EVER PEN TE
ce n'est pas surprenant, mais l'esprit en cache la pétition
de principe, car, mieux que personne (puisqu'il le pro- a
clame ailleurs lui-même), M. Léon Blum sait bien qu'une
monogamie où la fidélité est imposée n’est pas compatible.
avec la liberté de l’amour. Je ne dis pas que l’amour soit impossible entre époux, lom de Jà : je dis qu il est insuffisant et à l’un et à l’autre, et au mari et à la femme. et que, dès lors, il faut adjoindre aux charmes que peut effectivement avoir l’amour conjugal ceux de’ l’amour extra-conjugal débarrassé de ses ridicules dissimulations,
dont c’est encore Camille Mauclair qui, dans l'Amour physique (1), cette fois, nous montre le raffinement, gt
hypocritement admis d’ailleurs par beaucoup de maris, comme je l’ai moi-même expliqué plus haut :
(1) Ollendortff, édttenr
— 491 — pi
…« Les entremetteuses ouvrent de discrètes maisons où des femmes mariées peuvent venir, l'après-midi, rencontrer des amaleurs qui paient plus cher parce l'idée de posséder une femme mariée contente leur sentimentalisme. Cel arrangement, qui est le dernier mot de l’absurdité et de l'hyfocrisie sociale, obtient un sucès sans cesse grandissant. |
La prostitution inavouée étend ses réseaux sous toute la société. De telles maïsons sont plus uliles au fonctionnement d'une classe semi-aisée qui veut toujours plus de luxe avec des salaires stalionnaires, et qui met, tout son effort à vouloir « paraître ». Par une entente tacite, née de complicités quotidiennes, ses membres s'en liennent à cette C apparence », véritable idole, en acceptant, comprenant et excusant tout ce qui la rend possible, La prostitution anonyme, décenle, sans risque, sans conséquence, en compagnie de ciladins avertis et bien élevés, donne à la bourgeoise le luxe qui lui manque, les appéintements du mari garantissant les dépenses foncières. Elle lui donne même parfois du plaisir, qu'elle ne dédaigne pas; el si ellé lui réserve des corvées répugnanies, l'argent aide à les tolérer. Cette pratique est, pour beaucoup de ces femmes,” préférable à l'adulière qui se sait toujours, est souvent d'un, profit mince, et entrave la liberté, car l'amant, dans le monde bourgeois, devient rapidement un second mari que la femme se donne, el qui l'excède, sans qu'elle puisse aisément s'en débarrasser.
le ne dis pas que toute la société soit ainsi, comme le font croire les romanciers de la vie parisienne. Je dis simplement que de lels cas sont NOMÉREUX, que les choses s'y passent réellement. ainsi, que Les ‘nier serait puéril et que si l'on examine un lieu élégant, une salle de théâtre, un soir de première par exemple, on peut, sans éxagérer, penser qu'un quari des femmes présentes ont accepté de semblables combinaisons et qu'un sixième d’entre elles en vit. On peut dire aussi que sur les hommes présents la moitié en profiten!, soit qu'ils ignorent, soil qu'ils acceptent, soit qu'ils paient, soil qu'ils doivent à des causes de cet ordre l'élégance des femmes, utile à leur crédit et flalieuse pour leur vanité. »
J'ai dit, à mon chapitre consacré aux cocus, combien! d'espèces :l.y en avait. On sait que Balzac, plus spirituel que M. Paul Bourget, dressa une sorte de tableau, (au moins aussi amusant que celui des hommes à bonnes fortunes, qui est cependant la seule trouvaille de la PAysiologie de l'amoir moderne) des hommes à mauvaises fortunes, si Jose dire.
Certaines classes de maris seraient en eflet plus parti- ‘eulièrement victimes des passions illégitimes. Ces maris et leurs femmes accaparent les célibataires. Dans ce
dénombrement paraissent, les premieïs, tous les maris que leurs affaires, places ou fonctions chassent du logis à certaines heures et pendant un certain temps. Ceux-làm porteront la bannière dè la corporation. Parmi eux nous 4 distinguerons les magistrats, tant amovibles qu nel : obligés de rester au Palais pendant une grande partiem de la journée ; les députés et les pairs qui discutent les lois, les ministres qui travaillent avec le souverain, les directeurs qui travaillent avec les ministres, les militaires. en campagne et enfin le caporal en patrouille. | 0
Viennent ensuite les hommes à qui de vastes et sérieuses occupations ne laissent pas une minute pour être aimables : ; ces banquiers qui travaillent à remuer des mil-w lions, ces millionnaires qui, oubliant les saintes lois ! dus mariage et les soins réclamés par la tendre fleur qu ‘ils ont à. cultiver, jamais ne pensent à l’arroser, à la préserver dus chaud et du froid. Balzac n'oublie pas les savants qui. demeurent des mois entiers à ronger l'os d’un animal anté” diluvien, à calculer les lois de la nature ou à en épier les secrets ; les Grecs et les Latins qui dinent d'un pensée de Tacite et soupent, d’une phrase de Thucydide,! vivent en essuyant la poussière des bibliothèques, en /res* tant à l'affût d’une note ou d’un papyrus. Ceux-là sont. prédestinés, paraît-il. Rien de ce qui se passe autour d'eux ne les frappe, tant est grande leur absorption, leur extase” Leur malheur se consommerait-1l en plein midi, à peine le: verraient-ils. ; À
Aux prédestinés que nous venons de nommer il con viendrait de joindre quelques poëtes qui ne sont aptes \ qu'à monter Pégase, les chauffe-la-couche, les tâtillons, les maris qui ronflent, ceux qui engraissent, les vieillards qui épousent de jeunes personnes, etc... ce sont ceux-là qui courent les plus grands dangers ; les maris de cer taines femmes qui, dans l’ordre des plaisirs, au lieu de” passer graduellement du distique au quatrain, du quatrain au sonnet, du sonnet à la ballade, de la ballade à l'ode, : de l’ode à la cantate, de la cantate au dithyrambe, ont. commencé sottement par ce dernier. « La femme mariée, À
ane
a dit Balzac, est un esclave qu'il faut savoir mettre sur un trône », et à laquelle, ajouterons-nous, . il faut chaque jour chanter un poème nouveau, ce. qui est assez difficile pour un seul homme, toujours le même. Aussi tous les moralistes qui ont traité à fond la question du cocuage sont unanimes à reconnaître que les vertus, les qualités, la bonne humeur et même la beauté d'un mari, sont des paratonnerres insuffisants pour les préserver de la foudre. On n'est pas frappé parce qu’on n'est plus aimé, mais PARCE QU'ON EST UN MARI. Comment expliquer autrement le goût de certaines femmes qui ont pour époux des hommes charmants, bien faits, spirituels, et qui prennent pour amants des magots ou des imbéciles > L'amour de l'inconnu et du changement est donc la plus grande passion des femmes, bercées, dès le pensionnat, de turpitudes séraphiques et un peu plus tard de parlages romantiques et de lectures érotiques, toutes ‘gonflées de romans à la Lélia et à la René, où la fornication, l'inceste, le viol, la tribade se trouvent cumulés. Une petite fronde de 1656 disait déjà f
Admirez le malheur des gens
Que le cocuage tourmente :
Un homme âgé de soixante ans
À fait un cocu de quarante :
Cela nous prouve évidemment Qu'un mari vaut moins qu'un amant !
On a souvent prétendu, dit le rédacteur de la grande encyclopédie, que la fidélité absolue de la femme à son mari est un rêve, une utopie, que telle vertu inexpugnable ne pourrait jurer qu'elle n’a pas été, au moins en pensée, inhdèle à son seigneur et maître. Vous savez combien de fois le juste pèche en un Jour : : eh bien ! une femme vertueuse, rien qu'en allant à l'église, fait à son mari trente-deux infidélités pour le moins. C'est Alphonse. Karr qui le dit, mais Alphonse Karr, dans l’énumération, s’est arrêté au numéro dix, et d remplacé par un et cœtera commode les vingt-deux sous-entendus suivants.
cu 494 — à 1
Vous me direz que dix infidélités sont un chiffre déjà respectable. Soit ! Voyons donc comment un pauvre mari, resté seul au coin de son feu, peut aller dix fois coup sur coup, sans le savoir, à Corinthe :
1° En s’habillant, Laure exagère ses hanches et sa gorge, c'est-àdire qu'elle cherche à exciter des désirs par une exhibition extraordinaire .de ses charmes secrets, Certes, ce n'est pas au mari-qu'est destinée cette perfide amorce, puisque celui-ci sait parfaitement à quoi s'en tenir. Je sais que les femmes ne placent l'infidélité que : dans la dernière faveur; mais je ne saurais, pour moi, considérer comme bien pure une femme qui, en offrant de telles choses aux yeux, excite l'imagination des passants à des investigations.
2° Je pourrais compter pour une infidélité chacun des soins que prend de s'embellir une femme qui va dans un endroit où elle ne verra pas son mari,
3° En traversant un prétendu ruisseau, Laure relève sa robe et montre à deux commissionnaires qui fument, un petit pied étroit,
une cheville mince et un bas de jambe d'une extrême finesse, avec
un bas blanc bien lisse et bien tiré.
4° Deux hommes passent près de Laure : l'un la fait remarquer à l'autre, Laure sent un vif mouvement de plaisir.
5° Laure remarque que G.…., qui passe, monte parfaitement à |
cheval.
6° En entrant à l'Eghse, elle ôte son gant pour prendre de l'eau bénite et montre une main blanche et effilée et un chärmant poignet.
7° Laure, en s'asseyant, laisse voir son pied .
8° En se mettant à genoux, elle se penche de facon à dessiner sa taille et à donner à ses reins la cambrure la plus agréable,
9° Elle relève un peu les plis de sa robe.
10° Elle tient son livre de facon à donner de la grâce à sa main.
& les femmes diront que cela n’a pas le sens commun ; mais l’auteur des Guêpes répond que tout cela a pour but d’être jolie et belle et de le paraître et d’exciter des désirs. Qu'on s’en rapporte aux hommes qui ont été
amoureux : de quelle fureur chacun de ces détails ne les”
a-t-il pas enfiammés ! »
L'emploi de cocu est en somme on ne peut plus facile:
à tenir pour certaines gens d'humeur commode. Il ne
consiste qu'a fermer les yeux ; c’est la femme qui en.
fait tout l'exercice. Nos anciens poètes ont badiné à leur
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aise sur un état que d’aucuns trouvent fort doux, Mathurin Régnier, entre autres, nous l’a montré, on se le rappelle. | de
Ces maris philosophes connaissent sans doute la réponse que certaine comtesse de la Cour de Louis XV faisait aux commères lui rompant les oreilles avec les infidélités
de son mari, qu’elle aimait pourtant follement :
« Eh ! mesdames, que m'importe que monsieur le comie promène son cœur toute la journée, pourvu que le soir il me le rapporte ! »
Car ils savent bien, les vrais sages, qu’à eux aussi, leurs
épouses infidèles, qui ne sont allées chercher ailleurs que
le plaisir physique des sens, leur rapportent, chaque soir leur cœur. Et, à côté du cœur, en amour, pour quoi, au point de vue sentimental, compte le reste ? N'importe quel homme, mécaniquement, automatiquement, peut procurer du plaisir à une femme, et réciproquement. C’est un phénomène purement physiologique sans importance, puisqu'un appareil peut faire le même offce. Tandis que n'importe quelle âme ne s’harmonise pas avec n'importe quel cœur.
Et cela, seulement, vaut donc la peine qu’on s’en préoccupe.
Le reste, c’est la bête...