‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 128 sur 149 · AT LU · texte numérisé non relu

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bien souvent effaroucher la pudeur des uns et surtout enrayer les forces viriles des autres ; alors il arrivait que,

soit par honte, soit par crainte, na individus les plus aptes à la copulafion se trouvaient tout à coup frappés d'impuissance. Cette coutume subsista longtemps et c'était presque toujours l’homme qui restait en affront, car, remarque judicieusement le dictionnaire des sciences médicales, la femme est toujours apte à l'introduction, à moins d’occlusion ou d’imperforation du vagin. Aussi était-ce, presque toujours, la femme qui demandait le Congrès, pour quitter un mari qu'elle ne pouvait plus supporter, et convoler à de nouvelles noces.

Le document suivant, avec sa naïveté un peu gauloise, donnera une idée claire et précise de cette bien heureuse épreuve du Congrès, bien heureuse du moins pour les darnes en mal de mari et trop ravies de s’en dépétrer.

« Après que les parties, demandant divorce, ont prêlé serment de vouloir bien accomplir l'œuvre de chair; après aussi que les experts ont juré qu'ils feront fidèle rapport de ce qui se passera au Congrès, les uns et les autres se retirent dans une rie pour ce préparée, où l'homme et la femme sont derechef visités :. l'homme, pour savoir s’il n'a maladies, ni difformités; la femme, Bar examiner l'état de ses parties sexuelles, et, par ce moyen, connaître la différence de‘son ouverture et la dilatation avant et après le Congrèsvet si l'intromission y aura élé faite ou non. Ensuite les parties de l'homme sont lavées à l'eau tiède et la femme est mise dans un demi-bain où elle reste quelque temps. NUE

Cela fait, l'homme et la femme se couchent en plein jour, dans un ii préparé pour l'épreuve, et c'est à l'homme de se mettre en devoir de prouver sa puissance.

IL advient souvent alors qu'il. s'élève des altercations. entre les époux : l'homme se plaint que la femme s'oppose à l'intromission, la femme nie en disant que l'homme ne peul y arriver. Enfin, ayant élé tous les deux quelque temps au lit, comme une ou deux heures, les experts arrivent, et ouvrant les rideaux, s'informent de ce qui s'est passé el, visitent derechef la femmé pour savoir si elle est plus dilatée que lorsqu'elle s'est mise au lit, et si l'intromission a élé pratiquée, ce qui ne se fait pas sans luneties à gens qui s’en servent à cause de leur grand âge, ni sans recherches sales et odieuses. Et font le procès-verbal de ce qui s'est passé au congrès, en une Chambre à part, avec les procureurs et praticiens en cour d'Eglise, attendant la fin de cet acte. » {

On sait que Boileau ridiculisa cet usage en ces vers célèbres : |

& Jamais biche en rut n’a, pour le fait d'impuissance, Traîné du fond des bois un cerf à l'audience; Et jamais juge, entre eux, ordonnant le congrès,

- De ce burlesque mot n'a sali ses arrêts. »

Le Congrès commença en France au XIV® siècle et dura : plus de trois cents ans. Pendant ce long espace de temps, plusieurs hommes éclairés attaquèrent vainement sa validité. Ce ne fut qu'en 1677, à la suite de l’affaire Langey que le Parlement fit défense à tous juges, même off cieux, d’ordonner l'épreuve du Congrès.

Qu'était donc cette affaire Langey ? La voici, telle qu'en audience publique un des plus éminents avocats du barreau de Paris, un des maîtres de l’éloquence contemporaine, Me Alexandre Zévaës, l’a contée dans une de ses plus célèbres plaidoiries (1) : à

J'ai prononcé tout à l'heure le nom de Tallemant des Réaux. C'est chez lui que l'on trouve la description du «congrès » qui, dans l'ancien droit français, servait de base à l'annulation du mariage. Cette description se trouve au cours du chapitre consacré à Mme de Langey, née de Courtaumer.

Vous savez ce que c'était que le congrès. Lorsqu'un des époux demandait l'annulation de son union, il lui fallait invoquer l'incapacilé de l'autre époux à exercer intégralement ses devoirs conjugaux. EÊt comme il fallait savoir si l'allégation n'était pas purement imaginaire, on procédail à une pelite vérification publique. On convoquait des matrones, des personnages augustes et expérimentés qui venaient voir comment cela se passait. :

Mais ici je préfère laisser la parole à Tallemant. Ma citation est empruntée à son tome WI (édition revue et publiée par les soins de MM. de Monmerqué et Paulin Paris, membres de l'Institut) W-

€ Le jour qu'on \ordonna le congrez, Langey criait victoire : vous eussiez dit qu'il estoit desjà dedans; on n'a jamais veû tant de fanfaronnades. Mais il y eut bien des mystères avant que d'en venir là. Il fit ordonner qu'on la baigneroit auparavant, c'estoit pour rendre inutiles les restringens, et qu'elle aurait les cheveux espars, de peur de quelque cachette dans sa coiffure. Faute d'autre

(1) Le procès du Grand-Guignol. Aux éditions Georges- Anquetil (2 frs. 80 franco),

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lieu, on prit la maison d'un baigneur au fauxbourg Saint-Antoine.

« La veille, luy et elle furent encore visitez par quinze personnes, et, le jour, je pense qu'il avoit aposté de la canaille, la plus part des femmes, au coing de la rue de Seine, qui dirent quelques injures à la patiente. Plusieurs fois, il en a fait dire à Madame Le Coq, au Palais. Elle y alla bien accompagnée, et les laquais disoient à ceux qui demandoient qui c’estoient : « C’est Monsieur le duc du Congrez. » Elle estait fort résolue en y allant, et dit à sa tante, qui demeura : & Soyez asseurée que je reviendray victorieuse ; * je sçay bien à qui j'ay affaire. » Là, il luy tint toute la rigueur, jusqu'à ne vouloir pas souffrir, quand on la coucha, qu'on la coiffast d'une cornetle que deux femmes des parentes de son grand père avoient apportée; il en fallut prendre une de celles de la femme du baigneur. En s'allant mettre au lict, il dit : & Apportezmoy deux œufs frais, que je luy fasse un garçon tout du premier coup. » Mais il n'eust pas la moindre émotion où il falloii; il sua pourtant à changer deux fois de chemise; les drogues qu'il avoit prises l’eschauffoient. De rage, il se mit à prier : & Vous n'estes pas icy pour cela », luy dit-elle; et elle luy fit reproche de la dureté qu'il avoit eûe pour elle, luy qui sçavoit bien qu'il n'estoit point capable du mariage.

« Or, il y avait là, entre les matrones, une lle madame Pezé, âgée de quatre-vingts ans, nommée d'office, qui fit cent folies; elle alloit de temps en temps voir en quel estat il estoit et revenoit dire aux experts : &« C’est grand pitié; il ne nature point. » Enfin, .le temps expiré, on le fit sortir du lit : & Je suis ruiné », s'escria-t-il en se levant. Ses gens n'osoient lever les yeux, et la pluspart s'en allèrent. Au retour de là, un laquais contoit naïfvement à un aütre : @ Il n'a jamais pu se meïtre en humeur. Pour Mademoiselle de Courtaumer. elle estoit en chaleur ; il n'a pas tenu à elle. »

N'est-ce pas que cela est très instructif au point de vue juridiques très intéressant aussi au point de vue purement littéraire et au point de vue de l'évolution des mœurs?

N'est-ce pas que cela vous démontre aussi que si le Grand Guignol constitue un genre, il ne l'a point invenié 2

La chanson s'en mêla. Tous les congrès ne finissent-ils pas par des chansons ? Le couplet suivant se chantait sur l'air du Mareschal Lampon : 2

Monsicur Daillé… (Monsieur Daillé était un ministre du temps.) Monsieur Daillé, ouvrez-moi votre porte; Je n'en puis plus, la douleur me transporte; Îe suis Langey qui viens faire retraite; Je suis Langey PAU Qui reviens du congrez,

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v Sur le Pont-Neuf, les marchands de melons de Langey Ses: melons de cette petite commune étaient très renommés au. XVIÉ siècle — criaient à fue-tête : & Voicy de vrays Langeys, ils n'ont

point de graine ». C'est toujours Tallemant dés “Réaux, qui nous :

l'apprend. » | ” Ë 5 É

at propos de cette affaire de Aa j'ai trouvé les savoureux. renseignements complémentaires que voici :

M”° de Langey, qui se prétendait donc affligée d'un mari impuissant, fut d’abord visitée chez le lieu- : tenant civil, par douze experts. Ils ne la trouvèrent pas | vierge, ce qui motiva ce joli mot d’un conseiller au Châ- rt ‘telet : « On ne pourra pas dire que Langey, durant ces. quatre ans, n'ait pas fait œuvre de ses dix doigts. » Il y. eut force procédures. Le procès dura DEUX ANS. Il far sait le sujet de toutes les conversations.

M”° de Sévigné disait au marquis : : « Pour RER voire procès est dans vos chausses. » ART ES

On visita aussi Langey, et une dame de On a. trouvé la partie bien formée, mais point animée. » sou AA) (&,

« L'hiver suivant, conte Tallemant, il arriva, à. Reims, que la femme, par grâce, accorda au mari toute une nuit. Les experts étaient auprès du feu; ce pauvre “f homme se crevait de noix confites. À tout bout de champ, M il disait : & Venez; venez !.. » Mais on trouvait tou jours « BLANQUE: » Là femelle riait et disait «Ne vous hâtez pas tant : je le connais bien ! » Ces. experts disent qu'ils n'ont jamais tant ri ni moins dormi « gue. celle «4 nuil-la. » er TR SEEN AN

Beaucoup de personnes’ allèrent porter leurs sir ments à la HAues de Langey. Et sa tante disait : a « Excuse/-ma nièce : elle est si fatiguée qu "elle. n'a pu # descendre! » » 8

Langey ne se Abe pas pour battu. {l prétendait qu’ on l'avait ensorcelé., On repoussa définitivement ses ‘ pc tions. L'arrêt Jui faisait défense de se marier, Il voulut faire lever cette défense et le chancelier dit. (

— « A-Hil recouvré de nouvelles pièces ? »

| ñ à F4 en.

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