‹ L'amaranteChapitre 6 sur 21 · PROMENADE. XXVII · texte numérisé non relu

PROMENADE. XXVII

gers, même aux Polonais. Permettezmoi d'être Français avant tout. Je trouve assez cruel , pour ne rien dire de plus , que M. le maréchal Soult, qui a de l'argent pour lever des légions étrangères, petit supplément à notre pied de paix de 4^0,000 hommes ; que M. le maréchal Soult , avec son traitement de cent soixante mille francs , vienne ôter le pain à nos généraux !

Remarquez d'ailleurs, je vous prie, l'absurdité de notre politique : M. Périer et M. le maréchal Soult ne cessent de protester de leurs vœux et de leurs efforts pour le maintien de la paix ; et il n'y a pas un rebelle , quel que soit son pays ,

qui ne trouve de l'argent ou du service en France. Tout ce qui a porté les armes contre son souverain est sûr d'être Lieu accueilli par nos ministres ( excepté toutefois les vainqueurs de juillet). Yoilà-t-il pas des démonstrations bien rassurantes et bien propres à hâter le désarmement des puissances , sans compter cette billevesée d'Ancône? La prise d'Ancône est le complément de la farce de juillet, que l'on nous offre après la comédie de quinze ans ; cette farce consiste à nous donner une apparence de tout ce que nous n'avons pas , l'ombi-e de ce qui nous manque. La félicité publique dont nous jouissons ressemble à celle des Champs-

pr.OMENADE XXIX

Elysées où l'on ne rencontre que des ombres , pays où , connue dit Scarron ,

On voit l'ombre d'un cocher Qui, de l'ombre d'une brosse, Frotte l'ombre d'un carosse.

Nous avons, nous, l'ombre d'une armée, sous le nom de garde nationale, braves gens, mais armés de fusils Gisquet qui ne valent pas l'omlire d'un fusil ; la prise d'Ancône, que le gonfalonier, dans sa surprise, attribua d'abord aux Algériens qu'il crut vainqueurs des Français ; cette parade fut jouée dans l'intention de représenter les victoires et conquêtes des Français en Italie.

Les Polonais , dont nous allons faire un

petit régiment, représenteront l'alliance de la Pologne. Le roi anglais de la Belgique rappelle , à s'y méprendre , le temps où nous donnions à nos ge'néraux tous les trônes de l'Europe. Quant au drapeau tricolore, c'est toujours le même; voyez plutôt: bleu, blanc, rouge. 11 n'y a qu'une petite différence : il est surmonté d'un oiseau de basse-cour au lieu d'un aigle. Le juste-milieu n'y regarde pas de si près, et l'Europe ne s'en est pas aperçue; aussi voyez comme Nicolas a peur de faire chanter le coq en reprenant la Pologne; admirez combien le roi de Prusse s'empresse d'adhérer à nos protocoles ; comme le roi de Hollande a peur de nous impatienter, s'il sort du cercle de Popi-

PROMENADli. XXXI

lius-Taleyrand-Périgord. Ce grand diplomate n'est-il pas le ministre de Louis- Philippe , comme jadis de Napoléon-le- Grand? — Français, que vous faut-il de plus?.-.

A l'intérieur, nous sommes si tranquilles,, qu'une côtelette de plus ou de moins , mangée par M. Périer^ suffit pour mettre la bourse sans dessus dessous et la monarchie en péril ; s'il en est ainsi, dès que la présidence du conseil est vacante , jugez un peu quel beau tapage , si par hasard le trône venait à vaquer à son tour! Mais tout cela au profit de qui , s'il vous plaît?...— Je n'en sais rien. — Ni moi non plus. — D'où vient ce tumulte effroyable , les menaces de l'Europe , les

iXXII L AMARANTE.

400,000 hommes armés qui dévorent la substance de la France , sans pouvoir la défendre de son malaise, de ses discordes et de sa ruine. D'où vient qu'il faut cinquante mille hommes pour {garder la Vendée et la Bretagne qui se gardèrent si bien elles-mêmes contre les Anglais? D'où vient que le maréchal Soult interpellé, s'il rendrait Alger, a gardé le silence au lieu de répondre, la main sur son épée? D'où vient qu'ici le gouvernement renverse les croix , tandis que là bas il les relève ; décorant à Paris de l'écliarpe municipale, les profanateurs qu'en Bretagne il envoie en prison ; donnant d'une main des croix de juillet aux Français qui ont tiré sur les gardes royaux , dounantde l'autre des croix

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