‹ L'amant passionnéChapitre 12 sur 33 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

« Ah! moQ cliori, quelle histoire 1...

Altends-toi à une grosse nouvelle! Mon mari nous otîraiL à souper au cabaret, aux Marcille et moi... C'avait été remis si souvent qu'il a bien fallu... Tu vois ça d'ici, réternel petit salon rouge, bleu, vert; celui-ci était jaune... Je n'ai cessé de peuser à loi. Dieu! me disais-je, si c'était lui qui fut là!... Bref, un gros ennui au fond pour moi, malgré mes rires de poupée folle... Le croirais-tu, ami chéri, cela m'a retapée... Me voilà dans le mouvement encore une fois... Tu sais que je suis de celles qui se défatiguent en se refatiguant. Enhn, que veux-tu? je ne ])Ouvais pas faire autrement... Le plus heureux, c'est

que je vais pouvoir le revenir... vile, vite... Je ne peux plus allendre. , . mais tu seras bien sage, pas? Plus de scène... »

Paul délira de joie. Tout un jour il porta la leltre sur son cœur. 11 eut pour Madeleine les noms les plus doux. Il embrassa sa mère en pensant à elle. La mort, rborrible doute furent loin; il se crut revenu aux premiers matins de son amour. Ses sensations élaient légères, riantes, déliées. Poupée I ah! oui, comme elle avait raison! Mais l'eùt-il aimée à ce point si elle n'avait été la plus désirable des poupées? Tout s'égalisa : il gagna un procès, senlit la force et la fortune revenues.

Elle lui écrivit deux jours après; elle lui donnait rendez-vous chez la « Petite poste » : c'élait plus central pour elle... Angèle était avertie... « Bah! après tout, » pensa-t-il. C'était là qu'ils s'étaient rencontrés les premiers temps.

11 arriva à l'heure, monta l'escalier et elle l'attendait : ce fut elle qui lui ouvrit. M'^' Ducotillon était partie donner ses leçons.

Elle fut dans ses bras : elle tenait sa petite bouche crispée dans la sienne. Une élernité charmée passa dans leurs baisers qui ne pouvaient se détacher. Ils cherchèrent un coin

i;a>unt passionné lo;-.

de l'appartement où Cher Trésor n'eût point laissé de ses poils. Cette délicieuse Madeleine, d'un charme pimpant de figurine émaillée, dans son petit nuage de parfums, semblait, en un tel endroit, vraiment fourvoyée. 11 tinit par épousseter avec son mouchoir les reps éraflés du canapé. Il la prit sur ses genoux, toute chaude et frémissante : elle lui disait à travers ses caresses, et ses baisers :

— Mon Dieu ! j'ai tant de choses à le dire... Ah! mon pauvre chéri, comme je t'ai senti triste I... Moi non plus je n'étais pas gaie, va; ces longues absences nous font à tous deux un mal affreux. Alors, vois-tu, il m'est venu une idée. Je vais prendre un jour oii je resterai chez moi. Précisément mon mari s'étonnait de ne plus jamais te voir à la maison. Je lui ai dit que c'était de sa faute, qu'il manquait de cordialité à ton égard... Il a fmi par me dire de lui-même que je devais t'inviter, qu'il n'y avait pas de raison pour que tu ne te considères pas toujours comme de la maison.

Paul eut un geste.

— Laissons...

— Ah, oui, je sais! Mais je t'assure, dans noire cas, ce serait encore ce qu'il y a de

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mieux. Nos vies en resteraient bien plus mêlées... Si lu savais comme ma pelite l*aulelle demande toujours après toi 1 C'est maintenant une joie pour moi... Il me semble que ton nom, ainsi prononcé par nous deux, te fait vivre dans l'atmosphère de la maison. . . Et puis, pense donc, toutes les fois que je nMrais pas chez toi, c'est toi qui viendrais...

— Ne me demande pas l'impossible.

— Tu le détestes donc bien, lui qui pour toi fut toujours un ami?

— C'est vrai, dit-il, je ne suis qu'un ingrat.

— Voyons, fais cela pour moi... pour nous. Est-ce que le bonheur d'être ensemble ne vaut pas un petit sacrifice?... Tu vas être bientôt notre hôte à la campagne : on compte t'y inviter tout un mois... 11 faudra bien l'habituer tout de même... Est-ce oui?

Elle lui caressait le visage.

— Quel supphce! dit-il. mais si tu le veux...

— Ah I mon Dieu î fit-elle tout à coup en consultant sa montre... Moi qui oubliais... C'est le jour de M°" Jacquin, de la baronne, de Clotilde Marcille.

Elle avait passé son carrick et lui offrait sur ses lèvres le baiser de l'adieu. 11 ouvrit la

porte, écoula si personne encore ne montail l'escalier.

— Va, dil-il.

— Ahl (jne c'est gentil! Tu ne me grondes

pas aujourd'hui.

Klle lui promit d'aller le voir le lendemain

cliezlui.

— C'esl si bo:i chez toi, je voudrais y vivre à tes côtés... Tu verrais quel nid je te

ferais.

Elle se rappela soudain le canapé, le fauteuil aux ressorts gémissants, tout-le mobilier d'unaulre âge qui, si souvent, pendant ses attenles, l'avait énervé de sa laideur.

— Il y aurait des meubles légers, des étoffes souples et jolies, des tapis aux teinles silencieuses... Je t'assure que ça fait partie du bonheur !

Il crut qu'elle sapitoyail sur leur pauvreté.

— Maman vit là son rêve tranquille de vieille bonne femme qui, derrière chaque objet, met un souvenir, une piété... Tu 1 oublies, Madeleine.

Elle se pinça la lèvre.

— C'est vrai, il y a ta mère...

Elle lui échappa.

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