‹ L'Amateur d'autographesChapitre 45 sur 175 · TEULET · texte numérisé non relu

TEULET

Le 23 mai 1866, dans une jolie maison située à Champignysur les bords de la Marne, s'éteignait un homme dont le nom restera comme celui d'un des érudits les plus laborieux de ce siècle. Alexandre Teulel était né avec un goût invincible pour l'étude: toute sa vie a été consacrée a cette science de la paléographie si ingrate et cependant si chère à ceux qui la cultivent. Il était de cette race d'érudits, digne fille des Bénédictins, savante et modeste comme eux. La modestie était en effet un des caractères distinctife de M. Teulet: il s'effaçait derrière ses collègues : il travaillait consciencieusement non pour la gloire, non pour l'argent, mais par pur amour de l'étude, et pour faire avancer la science historique qui lui doit tant. Aussi, malgré ses savants ouvrages, malgré trente ans passés dans les labeurs et consacrés à des travaux ingrats que lui seul avait le courage d'entreprendre, il est mort simple archiviste aux archives de l'Empire, quand ses amis, plus ambitieux, avaient atteint une position bien supérieure à la sienne. « Quand vous aurez fini votre Trésor des Chartes, lui disait-on un jour en notre présence, vous entrerez à l'Institut. » — « Oh! répondit-il, je n'aspire pas si haut : toute mon ambition c'est de pouvoir un jour me retirer à la campagne et y vivre libre et tranquille au milieu de mes livres avec ma femme et mes enfants. » Souhaits bien justes mais qui ne devaient pas être exaucés. M. Teulet était un vaillant soldat de l'érudition: il est tombé sur le champ de bataille, jeune

encore, avant d'avoir entièrement accompli la tâche qu'il s'était • imposée, épuisé par les veilles, épuisé par le travail intellectuel qui tue si vite ceux qui en abusent. Une maladie incurable le minait depuis longera ps : chaque jour le mal faisait de nouveaux progrès sans pouvoir abattre cetle constitution robuste, affaiblir cette vive et belle intelligence. Aidé par sa noble eteourageuse compagne dont le dévouement a fait l'admiration de tous ceux qui en ont été témoins, il voulait encore corriger les épreuves de sa Table du Trésor des Chartes, chef-d'œuvre de patience et d'érudition. Souvent nous avons vu les feuillets échapper de sa main tremblante; il les reprenait, car il sentait que pour pouvoir finir il fallait se hâter. Il s'est raidi contre la souffrance jusqu'au dernier moment; il n'est plus: l'histoire de sa vie doit ôlre son seul éloge. Nous avons le dessein d'exquisser un jourcettecarrière si bien remplie, mais nous n'avons pas voulu tarder plus longtemps à annoncer à nos lecteurs la perte immense que venait de faire le monde savant.

C'était pour celui qui trace en ce moment ces lignes un devoir d'autant plus impérieux que c'est M. Teulet qui l'a initié dans cette science de la paléographie qui n'avait pas de secrets pour lui. Le cœur rempli d'une vive et bien juste douleur, il a voulu rendre à la mémoire de son maître vénéré un public et dernier hommage, qui trouvera sans nul doute un écho sympathique dans l'âme de quiconque a pu apprécier dignement h; talent modeste et incomparable de l'homme éminent que nous pleurons.

Etienne Charavay.

PIÈCES INÉDITES

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