LETTRES INÉDITES DE MONTESQUIEU
Montesquieu n'a pas encore été l'objet d'un travail spécial dé Biographie ni de bibliographie.
J'essaye, depuis neuf ans, de remplir cette lacune. Si quelque amateur possédait, sur ce sujet, des choses inédites ou curieuses et voulait bien me les communiquer, il me permettrait peut-être de mener à bonne fin cette entreprise.
Louis Vian.
Rue de Buci, 10.
VARIÉTÉS
BERNIS (LE CARDINAL DE). — AR1MAULT. - BAUSSET (LE CARDINAL DB). - AMPÈRE (J.-J.).
Nous avons choisi dans la série des membres de l'Académiefrançaise que contient notre Bulletin n° 151 quatre lettres qui nous ont paru dignes d'être reproduites. C'est tout d'abord le cardinal de Bernis qui écrit deux jours avant la mort de Clément XIV au confesseur de ce pape. Ce n'est qu'une minute : en tête on trouve ces mots : « Billet traduit à la 3« personne. » En voici le texte :
« Rome, ce 20 septembre 1774.
« Mou très-révérend Père,
« Vous conuoissés mon amour et mon respect pour le Pape, mon zèle pour le Saiot-Siège et mon amitié pour vous. La gloire de S.-S., la justice, )e devoir exigent qu'il déclare la promotion des cardinaux réservés in petto, il faut qu'il ta déclare en présence de trois cardinaux et qu'il en renie lie la lit-te à Mgr. Negroni, secrétaire du consistoire. Souvenés-vous que vous estes le confesseur de Sa Sainteté, que tout l'univers catholique a les yeux sur vous. Songjéd au besoin de l'église et au tort irréparable qui seroit fait aux cardinaux réservés in petto si le Pape mouroit sans les déclarer. Leur réputation en souffriroit. Songés premièrement à la conscience et au devoir et ensuite à vos amis et à vous-même. Vous counoissés la tendre estime que j'ay pour vous. Vous pouvés y Compter daus tous les temps et dans toutes les circonstances. •
En second lieu nous donnerons une lettre d'Arnault, le poète tragique, du 14 brumaire an x, relative à la prétention qu'auraient eue certains acteurs de POpéra-Comique de faire changer un spec* tacle ;
• Au Comité de? acteurs sociétaires du théâtre national
de l'Opéra-Comique.
« Ou m'assure, citoyens, qu'au mépris de leurs engagements avec leur société et surtout au mépris de ce qu'ils doivent au public quelques-uns de vos camarades veulent vous mettre dans la néssessité ae fermer ce soir votre théâtre ou de changer le spectacle.
« Le respect dù au public ne permet que le spectacle soit changé sansdes motifs dont le minisire seul peut être juge. Le respect dû au public permet encore moins que sans autorisation ou ordre supérieur le théâtre soit fermé.
« Je vous invite donc à ne pas perdre de vue les obligations qu-* vous avez contractées sur l'affiche. Le spectacle annoncé est le seul qui doive être représenté aujourd'hui. Dans le cas où il y aurait impossibilité quelque en soit la nature vous voudrez bien dès ce soir même le constater par un rapport que vous adresserez au ministre. « J'ai l'honneur de vous saluer.
• Arnault. »
Voici venir maintenant une jolie lettre du cardinal de Baussel adressée à un poète et dans laquelle il parle de Fénélon dont il était l'historien.
« Paris. 2 juin 1822
« Recevez, Monsieur, l'expression de ma sensible reconnaissance, et ce sera avec autant d'intérêt que de satisfaction que j'aimerai à lire \e recueil de poésies que vous venez de donnner au public. On est heureux de revenir à ces premiers temps de la renaissance des lettres où les imprimeurs les plus célèbres étaient aussi distingués par le goût que par l'érudition.
« Je vous félicite, Monsieur, d'avoir à parler de Fénelon. On est toujours sûr d'intéresser tous les nommes vertueux et tous les homm< s éclairés en parlant du génie et de la vertu de Fénéion. Votre bonté pour son historien ajoutera le sentiment de la reconnaissance à celui de la satisfaction que y> trouverai à lire votre notice sur Fénélon.
« Agréez, Monsieur, l'expression bien sincère de tous les sentiments dont je vous prie de vouloir bien recevoir les nouvelles assurances. • A Paris, ce 2 juin.
• Le cardinal de Baus~et. »
Nous terminerons par une charmante épîlre d'un écrivain aussi érudit que spirituel, J.-J. Ampère, par laquelle il s'excuse fort agréablement auprès de madame de Jussieu de ne pouvoir se rendre à son invitation.
« Je n'aurai pas le plaisir d'aller dîner avec vous aujourd'hui , Madame. Le teins m'a pris à la gorge et je me ménage pour demain , jour où je reprends mon cours. J'espère que dans 15 jours le beau tems aura repris le dessus et que je trouverai déjà votre jardin en fleurs et la gazelle bondissant sur le gazon. Pauvre gazelle, quel ciel elle trouve au lieu du sien, mais le ciel sous lequel ou est aimé est toujours doux.
« Mille amitiés bien tendres à vous et aux vôtres.
« J.-J. Ampère. •
• Lundi matin. »
Cette jolie lettre porte le timbre de la poste du 4 avril i 842,
IV' OUVELLEft DIVERSE»
Le bulletin n° 151 de la maison Jacques Charavay aîné est sous presse. Il renferme beaucoup de noms qu'on ne voit pas souvent dans le commerce et qui sont fort recherchés. Voici quelques-unes des pièces les plus remarquables : Charles //, roi d'Angleterre, l. a. s. et 1. s.; Marie Leczinska, reine de France ; Ferdinand VII, roi d'Espagne ; Pie Vif, lettre fort curieuse à Louis XVIII ; Murât, roi de Naples ; Bcauharnais (Eugène), 2 lettres ; Beauharnais (Hortense), lettre écrite comme jeune fille ; — Tasse (Bernard), le père de Torquato Tasso, superbe lettre à Sperone-Speroni, une des plus belles que nous ayons vues de lui ; Coulanges (le marquis et la marquise de); Huct ; Feuquière ; Rousseau (J.-B.), 3 lettres; Rousseau (J.-J.); Coyer (l'abbé); Goëthe ; Métastase, Koemer (Théodore), pièce de vers ; Hoffmann, l'auteur des contes fantastiques ; Macpherson (James), qui publia les poèmes d'Ossian, lettre fort rare ; Scott (Wallon ; Voss (J.-H.), le célèbre traducteur d'Homère; Macaulay, rare; Grimm (les frères) 'Lamennais, belle lettre; Saintinet très-belle pièce de vers ; — Éellini, morceau de musique, très-rare ; Donizetti, un des morceaux les plus populaires de la Favorite ; Steilbelt (Daniel); Schmitt (Aloïs) ; Thomas (Ambroise) ; Bonheur (Rosa), pièce rare ; David d'Angers et Greuze, deux beaux dessin* ; — Estrées (Gabriel le et Henriette d') ; Rochechouart (M"»- de), sœur de Mme de Montespan, magnifique lettre sur la mort du grand Condé ; Epinay (la Ces!Se d') ; Choiseul (la De8!» de), lettre du plus haut intérêt à Voltaire ; Elizabeth (M0*), sœur de Louis XVI, superbe épitre à la W** de Raigecourt; Czartoryska (la Princesse) ; Campan (M1™) ; — Haies (Etienne) et Faraday, deux savants illustres; — Fouquier-Tinville, document historique sur le procès des Girondins ; Bourbotte, lettre à Carrier ; Bertrand de Moleville, épitre fort curieuse et qui peint bien l'homme de qui elle émane ; OXonnell (Daniel) ; Manin (Daniel) ; Cavour (le comte de) ; Russell (lord) ; Bright (John) ; Watt (James) et Boulton, les deux illustres ingénieurs anglais, autographes fort rares ; etc. — A la suite vient une seconde partie qui ne contient que des membres de l'Académie française. C'est une série qui sera continuée. Le bulletin renferme les 3 premières lettres de l'alphabet. Nous ne citerons que les noms suivants: Alembert (J. Lerond d') ; Balzac (J.-L. Guez de), envoi autographe; Bernis (le cardinal de); Bossuet, notes pour un sermon ; Buswj-Rabulin, belle lettre ; Chapelain (Jean) ; Chateaubriand ; etc. Nous ferons remarquer qu'ici on trouve un choix de plusieurs lettres du môme personnage, et que nous avons recherché surtout les pièces qui offraient quelque intérêt. — Nous mentionnerons en ttrminant un exemplaire de r Isographie des hommes célèbres, en feuilles, bien complet, ce qui est fort difficile à rencontrer.
— Du 19 au 22 juin a eu lieu à l'hôtel Drouot la vente des dessins, estampes et tableaux de M. Mario, le célèbre chanteur. Ou
avait annoncé pompeusement un autographe de J.^J. Rousseau, qui était un morceau ae musique soi-disant de sa main. Malheureusement il n'y avait pas besoin de regarder deux fois la pièce pour voir qu'elle n'était pas de l'écriture du grand écrivain. Aussi a-t-elle été retirée. Quelques pièces et chartes faisaient partie de la môme collection et ont été vendues en trois lots. Le premier contenant trois lettres non signées de Henri VI, roi d'Angleterre, et sousenteg comme roi de France, ont élé payées 20 fr. Le «econd renfermait une dixaine de pièces parmi lesquelles une signature de Charles-Quint, en très-mauvais état, et une pièce signée du roi Charles VIII et s'est vendu également 20 fr. Quant au troisième il se composait de chartes, pièces diverses et diplômes de francsmaçons, le tout ayant à peu près la valeur du parchemin, mais comme ce lot présentait uu ensemble plus considérable que les deux premiers il a été poussé jusqu'au prix exorbitant et presque incroyable de 100 fr.
— M. Etienne Charavay vient d'acquérir les défets de Ylsographie des hommes célèbres. Il peut donc fournir des fac-similé aux amateurs qui désireraient en joindre aux autographes, comme point de comparaison, ou compléter leur collection. Le prix de chaque fac-similé est de 0,15 centimes.
f— On vient de trouver dans la bibliothèque de l'Université de l.eyde un nouveau psautier de saint Louis, roi de France. 11 porte cette inscription :
Ce Psautier est à Mgr saint Louis, qui fut roy de France, auquel il aprist en enfance.
On en connaissait déjà trois, dont l'un est au. Louvre, au musée des Souverains. (Les Événements./
— Le mois de juin a été fatal à plusieurs hommes célèbres. La mort a frappé à peu de distance l'un de l'autre quatre membres <Je l'Institut, M» Jos. Reinaud, de PAcadémiç des Inscriptions, M' Pelouze, célèbre chimiste, de l'Académie des Sciences, M' Lebas, l'architecte, de l'Académie des Beaux-Arts, et Mr le Dr Civiale, membre libre de l'Académie des sciences. — Nous mentionnerons aussi la mort d'un éditeur fort distingué, M' Barba, et celle duDr Trousseau.
— Le 3 juin 1867 l'Académie des Sciences a admis au nombre de ses membres, dans la section de médecine, Mr Nélaton, un de nos chirurgiens les plus habiles, en remplacement du Dr Jobert de Lamballe, mort le mois précédent.
— Dans. notre dernier numéro, à l'article Nécrologie dans les nouvelles diverses, on a défiguré le nom d'un architecte anglais. C'est Robert Smirkc qu'il faut lire, cl non Strike.
Pour tous les articles non signés : Étienne CHARAVAY.
Abboville. - Imp. P. Btu».
N«» 133 et 134. — 6« Année
l« ET 16 JUILLET 1867
Bureaux s rue de* Grandt-AugustlnB, «O, a Pari»
8ou« la direction d»ETIElWrVE Fils
élève de l'école des cimrtss, expert en autographes
PRIX DE l'aEONNEMENT POUR PARIS ET LES DÉPARTEMENTS
Pour six mois 6fr. | Pour un au 12 fr.
Étranger : le port en sus.
Londres : MM. Puttkk et Simpson, 47, Loi-
cester-Square.
Londiies : M. Ch. Labwstere, maison de
MM. Schott et C'l\ 159, Regenl Si.
Beblin : M. Richard Zcv.ne , Victorias-
traese 29 a ' 4
I a HayÈ : M. Mariinus Mjlioff, 49, Raams-
traat.