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Tantôt l'homme, tantôt la femme Trichent au jeu, les deux parfois.
Tissu d'hymen, mauvaise trame !
Cela s'effile entre les doigts.
J'ai consulté mâles, femelles,
Gens de tous poils, de tous métiers Les pigecnneaux, les vieux routiers, /Les blonds, les bruns, les roux, les laides et les belles ; Consensus omnium : tous ont levé la main !
Nous croyons cependant que, tel qu’il continue à être compris, ce soit surtout pour la femme que le mariage n'est pas drôle. Arnolphe en prévenait jadis loyalement Agnès. Il pourrait, avéc autant de vérité, lui renouveler cet avertissement aujourd'hui :
Le. mariage, Agnès, n'est pas un badinage
A d'austères devoirs le rang de femme ergage : Et vous n'y montez pas, à ce que je prélends, . Pour être libertine el prendre du bon temps.
Du côté de la barbe est la toute puissance, Bien qu'on soit deux moitiés de la société, Ces deux moitiés, pourtant, n'ont pa: d'égalité L'une est moilié suprême et l'autre est subalierne; L'une en tout est soumise à l'autre qui gouverne, Et ce que le soldat, dans son devoir instruit, Montre d'obéissance au chef qui le conduit, Le valet à son maître, un enfant à son père, À son supérieur le moindre pelit frère, : N'apprache point encor de la docilité, Et de l'obéissance, et de l'humilité, Et du profond respect où la femme doit être Ù Pour sen mari, son chef, son seigneur et son maître. Lorsqu'il jeite sur elle un regard ‘sérieux, Son devoir aussitôt est de baisser les yeux, Et de n'oser jamais le regarder en face, Que quand d'un doux regard il lui veut faire grâce. C'est ce qu'entendent mal les femmes d'aujourd'hui . Maïs ne vous gâtez pas sur l'exemple d'autrui. Gardez-vous d'imiler ces coquettes vilaines Dont par touie la ville on chante les fredaires, Et de vous laisser prendre aux assauts du malin, C'est-à- dire ‘d’ouir aucun jeune blondin.
Songez qu'en Vous faisant moilié dé ma personne, C'est mon honneur, “40 que je vous abandonne,
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Que cet honneur est tenure, et se. blesse de peu Que, sur un tel sujet, il ne faut point de jeu;
Et qu'il est aux enfers des chaudières bouillantes, Où l'on plonge à jamais les femmes mal vivanies: Ce que je vous dis là ne sont pas des chansons, "Et vous devez du cœur dévorer ces leçons.
Si votre âme les suit, et fuit d'être coquette,
Elle sera toujours, comme un lis, blanche et nette : Mais, s'il faut qu'à l'honneur elle fasse un faux bond Elle deviendra lors noire comme un charbon; Vous paraîtrez à tous un objet effroyable,
Et vous iriez ur jour, vrai partage du diable, Bouillir dans Îles enfers à ioute éternité,
Dont vous veuille garder la céleste bonté 1
Vous retrouvez, dans ces vers, la vis comica qui ont toujours, chez Molière, sa féroce ironie 4 son gros bon sens, comme dans ces conseils de sagesse qu'il donnait aux parents de tous Îles temps :
Sachez que d'une fille on risque la vertu,
Lorsque dans sor. hymen son goût est combattu; . Que le dessein d'y vivre en honnête personne Dépend dés qualités du mari qu'on lui donne;
Ei que ceux doni, parlout, on ‘montre au doigt le front Font leurs femmes souvent ce qu'on voit qu'elle sent. Il est bien difficile, enfin, d'être fidèle
À de certains maris faits d’un certain modèle;
Et qui donne à sa fille un homme qu'elle hait
Est responsable au ciel des fautes qu'elle fait.
Malheureusement, je crois que plus nous allons, plus les conditions de la vie moderne rendent le mariage difficile, car’les exigences économiques priment plus que jamais les élans du cœur, et on seulement la funeste dot conditionne souverainement les unions, mais encore Îles hommes, se mariant de plus en plus tard, peuvent de moins en moins prétendre à satisfaire chez leur femme leur droit à l'amour physique. Pauvre vieux mari dont on a dit : | | |
« On ne se servira que d’un même flambeau
« Pour le:conduire au lit et du lit au tombeau !»
, ° mn Le Mais aussi pauvre jeune femme |
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N'aurait-on pas le droit, dit le D' Caufeynon, de reprocher à nos inslitutions de n'accorder aucune garantie sociale positive à une jeune fille, victime de l'ambition que des parenis avides font passer au printemps de sa vie, dans le lit d'un @pari hideux ou d'un vieillard décrépit.
& Vieillard irréfléchi qui, à nie de nos anciens partriarches, cherchez à soutenir votre existence par l'haleine des jeunes filles et la transpiration qui émane de leurs corps, soyez assez juste, du Moins, pour ne pas frouver extraordinaires certains tourments que vous vous créez vous-même. N'oubliez pas que, si la nature a comblé de tous ses dons votre jeune épouse, c'est dans l'intention secrète qu'elle devienne la tige d'une postérilé saine et vigoureuse; el que si nos lois ont élé assez infustes pour l'immoler à vos vains caprices, la raison, l'excuse de soupirer après le. nom sacré de mère et de porter ses désirs vers les jouissances autorisées par toutes les lois pour la perpétuité de l'espèce. Je peñsé que vous m'autez facilement compris ! »
Oui, mon cher docteur, tout le monde vous entend et comprend très bien : c’est la thèse de l’amant légitime que vêus soutenez là ! |
Or le nombre des cas où vous l’admettez vous-même ne peut que croître, car voici l'opinion de Forel :
« Le manque d'argent et les salaires insuffisants diminuent de plus en plus le nombre des mariages dans les grands centres, landis que chez les sauvages, ét en partie aussi chez nos paysans, les femmes et les enfants sont une des scurces principales de la richesse, parce qu'ils travailler el ont peu de besoins. Chez le bourgeois, au contraire, la femme est avant tout coûteuse, de même que l'éducahon des enfants. Pour l'homme, la durée de l'éducation intellectuelle et professionnelle, ainsi que le service mililaire, rendent le mariage de plus en plus tardif, et le célibat est pour lui obligaioire au moment où ses appétits sexuels sont le plus puisas Donc, plus la civilisation s'élève, plus les deux sexes se marient lard. »
Êt nous ayons vu précédemment que lorsque Monseu ne peut plus, Madame, elle, peut encore ! Aussi un auatrain populaire dit-il :
Quiconque a Soitante üns vécu ! Et jeune fille épousera,
S'il est galeux, se grattera
Avec les ongles d’un cocu.
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Mais me contesterez-vous le droit de la femme à l'amant légitime dans les cas également si nombreux des mariage d'argent, où la jeune fille, difforme ou.
infirme, borgne ou sourde, achète un homme qui se vend,
et que je ne puis appeler autrement qu’un maquereau légal.
Car je suis moins pudibonde que l’auteur de Paris Mariage, paru en 1854 dans la collection des Petits- Paris, et qui écrivait :
« L'Allemand Jean-Paul Richter dit quelque part que l'amour
est comme les pommes de terre ; qu'il y a sept ou huit manières de l'accommoder, °
Ne pourrait-on pas dire aussi qu'il y a sept où huit manières d'intérpréler la morale ?
Un jeune homme a une maîtresse qu'il aime dépuis longtemps, il reçoit de l'argent de cette femme. On le sait; il cest déshonoré, il
est flétri d'un nom que ma plume se refuse à écrire, il est entretenu.
Voici une jeuné fille que vous ne connaissez pas ; vous lui faites votre cour, vous l'obtenez en mariage; celle vous apporte deux, {rois, quatre cent mille francs ; chef de la communauté, vous faites de cet argent ce que bon vous semble, et vous. êtes un honnêle homme. < |
Faïtes comprendre cette sublilité à un sauge [ » ;
Le professeur Auguste Forel, avec son courage habituel, s’est franchement expliqué sur cette QUEPtoRE :
«Le mariage d'argent est la forme moderne di si l'on veut, le dérivé du mariage par achat. Autrefois, on achelait une femme et l'on vendait sa fille. Aujourd'hui on se vend à une femme et l'on achète un gendre. L'amélioralion consisie en ce que l’acheteuse et l'acheté ne se trouven! plus l'un vis-à-vis de l'autre dans la posilion de propriétaire et d'objet possédé. Néanmoins le mariage d'aujourd'hui donne lieu à bien des trafics, des spéculations et des exploitations de nature fort malpropre.
La prostitution, le mariage d'argent et le concubinage vénal sont, chacun à sa façon, des éléments de corruption et de décadence qui, combinés à l'alcool, aux jeux de hasard, à la spéculation, à la/
-poursuile de l'argent et au luxe en général, menacent de préparer
l'effondrement de notre culture moderne.
Un homme bien élevé el instruit, mais sans argent, qui voudrait par exemple se marier étant étudiant pour éviter la prostitution cu d'autres égarements de ce genre, qui voudrait vivre avec sa femme. dans une chambre, sans le moindre apparat, chacun travaillant de
son côlé, trouverait ‘bien difficilement une fille bien élevée ‘qui
consenitt à le suivre dans cet ordre d'idées et dans ce projet. Tout doit se passer selon la mode, la coutume: et les préjugés de la classe * cù l'on vit, ce qui la plupart du temps rend le mariage impossible tant qu'on n'a pas ce que l'on appelle une position. Personne cependant ne jeitera la pierre au même étudiant s'il vit en concubinage avec une grisetle qui lui permettra de réaliser son désir. Pourquoi les mêmes moyens d'existence qui permetent le concubinage ne pourraieni-ils suffire au mariage ? Par cette question, je veux simplement indiquer un problème sur lequel nous reviendrons, tout en faisant loucher du doigt l'ulcère qui ronge notre vie sexuelle moderne,
Par mariage d'argent on entend le mariage qui se conclut sur
des calculs d'intérêt et non sur l'amour. Il ne s'agit pas toujours :
en réalité d'une somme d'argent. La position, le nom, les litres, les convenances viennent compliquer la question et la nuancer.
Dans pareil trafic on spécule fréquemment sur les héritages, Le
plus souvent, ce sont des hommes qui cherchent une femme valant
tant ou tant, ef, ce faisant, ils se trompent grossièrement dans leurs calculs, parce qu'ils ne comprennent ni la valeur, ni la nature du vrai caractère de leur future.
Le mariage d'argent ne se conclut pas seulément en grand, chez les riches, mais aussi journellement en petit, permi le peuple, chez les paysans. chez les ouvriers même. {1 constituent pariout l'un des éléments corrupleurs principaux des rapports sexuels et de la procréalicn. De braves servanlies, qui ont réussi à épargner quelques centaines dé francs, sont souvent épousées. en vue de cetie petite somme, puis abandonhées, lorsque le digne époux l'a dissipée.
Pour ne pas lomber dans les banalités, nous ne poursuivrons pas dans ses détails ce thème, déjà si usé dans les romans modernes et dans les bavardages de salons, el nous lerminerons «en constatant simplement que ce système vénal ouvre la porte toute grande à l'hypocrisie, à la lromperie el aux abus de toutes sortes, Ce n'est pas sans raison qu'on a flétri le mariage d'argent du terme de prostitution fashionable, »
Il y a déjà cent ans, Fourier disait :
« Dans le mariage, le mari et la femme se vendent verlueusement ; et de même qu’en grammaire deux négalions valent une affirmation, l’on peut dire qu'en négoce conjugal deux prostitutions valent une vertu. »
Aujourd'hui Charles Turgeon nous répète :
© Le temps doit finir des mariages d’argent, des spéculations d’ambition, des marchés de convenance. Le mariage est un contrat sordide ou un guet-apens criminel.