‹ L'Amateur d'autographesChapitre 154 sur 175 · U CONSPIRATION DE GRENOBLE EN · texte numérisé non relu

U CONSPIRATION DE GRENOBLE EN

EpUre fort curieuse où le général Canuel donne d'intéressants

détails sur la conspiration ourdie à Grenoble par Didier, en 1816, et qui eut une si malheureuse issue. Celte lettre est adressée à « Monsieur le comte de Laporterie, colonel, chef de l'état major de lal3« division à Rennes. » Elle fait partie de la vente des 16 et 17 Décembre.

Lyon, le 13 Mai 1816.

Je viens de recevoir, mon cher colonel, votre lettre du 3, ensemble mon petit manuscrit. Je vous remercie de la complaisance que vous avez eue de me le renvoyer.

Vous avés sans doute lu dans le Moniteur ce qui vient de se passer à Grenoble j il ne faut pas juger des conséquences qu'aurait entraiué cette tentative, si elle avait réussi, par le petit nombre des attaquants [ils n'étaient pas plus de sept ou huit cent) : il est probable que s'ils se fussent emparés de la place, tout le département de l'Isère se soulevait, et probablement que le département de F Ain, qui est détestable, se serait mis en mouvement avec tout ce qu'il y a de mauvais dans les pays circonvoisins : le projet de cette canaille, autant que j'ai pu le savoir, était de se porter ensuite sur Lyon et, de là, d'étendre l'insurrection le plus loin possible. Heureusement, cette première étincelle a été étouffée dans son principe: il y a eu un engagement assésvif: nos troupes de ligne et la garde nationale de Grenoble se sont bien montrées ; c'est un grenadier de l'isle d'Elbe, qui sert dans la légion de l'Isère qui aux cris de : vive l'Empereur, a répondu par un coup de fusil et le cri de : vive le Roi. L'affaire a duré environ deux heures (c'est dans la nuit du 3 au 4 de ce mois qu'on s'est batu); les brigands ont été repoussés à coups de bayonnettes et sabrés par les dragons de la Reine ; beaucoup de leurs morts sont restés sur le champ de bataille, on a fait beaucoup de prisonniers, 14 ont été passés parles armes et deux ont eu la tête tranchée, le reste est livré à la cour prévotalle. Ce qui était échappé à l'afaire sous Grenoble a été poursuivi sans relâche ; j\i apris hier par une lettre du Général Donadieu que ces mutins se sont rendus à discrétion et que tout est heureusement terminé. Je ne sçais encore rien des révélations qu'ont fait les prisonniers ; mais je crois bien que cette afaire était excitée par des hommes autrefois puissants, et que le mouvement avait des ramifications qui s'étendaient au delà du département de l'Isère. Au reste la commotion ne s'est pas fait sentir jusque dans les départements de ma division, où tout est parfaitement tranquile. S'il survient quelque choee d'intéressant je ne manquerai pas de vous en faire part.

Dans votre première lettre expliqués moi donc bien vos numéros : je connais bien une manière qui approche de la vôtre, mais qui en diffère un peu ; de sorte que cela fait confusion dans mon esprit.

Mouton-Duvernet n'est pas encore jugé; je pense que l'afaire de Grenoble n'arrangera pas la sienne : je ne serai pas son juge. Comment trouvés vous les jugements de Drouot et de Cambronne et surtout les principes émis parle rapporteur de ces deux procès? Avoués^ mon cher colonel, que cela est scandaleux. Adieu: croyés à ma sincère amitié, ne m'oubliés pas auprès de M. d'Auterive et du. bon Général Oinahoni : mille choses au Général Laboissière et à M. De JoutTré.

Tout à vous de cœur et d'amitié Canuel.

Mouton-Duvernet, dont Canuel parle dans cette lettre, fut condamné à mort et fusillé à Lyon.

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