LE DKCORE DE JUILLET. I
je ne regrette de France que mon pays et les fidèles amis que j'y ai laissés!...
— Le compte en est peu nombreux, enfant , et l'on vous trompe , si l'on vous dit le contraire!
— Tais-toi donc, Arthur, dit un des étrangers les plus âgés, à quoi bon de telles paroles ?
— A quoi bon?... à lui donner une de ces leçons qui ne s'oublient jamais. A lui faire entendre une de ces vérités que des milliers de gardes empêchadent d'arriver à son berceau?...
— La vérité dans l'exil, à un enfant?... dit à son tour celui des étrangers qui n'avait pas encore parlé ; mon cher Arthur,
i8 l'amarante.
vous allez trop loin; croyez -moi ce n'est pas là un prosélyte. . .
— Laissez parler monsieur, interrompit Henri , avec une dignité qui fut sentie , je ne crains pas la vérité : on m'apprend chaque jour à ne rien craindre!...
— Vraiment ?. . . dit le jeune décoré avec ironie, est-ce le révérend M. de Damas, à qui est confiée pareille besogne ou bien monseigneur de Tharin? Sur mon honneur, à pareille école, il faudra des dispositions pour devenir un Henri IV !..•
Les yeux d'Henri brillèrent d'émotion :
L'insulte lui était jetée par un Français. Après une pause , il répondit :
— Je ne sais quel sort m'est réservé; l'homme aux soins duquel ma vie est con-
LE DÉCORÉ DE JUILLET. iq
fiée , lie me donne que des leçons d'iionneur ; si vous vous croyez le droit de m'en donner de semblables..., vous n'avez pas encore commencé ! . . .
Les trois étrangers échangèrent un regard , et le plus âgé dit à voix basse :
— Je suis honteux d'être ici!,.. Mais le ])lus jeune des trois persistant, fit un pas vers le jeune prince, et croisant ses bras sur sa poitrine lui dit :
— Ici , seul et sans défense, qui m'empêcherait de te prouver, enfant , que tu es fait de la même matière que le dernier des enfans de cette belle France d'où j'ai contribué à te chasser?... Vois-tu cette croix ? . . . (Et il montrait son ruban d'azur :) C'est la récompense que j'ai gagnée en te
combattant, toi et les tiens ! . . . la croix de juillet!...
Et par un mouvement brusque et que ne purent prévenir ses compagnons , il saisit le bras du jeune Heuri assez fortement :
— Regarde-moi, n'as-tu pas peur maintenant?...
— Non î , . . répondit froidement le petit fds d'Henri ly, sans que ses traits eussent changé d'expression, et je ne pensais pas que semblable question pilt ni'être adressée par un Français !
Le décoré de juillet fit un mouvement de surprise , et son sourire prit un caractère presque bienveillant.
A cet instant s'élança sur le lieu de cette