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CHAPITRE IX

Depuis deux semaines quelle lui arrivait presque chaque jour, comme pour lui faire oublier toutes ses al tentes antérieures, il n'était pas simplement heureux : il goûtait une sorte de frénéFie de bonheur. Elle lui eût persuadé de quitter une carrière qu'il aimait et qui était son orgueil, pour en embrasser une autre qui l'eût rapproché d'elle, il lui eût cédé avec le seul regret de n'avoir point devancé son désir. Cependant, sa joie élait sans éclat au dehors : il la portail sombrementen lui, comme un feu muré. .M"^' Larue, déjà si inquiète de cette toux qui ne guérissait pas, s'alarmait de Tinconnu de sa destinée qui lui changeait les yeux. La con-

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tinuité de rexcitatioii passionnelle, en dilatant ses pupilles, fonçiiil jusqu'au noir de la fièvre les profondeurs grises de son regard. 11 n'avait rien perdu, du reste, de l'extrême mobilité de son humeur. Dans les instants où il sentait le plus \ivement l'extraordinaire joie d'être aimé de Madeleine, elle le voyait soudain pâlir. Quelquefois, en lui baisant les mains, il éclatait en larmes.

— Qu'as- tu?

Elle lui relevait la lé! e et elle élait effrayée de l'exaltation de son visage. D'une sorte de maternité caressante, elle le grondait alors comme elle eût grondé sa propre enfant.

— Laisse donc, disait-il étrangement, ne vois-tu pas que cest encore ma manière à moi d'avoir du bonheur?

Paul, dans cet état de sensibilité maladive, apporta un triste courage à renverser les frêles colonnes qui, au-dessus de tous deux, maintenaient Téditice léger de leur tranquillité momentanée.

iMadeleine, en se libérant tout un temps de qui constamment l'enlevait à lui, avait écouté les intimes charités de son cœur autant que l'amour même. Elle lui fit ainsi un sacrifice qui, pour bien des gens trop

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