MARIE-ANTOINETTE
En 1864, Mr le comte DHnnolstein, ancien député et grand amateur d'autographes, publia, sur h s originaux qu'il avait et qu'il a encore en sa possession, une correspondance de Marie-Antoinette, comprenant environ 150 lettres, ue 1770 à 1792. Cet ouvrage si intéressant et si émouvant fut accueilli avec enthousiasme par les curieux de la France et de l'Etranger, et nul ne songea alors à contester l'authenticité de ces lettres.
Peu de temps après M', le baron Feuillet de Conches, possesseur de la plus belle collection d'autographes qui existe en Europe, publia de son côté le 1er volume de son ouvrage : Louis XVI, Marie- Antoinette et Madame Elisabeth. Ce livre obtint aussi beaucoup de 6uccès.
L'émulation gagna les Allemands, et, en 1865, un littérateur de Vienne. Mp. Alfred d'Arneth, publia chez le libraire Juug-Treuttel, à Paris, une correspondance de Marie-Thérèse avec sa fille, sous ce titre : Maria- Theresia und Marie- Antoinette, embrassant les années 1770 à 1780. Ce livre parut accompagné de 4 fac-similé ; dans les deux derniers j'ai reconnu parfaitement récriture de la reine, mais non dans les deux premiers dont les caractères n'ont du reste aucune forme ni aucune ressemblance avec l'écriture des deux lettres qui les suivent. M. d'Arneth a fait sa publication en partie sur des copies et il n'est pas étonnant que, connaissant très-peu l'écriture de Mane-Anloinette% il ait pris les deux premières pièces dont il a donné le fac-similé pour des originaux. Loin de nous la pensée de suspecter la bonne foi de M'. d'Arneth en cette occasion : son caractère honorable le met à l'abri de tout soupçon.
Un des professeurs et des historiens les plus distingués de l'Allemagne, Mp. deSybel, trompé par laditîérence d'écriture qu'il remarqua dans les deux premiers fao-Bimile, n'hésita pas à nier, au point de vue de l'histoire
et de l'écriture, l'authenticité des lettres publiées par MM. D'Hunolstein et Feuillet de Couches qu'il n'avait jamais eu l'idée, parait-il, de suspecter auparavant : La question historique a été vidée au profit des éditeurs français : reste celle de l'écriture qui acquiert une grande force si on laisse subsister les deux premiers fac-similé de Mr. d'Arneth. Ni Mp. de Sybel, ni Mr. d'Arneth, ni aucun des littérateurs français qui
«rirent part à ce débat n'avaient eu entre les mains les originaux de lr. d'Hunolstein : ils ont tout d'abord condamné sans voir, circonstance bien défavorable aux accusés ; ils ont raisonné par induction, ce qui fait que la discussion s'est plutôt envenimée qu'élucidée.
A mon avis, la question n'a pas encore été traitée sur son véritable terrain, et je vais tacher de l'y ramener en donnant les raisons que j'invoque a l'appui de mon opinion. Quel est en effet aujourd'hui le véritable point de la discussion ? Ne sonl-ce pas ces deux premiers fac-similé donnés par Mr. d'Arneth qu'on ne peut admettre qu'en s'avouant vaincu et que moi j'ai toujours niés et que je veux aujourd'hui encore combattre de toutes mes forces.
J'ai examiné avec la plus scrupuleuse attention les deux fac-similé susdits et j'ai pris pour point de comparaison le troisième donné iiar Mr. d'Arneth, que je considère comme parfaitement authentique. Je dois dire tout d'abord que j'ai mis hors de cause le premier fac simile mie j'aurais honte de combattre, car, pour les hommes compétents, ce chiffon de papier dont les caractères n'offrent aucune forme, ne peut sérieusement supporter la discussion ; c'est une cppie faite sans doute par un enfant de o à 9 ans au plus, ou par une femme de chambre complètement illétrée : mais que ces lignes aient pu m voir été écrites par Marie- Antoinette, alors âgée de 16 ans et Dauphine de Fi ance, c'est ce que je nie formellement. Tavoue que je serais curieux d'avoir sous les yeux, ne fut-ce que dix minutes, ce prétendu original, où des mots semblent avoir été omis par le trop jeune copiste qui n'a pas compris le sens des phrases et écrit toitle ou lieu de tout te en oubliant un jambage.
Voici une phrase dont la tournure et l'orthographe sont également incompréhensibles, et que l'abbé de Vermood, toujours derrière son élève, n'aurait pas manqué de corriger.
« J'ai écrie hier la premier foi au roi j'en ait eu grande peur sachant que Md. du Barry les ht toitte...»
Il y a ici évidemment quelque chose d'oublié par le copiste, car la phrase manque de sens.
Passons maintenant au second fac-similé qui reproduirait, paraît-il, une lettre de la Dauphine du 21 septembre (1773). L'écriture est évidemment la môme que celle du 1er fac-similé, mais elle est mieux formée. Le troisième nous donne une lettre du 17 décembre (1774): c'est cette dernière pièce qui nous servira de point de comparaison.
Il y a dans l'écriture d'un homme ou d'une femme des caractères généraux qui ne changent jamais et qu'on retrouve facilement à toutes les époques de la vie; c'est un fait accepté comme vrai par tous les experts en écriture et que nous avons été à même de vérifier plus d'une fois. Eh bien ! si je compare la lettre du 21 septembre 1773 et celle du 17 décembre 1774, je ne rencontre entre les deux pièces, écrites seulement à un an de distance, aucune analogie ni dans les détails, ni dans l'ensemble. Cependant l'écriture de Marie-Antoinette présente des caractères bien singuliers qu'on peut voir et dans les lettres qu'elle adressait à sa mère peu de temps après son mariage et dans son testament. Ce sont là des observations que nous avons faites et que nous croyons devoirexposer ici. Ce que nous allons dire s'applique aux deux derniers fac-similé de
Mr. «i'Arnetfi, à toutes les lettres possédées par MM. d'Huoolstein et Feuillet de Couches, à toutes celles que nous avoijs vues, lesquellès sonf eu très-grand nombre, et enfin au testament.
Disons premièrement que le caractère général de l'écriture de la reine est le manque de jambages accentués et de liaisons entre les lettres, ce qui est tout à fait le contraire dans les deux premiers fac-similé de Mr. d'Arneth.
2° Marie -Antoinette faisait toujours la lettre R comme les lettres r finales, composées d'un trait vertical et d'un léger crochet qui ne tient pas au trait. Cette lettre est toujours isolée des autres, tandis que dans les premiers fac-similé de Mr. d'Arneth il n'y a que des r ordinaires et tenant toutes aux autres lettres. Cette lettre roien caractéristique peut sè voir dans toutes les signatures de la reine.
3e La lettre 0, tournée 'nonchalamment de droite à gauche dans l'écriture de Marie- Antoinette, n'a aucun rapport avec celle du fac-similé de M. d'Arneth qui ressemble à un D ordinaire d'imprimerie.
3° La lettre P, qui n'est jamais bouclée et se trouve toujours isolée des lu itres qui suivent, y tient au contraire dans le fac si mile de Mr. d'Arneth.
4° La lettre M est sans jambages accusés, et tient rarement à la lettre qui suit, au lieu que dans le fac simile de Mr d'Arneth, cette lettre a trois jambages bien marqués, et une liaison avec les autres lettres qui la précèdent ou la suivent.
5° La lettre F, fortement bouclée au milieu dans le fac simile de Mr d'Arneth, est négligemment faite dans les lettres de Marie-Antoinette et n'est pas bouclée au milieu.
6° La lettre G n'est jamais bouclée dans le bas et ne tient pas à la lettre qui suit, ce qui est le contraire dans le fac simile de Mr d'Arneth.
7° Les lettres J,0 et Q> sont toujours isolées des lettres qui suivent, au lieu qu'elles y tiennent dans le lac simile de Mr d'Arnelh.
8° Les lettres Z et Y sont aussi fort caractéristiques: elles n'ont jamais changé et se retrouvent dans toutes les lettres de la reine. Je pourrais pousser plus loin ma démonstration, mais je m'arrête pour ne pas fatiguer le lecteur. Je la reprendrai, si besoin est.
On peut vérifier mes assertions en comparant entre eux les quatre fac simile donnés par M' d'Arneth, et je serai heureux de les prouver, pièces en main, aux personnes qui le désireraient.
Est-il nécessaire maintenant de rappeler que Marie-Antoinette avait 16 ans et était Dauphine de France lorsqu'on lui fait écrire ces lettres dont les caractères sont si informes? L'abbé de Vermond lui avait appris le Français, Métastase l'llalien,et Gluck la musique. Eh ! quoi, est-il possible d'entrelcnir une correspondance quand on a une écriture aussi informe? N'a- t-elle pas dû écrire au Dauphin avant son mariage, comme c'était la coutume? N'a t-elle pas dû donner de ses nouvelles a sa mère et à ses sœurs qu'elle venait de quitter pour toujours? Mais, m'objecterat-on, dans une lettre, Marie Thérèse lui recommande de soigner son écriture. En cela, elle avait parfaitement raison, car, quiconque connait l'écriture de Marie-Anloinelte sait qu'elle laisse beaucoup à désirer: mais si elle avait» crit les deux lettres que je conteste, sa mère aurait dû lui conseiller d'apprendre à écrire.
Un dernier mot. M. Le Comte dH'unolstein, avec la franchise et la loyauté qui le caractérisent a montré ses originaux à MM. de Sybel et d'Arnelh, qui se sont reconnus fort incompétente en matière d'écriture, efonl déclaré qu'ils s'en rapporteraient au jugement de gens expérimentés. Cette exjpertjse, ie la demande pudiquement ; qu'on fasse un
appel aux hommes autorisés eu pareille matière et qu'ils décident. Mais, de même que pour vérifier la solidité d'un édifire on consulte un architecte, de même, dans cette question purement calligraphique et autographique, ce n'est pas au jugement d'un littérateur qu'on pourrait s'en rapporter. M'occupant depuis 36 ans constamment d'autographes, ayant voué ma vie à cette science que j'affectionne, je n'ai pu rester muet dans une discussion de ce genre, je crois avoir acquis une certaine expérience en pareille matière,et que mon opinion doit avoir quelque autorité, car ie suis, comme on dit vulgairement, un homme du métier. Aussi je demande une expertise faite par des hommes autorisés, conjointement avec moi. Jacques Charavay ainé.
PIÈGES INÉDITES
GÉRARD DE MUVAL
Un de nos abonnés de Lyon, Mr. Rubattel, amateur distingué, veut bien nous permettre de publier la lettre suivante dont il possède l'original dans sa belle collection d'autographes. Nous espérons que Mr. Rubattel ne bornera pas là ses communications et qu'il tirera encore de son cabinet plusieurs pièces curieuses pour en enrichir notre feuille. — La lettre qu'il nous a envoyée est du malheureux Gérard De Nerval dont le talent original et la mort tragique et prématurée ont attaché à son nom un intérêt douloureux, mais sympathique. Elle est datée de Vienne, et adressée « à Monsieur le Marquis de S*. Georges rue Bleue, 32 ou 34, ou au théâtre del'Opéra-Comique,à Paris. » Gérard de Nerval y parle d'une pièce fort amusante, dont il trace même le plan , mais qui resta sans doute en projet, car de 1840 a 1848 l'inçénieux écrivain n'a publié que les récits de ses voyages. Voici le texte de cette curieuse lettre :
Vienne, ce 25 février (1840).
Mon cher Monsieur,
Je pense que vous avez reçu un petit mot que je vous ai adressé en arrivaut à Vienne. Maintenant je vais revenir et serai à Paris avant un mois. Je ne sais si vous vous serez occupé de noire sujet si négligé, si traîné, si refait, du magnétiseur ; mais il faut bien qu'il ait la vie dure puisque nous y revenons toujours. La dernière fois que nous en avons parlé, vous m'aviez tellement démoli mon pauvre scénario que j'avais compris fort bien que vous aviez raison , mais la chose ne s'était pas refaite poétiquement dans ma téte de manière à en sentir l'exécution.
Il m'est arrivé de rencontrer ici à l'ambassade et dans la société un consul de Prusse qui est magnétiseur et produit un grand effet sur les dames : cela m'a remis la chose en tôle. Je vous écris là-dessus d'affreuses pattes de mouches que vous ferez bien de faire recopier avant de les lire, mais j'envoie une telle masse de lettres par l'ambassade que j'ai besoin de serrer beaucoup. Vous me trouverez peut-être un peu paresseux. Je vous assure que ce n'est pas négligence, mais incertitude du résultat. J'ai fait assez de besogne dans ma vie pour prouver que le travail ne me fait pas peur, et certes j'aime autant écrire des scènes d'Opéra-Comique que des feuilletons de journal; mais l'éloignement de la représentation me décourage. Quand j'avais cru voir jour à ce que Joly nous
1 Saint-Georges (Jules-Henri Vernoy de), auteur dramatique fort distingué.
fit passer cet hiver, je prenais la plume de grand cœur. Mais la remise à l'hiver prochain m'a rejeté au bout' de l'Europe, où je suis. Pourtant le temps marche et cet autre hiver arrive à son tour ; si le scénario vous parait exécutable à présent, taches que nous puissions venir l'hiver prochain à la Renaissance ou à l'Opéra-comique, et alors je vous jure ue je me mets de suite à tout écrire — à ma manière — vous revienrez par dessus. Soyez donc assez bon pour me répondre sur ce point au reçu de ma lettre et pour adresser la votre sous enveloppe à M. Douet- D'Ârq, archiviste, rue St-Hyacinthe St-Michel, n° 22. On me la fera passer par les affaires étrangères, car ici rien n'est plus compliqué que la correspondance. Je lis aujourd'hui môme une analyse de la Fille du régiment, et suis heureux de vous féliciter de ce nouveau succès. On va donner à Vienne votre Reine d'un jour et votre Symphonie dont les journaux allemands font le plus grand éloge. Je vous dirai qu'ici nos opéra» français ne sont guère estimés que par les poèmes. Tous les jours, je vois représenter des opéras dont on a retranché la musique qui nuit à l action (comme disait ce directeur de province). C'est ce qu'on avait fait pour l'Ambassadrice qui avait réussi à Léopoldstadt. On vient de la donner au théâtre de Garinthie (avec musique) et elle est tombée à plat avec un concert de sifflets comme on n'eu a jamais entendu. Ils disent un mal horrible de notre musique parisienne, la leur me parait bien ennuyeuse, cela tient sans doute à la conformation des oreilles. A présent, avez-vous en vue un musicien, je vous rappelle que nous sommes pour ainsi dire engagés avec Monpou,à moinsqu il ne s'agisse deDonizetti. Je vous assure qu'à part Aubtrt, c'est encore Monpou aujourd'hui qui comprendrait le mieux un sujet poétique. C'est un homme qui a besoin de l'inspiration du poème. Enfin voyez, faites pour le mieux. J'ai trouvé ici quelques sujets dont on pourrait se servir en les modifiant beaucoup ; en vuici un que j'ai à peu près arrangé. C'est d'après une pièce populaire de Léopoldstadt. Je crois que cela serait fort joli au Palais-Royal ou aux Variétés. Si vous en voyez la place, écrivez-moi aussi sur ce point.
Trois ouvriers de Nuremberg se rencontrent dans un chemin. Tous trois le sac sur le dos, sans ouvrage prochain, ne sachant où aller, ils entrent dans un cabaret, s'asseyent a la môme table et demandent l'un une soupe, l'autre un verre de vin, l'autre une tasse de café. L'auberge est pleine de gens en féte, il y a là un pavsan qui a gagné à la loterie, il traite ses amis et l'on fait passer quelques verres de vin aux voyageurs. Puis, comme il est tard, tout le monde s'en va coucher,mais il n'y a plus de lits pour les survenants. On leur met trois bottes de paille par terre, des chaises retournées leur servent d'oreiller ; le maître et la servante se retirent. Voilà nos trois gars couchés. Avant de s'endormir ils se disent leurs affaires. Jacques aimait la tille de son maître, riche marchand de meubles ; il n'a pas osé la demander, elle épouse un gros marchand de vin. Lui, pour ne pas voirla noce, a pris son paquet et s'est mis en route. Hubert est un cordonnier: on l'a mis à la porte parce qu'il avait fait de9 boites trop justes à une riche pratique, qui n'avait pas voulu les paver. Richard est un garçon marchand de vin, on l'a renvoyé parce qu il buvait la marchandise.* Après ces confidences, les trois ouvriers s'endorment en songeant an bonheur des riches. Il descend un nuage noir sur lequel est un numéro transparent, 2447. Jacques se lève en sursaut et dit en se frottant les yeux : tiens, j'ai rêvé un numéro. Richard se lève de son côté et dit : tiens* moi aussi,— moi 2447,— moi de môme, c'est étonnant. Il faut l'écrire. Ils appellent l'hôte, demandent une plume. On cherche, on se moque d'eux, enfin, au moment d'écrire, ils ont oublié le chiffre. Hubert qui dormait le plus fort finit par s'éveiller au bruit. — J'ai fait un drôle
de rêve, j'ai rêvé un numéro. — Lequel, 2447. — C'est le môme. — Les voila tousses trois qui s'embrassent sûrs de» gagner. Il n'y a plus qu'une difficulté. 11 faut avoir de quoi mettre à la loterie. Ils se fouillent et parviennent à faire un écu à eux trois. L'un d'eux s'en va dans la ville acheter le billet. Mais à présent il ne lui reste plus de quoi payer leur écot. N'importe, ils demandent à boire sur la foi du numéro. Quand l'hôte apprend sur quoi la créance est hypothéquée, il veut remporter ses bouteilles à moitié vides. Mais l'heure arrive -où les numéros sont tirés, et c'est bien le 2447 qui sort. Les trois compagnons tombent par terre de joie. En payant l'hôte, Jacques dit : Tiens, si nous laissious cent francs à ce brave homme ? — Pourquoi ? — Mais pour quand nous n'aurons plus d'argent. — Nous avons cent mille écus. — Enfin c'est mon idée. Je les laisse pour nous trois sur ma part.
Ce premier acte est fort amusant à la représentation, les caractères d'ouvriers sont, comme vous pensez, distincts. Jacques aime les femmes, Hubert le luxe, Richard le vin. Au deuxième tableau, c'est un coin de rue. La boutique du marchand de vin est en fête ; celle du marchand de meubles est fermée. Le mariage vase faire. Les trois compagnons ont )eur qu'il ne soit fait déjà. Hubert, déjà vêtu en monsieur, frappa chez e marchand de meubles et veut commander un ameublement complet. ue père lui dit de revenir le lendemain et qu'il marie sa fille. Richard fait a proposition au marchand de vin, en frappant de môme à sa .porte, de ui acheter son établissement. Celui-ci demande un délai, l'autre dit qu'il est pressé, de sorte que le marchand de vin vétu en marié ne sait que faire. Enfin la mariée sort assez triste. Jacques se présente à la famille. On lui demande pourquoi il est parti, on l accueille très-bien. Lorsqu'il parle de son amour tout le monde jette les hauts cris. Enfin vous com-
Îirenez que le marchand de vin, qui a voulu faire affaire, est évincé, acques épouse. Hubert veut que le repas de noces se fasse chez lui.
Il s'agit au tableau suivaut que Hubert se fasse un riiez lui. Il s'en va droit chez le monsieur qui n'avait pas voulu paver ses bottes. Les laquais se moquent de lui et veulent le jeter à la porte. Il dit : AnnoncezM. Hubert. Le maître sort aux rires et au "bruit. Hubert Lui propose de lui acheter sa maison, ses meubles et jusqu'à ses habits, il veut être substitué à lui en tout. Il rêvait depuis longtemps d'être maître. Le monsieur. qui n'est
Sas très-bien dans ses affaires, y consent en voyant l'argent, il l'installe ans sa robe de chambre, dans ses pantouffles, dans son fauteuil, lui apprend l'usage des différents objets à la mode qu'il possède. C'est une scène très-amusante à faire. Puis le maître sort en le saluant. Il sonne, les domestiques sont consternés, maison le salue jusqu'à terre. Il commande un grand repas et reçoit du monde. Tous ceux qui viennent sont des gens à projets : on lui vend des actions, des découvertes, des objets nouveaux, tout un cadre de mœurs. Lui achète, s'émerveille de tout et les invite tous. Enfin Jacques arrive avec sa noce, et toute cette société bizarre se mélange dans la fête. Il reste à trouver un moyen de placer Richard et de faire prévoir sa ruine pour ne pas avoirun tableau de plus. Au dernier tableau nous retrouvons l'auberge du premier. Richard et Hubert arrivent vêtus comme au commencement et demandent les 100 francs déposés chez l'hôte, leur dernière ressource. L'hôte leur montre une lettre de Jacques qui dit qu'il est malade dans un hôpital et qu'on lui envoie les 100 francs. Alors les deux camarades y renoncent et Jacques parait tout-à-coup avec sa famille, leur apprend qu'il a au contraire fait de bonnes affaires et leur offre des établissements plus raisonnables. Hubert épouse la fille de l'auberge et Richard promet d'entrer dans une Société de tempérance. Si on met la scène en Amérique
ou en Angleterre, on peut ajouter avec cela des épisodes récréatifs.
Je ne sais si cette analyse vous suffira pour juger le sujet, j'y vois des détails charmants. Si vous le croyez possible je m'amuserai à écrire ra-
fndement un brouillon. La pièce allemande ne peut être suivie que pour e premier tableau. Elle est du reste mélangée de génies et d'apparitions.^ J'en ai extrait la pulpe. 11 faudrait quelque chose plus à effet au dernier tableau. Mais les autres sont sûrs. Cela ressemblera aux trois bals à la canaille, c'est un très-joli cadre, je crois. Le rôle d'acteur est là-dedans celui d'Hubert; il a le contraste de l'amour du luxe avec les haillons qui font toujours grand effet ; en outre il est toujours en scène, cela peut convenir à Vernet ou à Achard. Ayez donc la bonté dem'écrire un mot sur tout cela, et dites-moi surtout pour le grand sujet les points où je puis faire fausse voie, afin que je ne me fatigue pas la tête inutilement. D'ailleurs, comme je vous le dis, je serai bientôt à votre disposition, j'ai encore plusieurs petites machines dramatiques dont je vous parlerai, car je voudrais bien avoir plusieurs choses l'hiver prochain. J ai formé le projet d'un voyage en Orient pour le printemps d'après, et je serais fort content que cela pût m'y aider. Mais la perspective lointaine me tue, n'ayant ni votre prévoyance ni votre certitude n'arriver toujours. • Adieu, Monsieur, recevez mes compliments. Si je puis voir encore jouer ici votre Symphonie et votre Reine d'un jour, je vous écrirai tout de suite quel effet cela aura produit. Quant à moi, ce sont deux ouvrages que j'aime beaucoup, et je regrette surtout pour le second, que vous n'ayez pas visé plus haut que l'Opéra-Comique. Vous aimez mieux être le premier là que le second dans Rome. Mais je crois bien que vous avez encore des projets que vous me cachez.
Votre bien dévoué, Gérard de Nerval.
Dans notre prochain numéro nous publierons une curieuse lettre de Godoï, le prince de la Paix, qui nous a été communiquée par Mr Labouchère, et bous peu noue donnerons une série de lettres inédites de fiéranger. Etienne Charavay.
DÉFAITE OU UAHOriH DIS FEUQUIÈRi»
DEVAIT TIIIOWVILLE
Nous recevons de Mr. Jacob la lettre suivante que nous nous empressons d'insérer. Le savant bibliothécaire delà ville de Metz veut bien nous promettre d'autres communications, que nous recevrons avec reconnaissance, car notre feuille ne peut que gagner en intérêt si les érudits et les collectionneurs la soutiennent de leur bienveillante collaboration.
MeU, 17 février 1866.
Monsieur,
En répondant à l'appel que vous venez de faire aux collectionneurs, j'aurais voulu vous adresser quelque chose d'original et de piquant : je reconnais sans peine que mon envoi ne répond qu'imparfaitement à mon désir. Ce n'est point, en effet, un morceau littéraire signé d'un nom illustre, c'est, tout simplement, l'extrait anonyme d'un registre privé ayant appartenu à une corporation locale. Toutefois, le fait qui lui a donné naissance a une certaine importance historique : il s'agit de la défaite du marquis de Feuquières devant Thionville.
Notre naïf chroniqueur raconte ainsi ce désastre :
« En la dicte année 1639, le 10 May, fut Thionville assiégée par l'armée « du Roy, au nom du Dauûn, commandée par Mr de Feuqrâèies. Le^*ége
« estoit fort bien commandé mais réussit très-mal. Picolominy, général « de l'armée espagnole, vint fondre, avec quatorze mille hommes, sur « l'armée du Roy, enleva ses quartiers les uns après les autres, et mit « l'armée tout en déroute. G'étoit une chose pitoiable de voir arriver à « Melz les pauvres officiers et soldats sans armes, fatigués et couverts de « poussière et de sang. L'hospital St-Jacques fut incontinent remply de « blessés : il n'estoit pa^ de moitié! assez grand. Les rues de la ville • esloient bordées de soldats estropiés criant miséricorde et demandant « secours aux bourgeois. Dieu, par sa grâce, nous veuille préserver de « tel malheur, veuille à bénir nostre Roy, lui donner victoire en toutes « ses entreprises et nous veuille enfin envoyer une bonne paix. « Amen. »
Ne croirait- on pas avoir sous les yeux une gravure de Gallot accompagnée d'une pieuse légende.
J'ai hâte d'ajouter que la défaite de notre armée fut bientôt vengée. Trois ans après, Condé entrait en vainqueur à Thionville, et Richelieu désignait pour gouverneur de cette place conquise, le fils môme du marquis de Feuquières.
Je vous laisse le soiu de décider si ce fragment, tiré de ma collection, présente un intérêt suffisant pour V Amateur d'autographes. Quoiqu'il arrive, je vous promets, pour un des prochaius numéros, une lettre de Rabelais datée de Melz, et une requête présentée par Molière à nos magistrats municipaux.
Ceci, ie pense, aura droit à une place d'honneur.
Veuillez agréer, je vous prie, Monsieur , l'hommage de ma considération la plus distinguée.