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d’un mariage : le bavardage de la femme, sa jalousie, sa stérilité,
le manque de respect à la belle-mère. Elle ordonnait d'administrer quatre-vingt coups de bambou à l'homme qui répudie sans raison sa femme, ou aux deux époux qui, malgré le divorce prononcé, continuaient à vivre ensemble.
Toutes ces dispositions ne figurent plus dans le nouveau code; mais celui-ci contient deux articles qui, par leur originalité, méritent une mention spéciale. L'un dit que, pour éviter la dissolution à la légère d'une union, il faut pour divorcer le consentement des père ei mère des époux. L'autre considère comme un cas de divorce les mauvais traitements infligés au beau-père et à la belle-mère, cé qui semble indiquer qu'en Chine les belles-mères et les bellesfilles ne s'accommodent pas mieux entre elles qu'en Europe.
À la vérité ces incessantes modihcations des lois sur
le mariage prouvent que, si l’on.en est réduit à tâtonner sans césse, C’est qué nous sommes encore bien loin de la perfection, qui sera toujours vainement recherchée tant qu'on n'aura ni le courage ni la logique d'envisager la solution franche de la liberté sexuelle. Le professeur Forel l’a deviné, quand il a écrit : |
« Notre monogamie religieuse actuelle, complétée par la honteuse promiscuité de la prostitution, est à la fois HYPOCRITE et MALSAINE.
’*« 8 0 77 < Jusqu'à preuve du contraire, nous considérons comme la forme du
mariage la plus avantageuse pour l'avenir une sorte de monogamie (éventuellement de pPoLYGAMiE) libre, accompagnée d'obligations
relatives à la procréation des enfanis el aux enfants procréés. La
polyandrie n'aurait qu'accessoirement un droit d'existence dans cer-
lains cas exceptionnels. »
Mais voyez la réserve de la dernière phrase, parce
qüe l’éminent maître lui-même n'ose pas rompre en. visière avec l'opinion courante sur la fidélité des femmes . mariées, fidélité sur laquelle nous serons bientôt fixés !
T'aine qui a dit : « On s’étudie trois semaines, on s'aime {rois mois, on se dispute frois ans, on se tolère trente ans et les enfants recommencent », a également dit : « Une femme se marie pour entrer dans le monde : un homme pour en sortir. » Comment voulez-vous dès lors qu'à côté
du mari, plus rangé parce que plus blasé, il n’y ait pas.
place pour l’amant dont les goûts mondains et frivoles seront plus en harmonie avec ceux de la jeune épousée,
ES
— 283 — Ni Et comment les deux hommes pourraient-ils être jaloux ? Ils ont, l’un et l’autre, des qualités tout à fait différentes, dont l’ensemble doit s’unir pour le bonheur intégral de l’élue. F
Alors seulement Je mariage ne sera plus « la satisfaction légalisée et gratuite, à domicile, d'une série d'habiudes sexuelles auxquelles l'épouse est d’abord initiée puis graduellement pliée, machine à servir durant le jour, machine à Aimer durant la nuit. » (1)
Quand Balzac disait: & Un amant apprend à une. femme tout ce que son mari lui cache y», il proclamaït inconsciemment la raison d'être, la nécessité naturelle de l'amant.
Aujourd’hui sans doute il n’y a plus d'école fourié-: riste pour prêcher l'égalité des sexes jusque dans la liberté sexuelle, Mais comme, même après la mort de Fourier, notre mariage bannit toujours la sincérité des relations passionnelles, engendre toujours l’égoïsme, l’avidité de l'argent, la fourberie, le mensonge, l'ambition, la mau-
vaise foi en affaires et détruit toujours l'esprit de solida- rité, nous voyons ses constatations reprises par des physiologistes, soucieux d’apporter dans ce chaos dont parlait Bergerat les clartés de la science. C'est ainsi que Forel, reconnaissant au ‘avant l'institution du mariage, la femme était libre, ajoute, corroborant les conclusions de Wes- . termrak que nous avons citées :
« Învénté par le mâle plus fort qui commençait à raisonner, le mariage n’a été d’abord qu'un asservissement de la femme. Pour lui rendre sa liberté complète, il faut donc qu’il se transforme à nouveau de fond en comble. »
Dans son admirable-livre mi-philosophique, mi-scientifique « Préjugé et problème des sexes », Jean Finot a ainsi résumé les réquisitoires dressés contre notre mariage :
« Le mariage qui enferme nos sentiments dans des frontières * légales, n'est-il pas en contradiction flagrante avec les besoins de notre cœur, avec noire sensibilité qui, toujours en éveil, demande
(1) Camille Mauclair. La magie de l'amour,
la nature humaine 2
des changements conlinuels et ne se laisse pas enchaîner par dés articles du Code, ni par les clauses d'un contrat. Alors pourquoi imposer aux deux époux des sas impossibles et contraires à
L'amour se trouve par cela même vicié. Le mariage est basé surtout sur les intérêts matériels. La convenance des parents ou l'appélit du ‘bien-être et du confort chez les conjoints, en font la loi. La sélection sexuelle devant s'opérer au profit des meilleurs et des. plus forts, au point de vue moral el physique, devient ainsi irréa-. lisable. L'humanité se dégrade. L'affeclion sexuelle chassée de
l'enceinte du mariage, avilie et prostituée, par l'intérêt, prend toutes
les formes, sauf celle de l'amour. Le mariage n'est que la prosti-
fution organisée, avec l'aide, de l'Etat. Les enfants naturels, qui
sont par excellence des fruits de l'amour, se trouvent méprisés et abandonnés. L'argent devient la suprême loi de la vie. Et cimenlée et fortifiée par le mariage, qui s'appuie surtout sur l'argent, la société moderne se maintient puissante et vicieuse.
Que devient la femme dans tout ceci. ?
Elle se vend tout simplement à l'homme, ou ,s'achèle un meri. »
Et c’est le même écrivain qui conclut :
@ L'homme et ld femme respectent plus leur dignité récipro-
- que à mesdre que les chaînes du mariage ont cessé de les serrer . douloureusement. D'autres aspirations ont rempli leurs âmes. Et ce
n'est que le commencement...
« Le mariage demande d'autant plus à être transformé, qu'autour de lui tout s'est transformé. La femme est devenue une autre femme, et l'homme devient un homme nouveau, ayant d’autres aspirations el surtout une autre façon d'envisager sa compagne. Ces choses abstraites nous échappent, mais ce que nous perdons moins de vue, ce sont les lois concrètes qui ont modifié la situation de la femme mère ou de la femme-maîtresse, en dehors du mariage. Celuici à cessé d'être le port unique où pouvaient s'abriter les droits de l'enfant et la sécurité de l'épouse. ‘
&« La loi dèfend aujourd'hui les enfants naturels et leur assure
‘une sauvegarde légitime. Elle s'achemine même ‘lentement vers la
protection des liaisons passagères. Une femmé séduite et abandonnée peut poursuivre son séducteur en dommages-intérêts. Chose plus grave, dans les conditions actuelles, la maîtresse garde certaines libertés qui se frouvént refusées aux femmes mariées. Elle dispose librement de sa fortune, jouit de l'état-civil le plus complet! et peut se libérer à son gré de sa liaison sentimentale. La vieille loi, glissant sur les pentes du modernisme, se trouve désormais dans : la situation d'une femme qui, tout en proclamant sa vertu rigide, se prête à loules les complaisances. 1l est dangereux de pouvoir mettre en regard de la servitude de la femme mariée la situation privi-
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légiée des. femmes ant dans des unions libres, el ce serait, mor-
tel pour le mariage, si celle situation devait se prolonger. « Dans l'impossibilité où se trouve le législateur d'enlever les
droits déjà accordés aux femmes célibataires, il lui faudra aug-
menler ceux dont jouissent les femmes mariées .Îl lui sera impossible de ne pas respecler celle condition primordiale du mariage de démain : l'indépendance réciproque des deux, époux. On s'accommode facilement des injustices voulues, on se révolle contre celles imposées d'en haut. L'indépendance des époux \pourra devenir tan- 161 la dépendance de la femme, tantôt celle du mari.
« Déjà dans cerlains mariages où se irouvent unies deux âmes d'élite, triomphe l® principe. d'égalité absolue. La réalité a devancé sous ce rapport la loi. Le Pour de demain n'aura qu'à se modeler sur les mariages choisis, qui n'ont pas attendu sa loi, pour réaliser dans le mariage plus de justice et plus d'humanité. :
« C'est dans la communion d'êmes que naîtront la beauté et la’ | puissance de l'amour. Or tous les amoureux du assé n'arrivent: pas
Gdétrütte celle sensulionide dualilé sinon de. contradiction qui se dégage des mariages d'autrefois. La femme y fut souvent sacrifice, l'amour presque toujours. La logique de la situation privilégiée avait
remené l'homme à diviser, dans son propre intérêt, l'amour et la.
maternité. Îl a obligé certaines femmes à lui procurer l'amour et.le plaisir sans enfants. Îl a imposé aux autres le devoir de lui donner des enfants, en dehors de l'amour. ’ Le sort des distributrices d'amour par one fut souvent aussi lamentable que celui des mères par ordre des maris, secondés par ceixi des lois. L'homme. qui se désolé devant l'ancien état de choses ne pense qu'à lui, mais non point à celle qui en fut victime. Îl relève avec attendrissement les mariages heureux. Il nous dira même comment, sous l'influence de l'habitude, l'âme de la femme
s'identifiait avec celle de son mari. Les deux consciences, rivées
l'une, à l'autre, n'en ont fait souvent qu'une. Combien d'êtres humains
furent ainsi trompés dans ces unions, combien de consciences étouf-
fées ou étranglées dans cette aimosphère de soumission, qui conti-
nue encore de nos jours à exa$pérer et à annihiler tant de volontés
et de caractères ? :
L'homme à son our se Mémentes obligé de Dire des unie tragique, côte à côte avec an être meurtri et moralement violenté. Qui a songé à mesurer la perturbation morale qu'engendre dans ia conscience d'une femme la soumission obligatoire 2 nous dit
avec raison Mme Bernadini Sjæstedt. « Elles sont forcées d'être
frivoles, parce qu'elles ne peuvent rentrer en elles-mêmes; légères, parce qu'il ne faut pas qu'elles regardent en face leur désir secret;
étourdies, car elles doivent se fuir sans cesse». | ‘
Non, le mariage, tel qu'il a élé conçu et pratiqué, demande à + radicalement révisé el ramanié dans l'intérêt de l'homme et
“de la femme,