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LE DÉCORÉ DE JUILLET

Et il arracha de sa boutonnière le ruban qui la décorait :

— Vous êtes un noble prince , ajoutat-il à voix plus basse, oui un noble prince... Et puisse votre avenir être aussi beau que je le souhaite!...

Puis se tournant vers l'ami de notre Henri :

— Monsieur, dit-il, je viens de me conduire en fou I . . . et votre élève en homme ! . . . Avant une semaine, j'aurai revu la France, on y saura conïment vous l'élevez ! . , . C'est une grande tâche : elle ne pouvait être confiée à meilleures mains ! . . .

Et avant que personne eiit pu mêler un mot à ce tableau , il avait saisi la main d'Henri, l'avait couverte d'un long baiser,

puis , après un signe , les trois étrangers avaient disparu.

Henri et son ami gardèrent le silence sur cette aventure bizarre.

L'auteur de ces nouvelles entendit le détailde celle-ci au dernier bal de l'Opéra. C'était le jeune décoré de juillet lui-même qui , dans une loge , la racontait à un de ses amis ; celui-ci partageait toute l'émotion du souvenir. L'auteur des Veilléesles suivitdu regard quand ils se levèrent pour aller se mêler à la foule des promeneurs. Le décore de juillet avait un maintien plein de dignité et quoique très-jeune , semblait déjà un homme fait.

Tout en lui était changé :

La boutonnière de soii habit élégant ne portait plus le ruban d'azur.

HtlS (SIO(î)lillï;»

L'heure des leçons était passée ; mais la journée froide et pluvieuse n'offrait qu'vme triste récréation. Henri re{j;ardait les nuages amoncelés et rapides , à travers les grandes vitres et soupirait de temps à autre. Un rayon de soleil eût suffi pour ranimer cette jeune imagination , mais le

ciel de l'Ecosse était dans un de ces jouis trop ordinaires, à ce climat; il devait être, jusqu'à la nuit, sombre et terne et c'est là justement ce qui de'courageait notre Henri. Le vent qui soufflait en gémissant dans les longs corridors, ajoutait à ce moment quelque chose de lugubre et d'accablant.

Dans cette disposition , le plus petit événement eût été bien accueilli ; mais il n'y avait pas l'ombre de l'espoir que le moindre fait remarquable vînt à rompre cette monotonie de pluie glacée tombant sans relâche, et de vent soufflant dans le vieux château toujours sur le même ton plaintif et portant l'engourdissement.

La veille encore , un étranger était venu visiter le royal asile et y avait passé quel-

ques heures , mais il avait du leparlii , et puis son aspect était triste , quoiqu'il vînt de France. Henri ne songeait à lui que pour plaindre les malheurs dont il avait fait le récit; et ce récit avait été long et chargé d'affliction. L'étranger avait passé par la Vendée.

Le nom de cette terre héroïque et son souvenir n'étaient pas faits pour égayer une jeune ame déjà disposée à une mélancolie si naturelle pour l'exil. Des pensées douloureuses se succédaient sans s'attiédir, et c'est ainsi que notre Henri apprend à devenir un homme en faisant l'expérience si rude de la réflexion dans le malheur.

I\ était appuyé' dans l'embrasure de îa vieille croisée et n'entendant plus, ne voyant

3o l'amarante.

plus, levait. . rêvaitbien douloureusement.

L'heure s'écoulait et il n'avait pas changé de place; il y avait dans cette fixité réfléchie, dans ce sentiment profond d'une destinée cruelle tout ce que nous pourrions désirer, nous qui donnerions nos vies pour sa fortune et sa gloire. Il y avait de quoi doubler notre confiance et notre espoir : notre jeune prince apprenait à penser I . .

Un bruit de pas se fit pourtant entendre à l'entrée du salon d'étude , les portes s'ouvrirent avec bruit : deux personnes entrèrent et n'étaient plus qu'à deux pas de la fenêtre où se tenait Henri , que celui-ci n'avait rien entendu. Son nom prononcé par une voix connue l'éveilla enfin :

LE CHOUAN. 3l

il tiessaiilit coiiinie sortant d'un songe interrompu , et au même instant ce gracieux sourire, ce sourire de bonté qui tient de Caroline et d'Henri IV se répandit sur ses traits , leur donna une nouvelle vie; notre Henri ne souffrait plus.

— Monseigneur, dit l'ami qui venait d'entrer; nous devons quelque chose à cette pluie que vous regardiez si tristement tomber ; monsieur nous reste et ne partira que demain.

C'était l'étranger de la veille. Il devait être sûr d'être bien accueilli. Aussi, ce futil sans sui'prise qu'il entendit les gracieuses paroles qui lui furent adressées.

— Je n'ai plus un regret de cette vilaine journée , puisqu'elle nous rend un ami si

dévoué ; et c'est bien aimable à lui , quand il lui reste quelques heures, de ne pas nous oublier !

Le foyer brillant et l'air un peu froid du salon , invitaient à se rapprocher de la cheminée. Des sièges furent donc apportés et il s'engagea une de ces conversations qui perdent à être reproduites , mais dont l'inte'rêt et la sombre couleur ne peuvent entièrement s'effacer.

Henri désirait ramener l'étranger sur les re'cits de la veille quoiqu'ils fussent sombres et douloureux ; il était dans un de ces jours ou les vives saillies , les plaisanteries joyeuses fatigueraient bien plutôt qu'elles ne seraient agréables. Quand le cœur de l'homme est triste . il lui faut de

la tristesse jusqu'à ce qu'elle surabonde; c'est un charme qui pèse sur lui et qu'il craint de détruire. C'est une inexplicable magie ! . . .

Les questions du jeune prince roulèrent donc sur les misères glorieuses de ce peuple-de géans à qui sont prodigués aujourd'hui l'insulte et la persécution. Les noms des victimes furent bien des fois prononcées , et les larmes qui roulaient dans les yeux d'Henri valaient bien des panégyriques , et assurément plus qu'une place au Panthéon. Il demanda surtout des détails sur l'affreux assassinat de ce noble jeune homme à qui aucun parti en France n'a osé jeter un tort après l'horrible guet-apens dont il fut victime : et l'étranger en-

34 t^'amarante.

fit le récit souvent interrompu par les regrets et l'indignation bien naturelle de ses auditeurs.

— Il faut avoir connu M. de Bonnechose , dit-il avec cette forte énergie d'un enfant de l'Ouest , il faut l'avoir connu pour parler de lui et de sa mort. Seul , il s'est chargé de démentir l'infamie versée sur le soldat qui ne changea jamais de cocarde , qui n'a pour uniforme qu'une veste de paysan , et pour arme victorieuse contre des batteries foudroyantes qu'un bâton. Mon sang s'allume et brvile furieux lorsque j'entends une lâche calomnie aboyer de loin au brave qui ne vit que dans les dangers et les privations. Il faut l'avoir vu de près ce chouan que l'on re-

présente aux vieilles l'eimnes de France comme mi être qui n'a rien d'humain î

Brave et bouillant au combat, ge'néreux après la victoire , oubliant la défaite dans l'espoir du lendemain , n'est-ce pas là le même caractère que vous retrouvez dans le Français de tout les siècles?...

Un homme qui réduisit les chouans à la paix , mais à une paix glorieuse , avait compris ce peuple et était digne de le comprendre ! Napoléon , assis sur le trône de saint Louis , admirait la fidélité de ces hommes de fer aux princes légitimes que sou auréole de gloire n'avait pu leur faire oublier. Aussi de sa part ne leur vint-il aucune injure; le héros respecta l'héroïs-

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me ! . . . Et maintenant le chouan a retrouvé ses calomniateui"s 1 ... cela devait être.

On traque , on tue le jeune homme qui refuse d'aller joindre un drapeau qui n'est pas le sien et qu'au premier coup de fusil ses souvenirs , ses sentimens secrets , intimes , consciencieux lui feraient abandonner.

On traque , on tue , celui-même qui reste en repos , parce qu'il a plaint hautement ses frères , parce qu'il les a secourus en leur donnant du péiin , en cherchant à leur être utile et les consoler.

Tel fut en effet le crime de M. de Bonnechose.

Noble enfant, qui n'as jamais connu des guerres civiles que ce qu'il y a de généreux

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et de touchant daus un culte du cœur voue', à de grandes infortunes ! . . .

Depuis quelques jours les bruits les plus sinistres se répandaient dans le département de la Vendée. On avait vu des espions se glisser dans les villages et trahir, malgré leurs ruses, leur infâme incognito. Une défiance générale s'e' tait emparé des paysans , et chacun rentré dans sa chaumière avant lecoucher du soleil restait paisible, fortde cette pensée intime, si profondément gravée dans le droit des gens , que le domicile d'un citoyen ne peut être violé.

La soirée e'tait très-avancée ; toute la famille d'un brave fermier s'était réunie autour du foyer de la plus grande chambre et s'entretenait tristement des maux qui

menaçaient le pays. Les jeunes gens exprimaient d'amères pensées ; les femmes prêtaient une oreille effrayée au moindre bruit qui se faisait entendre au dehors ; le fermier, seul homme grave , atteignant la cinquantaine , mais encore robuste et fier, conservait un assez grand calme en apparence. Le seul signe qui décelât parfois une émotion plus forte que sa volonté était la contraction de son front large qui se plissait de temps à autre sous ses cheveux noirs et épais.

Une porte de l'intérieur de la ferme s'ouvrit enfin, et un jeune homme aux traits nobles et affectueux , entra dans la pièce commune. Sa taille était charmante ; il touchait à peine un âge d'homme et ce-

LE CHOUAN. ;-)f)

pendant une assurance modeste répandue sur tout son maintien , présageait un bel avenir... Peut être un de ces héros formés sur le modèle des La Rochejaquelein , des Catbelineau. C'était M. de Bonnecliose.

Le fermier se leva rapidement , et son sourire franc bannit en faveur de son hôte, les soucis qu'il cherchait vainement à renfermer en lui-même.

— Hé ! bien notre maître , dit-il , en prenant vivement la jeune main qui lui était tendue, votre sommeil vous a-t-il fait du bien?.. . Etes-vous un peu reposé?. . .

— Il m'eût été difficile de dormir, répondit le jeune homme, avec une franche expression de cordialité , quand je pensais

que VOUS veilliez pour moi,vous,mon brave ami , qui avez tant besoin de repos ! . . .

— Avec l'aide de Dieu, monsieur, je puis me passer de sommeil, quand il s'agit de rendre service à de braves gens. Mais tenez!... mangez un morceau, si vous m'en croyez , et le reste de la nuit vous paraîtra meilleur ! . . .

A ce moment les chiens de la ferme aboyèrent au dehors avec violence. Le fermier tres.saillit :

— Que craignez-vous? dit M. de Bonnechose.

— Rien, not' maître, répondit le paysan en baissant la voix et sans rien perdre du flegme de sa physionomie caractérisée ; oh ! rien, mais il me paraît e'trange d'en-

tendre aboyer de cette force mon vieux César : il faut que ce ne soit pas un habitant du pays qui rôde à cette heure , il les connaît tous ; le gars a le nez fin !.. .

Les aboiemens de César devenaient furieux. Minuit sonna de la vieille pendule du fermier.

Alors se leva un garçon de ferme qui entr 'ouvrit une fenêtre avec précaution , après quoi il dit :

— Défiez-vous, père Goureau, m'est avis que les rouges ne sont peut-être pas loin. J'ai vu remuer quelque chose dans l'ombre de la grange , y a quelque mani- ;;ance de démon qui se trame !...

La terreur s'empara des femmes , mais le fermier Goureau leur imposa silence et

les envoya dans la pièce voisine. Cepen dant M. de Bonnechose ne pouvait croire à une embuscade et disait à ces braves gens:

— ^Vous vous trompez assurément : si l'on voulait m'arrêter, il y a long-temps que ce serait fait; je ne me suis pas caché ! et si l'on vient ici , il faut ouvrir les portes. Vous connaissez aussi bien que moi le motif qui m'amène chez vous. Je viens chercher de l'argent pour une femme qu'on a forcée de fuir, une femme que vous respectez tous... Mais ni vous, ni moi , ne conspirons ! . . . On ne peut donc m'arrêter comme conspirateur ! . . .

Le garçon de ferme murmurait enUc ses dents :

— 3Ia foi de Dieu 1. .les rouges cl les hleus , dont parle quelquefois le maître, sont de la même famille : Et je serais un saint que je ne m'y fierais point !

Le fermier réfléchissait pendant ce débat et plus d'une fois il secoua sa chevelure brune en signe d'indignation; puis tout à coup semblant avoir pris un parti décisif , irrévocable , il s'écria :

— A la garde du ciel , not' maître, ce qui doit arriver, arrivera. Comme dit notre garçon Louis , les rouges commencent à ressembler fièrement aux bleus. Et ce matin encore sur la place de Montaigu , j'en ai entendu quelques-unes qui ne m'allaient pas trop. Mais enfin ça m'est égal , pour ce qui regarde le quart d'heure ; et

fy^ l'amarante.

il faut que nous en finissions ! . . . Allons ! . . . v'ia encore mon vieux César qui fend l'air ave<?sa voix d'enrhumé!... Pauvre bête à coup sûr, il ne sent pas les nôtres ; encore une fois, je vous le dis, le gaillard a le nez fin!... Louis, mon garçon, défais la barre de la porte ! ... Je vas aller faire le tour par le verger...

Ici M, de Bonnechose voulut interrompre le Vendéen ; mais celui-ci le repoussa doucement.

— Laissez faire, monsieur, laissez faire ! . . . Je connais l'endroit, moi , et il faudrait qu'ils fussent de bonne race pour vous dépister une fois que j'aurai vu le chemin que vous pouvez prendre ?

— Oue voulez-vous rlirc?...

— Mon Dieu, not' maître , je veux dire qu'il vous faudra changer de logement pour ce soir, si ce sont ceux que je soupçonne, et v'ia tout I . . . trois ou quatre heures que vous passerez dans la bruyère ne vous feront pas de mal et demain matin nous boirons gaîmeut à leur santé , quand ils seront partis ! . . .

— Mais pourquoi m' éloigner comme si j'étais coupable?... les lois du pays me protègent ! . . .

— Tenez , not' maître , interrompit le paysan, défunt mon général (quand je faisais partie de la brave division des Sables), ce bon M. NicoUon des Abbayes, nous disait dans un temps où il se donnait dans ce pays plus de coups de fusils

que de poignées de mains : le courage est bon,mais la prudence vaut quelque chose! . . Et je dis pourtant que l'odeur de la poudre ne lui faisait pas peur, à celui-là!... Ainsi suffit , restez-là not' maître. Je vas et je reviens ! ...

Puis avec ce flegme qui caractérise l'habitant dç l'Ouest qui n'est pas e'chauffé par le combat , il sortit tranquillement et referma la porte sur lui.

Un vent violent s'était élevé depuis quelques instans, M. deBonnechose n'entendait rien au dehors que le bruit des arbi-es qui pliaient sous l'ouragan. Un silence profond régnait dans l'intérieur de la ferme.

Tout à coup l'explosion d'une arme a

feu se fit entendre , et le vent apporta à la famille du fermier un gémissement douloureux. Alors rien ne put retenir la femme de Goureau , elle sortit de la pièce où elle s'était retirée et chercha un instant des yeux dans la salle où était resté M. de Bonnechose : puis, comme si une affreuse vérité eût jailli pour elle , ses traits prirent une expression effrayante , et elle s'écria en s'élançant dehors :

— Ils ont tué mon mari ! . . .

Le vent qui soufflait , entrant avec violence par la porte qu'avait laissée ouverte la malheureuse femme , éteignit la lampe qui éclairait la pièce où tout le monde était dans une stupeur et une inquiétude qu'il ne m'est pas donné d'exprimer.

4'J l'a MA HANTE

Alors rentra échevelee et la voix liorriblement changée par les sanglots , la femme de Goureau. Elle tomba sans force et l'on entendit l'atroce vérité :

On avait tué son mari.

Nul ne put voir les traits du jeune homme pour lequel la vie d'un honnête homme venait d'être si affreusement sacrifiée. Mais , avant qu'une pensée eût pu succe'der à une autre, M. de Bonnechose s'e'tait élancé : on entendit des voix brusques crier un : qui vive?... puis celle du jeune homme qui s'élevait tonnante et flétrissait les assassins. . . enfin une autre voix qui cria '- c'est lui! ...

Deux coups de feu partirent : la même voix dit :

- — Le sergent est mort ! . . .

Et celle du jeune homme répondit glorieuse et touchante.

— Pauvre veuve, j'ai vengé ton mari ! . . .

Ensuite eut lieu un feu de fde dont la lumière éclaii a un instant la scène :

M. de Bonnechose était tombe' mutile'.

Il n'était pas mort encore ; ses plaintes arrivaient à la ferme, elles se mêlaient aux menaces des soldats.

La veuve de Goureau s'arrachant à ses enfans désolés , ne crut pas son sacrifice terminé. Ce fut elle qui , écartant les soldats, vint secourir la nouvelle victime , et quand JM. de Bonnechose lui dit avec douceur :

— Allez à votre mari , pauvre femme ,

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laissez-moi, de grâce, je vais mourir..^

Elle répondit avec un cahne héroïque.

— Mon mari est mort ; il n'a plus besoin de mes soins ; je ne vous abandonnerai pas!...»

Ici le récit de l'étranger fut un instant interrompu par le saisissement de ses auditeurs. La réponse de la pauvre veuve était sentie : Rome et Sparte ne nous ont pas conservé de plus belles paroles; le cœur d'un jeune prince français devait batti'e de fierté à ce noble cri d'uneFrançaise.

L'étranger continua :

— Le prisonnier mourant fut enlevé grâce aux secours de la pauvre veuve. Elle suivit à pied la charrette qui le portait au prochain village où il arriva expirant.

LE CHOUAJN. 5l

Là M. de Bonnecliose fut déposé sur la pierre d'un cachot. Un lit eût été une dérision pour un cadavre. Deux hoinmes étaient à côté de lui ; l'un la plume et l'écritoire en main : c'était l'homme du pouvoir; l'autre lui tenant le bras et comptant les minutes qui lui restaient à vivre : c'était le médecin. Cependant l'homme à la plume interrogeait , penchait sa tête sur le prisonnier pour saisir sa parole plus faible qu'un souffle, mais il interrogeait en vain, et des gestes d'impatience prouvaient son regret que la besogne fût si avancée.

Le mourant ne prononça qu'un mot intelligible :

— Unprèti'e!...

Ce n'était pas ce mot qu'attendait , qu'é-

piait, que convoitait llionimedu pouvoir, aussi fit-il un saut en arrière , comme au sifflemeut d'un aspic.

Et le médecin déclara qu'eu vérité au prêtre seul restait quelque chose à faire.

Le ministre de paix fut introduit, il s'agenouilla sur les dalles froides auprès du mourant. Puis on n'entendit plus que des paroles consolantes mêlées à des plaintes douloureuses ; enfin un dernier râle , une dernière bénédiction, un effort puissant du mourant : et ces paroles qui retentirent éclatantes :

— Mon Dieu!... je leur pardonne, ayez pitié de moi!... pitié pour la France!.., bonheur et retour pour notre Henri , le bien— aimé.

L'homme du pouvoir qui était sorti pendant cette scène , rentra alors avidement, mais le prêtre d'une voix solennelle :

— Respectez la mort , monsieur, vous n'avez plus de prisonnier ! . . .

M. de Bonnechose avait cessé de souffrir.

Le lendemain , aucune feuille révolutionnaire n'osa calomnier la mémoire du jeune chouan. Mais les rigueurs et les poursuites dirigées contre ses amis désolés ne cessèrent point. Cet horrible meurtre ne pouvait avoir son repentir ! . . . »

L'étranger finit ici son re'cit et semblait accablé sous ses souvenirs.

Notre Henri souffrait vivement, et pour-

tant il attachait un grand prix à ce qu^il venait d'entencb'e :

— Mes amis , dit-il , les yeux brillans d'une émotion touchante , et la voix altérée , mais pénétrante de sincérité : mes amis !... que ne puis-je au prix de ma vie rappeler ceux qui sont morts!...

Puis il ajouta , la main noblement posée sur son cœur :

— Un siècle de puissance ne paierait pas à ceux qui restent tout ce que je dois à ceux qui ne sont plus ! . . .

©iim^=^(BlîIâg

SAIi\T-CYR.

Tout avait pris un air de fête dans l'Ecole royale et militaire de Saint -Cyr.

c'était au mois de juillet i83o ! La blanche et glorieuse bannière des héritiers de saint Louis, flottait sur les jeunes tètes de ces enfans élevés pour la défense de la patrie. Leurs rangs étaient alignés ; leurs

armes brillantes , et dans tout ce maintien de jeunes hommes sous l'uniforme, rien n'était à regretter pour la précision , et cette fierté silencieuse qui signale de plus vieux guerriers. Toutes les fois que le vent déroulait les plis de l'étendart royal, on voyait briller, au beau soleil de cette journée, ces fleurs de lis d'or pour qui Condé réunit tant de gloire et devant lesquelles était tombé si récemment le croissant des mosquées d'Afrique. Encore quinze jours et ce signe d'honneur devait être proscrit , sa gloire oubliée , son souvenir insulté. Ce jour-là au moins pareille pensée ne se présentait à aucun de ces élèves-soldats , si francs et si sincères , ils attendaient dans une joie impatiente celui

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