‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 52 sur 149 · PT · texte numérisé non relu

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Side Mes amis, peuplons la-France :

Ce. plaisir me paraît doux ; … Profitons de: linconsfance:. UE à. r ui charme certains époux, .. |

chez leurs femmes, en bôns drilles, :

Remplaçons ces froids maris.

Augmenter les familles, Hot C'est aimer son pays. v

(A. DaDa, 1819.)

-«< Aimez : la vie est courte et la mort éternelle ! » (AMPHIS)

Souffrez qu'avant de vous parler, je me place sous le double patronage de Stendhal et de Sénancour, qui, sous le même titre : De l’amour, ont écrit chacun un chef-

d'œuvre.

Le premier a dit, dans sa pféface même :

& Je n'écris que pour cent lecteurs, et, de ces êtres malheureux, aimables, charmants, point hypocriles, point moraux auxquels je voudrais plaire, j'en connais à peine un ou deux. ! »

. è Le secohd écrivait, il y a déjà cent ans :

« Des intentions sincères me feront pardonner le scandale que je donne malgré moi. Je ne suis pas dans les principes, mais il y eut plusieurs hérésiarques dont la conviction parut excusable : je deniande ici cette sorte d'indulgence qu'il fallut avoir pour eux. Sans doute on voudra bien ne pas meltre plus d'importance à mes erreurs que l'on en mettra à mes opinions. Nous sommes d'ailleurs dens un siècle fatigué de tout: cependant ces opinions me semblent tellement

\ j fondées, et je suis si loin de vouloir hasarder ce dont les conséquences me paraîtraient trop incerlaines, que je ne puis me défendre de croire que si je parviens un jour à les élablir mieux, le iemps ensuite les justifiera. » Le

Le à

Et-comme je conviens, avec Léon Blum, que nul sujet n'est plus difficile à aborder que celui-là, parce qu'il y a certaines catégories d'actes dont personne ne veut hypocritement supporter qu’on parle, maïs que tout le monde pratique, je crois que ce ne serait peut-être même pas trop d'invoquer une sorte de parraimage de l’Académie francaise, ou du moms de quatre de ses membres les qe marquants.

N'est-ce point Fillustre académicien Alfred Capus, lequel était à sa mort, commandeur de la Légion d’honneur, qui à pu écrire, sans que personne ne songeât à lui retirer sa cravate : -

&« Se formera-t-il un jour, plus tard, beaucoüp plus tard, une race d'hommes extrêmement civilisés él raffinés, pour qui la trahi-* son de la femme re sera qu'un petit accident sans intérêt, dont ils ne souffriront pas, qui complera à peine dans leur vie et n° exercera . aucune influence sur les relations sociales ? »

… N'est-ce os l'ilfustre académicien Emile Faguet, qui, dans son livre sur le féminisme, a osé écrire :

« J'aime mieux un peu d'adulière après le mariage (je dirai si l'on me pousse, MÊME CHEZ LA FEMME) que le stage d'à-présent, si

profondément démoralisaieur, corrupteur, et qui tarit les sources vilales et les sources morales de la race, »

N'est-ce point l'illustre académicien Paul Bourget, promu commandeur à la dernière promotion, qui sourit lui-même de l’indignation des vertueuses personnes du, quartier Marbeuf, qui ont déclaré à leurs protecteurs que l'auteur de la « Physiologie de l'amour moderne » était un homme à ne plus recevoir. » Et n'est-ce point le même écrivain qui ajoute : :

« Je me réjouis qu'un hasard inatiendu ait levé mes doutes, ét je livre cet ouvrage, sans érainte, aujourd'hui, qu'on y üoie dutre chose — j'entends légitimement — qu'un recueil dé remardues plus ou moins intéressantes sur un aniel dont les sages passant dtir pie à

pue

detre

dire : & Il n'y a pas que cela et le monde », et à à prouver par leur conduite qu'il n'y a pourtant que cela. Car cela, ce mystérieux et fatal charme re — heureux, c'est le paradis, — malheu-

reuxs»c'est l'enfer.

N'est-ce point enfin l’illustre académicien Marcel Prévost, commandeur de la Légion d’ honneur, lui aussi, qui a constaté :

« Regret du passé chez l'honnête femme, désir de l'adenture chez les autres : combien éprouvent le besoin d'un nouveau mariage, où tout ce qu'il y eut d'exquis dans la première initiative se recommence ! »

| N'est-ce point le même écrivain qui, dans son délicieux Jardin secret, passe cet aveu dénué d'artifice : « La loi de dissimulation et de mensonge es nécessaire : elle

présidera aù mariage tant que celui-ci sera un acte social. Où il y a rite el cérémonie, il y a apparai et leurre. » L

N'est-ce point le.même qui, dans sa réponse à l'enquête ouverte par M. J.-J. Renaud sur la faillite du mariage (1), s’exprimait avec la même franchise :

« D'abord, il est vrai que la crise du mariage exisle. Elle vient

de ce que les mœurs ne sont plus d'accerd avec l'institution. Les principes du mariage sont : indissolubilité, fidélité, fécondité. Or,

qui dit mariage, aujourd'hui, dit presque le contraire de tout cela:

Voilà ce qui est grave, bien plus que toutes les revendications écrites ou parlées. Car, lorsqu'une institution cesse de s’accorder avec les mœurs, il faut de toute nécessité ou réformer les mœurs, ou modi: fier l'institution. »

N'est-ce point le même enfin qui, dans un premier Paris publié par le Journal en mars 1908, convenait en ces termes, de la nécessité de l’évolution du mariage :

« Que le mariage ait besoin d'être adapté à l'esprit moderne, ce n'est pas douteux. La preuve en apparaît dans la crise même du mariage, et dans les efforts de réforme que tentent, sur ce point, la plupart des codes. La notion de fidélité réciproque est inséparable de celle du mariage solide, indissoluble, mais la tendance moderne est certainement de rendre ce devoir égal pour la femme et pour le mari. Sévérité égale pour la défaillance de l'époux et de

{4 Flammarion, éditeur,

DANEC

l'épouse, ou indulgence égale, suivant les cas ; mais égalité. La

notion d'obéissance féminine, disparue des mœurs, doit être abolic

des lois : il n’y a pas de chef de la communaulé, il y a deux asso-

ciés prenant leur décision d'accord. En somme, affirmation et

défense de la personnalité de l'épouse ; relèdement de son als

conjugal ;: tendance à l'égalité des deux conjoi is.

&« Le mariage est parfaitement habitable. Il stffit de l'adapter à l'esprit moderne, qui tend à égaliser les droits et les devoirs des époux. Les lois travaillent à ces changements; mais les époux n'ont pas besoin d'attendre les lois pour réformer le mariage dans leur

mariage.

« Tel est l'ensemble d'idées que j'ai essayé de rendre vivantes dans les Lettres à Françoise mariée. »

Mais tout cela, c’est presque, sauf la différence des conclusions, tout le programme de cet ouvrage, où Je vais successivement étudier la notion de la fidélité à travers les âges, les revendications de la femme, tendant à l’égahté des droits pour les deux sexes, les laideurs du mariage actuel et la nécessité de l'adapter à l'esprit moderne, qui s'émancipe de plus en plus, vers la liberté:

sexuelle.

Parce qu'en effet le mot de Henri Heine est toujours

vrai: «© On n'a pas encore inventé de boussole pour

naviguer sur la haute mer du mariage », je veux proposer mon modèle, en demandant seulement qu'avant de jeter les hauts cris, on ait la simple courtoisie d'entendre au moins mes arguments, après quoi seulement pourra-t-on savoir si ma thèse est morale ou immorale, sensée ou inepte.

Camille Mauss a eu la sagesse d'écrire, déhst sa

Magie de l'Amour GTS

AS cer liure est, comme De l'amour physique, un ouvrage immoralisle, je prélends que ni l'un ni l'auire ne décèlent la moindre immoralilé, car je ne crois pas à la morale courante el ne me donne point la peine d'y manquer. Pour moi, la seule immoralité consiste dans le fait de vivre sans préoccupation de la question morale, salisfit-on à fous les préjugés dont l'observance suffit à mériter un certificat d'études primaires de la vertu. Le montre est, par une comention analogue, tout type annorcialeur de transformations, el

(1) Ollendortt, {diteur,

So ANS

le vulgaire ne veut pas remarquer que la: série des types qu'il admet comme normaux a toujours été au cours des âges une série de monstres relativement aux espèces antérieures. C'est ce que penserait l'homme lacustre d'un de nos électriciens.

…[l n'y a que la morale pour être menteuse au point d'exiger le respeci immuable de ses dogmes et de considérer l'apparition des contre-vérités éthiques ou religieuses comme un scandale d'immoralité.

“je ne doule pas que ces considérations ne doivent faire envisager les quelques audaces qu'on crotra trouver en ce livre comme les prodromes de vérités destinées à être acceptées et tenues pour banales dans quelques annécs. »

Telle est ma conviction, relativement à la thèse que je vais présenter Icl.

Mais, d’abord, viènt-elle à son heure ?

Telle est la première question que je dois résoudre.

Je crois que personne ne me contestera que la guerre a profondément bouleversé nos mœurs, notamment au point de vue du mariage. L’adultère, dit le docteur Foulouse, remplissait le théâtre, parce qu'il rémplissait la vie, et la guerre l’aura encore multiplié. Il y a eu évidemment, observe Henri d'Alméras (1), des épouses irréprochables, mais ajoute le même écrivain, me permetira:t-on de dire, ou de redire, qW'il v en a eu d’autres 2

« Peut-être en avez-vous rencontré qui n'hésitèrent pas à remplacer un mari lointain, ou trop intermittent, par dés amants momeritanés qu'elles jugeaient indispensables ? Celles-là ont dû prendre, si elles ne l'avaient déjà, l'habitude de l’adulière, assez naturelle aux femmes, el celle agitation des sens, ce sadisme spécial, ce goût ‘si marqué pour la polyandrie que la guerre a provoqués chez elles, je ne suis pas sûr qu'ils se calment et disparaissent aussi après la paix [Lu

Il fallait surveiller avec plus de soin, traitér avec plus de rigueur ces établissements de plaisir où des aviateurs en chambre occupaient leurs loisirs à faire la bombe au lieu d'en jeter, en compagnie de gentils embusqués, trop peu solides pour la bataille, mais assez solides pour l'amour; et qui remplaçaient obligesmment,

(1) La femme amoureuse. Albin Michel, éditeur. |

ep

auprès des épouses très AAA eu des veuves frès consolables, les maris tués ou les maris absents. »

Ici cependant M. Henri d’ Alméras Sléce immédiatement une observation qui est, pour nous, d'un intérêt considérable, car elle aborde, ni plus ni moins, le sujet de ce livre, qui aurait aussi bien pu s'appeler : La moralité de l’adulière, puisque notre auteur ne fait aucune difficulté pour convenir que ce qu'y pouvail perdre la morale, la repopulation le gagnait. Et c’est, ajoute-t-il, le point de vue très imporlant auquel se sont placés, malgré leur piétisme,, malgré leur affectation de vertu, nos voisins d’outre-Rhin, quand ils n’hésitèrent pas à favoriser l'adullère pendant la guerre.

Cette considération me suffit pour réhabiliter ce prétendu délit, pour demander qu'il cesse même d’être traité ét puni en délit et pour réclamer l’abrogation dés articles 324 et 340 du Code Pénal qui sont deux survivances de barbarie, puisque l’un autorise le mari à tuer sa femme, surprise en flagrant délit, et que l’autre punit la bigamie des travaux forcés, chez les deux sexes.

Aussi bien, puisqu'il a suffi à Georges-Anquetil que . quelques Cours d’Assises aient acquitté quelques hommes bigames pour y Voir avéc räison un courant d'indulgence eh faveuy des manifestations de l'instinct sexuel, qui est évidemment polygamique, me pérmettra-t-ôn de prendre lé même point de départ, pbuisate je puis annoncer, à mon. tableau, l’atquittement récent de! trois femmes bigames, et inême de quatre en fait.

Voici en effet, d’abord un extrait de l'Ecteis (de Part) du !°* mai 1923 :

UNE BIGAME EST ACQUITTÉE. — La cour d'assises de. Versailles a acquitté, hier, Mme Madeleine Drocourt, vingt-cinq ans, domes- - tique à Courbevvie, accusée de bigamie.

Puis voici une chronique judiciaire de l’Avenir d'Arras et du Pas-de-Calais (n° du 21 juin 1923) A l'audience de mardi a comparu Lucie Bonnefoi, 35 ans,

ouvrière agricole à Lorgies, pour crime de bigamie. 2, accusée, veuve de Lejeune Foriuné, mort pour la France, le 6

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