‹ L'amant passionnéChapitre 28 sur 33 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

On approcha de Thiver. Elle commença de venir moins souvent. Elle voulut lui arriver un jour dans la toilette qu'elle comptait porter h l'une des première fêtes de la saison. 11 Feut à lui dans la beauté nue de ses épaules, sous le nuage frémissant des légères étoffes. D'une frénésie sauvage, il sembla la disputer à des rivaux. Il ne put la disputer à Cormont qui s'était mis en tête de donner de grands dîners : le mari de Madeleine, en recevant des hommes politiques, avait espéré pouvoir se faire à l'idée de jouer, lui aussi, un rôle au parlement. Paul trembla pour leur bonheur à tous deux, il sentit revenir les heures longues des sépara-

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lions et de Tabsence. Il eul au cœur le vent froid du lourbillon qui allait la lui reprendre.

— Eh bien, va, dil-il, abandonne-moi encore une fois, puisque aussi bien cela doit êlre noire vie jusqu'à la fin... Même, si tu veux, nous renoncerons à cet appartement... Cela te rendra plus libre.

Elle plia sous lamerfume du mot.

— N'est-ce pas une chose affreuse? ditelle doucement en pleurant. Je t'aime autant qu'une femme peul aimer et pourtant c'est vrai, je suis lâche, je n'ai pas le courage de rompre avec ces sottes habitudes de vie... Je voudrais te donner mon existence entière et à peine je puis en détacher quelques heures pour toi. Ah ! méprise-moi : je m'accable bien plus moi-même de n'être qu'une misérable poupée aux mains d'une force qui me domine.

Il fut ému de sa plainte, la prit dans ses bras.

— Je L'ai tout sacrifié moi, Madeleine... ma carrière, mes affections, cette maman que je surprends quelquefois se détournant pour me cacher la rougeur de ses yeux... J'aurais pu être quelqu'un au barreau : j'avais bien commencé... Mais tu es venue, je t'ai tout donné... Comme tu le disais un jour, on n'a

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pas deux amours : il faut être tout à Tun ou à l'autre... J'ai obéi à la petite main qui devant moi faisait le signe de ma destinée... Me voilà confondu dans la cohue parmi tant d'autres qui n'avaient ni mes moyens ni ma chance... C'est fini... Je suis à bout d'énergie, de courage, je n'ai plus de goût à rien qu'à loi... Je ne suis plus même certain d'aimer maman... D'ailleurs, je ne me plains pas puisque je t'aime... Ahl écoute encore ceci, on ne sait jamais quand on partira; peut-être je n'en ai plus pour longtemps; tu t'apercevras alors que je t'aurai sacritié, par-dessus le marché, ma vie...

Elle lui mit la main sur la bouche.

— Je t'en prie, c'est affreux... Pourraisje d'ailleurs te survivre?

— Toi, tu as une enfant, tu as Paulette... Je ne parle pas de ton mari... C'est assez pour que l'ombre s'allonge sur moi sanst'atteindre.

— Mon enfant, ah oui I mais ai-je été pour elle la mère que j'aurais dû être, que j'aurais été sans mon amour pour toi? L'ai-je aimée de toute mon âme comme une vraie mère aime son enfant, comme ma mère à moi m'a aimée, comme t'aime ta mère à toi? Tu sais bien que tu as toujours été entre nous quand elle tenait si peu de place entre toi

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et moi . . . Ail ! il y a des moments où je crains d'être un jour punie en elle pour avoir...

Elle s'interrompit : ce fui lui qui reprit pour elle.

— Pour avoir manqué à ton devoir, au pacte conjugal?... Dis-le donc.

— Mon devoir, c'est toi, puisque je t'aime, fit-elle tranquillement. Je voulais dire : pour avoir oublié qu'elle était venue dans ma vie avant loi.

— Si c'est ta pensée, dit-il, en lui touchant la main, ôte cet anneau, dont le symbole n'est que trop clair; tant que tu le porteras au doigt, ne seras-tu pas la femme de qui un mari a le droit de tout exiger?

Il se mit à marcher par les deux chambres, et il parlait tout haut avec surexcitation.

— Commenl ai-je bien pu accepter une telle vie?.. Est-ce qu'il y a une différence entre un escarpe et l'homme qui fait ce que je ne cesse de faire depuis si longtemps?

Devant la glace, très calme, résolue à ne pas se fâcher, elle fixait, avec l'épingle longue, son chapeau dans ses cheveux.

— Mon pauvre ami, tu es dans un de tes mauvais jours, il vaut mieux que je te quitte.

— Eh bien î c'est cela, quitte-moi pour

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toujours dit-il avec violence. J'en ai assez de toujours jouer, entre ton mari et toi, le triste personnage d'un amant contraint aux pires turpitudes.

11 se tordait de fureur et d'amour, les fibres comme enroulées autour d'un cabestan de douleur.

— Oui, reprit-il avec le plus atroce désespoir, quitte-moi, je t'en supplie, puisque moi, je n'en ai pas le courage.

Elle n'écouta plus que l'amour et la pitié :

— Grand chéri, tu n'as pas plus envie d'être quitté que je n'ai envie de te quitter moi-même... En aurais-je d'ailleurs la force plus que toi? Tu sais bien que je t'appartiens pour la vie.

— Pour la vie, dis-tu...

11 parut échapper à une hallucination : il passa la main sur son front.

— Oui, n'est-ce pas, pour la vie, chère et adorée Madeleine! J'étais perdu dans les ombres, j'ai du dire d'affreuses choses... Mais tu es là; la lumière se refait en moi... Tu es toute la lumière qu'il est possible à mes yeux de percevoir... Madeleine! je t'en conjure, ne vois plus en moi qu'un malheureux qui ne peut vivre sans toi.

11 la prit passionnément dans ses bras, l'enferma dans une étreinte ardente.

— Je suis le pauvre des grandes roules, je suis Taffamé d'amour, lu sais bien... Mais pourrais-je jamais supporter encore le retour de notre vie de l'autre année? Ah! ces semaines sans te voir... Le tourbillon là-bas t'emportant pendant qae moi j'agonisais à l'attendre...

— Je te jure, fit-elle dans un élan.

Il l'arrêta :

— Mais non, ne jure pas, tu ne pourrais tenir ton serment.

— Ahl comme il me connaît I s'écriat-elle, dépitée contre elle-même... Et pourtant, en te jurant, je suis sincère. Laisse seulement passer un mois...

Elle jeta son chapeau et resta près d'une heure encore avec lui.

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