LE DÉCORE DE JUILLET. 'J
contredire... je ne vous écouterais pas !.. cher la Villaîe !.. toujours le même, toujours bon, toujours à moi !.. ne m'avezvous pas donné votre vie , votre bonheur, votre... patrie? pas un soupir , pas un regret, au moins devant nous?.. Et moi qui me plains toujours ! . . Vous n'avez des paroles que pour m'encourager ; des souvenirs que pour me donner de l'espérance ; des vertus , de la force que pour faire de moi un homme. . . et un homme fait poOr porter l'épée ! . . Ah ! vous voyez bien que vous êtes mon meilleur ami !..
— Henri, Henri, dit le vieux soldat de notre ancienne garde fortement ému , je serais bien malheureux si j'avais à craindre que vous ne dussiez pas toujours penser ainsi...
— Mais VOUS n'avez pas cette crainte?. . . interrompit vivement Henri , et il serra la main du brave avec effusion ; puis avec cette aimable rapidité de son âge ses idées avaient pris un autre cours.
— Ah ! mon ami , dit-il , en arrêtant brusquement son Poney qui respira d'aise et allongea sa tète sauvagevers la bruyère verte dont le parfum séduisait son appétit, voyez- vous , à gauche sur ce roc qui élève ses deux têtes comme un créneau , voyez-vous?..
— Quoi donc ?. .
— Vous ne voyez pas?.. C(;tte fleur...
cette jolie fleur d'un bleu si tendre , si gracieux ?..
— Hé : Jjien ?. .
LE DECORE DE JUILLET. g
— Hé bien! vous savez ce que j'ai promis à Louisc.la plus jolie fleur des montagnes !.. Et la plus jolie pour elle , c'est la bleue. . . la bleue! sa couleur favorite ! . . Quelle charmante fleur , c'est un vrai saphir !.. Oh ! je descends et j'y cours!..
— N'en faites rien , Henri !.. N'en faites rien... La mousse est glissante ici, et il est inutile de vous exposer sans nécessité... Rappelez-vous cette chute sur la rive du Forth?...
— Une chute ?.. Hé ! qu'importe, mon aieul en fit bien d'autres aux montagnes du Béarn.
— Votre aïeul avait quelques années de plus... Attendez ici!., je vais moi-
même chercher cette jolie fleur, puisque vous y tenez tant.
— Non , non! je n'y tiens plus , s'il y a du danger pour vous ! , .
— Ne craignez rien , je pourrai l'atteindre du bras en tournant le rocher. . . attendez seulement quelques minutes.
Et le fidèle ami , mit pied à terre , attacha la bride de son Poney à un large pied de houx , puis il franchit le ravin et disparut bientôt derrière le roc.
Henri reste' seul flattait de la main la tête sauvage de son petit coursier et lui adressait des mots encouragans , pendant que celui-ci broutait lestement la bruyère et la mousse , usant de cette halte à son profit.