‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 54 sur 149 · TION · texte numérisé non relu

TION

\Si on leur demande, comme le fit l'explorateur Eyre, pourquoi ils tiennent à leur femme, « C'est, répondent- ils, parce qu'elle porte tout notre bagage ». C'est ainsi que la famille patriarchale sé révèle, dès l'origine, comme une forme de la propriété.» F

Nous aurons occasion de revenir plus loin sur cette notion de propriété, dont trop de traces subsistent encore aujourd'hui, mais je tenais à appeler d’abord l'attention de mes lecteurs sur la réserve qu'il fallait apporter au jugement des mœurs humaines, qui ont été, on le verra au cours de cet ouvrage, si changeantes. Aïnsi'dans la préface du Âarem de Svta (1) Jane de la Vaudère, évoque excellemment l’époque où régnait la polyandrie :

« S'il existait ae l'Inde, dit-elle, des contrées où les épouses se brâlaient sur le bûcher de leur maître très aimé ; dans d'autres provinces, de nombreux époux se dévouaient à pi félicité d'une femme unique, lui apportaient, avec un SPPAONEUE jaloux le tribut de leurs hommages et de leurs éaresses.

Le Malabar, qui vit tant de ‘flambées conjugales, tant d'amantes éplorées offrir leur corps charmant aux baisers du monstre, dans. un suprême spasme d'amour, vit aussi beaucoup de maris se sacrifier pour le bonheur d'une seule. |

Dans quelques parties de ce pays étrange, les femmes NU d'une liberté entière, et la polyandrie y était d'un usage général. Ainsi, dans une famille, plusieurs frères n'avaient qu'une seule compagne, dont les enfants appelaient indistinctement € papa » tous ces collaborateurs de mérite égal. Mais la femme, insatiable et changeantie, ajoutait souvent des étrangers à ces maris du même sang. Les plus riches s'offraient un harem soigneusement choisi, les “plus pauvres se pourvoyaient au hasard des rencontres. |

Le premier fiancé passait au cou de la jeune fille un collier fait de graines enchanlées qu'elle gardait dans toutes les étreintes, et que la mort même ne déliait point. Mais, au bout de quelques jours, qui avaient:la douceur du miel, ce premier seigneur était congédié avec une récompense honnêle, el devait faire place à de nombreux successeurs.

La jeune épouse élait devenue la propriété non de la tribu tout entière, comme dans la famille primitive, mais d’un grand nombre de membres qu'elle choisissäit à son gré parmi les plus robustes et les plus dociles. Chacun d'eux, après la caresse initiale, plantait son poignard dans l'huis de la tant aimée pour indiquer qu'il s'était montré digne de la haute faveur. Les enfants qui résultaient de ces

(1) Méricant, étiteur.

ETS Rae à

. unions passagères ne pouvaient porter que La ne teus mère,

puisque le père restait généralement inconnu. Le frelon de (volupté quiltait la ruche active, aussitôt son devoir accompli, et l'abeille continuait à butiner dans tous les champs d'amour. =

Cette polyandrie, si choquante pour nos idées modernes, est une institution fort ancienne dans’l'Inde, et le « Tue-la ! » de nos comédies passionnelles aurait plongé ces peuples pacifiques dans une stupéfaction profonde ?.. Ne voit-on pas, dans le Mahabharatta, les cinq frères Pandava épouser la belle Draupadi & aux yeu* couleur de lotus » ? {Ve voit-on pas dans les poèmes sacrés, les Tantras el les Sutras de la Bakti, soixante amants et même davantage se consacrer au bonheur d'une seule 2 Depuis la promiscuité sans limites des tribus sauvages jusqu'à la prohibition absolue de l'œuvre de chair, en dehors de cerlaines cérémonies qui changent sui-

* vant les pays, que de degrés différents dans la liberté accordée

aux rapports sexuels par l'opinion publique et par la loi sociale ! Chez certains peuples, la monogamie: est obligatoire, chez d'autres. la polygamie ésl permise sous toules les formes raffinées où brutales. À des époques lointaines, les femmes, qui avaient, dans quelques contrées de l'Inde, le pas sur les hommes, jouissaient des prérogatives que les nouvelles religions leur refusent aujourd'hui. Souvéraines maîlresses au logis et conseil autorisé dans les choses de l'Etat, rien ne se faisait en dehors d'elles, et l'Etat ne s'en trouvait pas plus mal ! Mais le « diable » n'avait point été inventé, et la pomme dé discorde demeurait au pommier dans le Paradis terrestre Gui contenait, d'ailleurs, d’autres fruits plus savoireux...

Les Rackchasas, Belzébuth, Eblis, Satan, démons, génies du mal

que tous les prophètes, tous les pasteurs d'hommes ont appelés à leur aide pour maintenir les opprimés sous le joug des religions, n'avaient point encore paru officiellement en ce monde et l'œuvre de chair n'étant point une œuvre de honte, la femme demeurait respectée et puissanie. a

* Dans quelques parties du Dekkan, les anciennes coutumes persistèhat malgré le Bouddhisme et l'Islamisme. Les Naïrs de la côte de Malabar conservent encore des institutions primitives qui n'exislent plus en Occident qu'à l’état de vestiges. On peut étudier, chez eux, la famille maternelle, telle qu'elle fut dans les temps reculés. La femme, alors, était le véritable chef de l'associalion et en exer-. çait l'autorité que nul ne cherchait jamais à lui contester. Elle avait autant dé maris qu'elle le désirait, ne se préoccupant guère que de choisir des sujets sains et beaux parmi les hommes de sa caste. Les Brahmanes, surtout, en raison de leur caractère sacré et de leur ancien prestige, allaient de maison en maison, s'offrir pour l'œuvre d'amour. à

* Les souveraines consacraient une’ partie de leur palais aux hommes jeunes et séduisants qu'on leur amenait de tous'les pays. Lorsqu'un époux mourail, ce n'étaient pas ses enfants qui hérilaient

de lui, mais 1 enfants de sa sœur aînée, Le matrimoïne passait de

fille en fille, — ainsi que le pouvoir Fous

C’est que la polyandrie existe RARE là naturé, et que

LE d : qe # . .

souvent notre vanité est bien obligée de convenir que Si

nous ne sommes que des animaux supérieurs, nos frères inférieurs sont certainement moins vicieux, mOms dépravés, moins fous que beaucoup de pauvres humäins, lamen-

tables malades sexuels. Or la nature veut que les

formes qu’elle a créées se conservent indéfiniment, et pour cela tous les moyens lui sont bons. Si elle nous donné l'exemple laborieux de l’abeille, elle ne nous éäche par l'exemple polyandrique de la mante et de ses cruelles amours. Et il ny a pas, dans la volonté de vivre, la moindre trace de notre pauvre petite morale humaine. (|) Le docteur Garnier nous rappelle que si un cerf suffit à vingt biches, le taureau à cent vaches, le bélier à/un troupeau encore plus nombreux, le sérail aux cent odalisques n’est ainsi que l’emblème de nos basses-cours avec le coq triomphant. Mais il oublie de nous parler des amours de ces admirables insectes que sont les fourmis, et où ne règne que la polyandrie, comme nous lé verrons plus loin.

Donc, en définitive, rien de nouveau sous le solëil, rien.

de subversif ni de révolutionnairé dans ma thèse, que bien des considérations devaient m'inciter à croire de e le moment de développer. -

Le plus éclatant des succès n’a-t-l pas couronné, es librairie, au théâtre et au cinéma,-l’Atlandide de M: Pierre Benoît. Or on ne me contestera pas que son Antinéa était une furieuse polyandre, dont les mœurs n’ont, qué je . sache, choqué personne. Peut-être parce que M. Pierre

Benoît n’avait pas plus inventé le personnage que 11 auteur

de « She » lui-même.

T'allement des Réaux, justement cher à M Alexandre

Zévaès, nous conte, dans ses Hisloriettes, que Marguerite dé Valois (la reine Margot) avait comme coffret aux sou-

(1) Voir R. de Gourmont : Physique de l'amour.

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