‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 123 sur 149 · AE". JA · texte numérisé non relu

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tion de sa maison, une pour | esprit, une pour ‘le cœur, d'autres pour le plaisir. » /

Mais nous, femmes, nous ne pouvons pas AA un mari pour la direction de notre maison, un amant pour l'esprit, un pour le cœur, d’autres pour le plaisir, un intellectuel, un sportif, un sentimental ?

M. Ossip-Lourié écrit dans la Graphomanie :

« On a dit que l'amour, ou ce que nous sommes convenus d'appeler l'amour, n'était que de la curiosité. Mais alors comment l'expliquer chez la femme déjà avertie, lorsque la curiosité sexuelle

est satisfaite ? En réalité, c’est l'imitation qui joue dans, l'amour, et surtout dans l'adulière, un rôle prépondérant. Le désir d'imiter

les autres luence inconsciemment certaines acüons. C'est li aussi

qui peul conduire à manifester des sentiments qu'on n'éprouve pas. Or limitation et la simulation sont plus développées chez la femme que chez l'homme. »

Mais, en vérité, je ne vois pas a priori comment l'esprit

d'imitation, :à lui seul, pourrait pousser les femmes à l’adultère, et surtout les y maintenir, si elles n’y trouvaient

toutes sortes d’agréments. Je crois plutôt que la femme est,

capable d'aimer successivement et simultanément plusieurs hommes et que le proverbe hindou a raison, qui

- déclare insaisissables la trace de l'oiseau dans l'air et la

trace de l’homme dans la femme. Aussi Alfred & Musset, qui était payé par George Sand pour savoir à quoi s'en tenir, considérait-il presque comme une exception les femmes « que leur bon naturel et la sincérité de leur cœur empêchent d'avoir deux amants à la fois. »

Et Musset avait raison. La preuve, c’est que, quand les femmes furent tout à fait libres, mariées ou non,

d'aller à leurs amours, on les vit nettement polyandres.. M. Gaston Maugras a publié un ouvrage historique sur.

%e duc de Lauzun et la Cour intime de Louis XV où il nous trace un tableau aussi exact des mœurs du temps que celui de Crébillon fils que les Hbraires Vs quinze louis sous le manteau. Eh bien ! on y lit ceci : |

« Quelle résistance une femme peut-elle opposer aux séductions

qui l'entourent ? Quel frein peut la Préue des chûtes. irré=.

parables ?

« L'Amour dans le mariage se pour une faiblesse pie de personnes bien nées, bonne tout au plus pour les petites gens, qui ne savent s'éléver au-dessus des préjugés.

« Les jeunes maris s'étudient même à négliger leurs femmes et

à manquer vis-à-vis d'elles de soins et de procédés dans la seule crainte du qu'en dira-t-on. Le libertinage est pour ainsi dire obligatoire et cette situation régulière motive cette jolie réponse d'un jeune homme sentimental bafoué par les maris : ( Est-ce ma faute à moi, si J'aime mieux les femmes que j ‘aime que les femmes que je n'aime pas ? » Le mariage n'est qu'une convention, un arrangement de famille, un acie utile à la fortune.

Les femmes, de leur côté, ne se soucient guère mieux de la fidélité conjugale. « Elevées dans des couvents où pénétraient tous les bruits du monde, où l’on connaissait toutes les intrigues et tous les scandales de la Cour, les jeunes filles, avant d'entrer dans la vie, savaient comment il fallait l’envisager. Elles n'ignoraient pas qu’on n'aime pas son mari, que c'est là un malheur général dont on se console fort aisément. »

« La fidélité fait les plus sottes femmes », disait M. de Boissi. Du reste la femme fidèle paraît aux contemporains un phénomène

si surprenant que le Prince de Ligne poubait écrire : «@ La

femme la plus sage a son vainqueur; si elle l’est encore, c’est qu'elle ne l’a pas rencontré. »

L'idée d'avoir un amant paraissait du reste aux jeunes femmes loute. simple et toute naturelle; lorsque Mme de M... fut quittée par le vicomte de Noailles, elle tomba dans un grand désespoir et eile Ss'écria naïvement : Q J'aurai vrarsemblablement beaucoup d'amants; mais je n'en aimerai jamais autant que j'ai aimé le vicomte de Noailles ! »

Les femmes qui ont la prétention de n'avoir qu'une seule passion sont les purilaines, les vertueuses. Mais la plupart pensent | bien qu'elles en auront plusieurs : car & en amour, il n'y a que les commencements qui soient charmants, et c'est pour cela qu'on éprouve tant de plaisir à recommencer souvent, »

L'adultère est admis; tout le monde s'en fait le complice. La femme du monde déclare une liaison en se montrant en grande loge-avec le cavalier, à l'Opéra. Le jour où la désillusion arrive, elle rompt tout simplement et passe à d'autres amours. »

PE

Une femme répond à sa sœur qui lui reproche son inconstance : « Fais-moi grâce de tes raisonnements : mon amant m'ennuie et je le quitte. J'ai cru l'aimer ; je me suis trompée, voilà tout ! »

Ce sont ces femmes aimables et polyandres, affranchies de préjugés, qui ont donné au siècle de Louis XIV

et de Louis XV ses grâces, ses libertés, son esprit, ses impudeurs délicieuses, sa philosophie du plaisir. L’étudé du caractère et de la vie d'une des polyandres de ce grand siècle, M°° de Boufflers, serait la meil- Jeure préparation à la connaissance de l’époque de Voltaire, de Diderot, d'Helvétius, de la Pompadour et des reines des salons et des cœurs : Mmes d'Epinay, du

Châtelet, de Graffigny, du Duffand, d’Houdetot, de

Coislin, Geoffrin, la Maréchale de Luxembourg, M°° Gui-

nault et {utli quanti.

Plusieurs historiens, affigés d’une éruption de pruderie dès qu’ils abordent ce siècle adorable, qui fut vraiment par la douceur des mœurs et la vigueur de la pensée, le grand siècle du génie français, se’ croient obligés d’excuser, par mille circonlocutions timorées et mille précautions oratoires, cette élégante franchise, ce dédain souriant des préjugés ennemis de la volupté, de l'harmonie et de la raison, que professèrent les hommes et les femmes les plus remarquables de cette bienheureuse.période.

Le xvirI° siècle, dit Gaston Derys dans ses « Grandes

amoureuses », n'a pas besoin d'indulgence ni de justification. 11 faut plaindre les gens qui sentent autrement,

el ne pas insister:

Il y a des sots qui ne veulent pas recevoir la maîtresse intelligente, aimante et. spirituelle d'un honnête homme, mais qui con-

sentent à s'ennuyer avec l'épouse niaise et quinteuse d'un pauvre

cornard, De même on voit des cerveaux chagrins décrier le XVIH° siècle pour prôner le XVH°, hypocrite et maussade, car ce n'est point les hommes de génie qu'il a produits qui en réhabilitent les mœurs grossières et rébarbatives.

Si Mme de Boufflers et d'autres dames n'ouHaie pas aimé plusieurs hommes, n'avaient pas été « polyandres », n'avaient pas montré ces Q faiblesses » qui font, oserons-nous dire, sa. gloire et. sa force, il ne se répandrait pas un parfum des vertus du! XV “siècle : grâce de société, sûrelé d'amitié, séduction d'esprit, indulgence, PNR à mélange, piquant de frivolité et de gravité, entente supérieure de l'art du bonheur et de la science de la vie. Voilà les fruits bienheureux et savoureux de la polyandrie.

Une société peuplée de femmes aussi charmantes, pratiquant la 4 polyandrie serait une société idèale, car les hommes, nécessairement. LE

n'y pourraient être qu aimables, gais, éclairés, tolérants et bons. La.

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rande affaire, c'est d'être heureux. Un homme heureux est toujours Vertueux! comme un homme riche est toujours honnête. En ce siècle, Mme de Boufflers s'était donné un surnom qui lui allait comme un gant, elle qui personnifiait l'époque : la dame de volupté. ; On connaît son épitaphe :

« Ci-gît, dans une paix profonde, Cette dame de Volupté, Qui, pour plus grande sûreté, Fit son Paradis en ce monde. »

Cette épilaphe peut servir de devise à toutes les héroïnes du xvu® siècle, semblables à Mme de Boufflers.

Elle n'a rien ménagé pour corriger l'erreur de son époux, qui lui fit passer les premiers temps de son mariage à la campagne, : alors qu'un penchant naturel l'entraînait vers le monde et les beaux esprits. L f

Dès qu'elle se trouva en présence d'hommes spirituels et galants, elle fit tout ce qu'il fallait pour rattraper le temps perdu.

La bonne société. du Xvin° siècle accueillait une conception du mariage bien différente de la nôtre.

On se mariait pour unir deux fortunes, deux maisons. La plupart du temps, la fiancée, qui élait au couvent, ne voyait le compa-. gnon que sa famille lui destinait que le jour même des épousailles.

Les règles des couvenis du xvini® siècle étaient fort bénignes. Les jeunes filles qui y recevaient leur éducation étaient visilées, à certains jours, par leurs cousins el les amis de leurs cousins. Les religieuses elles-mêmes n'élaient qu'à demi séparées du monde.

Néanmoins, les vierges qui attendaient un mari au couvent ne s'y formaient, de la société et du mariage, qu'une idée fort imparfaite. « Jusqu'au jour du mariage, elles n'avaient pour ainsi dire point vécu. :

Elles devaient accepier, les yeux fermés, le mari qu’on leur avait choisi, pour des raisons d'intérêts et de convenances, dont: {oute | préoccupation sentimentale élait bannie.

Si le mari n'élait point capable de les rendre heureuses, leur vie allait-elle donc se flétrir à jamais ? |

Non pas ! Car la jeune fille du xvin* siècle, dépourvue de joute liberté et de toute initiative, conquérait l'indépendance en devenant femme.

Si le mari ne plaisait pas, on prenait un amant, si l'amant ne plaisait pas, ON EN PRENAIT UN AUTRE.

Ces arrangements, que les mœurs toléraient et respectaient, conciliaient ÊES DROITS DE LA NATURE, avec les exigences arbitraires d'une société aristocralique. |

IL s'agissait, avant tout, de tenir rang, de ne point déchoir. Pour cela, on épousait une fille dont le sang fût digne de sa propre

noblesse et qui apportât, par ses alliances, ses biens, le crédit des

siens, le moyen de perpétuer et d'atgmenter le lustre‘ du nom.

Ainsi compris, le mariage devenait une espèce d'acte de société, d'établissement commercial, On se mariait comme on achetait une charge.

Aujourd'hui, le droit de la femme à l'amour, au lieu de s'exercer après le mariage, iend à s'exercer avant.

On n'ira point jusqu'à soutenir que la-femme se marie avec l'idée bien arrêtée de n'aimer que son époux. Peut-être répondra-ton que l'introduction du divorce dans la loi et dans les mœurs à miné l'édifice du mariage. Il faut croire plutôt que. le divorce a assaini el consolidé le mariage. Les maris du xvir siècle auraient mis un frein à leurs escapades, si leurs femmes avaient pu s'évader de la galère conjugale, en remportant leur dot. Es facilité du divorce me paraît même offrir un sûr garant de la dignité du mariage, Ceux qui divorceront seront les mal mariés, les désharmonisés, ou ceux qui n'ont point la vocation conjugale.

Au XVI siècle, on élait marié en fait, maïs point en réalité, La vie de chaque époux assemblait une suite de petites liaisons, de pelils mariages à côté, de petits adulières, de pelits divorces.

Cela ne manquait pas de charmes ni de piment. C'était l'organisalion puissante et discrète de la polygamie et de la polyandrie, plusieurs femmes pour un mari, plusieurs maris ou amants pour une: femrne….

Mais si la monogamie ’est impossible, et doit aboutir fatalement

à la polygamie, on ne voit point alors Pourquoi on entourerait le mariage de barrières qui s'ouvriraient devant les frivoles et les galantins, en leur laissant le loisir de s'ébattre parmi des adultères précaires. el successifs, el se fermeraient devant ceux qui voudraient remplacer un mariage odieux, par an mariage approprié, en assumant toutes les responsabilités d'un chef de famille. gun

La morale du xvin° siècle conseillait à la femme : monogamie avant le mariage, polygamie après !

La morale du xx° siècle conseille : flirt avant, apprentissage de la vie avant, monogamie après !

Cette seconde morale conquiert toute ma faveur. Et j'oserai même écrire, en pleine sincérité, que le monde n'apportera, dans les relations des sexes, quelque harmonie et quelque lucidité que

lorsque la femme regardera comme un préjugé sot ek barbare de.

se présenter au mariage en état de virginité. Puisqu'il existe chez l'homme et chez la femme un instinct poly-

gamique — el qui est bien le plus délicieux, le plus enivrant, le

plus naïf, le plus sain des instincts — donnons-lui sa pâture sans compter.

Mais que ce soit dans la première moilié de la vie, alors qu'il

est st doux et si naturel d'y céder...

Quoi qu'en disent de solennels benêts, cet instinct existe aussi bien, el non moins tyrannique, chez la femme (et chez la jeune fille dès sa puberté), que chez l'homme. \

Ïl est même des tempéraments féminins où il ne s'amorlit point,

el c'était précisément le cas charmant de Mme de Boufflers et de

pas mal d'autres. d La sagesse serait donc que jeunes gens et jeunes filles épuisas-

‘sent, émoussassent, asservissent cet instinct, el vinssent ensuile au

mariage, graves et forts, éclairés el prudents, pour ainsi dire vac-

| cinés contre les passions.

Le mariage ne naîtrait plus du ‘hasard, mais de deux volontés réfléchies, de deux énergies pensanles, qui s'enlacent, s'associent

. pour affronter’les choses sérieuses, les âpres tourments de la vie.

Au fond, on ne répudierait point les libertés exquises du xvur

siècle, mais on les goûlerait, en modifiant l'ordre des facteurs, le

facteur monogame et le facteur polygame. Îl ne s’agit que de meltre les bœufs avant la charrue. ,

Cela n'empêcherait point que les caracières, tels que ceux de: Mme de Boufflers &t des autres, ne puissent s'épanouir. Il faut toujours faire la part des exceptions.

On a dit qu'elles justifient la règle. Elles l'embellissent, elles la fleurissent, comme les coquelicots et les bleuets qui poussent au

milieu d'un champ de blé égaient l'or des moissons. »

Aussi bien les souveraines donnaient l'exemple, à

preuve cette polyandre échevelée que fut l’impératrice

Marie-Louise et dont l’ancien amoureux Jules Lecomte avait ainsi composé l’épitaphe : | « CI-GIT Celle qui a commencé par un empereur et qui a fini par un lénor. »

A ce charmant XVIN° siècle a succédé le morne régime napoléonien, avec son code inflexible et son puritanisme autoritaire: Puis c’est le règne de la congrégation, le temps où M"° Bovary est poursuivie par les juges. Avec le [T° Empire reparait la vie galante et dissolue, dont tant de romans nous présentent le tableau. Et, depuis, nous avons

. fait du chemin avec les libertés républicaines. Le divorce

a ouvert les portes à l’amant, et, de liberté en liberté, nous en sommes arrivés aux licences presque légitimes ou du moins légitimées, pour l’homme, par Maurice Donnay, P. Bourget ét tant d’autres académiciens, et pour la

MNT. M Fos à mise i %

e par Rosny, Victor Margucritte, Marcel Prévost,

et tant d’autres grands romanciers. : +

« Aimer, proclame un des héros de Mauricè Donnay, : c’est avoir des maîtresses, c’est encore exercèr sa volonté de puissance, c'est un signe d'activité, d’ énergie. H va des hommes qui n'entreprendraient jamais de nouvelles affaires, s'ils n'avaient pas un roman, une aventure, une. femme dans la vie! C'est ça qui leur donne le goût,

‘ l'élan, ne nécessaire : autrement on se lien-

drait tranquille !

Et c'est que Ps comprend que la réciproque est vraie, qu'il y aurait de sa part un égoïsme de mufle à revendiquer pour lui seul le droit au changement, quand le même instinct le donne également VA ES femme, DHEA qu'il lui en donne le besoin. + à Hi

C'est qu'unaninement on a reconnu qu'il fallait renon- | cer à la monogamie à vie, comme on reconnaitra un jour qu'il faut renoncer à la monogamie tout court.

Pour la Monogamie à vie, Forel écrit : se

don

r. L l L LA À r F4 « On a prélendu qu'une femme ne pouvait aimer “qu'une "fois M

dans sa vie: il’faut s'opposer énergiquement à d'aussi cruelles et fausses généralisations. Que des poètes sentimentaux s'exaltent en se berçant dans'de pareils sentiments, c'est leur affaire; mais ceux M qui croient devoir s'en lenir par scrupule à des dogmes de ce genre son! à plaindre. Ce n'est pas seulement la mort où la. maladie d'un des conjoints, les ‘dissensions ei l'infidélité, qui peuvent venir séparer une union sexuelle, mais le simple cas si frégüent.de l'amour méprisé peul ransformer en un martyre perpétuel. la vie. d'une. personne imbue de parcilles idées. » | à Bon gré mal gré on dut donc tolérer certains abus, certaines exceplions, ou même organiser cerlaines institutions complémentaires. Pour sauver cependant leur majesté, ces lois, de quelque naiure qu'elles’ fussent, imprimèrent ordinairement à toutes les formés des rapports sexuels hors mariage le sligmate d'une certaine infériorité ou même celui du mépris, sinon du crime. Ce fut naturellement la femme qui, élant la plus faible, eut surtout à souffrir de ce nié rf mate et de ses conséquences. A La loi ne devrait pas s "occuper d'office de l'adulière) C'est, du reste, un principe de plus en plus reconnu. L'adul: ère prouvé, lorsque la fidélité a été promise par contrat, devrait … avant tout, comme jusqu ict, x) à Ja partie lésée 1e droit

| pl = 489, — immédiat et absolu à un divorce, dans lequel elle aura en principe les avantages. | |

Certaines formes de l'adultère, qui se produisent avec l'assentiment des deux conjoints, onl en réalité le caractère d'une BIGAMIE el ne devraient être connues ni du droit civil, ni du droit pénal. Je citerai par exemple le cas où deux époux veulent demeurer ensemble pour toute sorte de raisons, alors que l'impuissance, la maladie ou la stérilité de l'un d'eux l’engage à concéder à l'autre

la liberté d'avoir des rapports sexuels hors mariage avec telle ou

telle tierce personne. En cas pareil, ni la société, ni personne n'est lésé, et tout motif d'intervention légale fait défaut. »

Une fois de plus Forel parle là le langage du bon sens.

Les époux assez intelligents pour. s'affranchir de l’artif-

cielle monogamie, soit parce qu'ils recohnaissent la force

irrésistible de l'instinct polygamique chez les deux sexes, soit parce qu'ils s'aiment moins, né font qu’appliquer une ‘des vieilles règles du Code d'amour du X1I° siècle: « Personne, sans raison plus'que suffisante, ne doit être privé de son. droit en amour. »

Si, dès lors, comme l’a résumé Georges-Anquetil dans

une formule ramassée, pour trouver le bonheur ici-bas, il faut, en amour ou en amitié, chercher celui de l’autre, el, dans la vie, celui des autres, la pensée, pour un homme qui aime, (pour un homme supérieur qui aime vraiment), que sa femme prend du plaisir avec un autre homme, franchement, sans duperie, sans hypocrisie, ne peut que Jui être agréable, puisqu'alors il la sait heureuse. Ne Sera-ce pas infiniment plus beau et plus grand, au point de vue même de l'élévation des sentiments, que la situabon actuelle de nos ménages, de tous nos ménages, pratiquement parlant. Voyez ce qu’en a pu dire avec justesse Léon Blum (1) :

… «Voilà donc le ménage contaminé dès l'origine par toules les basses attiludes de l'adulière : silence ou complaisance intéressée du mari, fausselés laciles ou explicites de la femme, impostures vis-à-vis de l'amant, du mari, de l'amant précédent, des enfants, du monde et de soi-même — Comment la loyauté d'une femme résislerait-elle à cette corruption ? Même dans la seconde période de la vie, dans cet état quasi-matrimonial où toul peut se passer au

(1) Du mariage. Ollendorff, éditeur.

grand jour, est-ce que le personnage du mari ne reste pas, suivant les cas, odieux, lamentable, ou ridicule ? Est-ce que la raillerie, la pitié, ou le dégoût qu'il inspire ne rejaillit pas sur les deux autres personnages, sur l'amant comme sur la femme ? »

Ne croyez-vous pas que, dans mon système de fran-

chise, le mari ne sera plus ni: odieux, n1 lamentable, ni

ridicule, puisqu ‘il cherchera son bonheur dans celui de sa femme, qui n’en sera plus réduite, elle, à cette grotesque situation sur laquelle le même auteur attire notre attention :

« Voyez mon amie Charlotte, nous disait Madame VW... : C'était aujourd'hui mercredi : elle a rejoint son amant à cinq heures. Elle le retrouvera à la même heure samedi prochain. Il faudra donc,

samedi, à cinq heures précises, qu'en sortant d'une wisite ou de chez la couturière, elleyse trouve subitement en état d'amour.

Le moment d'avant, elle n'était occupée que de son essayage ou «

de ses commérages. Elle commencera de penser à son amant dans

la voiture, le désir commencera quand elle passera la porte de sa

maison, pour s'épanouir quand elle passera la porte de la chambre ! Qu'est-ce que ces désirs à volonté et à heure fixe 2? Et a elle n'a point de désir, pourquoi se donne-t-elle ?

€ Croyez-moi, conclüait-elle, c'est dans l'adulière que l'amour -

devient une fonction, c'est dans la communauté conjugale qu'il est libre. » se

Qu’une boutade de M. Léon Blum soit spirituelle,

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