ÉLECTION DE M' GUEB6ARD A L'INSTITUT
L'Académie des inscriptions et belles lettres, dans sa séance du 22 mars, à élu Mp Guessard en remplacement de Mr Munk. Elle ne pouvait faire un meilleur choix. Mr Guessard est en France, avec Mr Littré, le représentant le plus autorisé de la philologie des langues néo-latines. C'est ainsi qu'il est considéré dans la savante Allemagne, et tout dernièrement un jeune professeur Viennois associait, dans une dédicace, son nom à celui de Mr Dietz.
Venu à une époque où la science est obligée d'aller chercher ses documents dans les manuscrits où ils sont enfouis, Mr Guessard s'est dévoué à la tache modeste et difficile de publicaleur. lia fait connaître aux philologues les grammaires provençales dans lesquelles Mr Raynouard avait découvert la règle des cas, et a mis fin, par là, aux discussions que celte règle avait fait naître. Quand Mr Fortoul décréta la publication de nos vieilles épopées Françaises, Mr Guessard en eut la direction pour laquelle il était désigné par ses travaux et sa science. Il aura la gloire d'avoir puissamment contribué au grand travail historique et littéraire qui se lait maintenant sur nos chansons de geste, et d'en provoquer la continuation en lui fournissant des matériaux.
En même temps, Mr Guessard montrait, dans ses introductions et dans ses articles, que le savant était doublé en lui, d'un critique, d'un écrivain et d'un homme d'esprit. L'introduction de Huon de Bordeaux, celle deMacaire, dont il a retrouvé le texte sous une version inintelligible, sont des chefs-d'œuvre d'espritel d'érudition. Dans ses articles de critique, Mr Guessard, sans ménagement pour l'érudition vague et superficielle, l'a poursuivie et convaincue sans pitié. Les érudits se souviennent que Mr Génin se sentit touché si juste par Mp Guessard, que pour lui répondre, il eut recours, dans la plus académique des revues, à un vocabulaire de polémique dont les savauts avaient abandonné l'usage depuis le xvi* siècle.
Mr Guessard fait un cour3 de philologie à l'école des Chartes. Ceux qui y ont assisté savent quelle clarté d'imposition et quelle prévision de science il y apporte. Les philologues qu'il a formés, et dont quelquesuns sontdéjà célèbres, ne sont pas son moindre titre à la place qu'il vient d'obtenir. A. H.