecin en question, mais plus tard è à moi- mel me. Je recommandai l'emploi de moyens préventifs et j'ai tout lieu de croire que cette méthode eut les effets désirés.

L'orgasme qui n'a pas été satisfait, lorsqu'il y a eu besoin sexuel, a souvent, et pour d'innombrables femmes, les suites les plus dangereuses, ce qui s'explique très facilement au point de vue physiologique. Un désir a été provoqué qui n’a pas été satisfait: l'appareil sexuel tout entier a été excité, les ovaires, l'utérus, le vagin, etc.,

À | … 467 — | ont été gorgés de sang, mais l'excitation ne se termine pas par la “crise naturelle. Ceci se répétant de temps à l’autre, l'utérus finit par augmenter de volume, s'enflammer comme les ovaires, d'où les douleurs, puis le catarrhe de l'utérus ét du vagin, il se produit des ulcères à l'orifice de l'utérus, des hémorragies, etc. ; de plus grandes complications de diverses sortes peuvent encore se produire et une mort prématurée amenée par le cancer, a quelquefois été le résultat des relations sexuelles incomplètes.

Une autre conséquence du coït mal satisfait c'est les nombreuses -et diverses maladies nerveuses, qui sont le résultat de l'excitation provoquée ‘dans les ‘organes sexuels : .l'hystérie, l'épilepsie, la mélancolie, les douleurs nerveuses, l'inquiétuve, les idées et les

- sentiments bizarres, etc. ;

Il arrive souvent qu'un état morbide des intestins se produit par l'entremise des nerfs sensitifs d'autres parties du corps, qui peuvent même être très éloignésydu siège de la maladie, communication qui se fait par sympathie ou par synesthésie. C'est ainsi que les troubles dans les parties génitales se manifestent par une névralgie dans les régions de la poitrine ou de la face, par le mal de dents, ou bien aussi par les maux d'estomac ou des intestins, etc. :

Les maladies des organes sexuels aussi bien que les anomalies des fonctions sexuelles sont souvent les causes des maladies nerveuses et des maladies mentales, et elles se terminent souvent par la folie et même par le suicide. Il ne suffit pas de constater qu'une affection pelvienne est la cause d'une aberration mentale ou d’un suicide pour comprendre l'ensemble de la maladie, il faut remonter, plus loin en arrière et s'efforcer de trouver la cause de cette cause. C'est ainsi qu'il en est de plusieurs autres maladies, comme l'hydropisie, les maladies du cœur, les maladies des reins où il s'agit de prendre en considération une maladie générale ou <onstitutionnelle : les rhumatismes, l'alcoolisme, etc., qui en sont la cause première,

La santé de la femme, comme il est facile de le montrer, souffre au plus haut degré de l'injustice criante que lui fait l’homme en ne pensant égoistement qu'à sa propre satisfaction dans l’accomplissement de l'acte sexuel, et en méconnaissant ainsi le droit indiscutable qu'elle a aussi bien que lui. La sexualité non satisfaite étant souvent une conséquence de l'ignorance dans l'art d'aimer, — dans lequel rentrent la sympathie et l'amabilité en général

» aussi bien que la tendresse et les caresses dans les préliminaires de lfacte sexuel, — il est facile de comprendre pourquoi la pratique du coitus interruplus, si généralement en usage comme moyen préventif, est si préjudiciable, C'est juste au moment où la sexualité devrait et pourrait être poussée à son paroxysme chez la femme que l'acte sexuel est interrompu et ne peut plus se continuer du côté de l'homme,

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