CHEZ LES LIRRAIRBS SUIVANTS
Turin : MM. Boccn frères.
Bruxelles : M. Van Triât, 30, rue S«-Jean Madrid : M- BaiUy-BaiÙiire.
StiNT-PRTBRSBOURG : M. Jacques Issakoff.
Moscou : MM. Gauthier.
New-York : MM. Bossange et £>, 94, Beekmann Street.
Les demandes d'abonnement et toutes les communications relatives au Journal doivent être adressées, franco, à M. Jacques CHARAVAY, rue des Grands-Augustins, 26.
DE L'AUTHEMICnÉ DES LETTRES DE MARIE-
AXTOIXETTE
Voici la réponse de M. d'Arneth, que nous annoncions dans notre dernier numéro.
Vienne, le 9 avril 1866
Monsieur,
J'ai hésité, il faut l'avouer franchement, bien longtemps à répondre à la lettre dont vous m'avez lionoré le 27 du mois dernier; car je ne pouvais sentir la moindre envie d'entrer dans une polémique, dont jedevais, d'après le contenu de votre lettre, pronostiquer qu'elle restera entièrement infructueuse. L'envoi du n° 103 de l'Amateur d Autographes dont je vous remercie beaucoup, la manière dont vous y faites mention de la 2e édition de mou recueil, et surtout l'appel à la vérité, qui s'y trouve de nouveau, tout cela m'a fait changer d avis et m'engage de revenir encore une fois via- à- vis de vous à cette affaire peu agréable. Permettezmoi donc de vous rappeler avant tout, Monsieur, que c'est moi qui, le premier à ce que ie crois dans la oréface delà piimière édition de mon recueil, ai parlé du changement bien singulier, et l'on peut dire total, que récriture de la reine a subi en 1774. Je ne pensedonc nullement à contester ce change ne ni. dontn oi-n eme j'ai parlé le premier, mais je ne saurais méconnaître d'un autre (été, que tous vos arguments prouvent bien le frappant de ce changement, mais aucunement son impossibilité. Vous ne parviendrez jamais à démontrer cette dernière, parce qu'elle sciait en contradiction ouverleavec des faits entière ment indubitables. Ce ne sont pas, comme vous aimez le nommer d'une manière inusitée au mou s e nue eus cens de le tues, des paroles en l'air de ma part, c'est une certitude abeolue, qui n'est pas seulement fondée sur le lieu où les lettres de Marie-Antoinette, que je viens de publier, ont été conservées jusqu'à ce moment. Car, outre cela, la différence totale des
lieux par oii, et des époques auxquelles les archives de l'empire d'Autriche sont venues en possession de ces lettres, et la concordance entière qui règne dans l'Ecriture des lettres des mêmes époques, ne peuvent admettre le moindre doute qu'elles sont bien les originaux jpro venant de la main de la Dauphine et pas, comme vous le supposez, des copies faites par un enfant ou une femme de chambre.
Je ne sais pas si je m'explique avec assez de clarté. Pour me faire comprendre, il me faui être un peu plus long. Les lettrés de Marie- Antoinette a sa mère se sont trouvées, comme vous savez, dans ta propriété privée de Marie Thérèse, et après elle de ses héritiers, les empereurs d'Autriche. Indépendamment décela, sur une voie tout-à-fail différente etquinztans plus tard le gouverneur d'Autriche, après la mort du comte de Mercy, vint en posessiondesacorrespondanceavecMane-Antoinette.il s'y trouve plusieurs billets écrits pendant les premières années du séjour de la Dauphine en France, bien insignifiants quant à leur contenu, mais trèsintéressants pour la question de l'Ecriture, qui coneorde parfaitement avec celles des lettres qu'avant son avènement au trône Marie-Antoinette a écrites à sa mère. — Je vous envoie ici les copies de deux de ces billets qui vous prouveront, j'espère, la vérité de ce que je dis.
Outre cela, il existe encore une troisième preuve pour l'authenticité de l'écriture que vous croyez pouvoir contester. Les archives de Vienne possèdent une riche collection de lettres et de rapports du comte de Mercy à l'Impératrice Maiie-Tbérèse et à ses deux tils Joseph 1er et Léopold 1". Dans ces rapports se trouvent quelquefois, comme annexes, des copies, et plusieurs fois, mais bien rarement, des originaux de billets de Marie- Antoinette à Mercy. Parmi ces derniers il y a celui qui, comme vous l'aurez vu dans ma 2* édition, est annexé à la lettre de Mercy à l'Impératrice du 29 janvier 1772. Je vous en envoie ici une copie fidèle, et vous y reconnaîtrez facilement l'écriture de la Dauphine qui se trouve aux fac-similés publiés par moi. Et, pour ne pas permettre une ombre de doute, il y a encore à côté de l'adresse également écrite de la main de la Dauphine, les restes assez bien conservés du cachet, montrant en cire rouge les armes des maisons d'Autriche et de Frame.
Je ne sais pas si je peux m'abandonner à l'espoir que ces preuves suffiront pour satisfaire à votre désir, Monsieur, de trouver la vérité dans toute cette affaire ; quant à moi, elles me paraissent concluantes, et je n'entre donc plus au contenu de votre lettre qu'en vous faisant remarquer que ce n'est pas un de mes grands arguments, comme vous vous exprimez, si je vous assurais que ma position d'aichiviste me permet de connaître mieuxqu'un autre l'écriture de Marie-Antoinette aans ses différentes époques, mais que cela ne devait être rien que la rectification d'une erreur dans laquelle vous avez été iuduit sans votre faute.
Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération très-distinguée.
Alfiied Arneth,
J'aurais désiré répondre à la lettre que M. D'Amolli m'a adressée le 9 avril dernier, mais mou état de santé m'en a tout à fait empêché. Je me propose de le faire sous peu.
Je serai très bref dans ma réponse d'aujourd'hui, mais dans la prochaine je me propose de reprendre lia à un tous mes arguments et de ne laisser aucuns de ceux de mes adversaires sans réponse.
M. D'Arneth nous dit qu'il est le premier qui ail parlé du changement bien singulier et l'on peut dire total que l'Ecriture dé la Reine a subi en 1774. Je comprendrais parfaitement le raisonnement de M. d'Arneth sU'Écri-
criture qu'il nous donne dans 7 de ses fac simile, pouvait avoir le moindre rapport avec l'Ecriture de Marie Antoinette. Daas mon premier article j'ai démontré d'une manière assez claire, je crois, que les copies des fac simile donnés par M. d'Arneth émanent d'un enfant de 8 à 9 ans au plus ou d'une femme de chambre complètement illéirée. Je maintiens mon dire tant pour le fac simile de la lre édition que pour ceux de la 2°. J'engage donc M. d'Arneth à me donner une pn uve peremptoiresurla transformation qui se serait opérée dans l'Ecriture de Marie Antoinette et cedans l'es-
giuaux que l'on m'oppose sont d'une écriture ronde avec liaisons, celle de Marie Antoinette est longue et presque carrée et sans liaisons.
M. d'Arneth a eu la bouté de m'envoyer 3 calques de prétendues lettres écrites par Marie Antoinette, mais je reconnais toujours une écriture sans caractère aucun, d'une mollesse extrême, d'une hésitation qui ne se remarque que chez les enfants qui ont eu au plus une année de leçons.
Voici la copie du l*r billet : « Je vous prie d'envoyer cette lettre par la « poste je l'ai bien examiné il n'y arien qu'on y puisse lire. Notre malade « va assez bien mais pourtant on le saignera ce soir, adieu. »
2e Billet : « Je ne sort point demain voyez si vous pouvez faire venir « Nenny dans l'après diné. »
. 8e Billet :« Mr D'Aigullion vient de m'apprendre que l'Impératrice a « été saignez deux fois je vous prie de m'en dire toute de suite des nou- « velles. — Antoinette. »
Suscription : A Monsieur le Comte deMercy. L'adresse de cette lettre est d'une écriture informe et les 3 billets ne lui cèdent rien sous ce rapport.
M. d'Arneth me fait remarquer que la lettre à M. de Merey de 1774, porte des traces de cachet, je ne nie pas le fait, mais il suffit de voir l'écriture, pour être convaincu que Mude Antoinette n'a j «mais tracé ces lignes. Le mot Antoinette est tellement mal écrit qu'il semb'e que l'en Lot qui a tracé ces lignes ne se souvenait plus comment il faut écrire le nom. Je tiens ces calques à la disposition des amateurs.
Je terminerai cette fois en priant M. d'Arneth de vouloir examiner avec soin ces prétendus originaux et le filigrane du papier sur lequel ils ont été écrits ainsi que la correspondance de l'abbé de Vermond, qui démolit tout son système ; je prie également M. d'Arneth de me répondre en homme du métier, non par des phrases, mais par des démonstrations ma-
Lettre adressée au maréchal de Bezons et datée de Madrid, 29 octobre 1709. Louis XIV avait alors deux royaumes à défendre : le sien et celui de son petit-fils. Accablé par l'Europe entière coalisée contre lui, sans argent, et ayant «1 combattre non-seulement les armées de k*s adversaires, mais encore la famine, suite naturelle du rigoureux hiver de 1709; le vieux roi voulait la paix à tout prix. Il consentit à tout, jusqu'à abandonner ce royaume d'E pagne où il avait placé son petit- fils et qui avait été la cause de tous sesdésastres. Mais il ne put l'obtenir, cette paix tant désirée, Il s'humiliait beaucoup cependant, mais ses ennemis voulaient trop exiger, et l'âme de Louis XIV se raidi* contre la fortune, et, la guerre continua. Force
atiques.
Jacques Charavay aîné.
PIÈCES INÉDITES