‹ L'Amateur d'autographesChapitre 108 sur 175 · OU LA MORT · texte numérisé non relu

OU LA MORT

CMteaubriant, le 20 nivôse l'an II de la République française une et indivisible ».

Kléber à Carrier,

Je t'écris démon lit, mon ami, étant tourmenté d'une collique qui par moment me fais souffrir horriblement.

Mande moi, je t'en prie, où en sont nos affaires dans la Vendée et ce que tu faiB de Delbée 2 et autres chefs.

1 9Janvier 1794.

t Le 3 janvier le général Turreau s'était emparé de Noirmoutiers et avait fait prisonnier d'Elbée, que ses amis avaient transporté couvert de blessures dans cette ville. Peu de jours après, le généralissime des armées vendéennes fut fusillé avec sa femme.

On nous assure ici que les Espagnoles ont été repousés et que d'un autre côté nous sommes à Spire *. Vive la République !

Quand entreprends-tu ton grand voyage des Ports-de-mer? N'oublie pas surtout de me prendre avec toi et à cet effet envoye-moi un réquisitoire. Je me promets infiniment de plaisir dans cette tournée.

Adieu, mon cher ami : continue de faire la guerre au grrrrros contrrrre nrrévolutionnaire et aime-moi toujours.

Kléber.

Si Carrier veut toujours nous montrer qu'il nous aime, j'exige, comme moi-même je l'aime infiniment, que souvent il nous donne de ses nouvelles et de celles qui peuvent intéresser notre bonne et comune patrie. Nous vivons loin des plaisirs. Kléber est malade: moi je suis tourmenté par de mauvaises chicanes que certain quelqu'un qu'il connait semble vouloir me faire, mais notre devoir nous tient ici et partout où nous pourrons servir la République nous y vivrons contents, oh oui très content. Je réclame l'exécution de ta promesse. Fais vite ta tournée : appellesmoi si tu le peus et je te répons qu'à moins que tu ne puisse emmener avec toi deux amis, car je donne la préférence à Kléber qui la mérite, je te répons que ce voyage pourra être de quelque avantage pour la République.

Adieu. Je t'embrasse bien sincèrement en bon ami comme en vrai républicain.

Marceau.

MONTMORENCY (Mathieu de)

M. Albert Bance nous communique la lettre suivante du vicomte, nuis duc Mathieu de Montmorency, député aux Etats-Généraux, en 1789, ministre de Louis XVIll, et membre de l'Académie-Française. C'est à M"* Récamier que cette èpltre est adressée. Qui ignore que le vicomte était l'un des plus anciens amis de la reine de l'Abbayeau-Bois?

Génère, ce mardi 13 septembre (1804 ?)

Ne rendrès-vous pas justice, Madame, au sentiment qui ne me permet >as d'attendre mon prochain retour à Paris pour vous exprimer combien 'ai été affecté de celte nouvelle bourasque d'inquiétude, bien peu foniée, bien déraisonnable, dont les meilleures maisons sont menacées par e malheureux cours des aflaires actuelles ? Le bon De Gérando » me mande qu'il n'y a point le moindre fondement réel ; mais je me rappellerai toujours 1 aimable et naïve bonté avec laquelle vous me parlâtes de ce que vous aviés éprouvé dans quelques circonstances semblables, obligée de cacher votre impression à tous les yeux qui sont assés volontiers tournés sur vous. Je m'associe à cette peine réelle dont votre délicatesse est si susceptible. Vous ne devés jamais douter d'un tel sentiment, que ma sauvagerie exprime moins souvent, majs sent peut-être plus réellement que bien d'autres légèretés aimables. Ne me soupçonnés pas de vouloir placer Camille 3 dans cette dernière catégorie? Je lui trouve le privilège rare de joindre le sérieux et l'agréable. Je viens de faire un

1 Cet|e Tille fut prise par Hoche le 29 décembre 1793.

* Gérando (le baron de), homme d'état et écrivain, né à Lvon le 59 février 1772, mort à Paris le 10 novembre 1842.

s Jordan (Camille), publiciste*. un des commensaux de M™' Récamier, né i Lyon le il janvier 1771, mort à Paris le 19 mai 18' I.

charmant voyage qui a été quelque tems dans vos projets, qui dans toute son étendue convient peut-être mieux à un homme qu à une femme. C'eut été trop de choses réunies de vous retrouver sur le bord de ce beau • lac. — J'ai approché des plus hautes montagnes, des neiges éternelles, de quelques précipices escarpés, etc. Avant et après ces intéressantes excursions, je retrouvois ici ou aux environs d'anciens amis qui m'ont ■ donné l'hospitalité au tems de l'exil, une amie 1 surtout qui veut que je vous parle d'elle, qui parle toujours de vous avec un plaisir très vivement senti. Elle appréciera beaucoup l'avantage de vous retrouver cet hiver à Paris, moi j aurais été parfaitement content de mon voyage, sans l'aceident de ce pauvre Adrien *, qui m'a causé le double supplice ^e le savoir souffrant, et de n'être pas auprès de lui pour le soigner. J'ai été au moment de .partir et je ne m'y serois pas refusé, si je n'avois été dépendant que de moi. Il est bien soigné, mais il a beaucoup souflTert. Je suis sur que vous le plaignés et que vous ne le lui avéspaa laissé igno- Ter.

Agréez, Madame, mes respectueux et tendres hommages, j'ai l'espérance de vous moir avant quinze jours, bonne suivant votre usage, toute prête à encourager par votre générosité ce métier de quêteur pour lequel Adrien prétend que j'ai de la vocation, et surtout ne vous dégoûtant pas d'un des plus touchants établissements que j'aie jamais vus à Paris dans mes courses, de ce joli chœur de petites filles dont je me rappellerai toujours de vous avoir vu recueillir les bénédictions.

Math. Montmorency.

PIÈCES SUR LES DÉPARTEMENTS i

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