I.A.MA.M PASSIOXM
|»ressés de juger, ressemljla presque à un»' iiipliire avec le monde ou elle occupait une place en vue. Elle limita ses visites, déclina des invitations, cessa de courir les magnsins. Encore une fois, elle fut sincère en ce mouvement sponlané comme elle l'élail dans toutes les situations de sa vie de cœur avec Paul. Elle ne regretta pas un instant la petite griserie qu'elle goûtait à fatiguer ses nerfs en d'innombrables et vaines occupations et lui rapporta passionnément le plaisir volontaire d'un cbangement qui, pour elle, était une privaiion.
Paul, qui d'abord n'avait vu là que la beaulé de son amour, se tourmenta tout à coup de rechercher les causes secrètes que pouvait cacher un etitraînement qui. même dans la folie des commencements, n'avait pas été aussi vif. 11 en vint à conjecturer justement la seule raison qu'elle eût voulu ne lui donner jamais. Miub'leine ne pouvait pas toujours dissimuler l'inquiétude que lui causait la persistance de ses accès de toux. Elle avait exigé qu'il vît -les médecins; mais Paul, à travers son ascendance, gardait la défiance instinctive des gens de campagne pour les guérisseurs. Sa mère, pendant une maladie grave qu'elle fit après la mort du receveur,
8i LAMANT PASSIONNE
toujours s'était refusée à recevoir les soins du médecin.
Paul fui convaincu de sa pitié, Tattribua à ce mal obscur qui la tourmentait plus que lui-même. Son caractère ombrageux s'irrita : il redouta une destinée tragique, se vit atteint aux sources de la vie.
Une scène, qu'il lui lit, ébranla fortement Madeleine : il eut la cruauté de lui reprocher le mensonge de son amour; il la compara à un médecin qui. en multipliant ses visites, flaire le progrès du fléau dans un organisme humain. Elle poussa un cri, se boucha les oreilles pour ne plus Tenlendre; et puis, comme il marchait en continuant de parler, elle se laissa tomber, s'accrocha h ses habits, fut une seconde traînée.
— Ai-je mérité de souffrir pour t'avoir seulement trop aimé? s'écria-l-elle.
— Mais toi-même aurais-tu souffert à ce point si je n'avais mis le doigt sur le point sensible?
Ses baisers le calmèrent en le laissant frémissant : elle trouva la force de se moquer de l'importance qu'il attachait à une infirmité toute passagère. Elle l'abusa et s'efforça de s'abuser elle-même.
Paul, de son côté, pour lui donner le
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change, lâchait d'étoufîer la loiix que redoublait son énervemeut. Elle l'eut dans ses bras, à bout d'énergie, éj)uisé par celle longue secousse : il finit par pleurer doucement sur son épaule d'une peine molle d'enfant.
C'était un jeudi : >P' Larue était partie visiter une vieille parente. Toine essayait une robe chez sa couturière ; elle s'en faisait faire une tous les six ans, à l'approche de Pâques. La maison ainsi se trouva libre : personne n'entendit leurs cris et ne soupçonna la violence de la scène qui les avait déchirés. Elle ne le quitla qu'à la nuit tombée, résolue à mentir chez elle si elle n'arrivait pas à temps pour le dîner. 11 l'accompagna par le couloir : ils s'embrassèrent une dernière fois près de la porte. Dans un grand baiser, elle lui disait :
— Jure-moi que c'est fini, que lu n'auras plus jamais celle idée.
— Jamais.
Il demeura un peu de temps à écouler décroître le claquement pressé de ses talons sous le porche; et puis il passait dans son cabinet de toilette. Il alluma les deux becs de gaz, se regarda dans la glace, longuement,
8b LAMA.NT PASSIONÉ
sans un pli au visage, comme on se tlaire, avec la délerminalion froide d'un homme (jui veut savoir où il en est.
Son teint depuis un mois s'était encore plombé : deux creux évidaient ses joues; il portait bien les stigmates de cette passion qui lui procurait des délices ardentes et glacées, ignorées de la plupart des autres hommes.
— Touché I dit-il enfin à haute-voix, dans le silence des chambres.
11 n'avait nulle Irislesse ; ce fut plutôt comme l'orgueil, la fierté sombre de ressentir la vie par-delà les limites normales. FA il se rappelait que des passantes, avec cette connaissance éveillée des signes de lamour qui leur fait deviner dans la rue un homme en étal de grâce, souvent lui glissaient des regards d'appel, de désir, d'envie peut-être aussi pour la femme élue, d'elles ignorée.
Quand M""' Larue rentra, elle le trouva à son bureau, travaillant sous la lampe. Elle alla l'embrasser, et mettant devant lui un ])aquet :
— Devine, mon C\...
Une odeur s'évapora : des souvenirs gourmands soudain puérilement s'éveillèrent.
LA.MA.M PA.SSlU-NMÎ ST
— Je parie que ce sont des galettes, maman I
De grosses galettes, en eiïet, qu'elle lui avait rapporlées de chez un pâlissier de leur pays. Leur odeur toujours, h la ville, lui avail évoqué Teftlux d'un champ de sarazins en fleur qui là-bas, au village, bordait la maison d'un voisin et où s'en venaient pâturer les abeilles. KUes étaient larges, épaisses et dorées. Le jour de la ducasse, toutes les ménagères aisées en mettaient cuire de pareilles au four.
Mon Dieul qu'il était loin de tout cela depuis longtemps ! Il ressentit une détente à celte fraîcheur de bonne humanité naturelle qui passait sur les braises de son grand feu de passion, pour en apaiser la brûlure. Il prit à deux mains le visage de i\P' Larue qui n'avait pas eu le temps d'ôter son chapeau et se soulevant jusqu'à ses joues, il y appuyait des baisers à pleine bouche, comme au temps où il élait petit.
— Ah! maman! maman!