LE DECORE DE JUILLET. I J
étaient en redingote noire , cravate de même couleur, longue baibe et moustaches épaisses; le troisième plus jeune d'environ dix ans portait un vêtement de chasse tenant le milieu entre la veste et la tunique , sur ses lèvres perçait à peine un le'ger duvet. Tous trois l'air fier et sombre; dans les traits du plus jeune quelque chose même de menaçant : à sa boutonnière , de plus qu'à celle de ses compagnons , était noué un ruban d'azur à mince lizeré rouge. C'était un décoré de juillet.
Ils venaient d'être ensemble , témoins de l'aventure du jeune Henri , cachés par un massif de houx, et avaient jusque-là imposé silence au montagnard qui les gui-
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dait, et dont les bras venaient de recevoir l'aventureux cavalier.
— Quel bonheur, notre jeune maîti'e, dit le paysan , rompant le premier le silence et s'exprimant dans salangue natale , que comprend déjà notre Henri, quel bonheur que je me sois trouvé là si à point?... Que Dieu vous protège!... Mais n'aviez-vous pointpeur de sauter ainsi?...
— Je vous remercie^ mon brave ami, dit Henri , vous m'avez sauvé peut être une entorse, mais je vous assure que je n'ai point eu peur î . . .
A quoi le bon paysan répondit en mauvais anglais en se retournant vers les étrangers :
— Que Dieu le bénisse, ce cher garçon;
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mais il ne vous fait pas déshonneur tout de même, à vous, gentlemen, qui venez de France ! . . .
— De France!... s'écria Henri en se levant brusquement, l'œil animé et le cœur palpitant; de France I... et pourquoi ne mêle disiez-vous pas ?. . . Je vous demande pardon , messieurs , j'aurais dû vous deviner.
Et il se découvrit noblement.
Par un mouvement involontaire, les trois étrangers saluèrent , mais avec froideur, et le plus jeune niurmura de manière à n'être entendu que de ses amis.
— Il paraît qu'on lui a bien fait sa leçon : le jeune Linot ne sifle pas mal!...
Sans prendre garde à cet accueil , avec
toute la franchise de son âge , Henri continua :
— Y a-t-il long-temps que vous avez quitté la France?... L'Ecosse ne vaut pas notre patrie , n'est-ce pas?... Il est si beau le ciel de France!...
— Ab ! vous le regrettez ?. . , dit le jeune homme avec un sourire qui avait quelque chose de moqueur : Le vieux château d'Holy-Rood ne vaut pas le palais brillant des Tuileries ; les montagnes d'Ecosse ne peuvent se comparer au royal ombrage du Parc de Saint-Cloud, aux bosquets élégans de Bagatelle ! . . . Je conçois le regret!...
— Vous ne m'avez pas compris , monsieur, dit Henri, avec une certaine fierté;