‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 49 sur 149 · CHARS A · texte numérisé non relu

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aime, la pauvrelle est déshonorée, el son amant s'appelle, ñe Vous .

en déplaise, un mag. Dans le premier cas, le père etMous les grands-parents boivent, dansent et se réjouissent; et la mère, à.cer- -taine heure du soir, va pudiquement découvrir ‘la courtine du lit nuptial, pour que sa fille s’y fourre en sa présence. Dans le second cas, au contraire, toule la famille est au désespoir; et celle quiss’est permis d'aimer, sans aulorisalion préalable, ést honnie et maltraïtée ; les grands parents lui font raser les cheveux et, sans pitié ni miscricorde, ils la jelteni dans un couvent. Îl faut avoucr que les lois el les coutumes sont bien plaisantes, »

Plaisantes, oui ! Chamfort s’écriait : « Quelle sotte chose que l'opinion publique : Un homme dè trente ans séduit une jeûne personne de quinze et c'est elle qui est déshonorée ! »

Mais avec des conséquences tragiques, que soulignent

les médecins particulièrement, parce qu'ils se sont plus souvent penchés sur la douleur humaine. Le docteur Nystrom en appelle à notre humanité, quand il écrit :

« Plus d'une femme abandonnée a trouvé sa consolation dans ‘ son enfant : mais beaucoup n'ont pas celle ressource, surtout quand la misère est à la porie et qu'elles tremblent d'affronter le mépris qui règne encore pour la mère de l'enfant « illégitime ». Bién dés femtmes non mariées qui deviennent enceintes n'éprouvent aucune joie d'être mères à cause de ce jugement inique de la sociélé « respectable », qui frappe la mère, mais non pas le pèré de l'enfant illégitime; la découverte de leur grossesse les frappé pour la plupart de désespoir à la bensée que leur enfant ñe leur sera gi'une source de chagrins et de honte. La jeune femme, jusque-là gaie et heureuse, se tourmente et, s'afflige pendant de longs mois : elle pourra supporler l'épreuve, si elle trouve de l'appui dans sa famille ou son ami ; mais souvent cel appui lui mangtie et elle tombe dans une position sans espoir.

Îl serait vraiment cruel de refuser son aide à là fémie enceinte, de prononcer des paroles ämères ou de lui montrer dé l'indifférenee ou du mépris, ce qui malheureusement n'arrive Que trop souvent

‘ de la part de ceux qui sont près d'elle. Ce serait alors le cas de

ne pas aggraver la position par la rigueur de la loi, Maïs de l'alléger suivant l'Evangile. 5

& Au lieu de parler de, femmes & tombées », on devrait parler de femme jelées à terre, renversées par l'homme et les &bus où injustices de la vie sociale. Comme ces femmes ont üne certaine fonction sociale à remplir et que l'homme ne peut s'en passer, elles devraient au moins jouir d'égards et de protection dans leur mar-

tyr social, et ne pas être placées en dehors de la société comme

appartenant à une caste de parias méprisées.

« C’est une honte pour les hommes d'avoir si peu fait pour la prolection de la femme en ce qui concerne les relations sexuelles libres, en dépit du fait qu’ils ne peuvent se passer d’elle tant pour leur propre satisfaction que pour leur santé. »

Le professeur Auguste Forel rapporte longuement le cas de la malheureuse Frieda Keller, que la cour d’assises de Saint-Gall condamna à mort, pour avoir étranglé son enfant de cing ans, parce qu'il était né presque d’un viol, parce qu'elle ne pouvait subvenir à ses besoins, bien qu'eile ait, à force de privations, payé les frais d’asile, et parce quelle voulait garder le secret du déshonneur d’une maternité involontaire et d’un accouchement illégitime. Par la suite, la condamnation à mort fut commuée en détention perpétuelle dans une maison de force, où la malheureuse resta quinze ans, pendant que le misérable séducteur demeurait impuni. Et Forel commente ainsi cette condamnation : « Une législation qui, dans un cas pareil, condamne à mort ce qu'on peut appeler à juste ture une victime, tout en laissant impuni le véritable fauteur primitif des causes du crime, est certes faite pour enlever fouie croyance en la justice dans une démocratie qui se dit chrétienne. C’est me justice de barbares, une honte pour le vingtième siècle, Ajoutons encore deux mots :

Fiat justitia, pereat Ads (Que la justice se fasse ; Û tan! pis si le monde en péril.) Le tribunal et les jurés ont appliqué à la lettre un article du Code, et tout est - dit. On appelle cela de la justice !

Le cas tragique de cette malheureuse femme illustre cruellement la brutalité et l'hypocrisie de nos mœurs dans la question sexuelle, et montre à quel degré de terreur fascinatrice, de honte atroce, de iourment et de désespoir, peut conduire la facon dont cette question est envisagée par ce qu’on appelle les bonnes mœurs. Je ne Pense pas qu'on puisse encore maccuser d'exagération en présence de faits pareils. Seul, le cœur de parchemin

de certains juristes et de divers: bureaucrates peut garder ici son sang-froid.

La maison de force à perpétuité pour la pauvre Ve d'un sort aussi cruel est une sorte de grâce qui ressemble bien plutôt à la plus amère des ironies.

Dans l’infanticide ordinaire, le véritable assassin a 7 en général pas la mère qui tue son enfant, mais bien plutôt le lâche père qui abandonne celle qu ‘il a. rendue enceinte et qui renie le produit de sa passion passagère.

Lorsqu'un jour loule grossesse et toute naissance seront considérées par la société humaine avec honneur et respect, lorsque toute mère sans exception sera protégée par la législation et aidée dans l'éducation de ses enfants, alors seulement la société aura le droit de juger sévère- : ment l’infanticide en pareil cas.

La fausse honte qu'ont maintes femmes de laisser voir :

leur grossesse et tout ce qui a rapport à l'accouchement, les plaisanteries dont on use souvent à l'égard des femmes enceintes, sont un triste signe de la dégénérescence el même de la corruplion de notre civilisation raffinée. Les femmes enceintes ne devraient pas se cacher, ni jamais avoir honte de porter. un enfant dans leur ventre : elles

devraient au contraire en être fières. Pareille fierté serait

cerles bien plus justifiée que celle des beaux officiers paradant sous leur uniforme. Les signes ‘extérieurs de la formation de l'humanité font plus d'honneur à leurs porleurs que les symboles de Sa destruction. Que les femmes-s’imprègnent de plus en plus de cette profonde vérité !

Elles cesseront alors de cacher leur grossesse et d'en avoir

honte. Conscientes de la grandeur de leur tâche sexuelle el sociale, elles liendront haut l’étendard de notre descen- - dance, qui.est celui de la véritable vie à venir de l'homme,

lout en combattant pour l'émancipation de leur sexe. Vu

‘sous cet angle, le rôle uchdb de femme devient élevé et solennel ; l'homme de cœur peut de moins en moins conserver son indifférence en voyant les misères sociales auxquelles a conduit un esclavage de la femme qui a duré des milliers d'années cet qui a déshonoré les plus

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