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octobre 1915, est allée habiter Périgueux après l'ASEROn de
Lacouture en avril 1918.
Le 30 octobre 1920, elle y épousa un sieur Jobangdd avec lequel elle fit mauvais ménage et dont elle se sépara après quelques mois
de vie commune.
= En mars 1922, elle vint habiter Lorgies avec ses deux enfants
qui élaiert issus de son premier mariage, elle s’y fit appeler veuve Lejeune et, pour échapper à la misère, épousa le manœuvfe Gruson
Fernand.:
Lucie Bonnefoi a êté acquittée.
Au moment même où je corrige les épreuves de ce . livre, je trouve dans les numéros du 20 septembre du Journal, de l'Homme Libre, et du Journal du département de l'Indre, le compte rendu de l’ACQUITTEMENT, par la Cour d’assises de l’Indre, d’une autre bigame dont voici l'histoire.
Berthe Lemeux s'était mariée, en 1905, à dix-sept ans révolus, avec un sieur Victor Gressier, par devant l’officier de l’état-civil d’Asnières-sur-Oise. Quatorze ans plus : tard, bien qu’elle ne fût ni veuve ni divorcée, elle épou- sait dans l'Indre un sieur Eugène Monjoin. Les deux
. maris ont comparu et déposé à l’audience. L’accusée était servie par le fait que mention de son mariage n'avait point été faite, comme le veut la loi, sur son acte de naissance, en sorte que son second mariage put être célébré’ sans difficulté. Dans son réquisitoire, l'avocat général, en déplorant que le crime de bigamie ait triplé depuis” la guerre, déclara qu’on ne pouvait incriminer le maire qui avait oublié de faire mentionner le mariage sur l'acte de naissance, parce que ce maire :— qui n'était ‘autre d’ailleurs que l’académicien Frédéric Masson —— était mort depuis. Vingt-cinq minutes de délibération suffrent au Jury pour rapporter un verdict d’ acquittement.
Enfin le n° du 6 juillet 1923 du Populaire de Nantes nous rend compte de l’audience de la Cour d’Assises du Finistère du 4 juillet, devant laquelle ‘comparaïissait Valentine Daniel, A Perrot, deux fois bigame, et poursuivie à la fois pour bigamie et pour faux. Titulaire de huit graves condamnations antérieures pour vols,
re
Un bre Ne, escroquerie, abus de confiance, etc., elle était passible de la relégation. Elle n’a été cependant condamné qu'à deux ans de prison, le Jury n'ayant reconnu que l'usage de faux, et — détail particulièrement intéressant à noter pour nous — l'ayant acquittée du chef de bigamie.
Pourquoi ces acquittements, qui eussent provoqué un concert général de protestations avant la guerre, passentils maintenant presque imaperçus, n'étant pas désobligéam- . ment appréciés par le Figaro lui-même, qui les signale sans commentaires ? Parce qu'ils traduisent un état d’esprit de plus en plus général, dont le rôle dé ce livre. est de découvrir les causes et d'analyser les heureux effets. | À la vérité, il est M bnés table que l’on ne se soit pas rendu compte, beaucoup plus tôt, de l'illogisme de notre mentalité antérieure. Dès l'instant qu'on eut admis le divorce, qu’on eut rompu avec l’archaïque et indéfendable indissolubilité du mariage, du même coup, on admettait la polygamie au moins successive. De la polygamie successive à la polygamie concomitante, il ny a qu'un. pas. J'espère vous le faire franchir de bon gré. Le professeur Charles Turgeon en convenait, quand il écrivait : «, Se démarier au gré de l’un ou de l'autre, qu'est-ce donc sinon le droit individuel de s'aimer pour un temps el de rompre à son bon plaisir 2 »
Or les divorces, en France, ont subi la courbe sans cesse ascendante de 19.000 en 1813, à 40.000 en 1922, ét un article de M. Charles Eckle dans le Matin du 17 juillet 1923 nous apprend que si l’adultère du mari nest établi que dans trois divorces sur huit, celui de la femme l’est dans les cinq autres cas. Il] nous montre aussi .que nous en arrivons à avoir un divorce par sept mariages !
On comprend aisément que, devant d'aussi brillants résultats, M. Léon Blum ait pu écrire :
(QT m'est arrivé de constater, comme tout le monde, par une suite d'expériences ou d'observations quotidiennes, combien, dans le mariage tel qu'il est aujourd'hui pratiqué, le bonheur est fortuit et difficile. J'en suis venu à me demander, ce qui est fort banal encore,
st. cel élat s'expliquait par quelque vice inhérent à la notion même du mariage, c'est-à-dire de la monogamie ou par les modalités présentes de l'institution, t'est-à-dire par les habitudes sociales.
Nos mariages sont assez corrompus, et l'on voit bien que je ne puis me prêter à rien qui les dégrade davantage. Tout mon effort ne va qu'à les assainir par une loyale reconnaissance des besoins el des caractères et par une juste adaptation dés mœurs de la nature. Plus la combinaison que je suggère est délicate, plus elle exige de netteté, de probité réciproque. »
Mhis c’est encore Camille Mauclair qui, dans la Magie de l’amour, a porté le plus rude coup à l’artifice de nos conventions et a le mieux träduit ma pensée quand il à
écrit : | |
« La permission légale du mariage, avec son correctif, le divorce, — dont en vérité il est incroyable que la création n'ait pas été simulienée — cetle permission de l'accouplement avoué et honoré a pour première el précieuse conséquence, pour primordiale utilité, de permeltre aux dames soucieuses de leur bon renom de recevoir successivement dans leur lit deux, trois, quatre’ maris et d'accomplir avec cux l'acte sexuel au su de tous, sans perdre ainst une parcelle d'honorabilité, alors qu'elles y devraient renoncer si elles avaient reçu dans le même lit, les mêmes hommes pour consonmer le même acle, mais si, faute de l'estampille de la mairie, ces hom« mes n'avaient eu droit qu'à la qualification d’amanis.
L'intervention bienveillante du maire, ociroyant la legal ation d'une luxure, exorcisant toute idée de péché, est de celles doit les personnes bien pensanies ne sauraient pas plus se passer, au point de vue laïc, que de l'absolution du confesseur entre deux rendes vous galants — voire adultérins, au point de vue religieux — et 1 convient d'admirer un arrangement aussi ingénieux pour excuser l indé-. cence naïve des appétits naturels.
Voilà donc en effet Patent admis les maris succéssifs.
Quand on songe qu'il n’y à pas même cinquante ans que le divorce” a été rétabli en France, qu’au siècle der. nier, les honnêtes dames d’ aujourd” hui, en eussent été réduites à prendre des amants, à être par conséquent, avec la même conduite, aujourd’hui permise, proclamées des grues, convènez de l’impossibilité où vous êtes de savoir si demain la polyandrie ne sera pas, elle aussi, reconnue parfaitement honorable, comme elle l’a été iadis et comme
ca 159 ie à
elle Fest encore de nos jours dans certains pays. Lisez
le professeur Auguste Forel :
« & Les Singalais étaient polyandres avant la conquête anglaise, ef jusqu'à sept hommes avaient une femme en commun ; mais la polyandrie règne surtout am Thibet. Chez les peuples polyandres les maris ne sont pas tous sur le pied d'égalité: quelques- -uns ont une situation inférieure, correspondant à peu près à celle des concubines. |
Chez les Todas, le mariage par groupes est constitué comme suit. Fous les frères sont les époux de la femme de Faîné, et toutes les sœurs de celte femme sont en même lemps les femmes de leurs beaux-frères. Si nous exceptons la prostitution, ce cas. est, chez
l'homme, le seul qui se rapproche de la promiscuité. Le mariage par.
groupes constitue cependant une promiscuité extrêmement restreinte,
Là où les hommes prédominent, le fait provient souvent de l'infanticide commis sur les petites filles et aussi de la façon dont les femmes sont surchargées de travail. Chez les Singalais, la nativité des garçons est certainement supérieure à celle des filles, tandis qu'en Asie Mineure, au contraire deux filles, en Arabie même quatre filles, naissent pour un garçon. »
Remarquons immécliatement que si la polyandrie fait
naître plus de garcons que de filles, son imstitution en France aurait déjà pour résultat de rétablir un |meil-
leur équilibre, puisque Georges-Anquetil a démontré qu'il
y avait actuellement, pour un homme, quatre filles à marier. (
Puis lisez le docteu: Mayÿoux, qui cite lui-même Fopinard, et admirez la suprême logique des jaloux :
« La femme est considérée chez les Australiens comme un être
subalierne créé pour l'homme; elle est sacrifiée à: sa naissance de préférence aux mâles, et fiancée quelques jours après souvent aux plus âgés de la tribu. Jeune fille, elle est en butte à toutes les tentatives de violence et ne tarde pas être criblée de cicatrices: femme, cle debient l'esclave, la bête de somme de son épôux qui, pour la moindre offense, lui distribue des coups de lance dans les jambes sans que personne n'ait rien à y voir. St, plus d'une fois, j'ai constaté dans les récits l'affection des pères pour leurs enfants et en particulier pour les garçons et réciproquement, famais je n'ai vu trace d'un sentiment sérieux du mari pour sa femme. L' Australien est jaloux à la manière des brutes et, s'il se sent le plus fort, tue à l'instant le complice soupçonné de l'adultère. Par compensation, il cède sa femme ou sa fille avec la plus extrême facilité, pour une pipe de tabac ou quelques hameçons; il l'offre même par hospitalité.