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et froid, enragé contre Cormont qui, lui, restait en maître. Madeleine, elle, les yeux clairs, ne cachait pas s;i joie pour les moments passés l'un près de l'autre, heureuse d'aimer ainsi et d'être aimée. — « Voilà bien son égoïsme pensait Paul : elle est heureuse; file a son amant et sa fille à la fois sous la main. Elle n'a plus à chercher le bonheur au dehors ni à se partager. » Madeleine, depuis un mois, n'était plus venue qu'une fois chez lui.
Un jeudi delà fin du mois, ce fut Cormont qui reçut Paul : Madeleine n'était pas encore rentrée. On se mit autour de la lable, une heure se passa et elle arrivai!, les nerfs en l'air. Cormonl, qui la laissait très libre h condition qu'elle ne manquât à aucun de ses devoirs de maîtresse de maison, n'était pas content. Elle imagina divers prétextes et laissa paraître, toute la soirée, une gaîté excessive. Paul, dans sa tureur et sa jalousie, lui crut un amour nouveau : il ne put se modérer et se répandit en diatribes violentes contre la perversité des femmes. Clotilde et les hommes se récrièrent.
— Quel réquisitoire! fit Cormont, amusé par la dispute; nous plaiderons, nous, les circonstances atténuantes.
iii lamam passionne
Madeleine, elle, Técoiilait dislraite, pâle, les yeux découragé.^.
— Qu'est-il arrivé, ma chère? lui demanda Clotilde.
— Piien...
Elle se reprit, se remit à rire follement; mais au moment du départ, elle serrait nerveusement la main de Paul et lui disait à mi-voix :
— Il m'arrive un ennui... J'irai te voir demain... D'ici-là, plaius-moi.
Dans un autre moment, Paul eut été malheureux de la tristesse de Madeleine : il ne pensa, cette fois, qu'à la joie de s'être trompé dans son soupçon ridicule.
Cormont, dans un dernier shake-hand.
lâchait sa basse taille.
— Dites donc, Larue, n'oubliez pas que vous êtes invité chez nous là- bas... La campagne vous calmera.
Paul n'éprouvait plus pour lui qu'une pitié cordiale.
Madeleine arriva le surlendemain seulement. Elle sembla apporter le printemps vainqueur dans le léger et frais caprice d'une toilette qui l'enveloppait comme un nuage irisé. C'était la première fois qu'elle la mettait : le chapeau, la robe, les ganis et
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jusqu'aux bottines s'iiarmonisaient à la couleur de ses cheveux et à la nuance de son charme.
— Me trouves-tu jolie?
H ne reconnaissait plus la femme pâli' <'l ennuyée de l'autre soir. La vie encore une fois l'avait renouvelée aux flots mobiles de la sensation. Elle eut rage des enfantillages amoureux; elle fui une toute jeune femme s'offrant dans la grâce imprévue d'une robe assorlie à l'amour et à Tlieure. Il la sentit contre lui palpilanle de fièvre, animée de coquelterie et de triomphe.
Paul était dans un de ses bons jours : il fut tlalté d'avoir l'amour d'une si délicieuse maîtresse; il s'aima à travers la grâce enjouée qu'elle mettait à lui plaire. Il la til tourner sur elle-même; elle était heureuse d'être admirée et tournait d'un long sourire sémillant.
A la fin, elle vint s'abattre dans sa poitrine.
— Ah! mon chéri, ce n'a pas été sans peine... Figure-toi, la couturière ne voulait plus me livrer ma robe... Je ne sais pas si je dois tout te dire... Oui?... Eh bien, je restais lui devoir cinquante louis environ... Yoilà-t-il pas qu'elle fait présenter sa note
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tiois fois coup sur coup... Jamais je n'aurais osr demander à mon mari... Depuis la soUe scène de l'autre jour, il me surveille : il veut • les comples... Alors, tu comprends, j'avais le cœur chaviré positivement.. . Quand tu m'as vue arriver en retard avant-hier soir, l'avais six heures de voiture. J'avais fait le tour de toules mes amies pour me trouver quelques cenlaines de francs. Aucune ne pou\ait : presque toutes étaient dans le même cas... Ce n'est qu'hier que j'ai pu enfin me procurer l'argent... Et c'est ce qui t'explique pourquoi tu as aujourd'hui les él reunes de ma robe.
— Et c'était cela la cause de ce grand ennui qui (e faisait toute pâle et triste? fit Paul d'un accent de pilié pincée et ironique.
Elle lui prit la tête à deux mains et l'attirant près de ses yeux :
— Oh! je sais, les hommes ne comprennent rien à ce qu'ils appellent noire fulilité... Mais nos robes, c'est nous-mêmes, c'est le secret de noire puissance... On pourrait juger de l'amour d'une femme rien qu'à sa robe... M'aimerais-tu seulement si, comme une petite bourgeoise, je t'arrivais en toilettes de quaire sous?
-~ Oui,
i;amant passionna ii'
Un étrange et malicieux sourire plissa la bouche de Madeleine.
Non, monsieur... Et c'est pourciuui ([ue
je me fais belle pour vous... C'est à toi que je pense quand je choisis la nuance d\uie robe. Il me semble, comme tout à l'heure, que tu as un regard nouveau quand, à travers la surprise d'une toilelle que tu ne me connaissais pas encore, lu me découvr.'S un.' nouvelle beauté...
Il se mit à rire en haussant les épaules. — Tout ce que je sais, c'est que tu es vraiment charmante : il me semble que tu n'as jamais été plus jolie... Se peut-il que j'aie mérité d'avoir une femme aussi délicieuse que toi?
Il l'attira sur le divan et haisa follement le souple et tiède tissu qui moulait les palpitations de sa vie. Sa griserie d'amant s'électrisait de frôlements, de caresses et de parfums. Il avait, à manier l'intimité frémissante des soies, un plaisir de conquête et de possession qui délectait ses orio-ines, la sombre filiation des hommes de la o^lèbe. Ojoie d'être riche pour une telle amie I Les faunes, les flores, les mystérieux esprits de la terre collaborent avec le paria, la plèbe des mines, des caves et des galetas,
à parer la beauté de l'amour.. . 11 comprenait que la passion pût mener au vol, au crime, au meurtre î
11 se leva, alla à son secrétaire, un vieux meuble où son père avait enfermé, lui aussi, le trésor parcimonieusement épargné de son petit avoir. Il l'ouvrit, prit un billet rie cinq cents francs dans un des tiroirs.
— C'est pour toi que je le gardais...
— Non, non. je ne veux pas, s'écria-t-elle dans un mouvement de honte et d'amour. Tu sais bien qu'il ne doit jamais être question d'ar2:ent entre nous.
— Je t'en prie, puisque cela ne me gêne pas et que. peut-être, cette somme te permettra de rembourser le... la personne...
Il lui parlait gauchement, avec une timidité humble qui lui mangeait les paroles aux lèvres, comme s'il avait la conscience de la médiocrité de son otTrande,
Madeleine fut touchée jusqu'aux larmes.
— Ah I chéri I Qui aurait cru jamais qu'un jour j'accepterais cela de toi? Maintenant je puis bien te dire... Angèle ne pouvait pas... J'avais vainement frappé à toutes les portes... Alors je me suis adressée à Morel, tu sais bien... Morel, cet huissier de cour qui est aussi serveur aux grands dîners...