VOLTAIRE
Charmante épître du célèbre bibliophile au grand écrivain, et que nous empruntons à la prochaine vente de Mr J. Charavay aîné.
Ce n décembre 1763.
Je ne douteray jamais de l'intérêt que vous prenez à ce qui me regarde, et que vous n'ayez été touché de la mort d'un jeune homme fort joli, et qui en vérité pouvait devenir un fort bon .*ujet. J'en suis très affligé et c'est réellement une perte pour moy, mais c'est précisément dans ces moments de tribulation où l'on doit chercher à se raffermir l'âme par des lectures édifiantes. Sattl m'a fait un très grand plaisir à lire, mais je vous avoue que le pauvre David qui a besoiu d'être réchauffé m'a rappelé trop vivement l'état où je suis maintenant réduit pour n'en pas être humilié. Songez-vous encor à tout cela? Je trouve assez doux de s'en occuper quelquefois, mais je voudrais que les succès fussent moins rares: enfin il faut prendre patience et s'humilier devant le Seigneur. Mon évêque, plus heureux que moy, est de l'Académie, et a des filles ; je n'en seray jamais et je n'en aurây plus. Ma consolation de n'être pas assis au milieu des arbitres des talents, est de pouvoir dire comme Pniloctecte : J'ai fait des souverains el n'ai pas daigné l'être. Ma raison
c'est que je ue suis jamais à Paris, que je n'y veux pas être, et que ie suis au désespoir quand je suis forcé d*y mettre les pieds. Je respire un air plus doux et plus tranquille à Montrouge, où je serais enchanté de vous y voir. Peut-être pméreriez-vous mes roses et mes jacinthes aux neiges de vo? Alpe?, et certainement vous y trouveriez l'homme du monde qui vous aime le plus, et votre plus zélé admirateur.
BIBLIOGRAPHIE
KOTES BIBLIOGRAPHIQUE!»
POUR SERVIR A L'ÉTUDE DE I/H1ST0IRE ET DE L'ARCHÉOLOGIE WBL.'PAII-ALBXf&'DpftBAU ; Pabis, Joudert, 1866, IN- 12. — 3 fr.
Tel est le titre d'un petit volume qui commence une série qui se poursuivra sans nul doute avec succès. Ce n'est point un ouvrage de luxe, destiné à orner la table d'un salon ou les rayons d'une bibliothèque d'amateur, mais bien le fruit des recherchés d'un travailleur infatigable. Donner la liste raisonnée de tous les livres publiés en 1863, tel était le plan que se proposait l'auteur de ce volume et qu'il a rempli avec une scrupuleuse exactitude. Quan.i on lit un ouvrage bibliographique on ne se rond pas compte du travail qu'il a fallu pour le faire. On se dit : rien n'est plus simple : c'est a coups de ciseaux qu'on confectionne ces livres-la. Hélas! c'est ainsi qu'on les juge le plus souvent ces malheureux bibliographes, et cependant combien leur tache est rude ! NuJ travail n'est plus ingrat que le leur : nul aussi n'est plus mal récompensé : le savant et pauvre Quérard en a fourni une preuve regrettable. M. Dureau n'a pas reculé cependant et après de nombreux labeurs il nous donne non «seulement la list j des ouvrages publiés en France et à l'étranger dans l'année 1863, mais encore la nomenclature des articles les plus intéressants contenus dans les revues périodiques littéraires et Historiques. C'est un annuaire qui sera continué pour les années Suivantes, livre indispensable pour les li aérateurs et les érudils qui ne manqueront pas de s'en servir. Les hommes sont ainsi faits qu'il n'ont pas le courage de se livrer à des recherches ardues, souvent ennuyeuses, et qui demandent toujours un travail continu, et qu'ils éprouvent une vive satisfaction a les trouver quand ils en ont besoin et à s'en servir. Honneur donc à ceux qui se dévouent à cette tache ingrate de fournir à leurs confrères des matériaux indispensables, à ceux qui aplanissent la route si difficile de l'érudition, et accordons-leur sans réserve l'aide et les encouragements qu'ils sollicitent.
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'MrValletde Viriville, le savant historien de Charles VII, est, comme chacun sait, professeur à l'Ecole des Chartes. Le cours
qu'il a entrepris cette année mériterait d'être suivi par les érudits et les bibliophiles. C'est en effet de bibliographie que l'émînent professeur s'occupe tout spécialement. Les premières leçons ont été consacrées à un historique rapide des livres et des bibliothèques dans l'antiquité, semé de traits spirituels et d'anecdotes piquantes. Puis l'examen' de la manière dont étaient confectionnés les livres manuscrits, et des différents procédés qui entrent dans leur conformation, et un travail tout nouveau sur le crayon, ont été fort remarqués. Enfin l'exposition des différents systèmes imaginés pour classer les bibliothèques occupe en ce moment môme Mr Vallet de Viri ville. Le but pratique de son cours est en effet d'initier les élèves de l'Ecole des Charles dans cet art si ardu de là bibliographie et de les préparer à remplir dignement les fonctions de bibliothécaire auxquelles il peuvent être appelés. Nous avons cru être agréable à nos lecteurs en leur signalant un cours qui peut les intéresser et leur être utile.
— La mort du savant orientaliste Salomon Munk laisse une place vacante à l'Académie des Inscriptions et Bel les- Lettres. On signale la candidature de MM. Guessard, Oppert et Edmond Leblan. Celle de Mr Guessard, professeur à l'Ecole des Chartres et philologues fort distingué, semble avoir beaucoup de chances pour réussir. On se rappelle que ce savant eut, lors de la dernière élection, une minorité si imposante que nous ne doutons pas que son nom ne réunisse tous les suffrages.
Un projet de factage parisien au xvme siècle : Une des pièces les moins curieuses du catalogue du vicomte de Fer.... n'est pas celle qui porte le n° 399. Lorsque, il y a deux ou trois ans, une compagnie monta un service pour le transport des paquets et bagages dans Paris sous le nom de Factage parisien, on publia que cette idée avait été empruntée aux Anglais, mais on ne se doutait pas que déjà au xvni* siècle ce projet avait été soumis au Conseil d'Etat. Nous avons sous les yeux le manuscrit du projet dont nous parlons, lequel est accompagné de plans, et l'on rencontre de grandes ressemblances entre le service proposé alors et celui qui fut adopté de nos jours.
Les autographes de Molière : M. Francisque M... demande dans r Intermédia ire du 21 janvier s'il n'existe aucun manuscrit de l'écriture de Molière. La réponse est bien simple : on ne connaît du grand écrivain que des quittances ou actes notariés signés, une vingtaine au plus, et deux lignes autographes signées sur un devis qui fait partie de la superbe collection du vénérable M. Cbambry et dont nous avons donné le fac-similé dans le n° 25 de \% Amateur d'autographes.
Correspondance de Turenne : Le catalogue du vicomte de Fer... contient douze lettres de Tu renne, adressées à sa femme, et dontnous n'avons pas besoin de faire ressortir l'importance. Un fait curieux, c'est qu'au dos de quelques-unes on trouve des notes qui
semblent préparées pour une sorte de panégyrique de l'illustre guerrier. Elles sont d'une écriture contemporaine et tendent à faire ressortir les traits qui pouvaient faire prévoir la conversion dù maréchal. Ainsi, sur celle du 16 avril 1660, on lit : « W de Turenne reconnoit la prévention et la dissimulation des ministres calvinistes. » — On voit sur une autre du 16 juin : « M* de Turenne lit les livres catholiques et trouve que les calvinistes ont tort sur le fait de l'Eucharistie. » — Nous nous contentons de signaler ces notes qui nous ont paru présenter quelque intérêt
Bibliographie : Mr de Beaucourt vient de publier un tirage à part d'un article intitulé : Jeanne d'Arc trahie par Charles VII. C'est une réfutation de l'opinion de Mr J. Quicherat qui tirait de deux lettres de Charles VII cette conclusion que le roi avait trahi Jeanne d'Arc. Mr de Beaucourt combat vivement cette assertion comme il avait déjà auparavant essayé de démontrer la fausseté du svstème de MM. Quicherat et Henri Martin sur le règne de Chartes Vif. Nous nous bornerons à dire que pour lutter contre des érudits comme le savant éditeur du Procès de Jeanne d'Arc et l'honorable auteur de YHistoire de France, il faut avoir étudié bien sérieusement la question, ce que M. de Beaucourt a certainement fait. — Le même érudit avait déjà publié, il va quelque temps, une curieuse étude sur Charles VII et Agnès Sorel.
— Les deux premières livraisons du Dictionnaire de géographie ancienne et moderne à l'usage du libraire et de l'amateur de litires, parMr Pierre Deschamps, viennent de paraître chez MM. Firmin Didot. Cet ouvrage, qui nous parait fait avec des documents sérieux, est appelé à avoir du succès auprès des érudits auxquels il s'adresse.
Ventes : Le 1 1 mars, Mr Ad. Labitte fera une vente de livres où se trouve un psautier de l'église de Liège, daté de l'an 1 155 ou 1160, orné de nombreuses miniatures décrites avec soin.
— Le 18 mars commencera la vente des chartes et documents provenant du cabinet de M de M. Cette collection est riche en
ièces sur les provinces. Le catalogue est en distribution chez M. J. haravay aîné, chargé de la vente.
Nécrologie : On annonce la mort de M. Cazanove, bibliothécaire de Carcassonne.
— M. Brascassat (Jacques-Raimond), célèbre peintre d'animaux membre de l'Institut depuis 1846, est mort à Paris le 7 février 1867* Il y a donc en ce moment deux places vacantes à l'Académie des Beaux-Arts, section de peinture.
Le Directeur-Propriétaire : Jacques GHARAVAY.
Ablieville. — Imp. P. Briea.
.V 125. — b« Année
16 Mars 1867
Bureaux s rue des Grands-Au^ustlns, 96, à Paris
PRIX DE l'aEONNBMENT POUR PARIS ET LES DÉPARTEMENTS
Pour six mois 6fr. | Pour un an 12 fr.
Étranger : le port en sus.
on s'abonne, pour l'étranger, chez les libraires suivants
Londres : MM. Pvttick et Simpson, 47, Lei-
cester-Square.
Bbr in : M. Richard Zeune , Victorias-
trasse,29. a.
La Haye : M. Martinus Nijhoff, 49, Raams
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Turin : MM. Bocca frères.
Bruxelles : M. Van Trigt, 30, ruo Saint- Jeau.
Madrid : M. Bailly-Baillière.
S aint-Pbtersbourg : M. Jacques lssakoff.
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Stockholm : MM. Samwn et Wallin.
Les demandes d'abonnement et toutes les communications relatives au Journal doivent être adressées, franco, à M. Jacques GHARAVAT,rue des Grands- Augustins, 26.
LAROGHE-LACARELLE (M. le baron de)
L'année 1866 a vu se terminer la carrière d'un de nos plus anciens amateurs d'autographes, M. le baron de Laroche-Lacarelle, décédé en province, au mois d'octobre dernier.
Quelques mois sur cet homme aussi recommandable par son esprit éminent que par sa solide instruction, le feront connaître de nos lecteurs. \
Issu d'une des plus anciennes familles du Beaujolais, M. de Lacarelle était né pendant la période révolutionnaire ; il fut élevé chez ses parents; son père, qui avait servi avec distinction dans le corps des mousquetaires sous Louis XV et Louis XVI, confia son éducation a un de ses amis, ancien supérieur des Génovéflns à Foix, homme d'une éminente instruction, et qui sut la communiquer à son élève.
Nommé maire de la commune d'Ouroux, dans le déparlement du Rhône, M. de Lacarelle, à l'entrée des alliés, sut, par sou attitude ferme et énergique, protéger tout le pays de la vallée de la Grosne des maux de l'invasion étrangère , aussi sa conduite lui valut-elle à la rentrée du roi, 1 honneur d'être décoré ; on reformait alors les mousquetaires, il entra dans ce corps d'élite où ses ancêtres avaient laissé de si honorables souvenirs et il y resta jusqu'au moment où il fut licencié.
Membre du conseil d'arrondissement de Villefranche et de plusieurs sociétés d'intérêt local, il exerça ces différentes fonctions jus-
qu'en 1830, époque à laquelle il se retira en Bourgogne dans l'habitation où il est mort.
C'est a dater de ce moment que son goût pour les autographes commence à se montrer : peu de personnes à cette époque le partageaient avoc lui ; dans ses fréquents voyages à Lyon, à Paris, dans ses nombreuses relations avec l'Italie, il se procura une série de belles pièces qui composent le catalogue de sa collection dont la vente a eu lieu en 1846 : il n'est pas très-nombreux, il ne contient que 666 numéros, mais généralement tout y est important et d'une beauté et d'une authenticité incontestables.
Bien qu'il n'habitât plus le Beaujolais, il avait conservé pour le pays qui Pavait vu naître l'affection la plus vive; depuis longtemps il nourrissait le projet d'écrire son histoire, et pendant plus de 20 années il s'occupa â rassembler tous les documents nécessaires à l'accomplissement de cette idée.
Son histoire de Beaujolais et des sires de Beau jeu, qui parut à Lyon, Perrin, 1853, peut être considérée comme un des ouvrages les plus complets qu'on ait écrit sur l'histoire des provinces, et l'accueil qu'il reçut du public à son apparition, justifie complètement notre appréciation à cet égard.
Il aimait les arts avec passion, aussi était-il entouré d'objets précieux de toute espèce et dans tous les genres ; tableaux auciens des grands maîtres, statues en marbre, armes anciennes, sculptures, etc...; il disait qu'au milieu de semblables amis la vie s'écoulait douce, trop rapide peut-être
Mais ce qui a dû charmer le plus son existence et adoucir ses derniers moments, c'était la pensée d'être aimé de tous ceux qui le connaissaient et la conscience d'avoir fait le bonheur de tout ce qui l'entourait.
PIÈCES INÉDITES
MARÉCHAL (Sylvain).
Très-curieuse épitre écrite en 1788 et adressée à « Mesdemoiselles Desprez, maison au limonadier qui fait le coin des rues St Jacques et des Cordiers, au deuxième. » Elle est datée de Saint-Lazare où Sylvain Maréchal avait été renfermé après la publication de son A Imanach des honnêtes gens où il avait remplacé les saints par rïes personnages célèbres. Ce livre venait d'être condamné au feu, et son auteur employait tous les moyens pour sortir de prison.
Samedi soir.
De grandes espérances, mais pas encore de réalité, avant peu, tout