‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 96 sur 149 · LA FONTAINE · texte numérisé non relu

LA FONTAINE

« Seigneur tout puissant, fais que je ne sois pas cocu ! Fais que si je le suis, je ne le sache pas ; fais, que, si je le sais, je n’en moque ! »

(Prière du Musulman.) LT « Pour être jaloux, par air ou par dépit, « Il ne faut point d'amour, l’amour-propre suffit! » | (ANDRIEUX)

« Je pensais, dit Léon Blum (op. cit.) à la gravité comparée de l'infidélité du mari où de la femme, et c'est assurément le plus rebatiu de tous les sujets. Un premier-sentiment instinctif, aussi marqué pour le moins chez les femmes que chez les hommes, nous avertit que l'importance de l'acie est variable avec le sexe.

Les lois ont sanctionné cet instinct, puisqu'elles appliquent des peines inégales à l'adultère, selon qu'il est mâle ou femelle. Nos

mœurs en soñl éncore imprégnées, puisque le mari qui tolère d'êlre trompé est ridicule ou odieux, el que la femme qui accepte en souriant cet accident naturel est sympathique. Tel est le Prémier stade. Dans un second élat, on réagit coñtre ce préjugé, qui paraîl grossier et méprisablé. On cherche à lé justifier, et on s'aperçoit que, dans l’état présent du mariage, il ne se fonde sur aucune raison solide. Le contrat enchaîne-t-il moins étroitement :le mari que la femme 2 N'ont-ils pas prêté le même serment ? On aperçoit dofit dans celie croyance commune ce qu'on est convenu. d'appeler uñe survivance, un dernier vestige des temps barbares où l'homme détenait la femme comme un bétail domestique, approprié par le rapt. On repasse les raisons fournies par les moralistes, éi on les juge dérisoites.

L'adulière de la femme risque sans doute de faire passer dans des mains étrangères la fortune où le nom du mari. Mais si l'adul- -ièré, comme il arrive le plus souvent, reste stérile, en sera-l-il donc moins criminel ? Cherchant en vain l'argument qui nous persuade, nous faisons appel au sentiment de l'équité naturelle, et rious nous convainquons finalement qu'énire l'époux et l'épouse tout doit être égal, les devoirs comme les charges, el que les mêmes engagements doivent peser pour eux du même poids. Daïrs la notion présente du mäfiage, cette conclusion est irréprochable. L'essence même de notre mariage, c'ést d'assurer l'unité de la vie amoureuse et sentimentale, et l'adulière du mari, lout autant que celui de la femme, rompt cétie unilé.….

. Pourquoi la langue française désigne-t-elle par ce mot uique: TROMPER, d'une port, le fait d'avoir partagé les caresses d'un autre horime Que son mari ou son, amant, d'uñe autre femme que sa femme ou sa maîtresse, d'éhtre part, la dissimulation de ce fait à celui où à celle qui pourrait s'en dire lésé ? Le langage traduit ici la connexion nécessaire que nos mœurs établissent, et qui existe usuellement, entre l'infidélité et le mensonge. Dans l'acception cou-° rante du terme, ün mari qui connaît l'amant de sa femme, à qui la näissäncé et le développement de celte liaison adultère fut confié jour à jour, qui la ioléra, qui l'approuva même, n'en est pas moins uñ mMuri frompé, iaht celle altilude est jugée normale, tant elle est contraire aux relations eourantes el communes qu'expriment les mots. Et-pourtant, si nous retirions des infidélilés amoureuses el conjugales l'habitude de mensonge el de dissimulalion qu'elles impliquent d'ordinaire, n'aurions-nous pas éliminé l'élément le plus amer, le plus toxique du mélange. 2...

Un siècle avant Léon Blum, de Sénancour avait fait une juste discrimination entre le càs d’adultère commis à

li d ge ; . N , . CE . « insu du mari, alors vraiment trompé, puisqu'il croit à

Ja fidélité de sa femme, et le cas d’adultère consommé

F ju A "y : EURE Hu | #) RCRR: A

avec le plein assentiment du mari, qui, en effet, n ’apparaît plus comme trompé, puisqu'il sait et qu'il autorise. -

J'ai donc groupé ici quelques pensées de Sénancour, afin de n'avoir plus à citer cet auteur au cours de cette

étude : ù à.”

« On ne cherchera point dans les excès fanatiques des exemples particuliers. el suspects contre la possession exclusive, maïs la communauté des femmes ne parut nullement absurde à plusieurs d'entre les plus sages des hommes. Elle existait, dit-on, chez les peuples de la Grèce, avant que Cécrops y établit le mariage. Une loi d'une grande autorité, une loi d'Athènes, disait : «& Si le. mari est impuissant, la femme peut coucher avec ses parents. »

Voilà une distinction bien établie entre le crime de l'adultère réel et l'adultère imaginaire qui est un acte indifférent. La loi prescrit l'un dans certains cas, car le permettre c'est l'indiquer, l'établir même : et la loi punit l'autre de mort, car Solon laissa subsister les lois de Dracon sur l'adultère. L'adultère est la violation d'un. engagement. Pour le repos des familles, il faut que cet engagement soit sacré. Toutes les fois que la promesse n'est pas enfreinte, il n'y a pas adulière, il n'y a ni crime ni faule, pas le plus léger délit : et si le consentement est donné, la promesse n'est pas enfreinte, la foi n'est pas violée.

« Le caractère du plaisir diffère dans chaque individu. Rarement il sc lrouve un accord véritable entre les sensations d'une femme et celles de l'homme qui la possède. Cependant si chacun sacrifié un peu de sa manière, on parvient à concilier. ces oppositions, en adoptant ce qui convient à tous deux. Je crois que cet accord est nécessaire. T'oute harmonie élève l'âme et les convenances dans le plaisir doivent ajouter à ses perfections. Les discordances ‘égarent l'imagination et rebutent les affections. C'est ainsi que difficilement une femme peut se donner à plusieurs hommes sans altérer en elle le sentiment de l'honnêteté. Mais quoi qu'il soit difficile que l'union avec plusieurs s'élablisse et subsiste sans inconvénients, ce n'est pas à dire que cette pluralité soit essentiellement mauvaise : fout dépend des personnes, des caractères, du bonheur des circonstances, de la sagesse du choix.

Il e.t dit dans l'Abrégé de l'Histoire des Voyages, à’ l'article Brésil, que, chez les Brésiliens, et ailleurs, les filles jouissent des : hommes sans aucun scrupule, et, que les pères les offrent euxmêmes, non seulement aux étrangers, mais aux jeunes gens du pays. Pourtant, dès que les femmes sont mariées, elles sont assommées si elles manquent à leurs engagements. Ces usages, conformes à la! raison des choses, et à peu près opposés à nos mœurs, n'empêchent

* pas que la pudeur n'y soit très connue malgré la nudité. Vers la Rivière de Sierre-Leone, les femmes non mariées doivent

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