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PIÈCES INÉDITES
FLÉCUIER (Esprit)
Curieuse épître de l'illustre évéque de Nîmes sur les Etats du Languedoc ' .
À Narbonne, ce 26 novembre 93.
Nous venons, Monsieur, de faire un assez beau présent au Roy de trois millions pour le don gratuit, de quarante-cinq mille livres que S. M. destinera selon ses besoins et de soixante- cinq mille pour la perfection du canal. Il n'y a aucun de nous qui n'ayt donné son suffrage avec joye et avec empressement. Nostre assemblée est si portée à donner des marques de sa fidélité et de son zèle, et chacun y contribue de sa part en sorte qu'il n'y a plus moyen de s'en distinguer. Nous sommes icy depuis dix ou douze jours. J'eus l'honeur de prêcher pour la troisième fois à l'ouverture de nos Etats, et je pris pour sujet de mon sermon cette sentence lirée des Proverbes : Justilia élevât gentem, miser os autem facit populos peccatum. M. de Basville et M. l'archevêque de Toulouse ont bien représenté, l'un les nécessités de l'Etat, l'autre les misères de la province, et tout s'est bien passé jusqu'icy et se passera bien dans la suite. Les principaux acteurs dont vous eustes la bonté de me mander que vous souhaitié8 la réunion vivent en bonne intelligence et semblent avoir oublié leurs chagrins passés. M. le cardinal de Bonzi est assez bien revenu de ses accidens et de ses indispositions. Selon toutes les apparences nos
1 Cette lettre fait partie du Bulletin n° 152 de la maison J. Charavay aîné.
Etats seront tranquiles cette année. J'ay cru, Monsieur, que vous ne sériés pas fâché d'apprendre lea bonnes intentions que nous avons et les bonnes dispositions où nous sommes pour le service du Roy, et que vous me permetriés en môme temps de vous renouveller les assurances du respect et de l'attachement sincère avec lequel je suis, Monsieur, Vostre très-humble et très-obéissant serviteur,
t Esprit, év. de Nîmes.
Uft, v vili ï:m: (la ducheue <lo)
Nos lecteurs savent combien les lettres de la célèbre maîtresse de Louis XIV sont rares et recherchées : on les compte, et celles ont atteint dans les ventes des prix très-élevés. Notre Dulletin n° 152 contient une charmante épitre de la Duchesse de La Vallière dont nous croyons devoir donner ici le texte :
Ce 2 décembre.
Jésus Maria.
Puisque je suis assés heureuse, Monsieur, pour estre de celles qui ont r honneur d 'estre connue de vous dans cette maison, trouvés bon que je vous témoigne la sensible reconnoissance que j'ay de la très obligente lettre que vous avez eu la bonté d'écrire à M. le premier président die la cour des aides. Il est trop vostre amy pour ne vous en pas donner toute la consolation. Nous ne voulons pas, Monsieur, vous ennuyer par de long complimens, cela même ne conviens pas à» nostre état, mais ce qui y conviens est de santir les biens qu'on nous fait et d'aler au pieds de Nostre Seigneur Jésus-Christ répandre son cœur en actions de grâce de celles qui vous fait par sa bouté en vous donnant les vertus vrayment chrestiennes. Je le suplie de vous les ogmenter de plus en plus, vous assurant, Monsieur, que nous somme avec respect
Vostre très humble «t très obéissante servante,
Sp Louise de la Miséricorde,
R" S' ind.
Cette jolie lettre ne porte pas de suscription.
ROLLIIM (Charte»)
Lettre fort curieuse écrite au moment où il quittait le rectorat ' . RoIIiu avait été élevé à cette charge importante, en 1694. Dans celle lettre l'homme se peint tout entier, ennemi du bruit et de la renommée, recherchant le calme, passionné pour l'étude, et toujours dévoué pour la jeunesse.
A Paris ce 11 octobre 1696.
Monseigneur,
Enfin je suis délivré du rectorat et me trouve dans l'état où je me souhaitte depuis longtemps. Quand cette charge ne m'auroit servi qu'à, me faire sentir et estimer la douceur du repos et de la vie privée, f aurois fort grand sujet d'en estre content. Il y a longtemps que je suis comme dans une soif ardente dePëtud'e, et que je retourne les yeux, vers les
1 Elle est empruntée à notre prochain bulletin.
livres mes bons et fidèles amis, avec qui je n'ai eu guères de commerce depuisdeuxans.Jevaisme rendre à eux tout entièrement et faire un nouvel amas de latin pour les besoins qu'on en peut avoir, car j'en ai beaucoup usé pendant mes deux années de rectorat. Je prens la liberté de vous en envoier dans un mandement dont la matière ne vous déplaira pas et qui fera plaisir à nos petits M™ d'Argouges. Je vais leur laisser libre l'apartement que j'ai occupé jusqu'ici au collège de Laon : j'ai arrêté uu petit corpsàe logis séparé presque vis à vis St-Magloire où j'irai demeurer peut-estre au premier jour ou tout au plus tard à Pasque prochain. Deux de mes anciens amis de même humeur qùe moi m'y font compagnie, et le bon M. Hersan 1 s'y retient une chambre pour y venir de temps en temps goûter la retraite. C'est une véritable Chartreuse, où il y a autant de repos et de silence comme si l'on étoit fort loing de Paris. Vous scavez, Monseigneur, jusqu'où s'étendoient mes vœux et eu se bornoit ma fortune : c^stoit d'avoir un petit jardinet, dut-il m'en coûter quelque chose davantage. Hoc erat in vous, modus agri non ita magnus. 11 est petit aussi bien que la maison, mais parvum parva décent. Entin j'en suis si content que je ne changerais pas la fortune du monde la plus éclatante contre ma petitte solitude. Au reste, Monseigneur, l'éloignement ne m'empêchera pas de rendre aux jeunes étudians de la famille tout le service dont je serai capable. Je suis avec un très profond respect,
Monseigneur, Vostre très humble et très-obéisssant serviteur