LETTRE VI
M"° Caré, à Grandcourt (Seine-Infér.), à M. Georges-, Anqauelil :
Monsieur,
J'ai lu avec un vif intérêt votre ouvrage : La Maïtresse Légitime. Après quelques méditations, je me permets d'opposer quelques arguments aux vôtres avec l'espoir que-vous voudrez bien les lire avec attention.
Vous exposez d’une façon précise et très exacte la situation sociale déplorable née de la guerre. Elle est si évidente que personne ne songerait à la nier. J'imagine avec vous qu'elle ne laisse personne indifférent, qu’elle passionne même les grands esprits, ce à quoi nous devons du reste votre thèse si intéressante. Mais cette thèse est le fruit exclusif d’une pensée masculine. Et comme en toute circonstance on est toujours tenté « d'amener à soi la couverture », vous n’avez pas échappé à cette loi... bien humaine. Souffrez, s’il vous plait, qu’un écho féminin se fasse entendre.
Je me transporte par la pensée dans la société nouvelle rénovée, telle que vous l’avez faite. Les hommes (pas les femmes !.… bien entendu) pratiquent la polygamie. Je considère plusieurs foyers sous la tutelle d’un « maître » revêtu par la loi d’une autorité magistrale, (art. 340 du code réformé) doublée d’une autre autorité reconnue et établie solidement par messieurs les penseurs. « Vos propriétés, Mesdames, sont la beauté, les grâces, la séducon, vos obligations : la dépendance et la soumission. »
Lt age
Dans le premier foyer, la petite soumise est là, seule, sans mari, sans enfants. La deuxième, pauvre petite soumise est chez elle, seule aussi, si nous admettons qu’il y ait un n° 3 — car cette dernière arrivante a sans dis- cussion le privilège, l’attrait du nouveau ayant une puissance universellement reconnue. Là encore, pas d'enfants. — Comment ! pas d'enfants ! dites-vous. C’est impossible ; vous vous trompez ; vous passez à côté du but du mariage polygamique ! « L'instinct de variation sexuelle n’est au bout du compte que l’excitant nécessaire à la reproduction à laquelle il faut que le mâle soit poussé sous peine de voir arriver la dépopulation humaine, conséquence inévitable de la fécondité de plus en plus réduite de la femme. » — Eh bien, non, je ne me trompe pas ; ces ménages resteront stériles ou à peu près. Comment voulez-vous l’admettre, autrement ? Aujourd’hui, alors que l’homme n'’entretient qu'un ménage, vous le voyez réculer devant la charge d’un nouÿel arrivant. et l'enfant ne naît pas. Vous ne pourrez pas mettre en cause l’impuissance, puisque vous donnez au mari la possibilité de fonder plusieurs foyers.
: Eh bien ! dans le mariage plural, les résultats seront absclument négatifs. L'enfant naturel d’aujourd'hui ne naîtra pas, lorsqu'il sera légitimé, parce que l’homme n’en acceptera pas les charges. Peu d'hommes ont la possibilité matérielle de pourvoir aux besoins d’un nombre de personnes chaque jour grandissant, ceux qui les auraient seraient sûrement les premiers à se soustraire ; nous en avons la preuve tous les jours. Pour les plus fortunés ou simplement indépendants, l’enfant n'existe que dans les discours et les théories. Si les hommes ont deux, trois femmes légitimes, c'est une troisième ou une quatrième aui, par leurs œuvres, deviendra mère. Et nous retomberons dans le système actuel : dissimulation de la part de la ‘femme, avortement, infanticide, etc. | Le mariage polygamique aurait surtout comme résultat de permettre à l’homme de satisfaire sans restriction un besoin naturel, impérieux si vous voulez, mais qui n’en
ORNE se
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est pas moins susceptible d’une éducation. Nous : ne sommes pas seulement des instruments de reproduction. Il\est bon d'être homme le plus qu'on peut. Le meilleur correctif est le travail CUBE chligatoire pour tous, +
autant que la repopulation au relèvement de la
(Ti?